00:01– La deuxième partie de l'émission, c'est maintenant, tout à l'heure,
00:03on aura le débat avec Charles Consigny, le signé Consigny,
00:06autour de la manifestation de demain, la nouvelle journée d'action,
00:09et savoir si on doit continuer à manifester en centre-ville.
00:11Mais nous sommes avec une ministre du gouvernement Macron,
00:14c'est Sabrina Roubache, qui est avec nous.
00:16– Bonsoir, bonsoir. – Merci d'être là.
00:18Vous textotez souvent avec le président de la République ou pas ?
00:20– Eh bien, nous, on travaille.
00:21– Donc c'est des textos de boulot ?
00:24– De boulot.
00:24– Oui, parce qu'on a parlé du livre de François Degoy,
00:27vous êtes tous trop durs avec moi,
00:30ce sont des échanges des SMS entre la journaliste et Emmanuel Macron
00:34qu'elle publie, ça vous choque ces méthodes ?
00:37– Sans son autorisation, c'est curieux, honnêtement,
00:43je n'ai pas les mots, j'ai passé ma journée à essayer de réfléchir.
00:46Non, mais vraiment…
00:47– C'est une trahison ?
00:48– Ce n'est pas une trahison, c'est pire, c'est-à-dire que c'était quoi l'objet
00:54?
00:54Les échanges qu'elle a, que ce soit avec le président de la République,
00:58ça aurait pu être avec n'importe quelle politique,
00:59mais là, en l'occurrence, c'est le président de la République,
01:02les publier, alors qu'au départ, c'est des échanges politiques, en vérité,
01:07puisque dans ce que j'ai lu, de ce que j'ai vu,
01:11c'est des échanges sur des situations politiques,
01:14notamment après la dissolution, je trouve ça très bizarre quand même.
01:17– En même temps, quand on échange, vous, vous êtes une responsable politique,
01:20quand vous échangez avec un journaliste,
01:21ce n'est pas un copain, un journaliste,
01:23vous savez très bien que le journaliste va s'en servir,
01:25peut-être pour écrire un papier, pour ensuite faire un édito ?
01:29– Je pense que tous les politiques l'ont appris à leur dépens, tous.
01:33– Vous l'avez appris vous-même ?
01:34– Tous.
01:34– Vous avez été victime de ça ?
01:36– Non, mais c'est que, moi, je viens de ce milieu-là,
01:40je viens quand même de la prod, de la télé,
01:42donc j'ai grandi quand même avec des journalistes,
01:44j'ai beaucoup travaillé avec des journalistes,
01:45sur des documentaires, des films,
01:47donc plus ou moins, on va dire, j'étais avertie,
01:50j'ai les codes, mais même en ayant les codes,
01:52parfois, vous le savez très bien,
01:55il n'y a que les grands naïfs qui pensent que les off sont des off,
01:58on sait très bien que ça n'existe plus.
02:00– Mais quand Emmanuel Macron écrit à Françoise Degoy,
02:03vous êtes tous trop durs avec moi,
02:05il a raison, on est trop durs avec Emmanuel Macron ?
02:07– Moi, vous posez la question,
02:10comme vous le disiez juste avant, sur votre autre.
02:13– C'est Maurice Safran qui, tout à l'heure,
02:15disait que vous étiez la dernière macroniste de France.
02:17– La dernière, et je disais, moi, je ne défends pas,
02:20j'assume, vous voyez, je ne défends pas un bilan,
02:22j'assume un bilan, et j'assume d'être ce que je suis politiquement.
02:28C'est trop dur, j'ai toujours pensé que, de toute façon,
02:30le président était toujours mal jugé, quoi qu'il fasse.
02:33Combien de fois on a eu des débats ici ?
02:35Il dit quelque chose, il se passe un événement grave,
02:38on va chercher la petite phrase, on va l'attaquer,
02:41il fait, pourquoi il fait ?
02:42Il ne fait pas, pourquoi il ne fait pas ?
02:43En fait, moi, j'ai toujours pensé que rien n'était rationnel,
02:47notamment concernant le président de la République.
02:48– D'accord, mais pardon, regardez le climat actuel.
02:51Demain, on est à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation.
02:54Il y aura peut-être entre 500 et 700 000 personnes dans la rue,
02:57voire un million.
02:58Il y a tous les samedis des mobilisations contre la vie chère.
03:01Alors, le gouvernement essaie de trouver des solutions.
03:03On débloque les stocks stratégiques pour faire baisser le prix du diesel.
03:07– De plus de 20 centimes, je trouve qu'à la pompe, ça compte ?
03:09– Oui, bien sûr, on dit aux lycéens, on va essayer de rénover les lycées,
03:14améliorer Parcoursup, mais il y a un climat quand même qui est terrible.
03:17Comment on répond à ce climat ?
03:19– Justement, en essayant de garder la tête froide,
03:22vraiment en faisant les choses de manière pragmatique,
03:26et pardon du mot, pourtant moi je suis plutôt,
03:30comme on m'a souvent qualifié, volcanique,
03:32je pense que là c'est le moment de garder son sang froid.
03:34– Le Premier ministre le fait, le gouvernement, on le fait aussi,
03:38le président de la République l'avait dit.
03:39– Mais ça calme pas la colère ?
03:40– Non, mais tu réponds par de vraies mesures.
03:42Quand on dit par exemple, sur le bâtis scolaire,
03:45on met 4 milliards sur la table, 4 milliards…
03:47– Sous forme de prêts ?
03:48– De prêts, bonifiés.
03:49– Aux régions ?
03:49– Bonifiés, aux régions, absolument, je suis conseillère régionale,
03:52c'est de la commande publique qui arrive en plus,
03:54et qui est bien pour la rénovation de nos lycées.
03:56– Il y a des régions qui disent qu'elles n'ont pas les moyens
04:00de prendre ce prêt, parce qu'elles n'ont pas les moyens de le rembourser.
04:04– Je le sais parfaitement, je suis conseillère régionale en région sud.
04:08La réalité, c'est qu'il faut regarder lycée par lycée,
04:11c'est ça qu'il faut faire, vous savez, il ne faut pas écouter les Yaka Faucon, non.
04:15Là, on prend lycée par lycée, quels sont les travaux ?
04:19Est-ce que c'est du gros œuvre, par exemple, de la rénovation importante
04:22qui va coûter plusieurs millions d'euros,
04:24ou est-ce que c'est des travaux d'entretien, par exemple,
04:26une porte cassée, une poignée qui ne marche pas,
04:28rajouter des tables et des chaises ?
04:30La réalité, c'est qu'on demande aux hommes et aux femmes politiques,
04:34et moi, je ne le fais pas, je ne réponds pas aux injonctions.
04:37– Pardon, mais pourquoi tout ça ne se fait pas au quotidien
04:40de réparer, effectivement, une porte cassée ?
04:42– Parce qu'il y a quelque chose…
04:43– De régler un problème de chauffage ?
04:44– Il y a quelque chose qui s'appelle la commande publique.
04:46– Il faut que les lycées aient un bloc,
04:48il faut que les lycées aient un manifeste
04:49pour obtenir des choses qui paraissent de bon sens.
04:51– Qui paraissent de bon sens.
04:52– Et c'est le rôle de la puissance publique ?
04:54– La puissance publique, les régions, les régions,
04:57l'État, l'État aussi à la commande, c'est quoi ?
05:00C'est qu'on a un code des marchés publics, je vais vous dire.
05:03Je l'ai expliqué dans plusieurs lycées,
05:05moi vous le savez, je me déplace beaucoup,
05:06et on me pose cette question, mais pourquoi ça ne va pas plus vite ?
05:09Parce qu'on est en France, qui a un code des marchés publics,
05:11il y a un code de la commande publique,
05:13il y a un code de l'urbanisme,
05:14il y a des codes environnementaux,
05:16il y a des normes à respecter,
05:18et que tout ça fait que ça ralentit
05:21quelque chose qui peut vous paraître,
05:23qui peut paraître comme un immortel,
05:24tout à fait anodin, mais qui, dès qu'il s'agit
05:27de la commande publique, ça prend beaucoup plus de temps.
05:30– On s'est affranchis des règles pour Notre-Dame ?
05:31– Et je vais vous dire, sur le PJL, en construction,
05:33après les émeutes, on avait voté dans l'hémicycle,
05:36juste avant que je sois nommé.
05:37– Pourquoi on ne s'affranchit pas d'un certain nombre de règles ?
05:39– En disant qu'il y a eu urgence ?
05:40– Le Premier ministre reçoit encore les lycéens
05:43la semaine prochaine,
05:44et l'esprit de simplification
05:47que nous demandons en vérité,
05:48les jeunes, ce n'est pas compliqué ce qu'ils demandent,
05:50c'est franchement, c'est pour ça qu'on a répondu.
05:52– Ils ont dit, il y a 10 milliards, 10 mesures,
05:54et la fin de Parcoursup, c'est ce que nous ont dit
05:56leur représentant il y a quelques minutes.
05:57– Tout à fait, mais vous savez,
05:58le jour où vous me trouvez un lycéen de 17 ans
06:00qui s'est compté en milliards,
06:01vous me montrez, parce que même nous les adultes,
06:03rappelez-vous, moi-même quand j'ai été nommée
06:05au ministère de la Ville, j'ai dit, vous savez quoi,
06:07on va arrêter de parler en milliards,
06:08parce que personne ne s'est compté en milliards,
06:10en réalité, et qu'on va revenir à une politique
06:13du chiffre, on va dire, normale, basique,
06:16et on arrête de balancer des chiffres
06:17qui ne veulent rien dire.
06:18La réalité, c'est que par exemple,
06:20quand on crée 10 000 places en BTS
06:21et 5 000 places en BUT,
06:23les 10 000 places en BTS,
06:25qui vont concerner directement
06:26les lycées professionnels,
06:27donc mon périmètre.
06:29Ça, c'est concret, c'est factuel.
06:30L'année prochaine, les jeunes de lycée pro
06:32auront 10 000 places en BTS,
06:34qui est le diplôme préféré des lycéens pros.
06:38Ça, c'est pratico-pratique.
06:39Quand on dit, on rajoute 500 infirmières,
06:43psychologues, c'est pareil,
06:45c'est pratico-pratique.
06:46On a annulé, et c'était une bonne chose à faire,
06:50on a annulé la suppression de postes.
06:52Et en plus, on augmente encore de 500 postes.
06:55C'est ça qu'il fallait faire.
06:56Mais demain, il n'y aura pas que les lycéens dans la rue ?
06:57Non, non, tout à fait.
06:58Il y a des citoyens qui trouvent que la vie est trop chère,
07:01qui aimeraient que les salaires augmentent.
07:02Est-ce qu'il faut, par exemple,
07:03un coup de pouce pour le SMIC ?
07:05Moi, vous savez, je pense notamment sur les salaires
07:10qui sont au SMIC ou juste en dessous.
07:13Un effort nécessaire à faire, c'est une évidence.
07:15En revanche, attention, les chefs d'entreprise,
07:19et je vais vous dire, les organisations patronales le disent aussi,
07:22on ne peut pas faire n'importe quoi.
07:25On n'augmente pas le SMIC, comme ça, par un coup de baguette magique.
07:27Et je vais encore mieux vous dire.
07:29Vous savez, on est dans un moment politique,
07:31où la démagogie, où n'importe quoi,
07:35c'est-à-dire tout le monde dit, mais n'importe quoi.
07:38Quand vous dites tout le monde qui...
07:40Notamment les oppositions, parce que je vais rappeler une chose.
07:43Beaucoup, vous savez, monter sur une barricade,
07:45quand ça bloque et être du bon côté de l'histoire,
07:48il n'y a rien de plus facile.
07:48Par contre, ce qui est compliqué, c'est d'assumer des responsabilités,
07:51de dire la vérité et de faire les choses.
07:53Vous avez entendu ce que dit Jean-Luc Mélenchon,
07:56qui manifeste lui aussi.
07:57Il dit, Emmanuel Macron doit céder ou partir plus tôt.
08:00Vous savez, Jean-Luc Mélenchon, il a lui-même été ministre,
08:02notamment de la voie professionnelle.
08:04Oui, mais justement.
08:05Sous Jospin.
08:05Sous Jospin, absolument, il était ministre, comme moi,
08:07de l'enseignement pro et de la formation professionnelle.
08:10Et il ne me semble pas, quand il était ministre,
08:12qu'il tenait ce langage.
08:14Vous savez, il a beaucoup changé politiquement, je ne le reconnais plus.
08:16Oui, mais il est dans l'opposition.
08:17C'est normal que l'opposition s'oppose.
08:19Mais quand il dit, Emmanuel Macron doit céder ou partir plus tôt,
08:22est-ce que c'est une réflexion, ça ?
08:24Non, pas du tout.
08:24Je réponds à Jean-Luc Mélenchon,
08:25il y a un truc qui s'appelle la Constitution,
08:27la Ve République,
08:29et le président a été élu,
08:31ce qui n'a pas été son cas,
08:32quatre fois d'affilée.
08:33Enfin, je le rappelle quand même gentiment,
08:35mais je le rappelle.
08:35Et donc, il faut attendre six mois et les prochaines élections.
08:38On vous donne, vous êtes élu.
08:40Enfin, si c'est une nomination,
08:41vous le savez comme moi,
08:42on nomme et on dénomme.
08:43Regardez les ministres, regardez vos fonctionnaires.
08:45Ça, on sait faire.
08:46La réalité, c'est que quand le peuple vous donne un mandat,
08:49il ne faut pas répondre aux injonctions,
08:51notamment, et je vais vous dire,
08:53pas seulement des oppositions,
08:54de tous ceux qui maintenant,
08:56c'est facile de demander et de le dire maintenant,
08:58le président de la République doit pas dire
09:00parce que tout le monde a envie
09:01d'avancer le calendrier électoral.
09:03On a une Constitution,
09:05il me semble bien qu'on a été tous un jour élus,
09:07moi en tout cas, c'est comme ça que je prends les choses,
09:10élus ou nommés,
09:11pour respecter ce qu'est notre République,
09:14ce qu'est le cadre en réalité de notre Constitution.
09:17Et je laisse encore une fois aux uns et aux autres,
09:20vous savez, le temps de la campagne,
09:21vous le savez, va venir.
09:23Il est déjà là, en vérité.
09:24Non, mais il est déjà largement là.
09:26Là, on est dans la campagne.
09:27Oui, sans les bulletins de vote.
09:28Qui ne facilite pas d'ailleurs l'action du gouvernement.
09:30Sans les bulletins de vote.
09:31La campagne, elle se fait aussi dans la rue.
09:33Vous êtes inquiète pour demain ?
09:34Non, moi, je ne suis jamais inquiète.
09:36Vous pensez qu'on va avoir une répétition du 17 octobre ?
09:38Vous savez, moi, j'étais une militante.
09:39Enfin, moi, je suis une engagée.
09:40Donc, je ne crains jamais, au contraire,
09:43la mobilisation sociale.
09:44C'est comme ça que notre pays a avancé
09:47sur le plan social, notamment.
09:48Donc, non, rien à craindre.
09:50Au contraire, continuer de se concerter,
09:52de répondre et de ne pas répondre
09:53aux injonctions politiques,
09:55d'un calendrier politique,
09:56mais plutôt répondre à la demande sociale
09:58et aux besoins sociaux
09:59que nous font savoir
10:01et que portent les manifestants.
10:03Et je...
10:04Vraiment, vous voyez, quand je vois des...
10:05Voilà.
10:05Les manifestations, ce qui est important,
10:07c'est de se dire...
10:08Elles partent d'un point A à un point B.
10:10Ils vous disent des choses.
10:11Et par quoi c'est tout ça ?
10:13C'est massacré, c'est piétiner.
10:15Les violences, la casse, les pillages.
10:18Et en réalité, ça fait passer sous les radars
10:20les vraies revendications,
10:22tout à fait légitimes, des manifestants.
10:24Merci, Sabrina Roubach,
10:25ministre déléguée à l'enseignement,
10:27à la formation professionnelle
10:28et à l'apprentissage.
10:29J'aime.