00:03Et nous enchaînons et nous finissons même cette émission avec l'œil de l'expert.
00:07Nous allons nous demander ce que change concrètement LTIF 2 pour les professionnels de la gestion de patrimoine
00:13et si cette démocratisation des actifs non cotés est toujours sans danger ou en tout cas sans risque pour les
00:18investisseurs.
00:19Deux questions que nous allons poser à Charlet Harrault. Bonjour Charlet.
00:22Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous. Vous êtes gérant de portefeuille mais aussi associé chez Avenir,
00:27Avenir, cabinet en gestion de patrimoine.
00:30Première question qu'on a envie de vous poser, Charlet, c'est ce cadre réglementaire LTIF 2.0.
00:35Qu'est-ce qu'il a changé concrètement pour vous qui êtes un habitué de la gestion d'actifs ?
00:40Je dirais qu'il a déjà changé le seuil d'accès, le ticket qui n'est plus à 10 000
00:45euros,
00:46ce qui s'inscrit plutôt pas mal dans les PER et les contrats d'assurance-vie
00:49qui font partie des contrats où l'épargne des Français est fléchée.
00:53Donc ça a démocratisé, je dirais, l'accès à une classe d'actifs, aux particuliers, principalement.
00:59Ça, c'est vraiment la première innovation de LTIF 2.
01:02Quand vous dites PER, on entend temps long, préparation de la retraite, assurance-vie, ça peut être plus court.
01:08Est-ce que quand même derrière, on fait une sélection en termes de stratégie
01:11ou de personnes à qui on propose ce type d'investissement ?
01:14Oui, il faut cadrer déjà les choses.
01:17Mais sur un contrat d'assurance-vie, on peut avoir aussi un horizon de temps qui est long.
01:20Le PER, c'est vrai que par nature, la retraite, c'est un temps qui est long, donc ça s
01:25'y prête plutôt bien.
01:27Donc on fait bien sûr ce travail de cadrer l'horizon d'investissement.
01:31Ça, c'est une première chose, effectivement, à faire.
01:35Concrètement, comment est-ce que vous les sélectionnez, les analysez, ces fonds qui peuvent être européens,
01:41qui peuvent être investis dans l'Union européenne et qui sont permis par LTIF 2.0 ?
01:47Alors déjà, ce qui est, je pense, peu évoqué, c'est que là, on parle de private asset.
01:52C'est-à-dire qu'il y a plusieurs classes d'actifs dans le private asset.
01:54La plus connue, c'est le private equity.
01:56Bien sûr.
01:56Mais LTIF 2.0 permet aussi d'apporter des classes d'actifs qu'on ne retrouve pas souvent dans les
02:00portefeuilles,
02:01typiquement les infrastructures, non cotées, ou la dette privée.
02:05D'accord.
02:05Quand un client, effectivement, vient nous voir pour se diversifier, si l'idée, c'est juste de se diversifier
02:10et de ne pas forcément apporter un risque économique qu'il détient déjà avec des actions cotées,
02:16l'intérêt peut être aussi de l'orienter vers des actifs non cotés, comme des infrastructures,
02:22qui vont permettre aux clients d'investir dans des actifs qui sont finalement tangibles.
02:26On peut avoir des réseaux de fibre optique, des bandes de recharge pour les voitures électriques, des data centers.
02:33Quand on investit dans les infrastructures, on investit forcément dans des projets publics ?
02:37Non, non, pas forcément.
02:38Ça peut être justement des projets qui sont privés, qui sont financés justement par l'épargne privée.
02:43Donc c'est souvent des projets privés.
02:45Mais je trouve que ça s'inscrit pas mal dans le cadre de LTIF 2,
02:49puisque ça répond quand même à la semi-liquidité des fonds.
02:52Le fait d'avoir des infrastructures qui payent des loyers qui sont indexés avec l'inflation
02:57vont alimenter de manière périodique la poche de liquidité du fonds.
03:01Oui, parce qu'on rappelle que ces fonds, c'est des fonds dits semi-liquides,
03:06on parle de fonds Evergreen notamment,
03:08c'est des actifs qui sont de base illiquides,
03:11mais sur lesquels on vient rajouter des fenêtres de liquidité.
03:14On ne les rend pas liquides du jour au lendemain quand même.
03:16Exactement, on a à peu près 10 à 20% d'actifs liquides via des fonds monétaires,
03:21donc qui sont rémunérés au taux en vigueur.
03:24Et c'est ce qui permet cette semi-liquidité.
03:26Et donc c'est pour ça que je dis que les infrastructures vont permettre d'alimenter cette semi-liquidité.
03:32C'est pareil pour la dette privée puisqu'on a des coupons qui sont versés périodiquement.
03:35Donc je trouve que ça se prête bien à l'Eltif 2.
03:37Et en plus, ce sont des actifs qu'on ne voit pas souvent dans les portefeuilles de nos clients
03:41qui ont quand même l'habitude d'investir plutôt sur les marchés actions.
03:45Et c'est vrai que pour la partie equity, qui est une classe d'actifs de l'Eltif 2,
03:50On parle de capital investissement.
03:51On parle de capital effectivement investissement.
03:53Sur le private equity, on a quand même une loi de puissance qu'on appelle la power law
03:58où en gros le top 20% des gérants élites n'ont pas vraiment besoin de la collecte grand public.
04:03Et le risque, ce serait d'avoir des actifs de second rang.
04:08Et j'aime bien citer l'étude de State Street.
04:10State Street, c'est la principale banque dépositaire aux Etats-Unis.
04:15Ils ont 40 000 milliards de dollars sous gestion d'actifs non-côtés.
04:18Donc ils ont quand même de quoi faire des statistiques.
04:20Et c'est vrai que depuis les années 2000, sur la période 2000-2025,
04:24le private equity n'a pas battu le S&P 500.
04:27Donc la prime d'illiquidité n'a pas forcément payé sur cette période.
04:32Et donc ça, c'est un risque que j'aime bien quand même mettre en avant à mes clients.
04:37L'Eltif 2, on peut en faire, mais il n'y a pas que le private equity.
04:40L'Eltif 2 ouvre d'autres classes d'actifs.
04:43Ce que vous dites, c'est que finalement, les meilleurs du secteur
04:45n'ont pas forcément besoin de l'épargne des particuliers.
04:47Et il ne faut pas se laisser griser par les belles performances du private equity au global
04:51quand on veut soi-même investir dans des fonds ouverts au grand public.
04:54Voilà, pour des contraintes administratives,
04:56puisque ouvrir un fonds de private equity au grand public
04:58demande beaucoup de contraintes administratives.
05:00Et pour les grandes pépites qu'on peut trouver sur la place,
05:06effectivement, les familles et aux fils et les institutionnels
05:09ont un petit peu, on va dire, chasse gardée de ces actifs.
05:14Est-ce qu'on trouve quand même des opportunités pour le grand public en private equity ?
05:19Là, on ne parle que du private equity, on ne parle pas du non-coté au global.
05:21Oui, là, on ne parle que du private equity dans le Eltif.
05:24D'accord, oui, oui, c'est plus clair.
05:27Effectivement, justement, vous répondez un peu à la question que je voulais vous poser sur les risques.
05:30Il faut avoir aussi en tête que ça peut être des actifs risqués,
05:33ouverts au grand public.
05:34Ça amène plus de pédagogie, d'explications aussi, quand on propose ce type de fonds.
05:38Alors oui, forcément, il faut faire de la pédagogie.
05:41Ça, c'est la première chose.
05:42Et je pense qu'il faut aussi auditer la tuyauterie.
05:46Je vois pas mal pour la partie equity ce qu'on appelle des fonds de continuation.
05:51Alors les fonds de continuation, ce sont des fonds où le gérant n'a pas trouvé acheteur
05:56sur le premier fonds d'investissement qu'il avait réservé aux institutionnels.
06:00Bien sûr.
06:00Et pour recycler, finalement, et vendre les entreprises, il va créer un deuxième fonds.
06:05Bien sûr.
06:06Et qui est souvent adressé à une clientèle qui est moins regardante à travers le grand public.
06:11Oui, bien sûr.
06:11Donc il faut quand même bien auditer.
06:14Je dis pas que tous les fonds de continuation sont mauvais, mais sur la partie...
06:17Oui, parfois c'est parce qu'il y a une pépite, justement, et qu'on a envie de continuer.
06:20Exactement.
06:20Et c'est pas tout le temps l'histoire non plus.
06:21Donc je pense qu'il faut être beaucoup plus sélectif sur la partie equity de l'Altif 2.
06:27D'accord.
06:27Et apporter cette pédagogie.
06:29Et aussi, on a tout simplement des clients qui souhaitent investir dans des small caps cotés.
06:33Dans des small caps, pardon.
06:34Oui, bien sûr.
06:35Et effectivement, on n'a pas que le non-coté pour investir dans des small caps.
06:38On peut tout à fait investir via des ETF ou des OPCVM qui se payent 16 fois les bénéfices en
06:44ce moment.
06:44Donc je pense que la pédagogie permet d'orienter sur le côté, le non-coté, et dans le non-coté,
06:51la classe d'actifs en question.
06:53Si je vous suis, on a dette privée, capital, investissement, infrastructure ou immobilier, prudence sur l'equity.
06:59Et vous regardez d'un bon oeil plutôt ce qui se passe du côté des infrastructures.
07:05Alors voilà, plutôt les infrastructures.
07:07Concernant la dette privée, c'est vrai qu'on a eu le cas de Blue Hole Capital.
07:10Oui, c'était aux Etats-Unis, mais oui, bien sûr.
07:13Mais qui a bloqué le retrait massif de capitaux avec ce qu'on appelle des redemption gates, qui sont des
07:19barrières de rachat.
07:20On a vu à quoi servait une fenêtre de liquidité.
07:21Exactement.
07:23Et c'est à avoir en tête également.
07:26On va malheureusement devoir s'arrêter là.
07:27Mais merci beaucoup, Charles Léaro, d'être venu sur le plateau de Smart Patrimoine.
07:31Je rappelle que vous êtes donc fondateur d'Avenir, mais aussi gérant chez Avenir.
07:38Merci beaucoup.
07:39Merci d'avoir suivi Smart Patrimoine.
07:41On se retrouve très vite sur Bsmart4Change.