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  • il y a 9 minutes
Laurent Pietraszewski, ancien secrétaire d'État chargé des retraites et de la santé au travail, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 13 octobre. Ils sont revenus sur la crédibilité des pistes du gouvernement pour favoriser la croissance du PIB dans le budget 2027, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Laurent Pietraszewski, ancien secrétaire d'Etat à la retraite et à la santé au travail,
00:04président du cabinet de conseil Grenelle, spécialisé en médiation sociale et en management.
00:08Bonjour et bienvenue sur Good Morning Business.
00:12Le budget 2027 sera débattu à partir de cet après-midi à l'Assemblée nationale.
00:15Il prévoit 43 milliards d'économies pour ramener le déficit à 5% du PIB.
00:21Est-ce que ça vous paraît équilibré et sincère dans ce que vous avez vu dans cette copie ?
00:26Sincère, c'est toujours compliqué.
00:27Quand on voit la tendance, ne serait-ce que simplement de la dynamique du PIB,
00:33on sait que tabler sur 1% de croissance dans le pays en 2027, c'est quand même assez optimiste.
00:39Le FMI vient de réviser à 0,4.
00:40Bon voilà, la Banque de France est un peu plus prudente à 0,9.
00:43Je ne pense pas que le gouvernement de Sébastien Le Cordu soit insincère, c'est pas ça le sujet.
00:48Enfin le sujet c'est qu'ils sont optimistes.
00:49Alors vous allez me dire, c'est un peu le rôle des politiques de vouloir être optimiste,
00:53d'imprimer une dynamique au pays, on ne peut pas leur reprocher.
00:55Enfin, en tous les cas, ça fait que leur budget est construit, non pas sur du sable,
00:59mais quand même sur des hypothèses très optimistes,
01:01et ça peut effectivement les mettre en risque au final.
01:04Sur les 54 milliards qu'ils affichent de volonté de réduire le déficit,
01:11qui va persister, puisqu'en fait on essaie simplement de dépenser...
01:15On réduit la hausse, hein ?
01:16Voilà, c'est ça, on réduit la hausse, on essaie de dépenser un peu moins que ce qu'on dépense.
01:20Est-ce qu'un compromis est possible ?
01:22On voit le PS qui a déjà déposé une motion de rejet,
01:25qui va être examinée cet après-midi.
01:27Est-ce qu'on peut parvenir à un compromis ?
01:29Et si oui, sur quoi ?
01:31Là, on voit bien que la situation est assez brouillée par les enjeux politiques de la présidentielle.
01:36On a écouté Éric Ayer juste avant sur votre antenne pour nous expliquer
01:40combien on pouvait comme ça un petit peu utiliser l'économie et les règles d'or
01:45pour se faire une sorte de programme facile à lire pour les présidentielles.
01:50Le sujet, en vérité, pour le gouvernement, c'est de trouver des alliés, les bons alliés.
01:55Et jusqu'à maintenant, il a réussi à le faire.
01:58Mais vous avez raison, il est aussi tout à fait possible qu'on n'ait pas de budget.
02:01Alors si on n'a pas de budget, qu'est-ce qu'on fait ?
02:03Il faut un 49-3, il faut des ordonnances, il nous faut absolument un budget ou pas ?
02:09C'est toujours mieux d'avoir un budget.
02:10D'abord, pourquoi c'est utile d'avoir un budget ?
02:12Parce que ça permet aussi aux administrations de continuer, certes,
02:16à porter les projets qui ont été validés les années précédentes,
02:19mais aussi à en ouvrir de nouveau.
02:21C'est-à-dire que si on ne veut pas avoir un pays qui est relativement figé,
02:24souvent on dit oui, ce n'est pas si grave que ça de ne pas avoir de budget, etc.
02:27C'est quand même très embêtant.
02:28Vous avez aussi beaucoup d'entreprises qui travaillent avec l'État,
02:31qui sont des partenaires de l'État, qui ont besoin d'avoir de la visibilité
02:34sur ce que veut faire l'État.
02:36Sur le fond, on n'a pas intérêt à ne pas avoir de budget.
02:40Je crois que ce serait de mauvaise politique
02:42que le Parlement ne trouve pas des voies de passage
02:45pour obtenir et permettre à la France d'avoir un budget.
02:48Et ces voies de passage, si on les trouve avec le RN, c'est embêtant ?
02:51Écoutez, moi, je pense que la représentation nationale a la même valeur,
02:55quelle que soit l'origine politique des députés qui sont là.
03:00Ils sont députés, ils ont été élus dans un scrutin démocratique.
03:04Moi, je ne suis pas là pour mettre des bons points ou des mauvais points
03:08sur le parti politique.
03:09Bien sûr, tout le monde connaît les orientations politiques que j'ai pu porter.
03:14Je n'en ai pas beaucoup dévié.
03:15Mais très franchement, je crois qu'il faut être capable de discuter
03:18avec l'ensemble de l'hémicycle.
03:20Ce budget, c'est un signal pour les marchés, pour rassurer ?
03:23On voit que les taux s'envolent, que le spread s'envole aussi avec l'Allemagne.
03:27C'est sans doute un signal pour les marchés.
03:29C'est un signal pour l'activité économique en soi.
03:32On a évoqué ça au tout début de notre entretien.
03:35On ne peut pas avoir une volonté politique de 1% de croissance
03:40alors que les grands organismes internationaux disent plutôt que ça sera moins
03:44et ne pas avoir de budget.
03:45Parce qu'effectivement, lorsqu'on n'a pas de budget,
03:48on démontre une certaine difficulté à aller de l'avant collectivement
03:52et on va peser sur nos perspectives de croissance.
03:55Mais vous avez l'impression que ce budget peut rassurer les entreprises,
03:58les chefs d'entreprise qui nous écoutent.
04:00Vous pensez qu'ils sont rassurés quand ils voient ce budget ?
04:02Je pense qu'ils commencent à être philosophes,
04:04les chefs d'entreprise que je rencontre et ceux qui nous écoutent.
04:07Ils commencent à être philosophes en se disant
04:08« Bon, ok, c'est toujours mieux avec un budget,
04:11mais on verra bien parce qu'il y a les élections présidentielles. »
04:14Il y a ce grand moment sur le fond de débat.
04:16D'ailleurs, en fait, le sujet, même si on parle du PLF et du PLF-SS,
04:20en vérité, je crois que le monde économique attend de savoir
04:24quelles sont les grandes orientations de celles et ceux
04:26qui sont candidats à la présidentielle de 2027.
04:29Parce que nul doute qu'on aura, si on a un budget,
04:32un budget rectificatif qui sera voté par une nouvelle majorité
04:36si jamais le président ou la présidente élue décide de dissoudre.
04:41Donc, je ne dis pas qu'on est dans un moment d'attente,
04:43mais quand même un peu.
04:44On voit bien que, ok, ce débat sur le PLF et le PLF-SS,
04:48il a du sens parce qu'il est prévu, il est programmé.
04:51Donc, bien sûr qu'il faut le faire.
04:52En vérité, on a tous le regard tourné vers les programmes
04:56de celles et ceux qui se présentent au présidentiel.
04:58Vous avez été secrétaire d'État chargé des retraites.
05:01Il y a beaucoup de mesures sociales,
05:02que ce soit dans le budget ou le budget de la sécurité sociale.
05:04L'abattement de 10% des frais professionnels
05:08qui pourraient être supprimés éventuellement pour les retraités.
05:11Alors, ça a été retoqué en commission.
05:13Ça revient dans l'hémicycle.
05:15Et puis, il y a aussi cette sous-indexation des retraites
05:17à partir de 1260 euros.
05:18Est-ce qu'il faut s'en prendre à retraiter ?
05:20Et si oui, de quelle manière ?
05:22Moi, d'abord, j'ai l'habitude de répéter quand même
05:24que les retraités, si vous voulez,
05:26ce n'est pas une classe à part.
05:28Les retraités ne disposent pas d'une pompe à essence particulière
05:31quand on va faire le plein
05:33où ils ne payeraient pas de taxes.
05:35Ils payent la TVA comme tout le monde.
05:37Donc, on dit qu'on va demander aux retraités
05:39de participer aux efforts.
05:40Mais soyons rassurés.
05:41Ils vivent un peu mieux que les actifs.
05:43Ils participent déjà aux efforts.
05:45Non, mais je le dis parce que c'est...
05:46On ne veut pas croire qu'il y a que moi qui pense ça.
05:48Mais c'est juste la réalité.
05:49C'est objectif.
05:50Est-ce que les retraités payent des impôts ?
05:52Oui.
05:52Est-ce qu'ils payent de la fiscalité comme les autres ?
05:54Oui.
05:54Il y a deux écarts qui, d'ailleurs, sont tout à fait discutables.
05:58Un premier qui est cet abattement de 10%
06:01qui a construit son histoire
06:03pour permettre simplement à ceux et celles
06:06quand ils étaient retraités,
06:07qui avaient une toute petite retraite,
06:08d'avoir sans doute un peu moins d'impôts à payer.
06:11Bon, voilà.
06:11On peut regarder ce sujet et se dire que
06:14depuis 40 ans, les choses ont bien évolué.
06:16Et ça, je pense que tout le monde peut en discuter.
06:18Et puis, le deuxième sujet, c'est celui de la CSG
06:20où, effectivement, on a du mal à comprendre
06:22pourquoi il y a de tels écarts de CSG
06:24entre les retraités et les actifs.
06:26Mais ça, c'est de la fiscalité.
06:27C'est-à-dire qu'on est tout à fait à l'aise.
06:29Ce qui est assez surprenant,
06:30c'est qu'on a l'air de définir la capacité
06:34à participer au redressement financier
06:36non plus sur la capacité contributive,
06:38mais sur le statut.
06:39C'est-à-dire qu'on dit, si vous êtes retraité,
06:41en fait, l'âge, ça devient un élément clé
06:43de votre imposition.
06:44Non, ce n'est pas un élément clé de l'imposition.
06:46C'est la capacité contributive
06:49qui fait la réalité de ce que je peux payer.
06:52Les retraités aisés doivent payer des impôts,
06:54comme les autres.
06:55Il n'y a pas de raison d'ailleurs qu'ils aient
06:56des taux de CSG minorés.
06:57Et on doit aussi se poser la question
06:59de cet abattement de 10%.
07:00Oui, c'est ça.
07:01On se pose quand même la question
07:02de l'abattement de 10%.
07:02On peut faire tout ça.
07:03Mais ça n'a rien à voir
07:05avec le fait de casser le contrat de confiance
07:08qu'il y a entre les retraités,
07:11mais toutes les générations,
07:12et le système global qui dit que nous,
07:15on a un système de retraite par répartition
07:17qui lie ensemble les générations et les professions.
07:19Donc il ne faut pas créer une guerre de générations.
07:21C'est exactement ce qu'on fait.
07:22C'est-à-dire qu'en fait,
07:23on est en train de nous raconter
07:24que la génération des baby-boomers,
07:26c'est une génération dorée
07:27qui aurait bénéficié de tout.
07:29D'abord en faisant abstraction.
07:30Elle a bénéficié de certains avantages quand même.
07:32Mais écoutez, il y a des réalités objectives.
07:34On ne peut pas dire le contraire.
07:35Mais est-ce qu'il faut, en parlant,
07:37est-ce que c'est utile ?
07:38Est-ce qu'on va faire société ensemble ?
07:40Est-ce qu'on va réussir à vivre ensemble
07:41en pointant du doigt,
07:44systématiquement, les uns et les autres ?
07:45Alors là, c'est les gens qui sont malades.
07:47Là, c'est les chômeurs.
07:48Là, c'est les retraités.
07:50On ne va jamais s'en sortir.
07:50Les retraites, c'est au cœur, évidemment,
07:53du débat de la présidentielle.
07:55Certains disent qu'il faut une retraite à points.
07:57Vous étiez au gouvernement à ce moment-là.
07:59Là, c'est Gabriel Attal.
08:00Après, il y a des retraites à 65 ans
08:02que ce soit pour Edouard Philippe
08:03ou Bruno Retailleau à taux plein.
08:06Quelle est votre préférence à vous ?
08:08Ma préférence, c'est qu'on commence
08:10par se poser ensemble
08:12pour définir ce que l'on veut
08:14pour notre pays en matière de retraite.
08:17Moi, je crois qu'il faut avoir un système
08:19qui est, je vous l'ai dit tout à l'heure,
08:21contributif et assurantiel.
08:22Qu'est-ce que ça veut dire ?
08:23Ça veut dire qu'en fait,
08:24on participe à hauteur de ses revenus
08:27pour créer un système
08:29qui lie ensemble les générations.
08:31Bon, si on veut que ce système fonctionne,
08:33il faut qu'il ait de la soutenabilité financière.
08:35Pour l'instant, depuis 40 ans,
08:39la soutenabilité financière,
08:40on la fait essentiellement avec les cotisations
08:42et on la fait avec l'âge et avec la durée.
08:45Peut-être qu'on pourrait quand même se poser,
08:47et ça a été fait récemment,
08:49dans une conférence qui a réuni
08:52les partenaires sociaux,
08:53sur qu'est-ce qu'on veut collectivement ensemble.
08:55Moi, je pense que nous avons raison
08:58de vouloir maintenir ce système par répartition,
09:00de le protéger.
09:01Je suis très ouvert à ce qu'il y ait
09:03un pilier de capitalisation
09:05qui soit proposé.
09:06Encore faudrait-il quand même raconter
09:08comment est-ce qu'il va être financé.
09:11Et il faut une mesure d'âge ?
09:13La mesure d'âge,
09:15on ne peut pas ne pas discuter de l'âge.
09:18Pourquoi ?
09:18Parce qu'en réalité,
09:20et tant mieux,
09:21on vit plus longtemps.
09:22On vit plus longtemps en bonne santé.
09:23Mais à chaque fois qu'on discute de l'âge,
09:25je suis saisi quand même de cela.
09:28À chaque fois qu'on discute de l'âge,
09:29en fait,
09:30on ne se pose jamais la question
09:31du maintien en emploi et en santé.
09:33La seule chose qui préoccupe les Français,
09:35je continue, moi,
09:36à aller au sporting à Armentière,
09:37et vous savez,
09:38quand on va boire un café
09:39ou autre chose là-bas,
09:40la discussion des gens,
09:41ce n'est pas
09:41est-ce qu'on va travailler plus longtemps,
09:42c'est comment vous,
09:44gouvernement,
09:44je n'y suis plus,
09:45comment vous, gouvernement,
09:47vous allez vous débrouiller
09:48pour qu'on reste en emploi
09:49et en santé.
09:50En emploi jusqu'à l'âge de la retraite.
09:50C'est que ça le débat.
09:51Merci à vous,
09:52Laurent Pietraszewski,
09:53ancien secrétaire
09:54d'État chargé des retraites
09:55et de la santé au travail,
09:56président fondateur
09:57du cabinet de conseil Grenelle,
09:58spécialisé en médiation sociale
10:00et en management,
10:00d'avoir été notre invité
10:02ce matin
10:02dans Good Morning Business,
10:04une interview à retrouver
10:04en podcast
10:05et en replay
10:06sur l'application BFM Business.
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