00:00En France, on s'inquiète de la hausse de ces prix de l'énergie.
00:03D'autres hausses sont également à craindre dans les semaines à venir.
00:06Bonjour Emmanuel Duteil.
00:07Bonjour.
00:07Merci d'être avec nous ce matin.
00:09Vous êtes directeur de la rédaction de l'usine Nouvelle.
00:10En quoi cette guerre pourrait-elle avoir un impact sur les yaourts ou les céréales qu'on achète en supermarché
00:17?
00:17On le voit, l'impact le plus visible aujourd'hui, c'est les prix du pétrole.
00:20Et malheureusement, aujourd'hui encore, une bonne partie de notre économie dépend de ces prix du pétrole.
00:25Prendre un exemple, vous prenez les yaourts.
00:27Il y a quoi autour ?
00:28Il y a un emballage, il est fabriqué en quoi ? Bien souvent en plastique.
00:31Comment on fabrique du plastique ?
00:32Pétrole.
00:32À partir du pétrole.
00:33Donc vous voyez, la chaîne est très très vite imaginable pour penser que d'ici quelques mois, potentiellement, il pourrait
00:39y avoir des hausses.
00:40Attention quand même, vous en avez beaucoup parlé ces dernières semaines, ce qu'on appelle les négociations commerciales.
00:45Elles sont terminées dans la grande distribution.
00:47Donc il faudrait que tout le monde soit d'accord pour se remettre autour de la table.
00:51Et pour ça, il faudrait véritablement que les prix augmentent beaucoup du pétrole et sur une longue période,
00:57pour que chacun décide de se remettre autour de la table.
00:59Je veux dire, heureusement que ces négociations sont terminées, puisqu'il n'y a pas de possibilité de négocier pour
01:04le monde.
01:05Et ça, il y a un impact.
01:06C'est ça parce qu'on allait y venir justement, on avait une question pour vous là-dessus.
01:09Ces négociations, ce sont des négociations annuelles qui sont souvent compliquées entre la grande distribution et les industries agroalimentaires.
01:17Là, il y a eu des débats âpres, notamment autour du prix du chocolat qui flambe ces derniers mois.
01:23Au final, les hausses des prix, elles ont été relativement limitées.
01:26Mais ça veut dire que là, il n'y a pas de clause de revoyure, mais que les prix peuvent
01:29vraiment augmenter.
01:29Il y a des clauses de revoyure qui peuvent permettre de rouvrir ces négociations si jamais les prix du pétrole
01:36devaient sur une période relativement longue.
01:39On peut imaginer si dans deux mois, on est toujours aux alentours des 100 dollars, bien évidemment que ce n
01:44'est plus tenable,
01:44puisque à ce moment-là, l'industriel qui a négocié son prix, vous preniez l'exemple du yaourt, mais on
01:50pourrait prendre le jambon.
01:51Vous savez, dans le jambon, vous en achetez souvent des tranches de jambon, vous avez beaucoup de plastique autour.
01:55Donc là, ça coûte très très vite, très cher.
01:57Et puis, il y aura d'autres impacts, puisque si on parle du jambon, là aussi, comment vous le produisez
02:03?
02:03En France, tous les agriculteurs qui nous regardent ce matin, ils utilisent énormément d'énergie,
02:07que ce soit pour le tracteur, que ce soit pour chauffer leurs locaux.
02:11On pourrait prendre l'exemple également des légumes, sous serre, comment vous faites en plein hiver pour réussir à les
02:17faire fonctionner ?
02:18Vous avez besoin d'énergie, donc quand même, très très très rapidement, il va y avoir des impacts.
02:22La grande inconnue, et où personne n'est capable de répondre à cet inconnu pour le moment,
02:27c'est combien de temps les prix du pétrole vont rester à des niveaux élevés.
02:31Il y a quelques petites indications déjà de compagnies ou ce genre de choses qui ont augmenté.
02:34Hier, une compagnie aérienne, SAS, qui est une compagnie scandinave, a annoncé augmenter les prix.
02:40Transavia, qui est la compagnie low-cost d'Air France, a laissé entendre hier qu'elle regardait ça de très
02:45près
02:45et qu'elle n'excluait pas de potentiellement augmenter de quelques euros,
02:49puisque là aussi, c'est très concret.
02:50Les compagnies aériennes, même si elles ont, on ne va pas rentrer dans le détail,
02:54des couvertures pour essayer de ne pas être totalement impactées par les hausses de prix,
02:57les compagnies aériennes, elles payent le kérosène au prix où il vaut le jour J.
03:01Il a inévitablement énormément augmenté déjà.
03:04Mais est-ce qu'on sait, il y a des modélisations, est-ce qu'on sait peut-être qu'en
03:07poussant leur caddie,
03:08nos téléspectateurs, ils vont constater une augmentation de quoi ?
03:10De quelques centimes ?
03:13Le problème, c'est que vous utilisez le bon mot, il n'y a aucune modélisation.
03:16Par définition, une guerre, c'est de l'imprévisible et donc on ne peut pas prévoir l'imprévisible.
03:20Hier, à l'usine nouvelle, on a commencé à essayer d'enquêter auprès des économistes
03:24pour voir quel coût ils imaginent pour l'économie.
03:27Pour le moment, et là encore, au moment où on se parle,
03:30on est sur un coût beaucoup plus minime que ce qu'avait pu être, par exemple,
03:33l'Ukraine ou ce genre de choses, on est sur 0,2, 0,3 points de PIB.
03:36Ce qui est quand même énorme puisqu'on imagine sur l'année 2026 faire un tout petit peu plus de
03:411%.
03:41Donc l'impact serait quand même important.
03:44Pour aujourd'hui voter les spectateurs, il ne faut surtout pas créer d'angoisse.
03:48Parce qu'il n'y a rien de... c'est ce qui va se passer sur l'essence à force
03:51de dire que ça augmente.
03:52Et c'est vrai, ça va créer des pénuries, comme vous le dites.
03:55Tous ceux qui ont une voiture réagissent de la même façon en se disant...
03:58J'ai envie de faire le plein avant que ça n'augmente trop.
04:01Total, par exemple, a bloqué ses prix.
04:021,99, bon, il se garde de trop le dire pour le moment parce qu'eux-mêmes ne savent pas
04:08si les prix du pétrole vont ou non continuer d'augmenter.
04:10Et donc s'ils vont pouvoir tenir cette barre d'1,99.
04:13Mais vous avez raison, pour le moment, on est plutôt sur quelques euros en plus.
04:18Le problème, c'est qu'on part d'un niveau très très haut.
04:21Avant la guerre en Ukraine, les prix étaient 10, 15, 20% moins élevés
04:27que ce qu'on peut connaître aujourd'hui.
04:29Donc c'est l'un des soucis.
04:31Si ça devait encore augmenter, à un moment, ça deviendrait extrêmement compliqué
04:34pour une bonne partie des ménages.
04:35Et j'imagine qu'il faudra à la fois surveiller certaines enseignes
04:37qui pourraient profiter de la situation avec une hausse des prix généralisée.
04:40A l'inverse, d'autres risques inciter les consommateurs
04:44en proposant des promotions importantes.
04:48Effectivement, vous avez raison.
04:49Il y a toujours ce qu'on appelle les profiteurs de guerre
04:50dans ce genre de moment qui augmenteraient un peu plus fortement les prix.
04:54Surtout que ce n'est pas facilement compréhensible pour tout le monde.
04:57Mais comme je disais tout à l'heure, il faut revenir à la base.
04:59Malheureusement, encore une partie de l'économie est générée par le prix du pétrole.
05:03Mais vous savez, dès le démarrage, je vous parlais des agriculteurs tout à l'heure.
05:05Ils utilisent bien évidemment des engrais pour essayer de faire produire un peu mieux tout.
05:10Là, les prix ont déjà augmenté.
05:12Là, les prix ont déjà augmenté.
05:14Du côté de la chimie, du côté des engrais, là, les prix ont déjà augmenté.
05:18Et on a toujours le même problème.
05:20Ça augmente plus vite à la hausse que ça baisse.
05:21C'est toujours, toujours, toujours pareil.
05:23Une fois que les hausses de prix sont ancrées, on a du mal à reculer.
05:26Donc effectivement, pour le moment, on peut imaginer des hausses d'ici quelques semaines.
05:32Mais par pitié, ne faites pas tout de suite le ravitaillement de pâtes et ce genre de choses.
05:35Mais on peut imaginer des hausses.
05:38Il y a une inquiétude pour les consommateurs.
05:40Il y a une inquiétude aussi, et si on prend un peu plus de recul, pour les entreprises elles-mêmes.
05:45168 patrons, chaque jour, ferment boutiques, selon une étude de l'Observatoire de l'emploi des entrepreneurs.
05:50Ça représente près de 61 500 personnes en 2025.
05:55Est-ce que cette guerre peut accentuer ce phénomène si, encore une fois, elle se poursuit dans le sens ?
06:01Cette guerre, elle arrive au pire moment.
06:02À un moment où les caisses de l'État sont vides, comme on n'a jamais vu.
06:05Donc, il est compliqué d'imaginer de nouveaux chèques pour venir soutenir.
06:08Elle arrive effectivement à un moment où il y a plus de fermetures que d'ouvertures d'usines.
06:13On suit ce baromètre à l'usine Nouvelle.
06:16Et puis, effectivement, on sait que dans des secteurs...
06:19On peut prendre l'exemple de l'agroalimentaire.
06:20Typiquement, dans notre baromètre de l'usine Nouvelle,
06:22on avait été assez étonné de voir une hausse assez importante des fermetures d'usines dans l'agroalimentaire.
06:27Ça s'expliquait malheureusement assez simplement.
06:29C'est qu'il y a très peu de marge dans ce secteur.
06:31Et donc, du coup, dès qu'il y a des petites hausses, pas mal d'entreprises qui sont à la
06:35limite de la difficulté ferme.
06:37Et là aussi, parmi les conséquences dont on n'a pas parlé, il y a la production au quotidien.
06:42Le prix du gaz a aussi beaucoup augmenté.
06:44Tous ceux qui se chauffent au fuel, je pense notamment à des boulangeries à qui ça peut encore arriver,
06:50eux ont un impact direct dès aujourd'hui.
06:53Donc, dès que vous êtes à la limite de la ligne de flottaison, ça peut devenir effectivement très compliqué.
06:57C'est parti.
06:58Merci.
06:58Merci.
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