00:00Dernière réunion publique, dernier tractage pour les candidats aux municipales, le premier tour a lieu dimanche, on va en parler
00:05avec vous Frédéric Dhabi, bonjour.
00:07Bonjour.
00:07Vous êtes directeur général de l'institut de sondage IFOP et je présente aussi votre livre co-écrit avec Brice
00:12Socol,
00:12« L'écharpe et les tempêtes face aux maires, la défiance inattendue », c'est aux éditions de l'Aube.
00:19Dernière semaine de campagne, je le disais, est-ce qu'elle est traditionnellement décisive pour mobiliser les électeurs ?
00:26Oui, elle est très importante parce que ça permet une sorte de crescendo de la participation, les Français rentrent vraiment
00:33dans la campagne,
00:33il y a eu des vacances comme vous le disiez tout à l'heure et effectivement c'est dans ces
00:36moments que les choix vont se cristalliser
00:39et peut-être que l'international va empêcher ce moment traditionnel de cristallisation comme en 2020, ça n'avait rien
00:45à voir.
00:46Le Covid, rappelez-vous, le jeudi avant le premier tour, il y avait des rumeurs d'annulation, le samedi soir
00:51avant le premier tour, le 14 mars 2020,
00:53« Edouard Philippe fait comprendre qu'on va être confinés dès le lundi »,
00:57effectivement ça avait fortement gêné la participation et en 2020 il y avait eu quasiment 60% d'abstention jamais
01:03vue.
01:03Donc vous venez de l'évoquer, la guerre au Moyen-Orient domine l'actualité.
01:06Au plan national, on a un peu l'impression qu'il n'y a pas eu de campagne.
01:09C'est une vision parisienne ou est-ce que tous les électeurs partagent ce sentiment ?
01:13Vous avez raison, il y a traditionnellement aux élections municipales une sorte d'orchestration de la campagne par rapport à
01:19l'exécutif.
01:20On va aussi voter, on vote pour des considérations locales, mais on va voter pour soutenir ou pour sanctionner le
01:26président et le Premier ministre.
01:27Ce n'est pas le cas, il y a très peu de listes autonomes renaissances, le président est plutôt à
01:32côté de la campagne, il n'a pas pris du tout parti.
01:35Et c'est vrai que ces élections sont coincées entre un national où il ne se passe rien.
01:38Moi je parle d'éclipse du politique depuis cette dissolution où les Français ont le sentiment que le politique est
01:44une sorte d'astre mort,
01:45il ne change plus la vie.
01:46Et l'international où justement les Français, par rapport à il y a quelques années, s'y intéressent énormément
01:50parce qu'ils ont compris que ce qui se passe en Iran, ce qui se passe dans le bureau vague
01:54de Donald Trump,
01:54vous parlez du prix à la pompe, peut avoir un impact sur la vie quotidienne.
01:57Sur nous et sur notre quotidien, on le voyait.
01:58Et donc la campagne est un peu coincée entre ces deux dimensions-là.
01:59On le voyait dans le reportage à Rouen, les gens disaient mais bon, c'est pas très passionnant la campagne.
02:05Est-ce qu'au-delà de ça, il y a quand même un désintérêt, y compris pour cette élection qui
02:09est celle du maire, l'élu préféré des Français ?
02:11Je nuancerai par rapport à ce que vous venez de dire, Maya.
02:13C'est vrai que c'est l'élection de la proximité.
02:16Le maire, quelle que soit la question qu'on pose, quel que soit l'institut, reste l'élu préféré.
02:20Dans une enquête IFOP pour l'Institut Terram, il y a deux tiers de satisfaction à l'égard de son
02:25maire.
02:25Il y a 18% par rapport au président.
02:27On voit vraiment une différence extrêmement forte parce que le maire est tout ce que n'est plus l'élu
02:32national.
02:33Il écoute, il est sur le terrain, il change la vie des gens, il transforme le quotidien.
02:37Mais on voit bien qu'il est quand même challengé par des sujets nationaux qui lui retombent dessus, dont il
02:42hérite.
02:43Et maintenant, les maires nous disent parfois je me sens impuissant par rapport aux exigences citoyennes.
02:47C'est ce qui est peut-être qu'il y aura peut-être plus d'alternance que par le passé,
02:51le 15 et le 22 mars.
02:52On évoquait le taux de participation au premier tour en 2020, donc année du Covid, 44,6% de participation,
03:00taux historiquement bas.
03:02Si on prend un peu plus de recul, c'était 70% en 2001, 67% en 2008.
03:07Donc il y a quand même une baisse de la mobilisation.
03:10Là, est-ce que vous avez testé, vous avez sondé les Français sur la participation à venir ?
03:14Oui, c'est vrai qu'on met de côté ce qui s'est passé le 15 mars 2020.
03:18Bien sûr, on votera plus dimanche prochain qu'en 2020, en tout cas, je l'espère.
03:21Mais c'est vrai que depuis 2001, vous le dites, il y a une baisse de la participation.
03:26L'idée que cette élection n'est pas si utile que ça.
03:28En plus, elle est coincée, c'est la dernière élection avant l'élection présidentielle.
03:31Là, on évalue le taux de participation autour de 60%.
03:34Ça serait 10 points de moins qu'en 2001.
03:36Il y a en gros deux scénarios qui peuvent se dessiner.
03:39Il y a un scénario que j'appelle tous dans le même sac.
03:42Au national, il ne se passe rien.
03:43À quoi bon aller voter avec en plus l'international ?
03:46Et puis, quand même, un scénario où les Français distingueraient, dans beaucoup de villes, le bon grain de l'ivraie.
03:51Ils ont vu des débats.
03:52Ils ont vu que le maire est une valeur refuge.
03:56C'est le réceptacle des colères ordinaires, des souffrances quotidiennes.
04:00Il est là, aux côtés des concitoyens.
04:01Et peut-être vont-ils aller voter.
04:03D'autant plus que cette élection, je le disais, elle est très politique.
04:05C'est le dernier scrutin, en principe, avant l'élection présidentielle.
04:08La météo, ça joue, Frédéric Dhabi ?
04:10Ou à la marge ?
04:12Oui, je pense que c'est extrêmement marginal quand on veut voter, qu'il pleut, qu'il vente le neige.
04:17Quand j'ai avancé la pluie, vous m'avez dit que c'est pas mal.
04:19Oui, c'est pas mal, parce qu'on va quand même aller voter.
04:21Mais on vote énormément dans les petites villes.
04:23N'oublions pas que la France, c'est quasiment 33 000 communes de moins de 10 000 habitants.
04:28Les communes qu'on va regarder sur toutes les chaînes le soir du vote, ce sera les grandes communes,
04:35celles de plus de 10 000, 50 000, 100 000.
04:36Et là, on vote un peu moins que la moyenne, donc un temps un peu maussade, ça peut peut-être
04:41aider.
04:41Et alors, sur quel sujet les électeurs se mobilisent traditionnellement,
04:45ou peut-être même plus cette année, sécurité, santé ?
04:48Là encore, vous les avez sondés ?
04:50Oui, justement, il y a une vraie mutation des enjeux.
04:52On a une hiérarchie des enjeux jamais vues.
04:55C'est 1, la sécurité.
04:56Je rappellerai que la dernière fois que la sécurité a été le premier déterminant du vote,
05:00c'était le 21 avril 2002.
05:01Je mets de côté les régionales de 2015 après les attentats,
05:04mais c'est quand même très fort symboliquement, avec le trafic de drogue qui devient un vrai sujet.
05:09Les gens parlent de narcotrafic, ils se sont appropriés le mot.
05:12La sécurité, la santé, l'accès aux soins, ça se pose dans tous les territoires,
05:16y compris les grandes villes, et la dette.
05:18Donc, sécurité, santé et dette, ce sont trois enjeux nationaux,
05:22trois enjeux presque régaliens.
05:23Et parce qu'ils ne sont pas traités à l'échelle nationale,
05:26ils descendent de charge.
05:28Ils ruissellent à l'échelle municipale.
05:30Et parfois, les maires nous disent qu'ils sont assez démunis face à ces enjeux.
05:33On a une sorte de nationalisation des enjeux.
05:36Bien sûr, il y a des enjeux locaux, les mobilités, le logement.
05:40Le climat s'est effondré dans les préoccupations des Français.
05:43On a une vraie mutation par rapport à ce qu'on mesurait en 2014 et en 2020.
05:47Un dernier mot, deux communes sur trois en France.
05:49Dans deux communes sur trois, les électeurs ne trouveront qu'un seul bulletin dans les bureaux de vote.
05:54J'étais très étonnée de ce chiffre.
05:56Il n'y a plus de candidats ?
05:57C'est vrai qu'il y a cet effet de loupe sur les grandes villes.
06:01Bien sûr, il y a cinq, six, sept îles, à Montpellier, je crois qu'il y en a douze.
06:04Mais dans les toutes petites communes, compte tenu de l'investissement,
06:07compte tenu des exigences citoyennes, il y a une crise des vocations,
06:11même si globalement, il y aura quand même des candidats partout.
06:14Merci beaucoup Frédéric David d'avoir été avec nous ce matin.
06:16Merci.
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