00:00Mathieu, ce mardi s'ouvre à Versailles la Conférence Générale des Poids et Mesures.
00:05Alors 69 États vont tenter de s'accorder sur une heure de référence pour la Lune, c'est votre parti
00:10pris.
00:10Derrière cette question très technique en apparence, il y a un enjeu géopolitique très fort entre la Chine et les
00:15États-Unis
00:16qui se disputent, on pourrait dire, la Lune.
00:18Oui, cette réunion de Versailles, elle est loin d'être anecdotique.
00:21Sur la Lune, le temps ne s'écoule pas au même rythme que sur Terre.
00:24La gravité y est plus faible et les horloges avancent d'environ 56 microsecondes par jour.
00:29Ça peut paraître très dérisoire, mais à terme, pour faire atterrir des engins, guider des robots ou coordonner des satellites
00:35sur la Lune,
00:36il faudra une référence horaire commune.
00:38C'est un peu comme dans un aéroport, les avions et la tour de contrôle doivent partager les mêmes informations
00:43pour coordonner leur trajectoire.
00:46La question maintenant, c'est qui va réussir à imposer son standard sur la Lune ?
00:50Un peu comme en 1884, quand les grandes puissances se réunissaient à Washington pour se caler ensemble sur un même
00:56méridien.
00:57À l'époque, c'est Greenwich qui l'avait emporté car les Britanniques dominaient les mers et tous les navires
01:02utilisaient déjà leurs cartes avec leurs normes.
01:04Aujourd'hui, 150 ans plus tard, Chine et États-Unis travaillent leur propre standard lunaire.
01:10Alors pourquoi c'est si important d'imposer son standard ?
01:12Parce que le premier qui pose un standard sur la Lune prend un avantage stratégique.
01:17Un peu comme celui qui a imposé son GPS sur Terre.
01:19En ce moment, Chine et États-Unis ont les yeux rivés vers le pôle sud de la Lune.
01:24Là-bas, il y a de la glace, donc de l'eau pour faire vivre des astronautes, produire de l
01:28'oxygène et du carburant pour les futures fusées.
01:31C'est là-bas que ça se joue.
01:32Le premier qui s'y installe aura clairement un avantage stratégique.
01:36Pékin prévoit d'envoyer ses premiers astronautes sur la Lune dès 2030.
01:40Et en 2035, une base de recherche lunaire avec la Russie.
01:44Et là-haut, il n'y a pas que l'eau qui est convoitée.
01:46Il y a aussi l'hélium-3 qui est très rare sur Terre, qui serait présent dans le sol lunaire.
01:52Un combustible qui pourrait être très utile dans des domaines clés comme la fusion nucléaire ou encore la physique quantique.
01:58Côté américain aussi, le calendrier est serré.
02:01Oui, la NASA ayant pris du retard.
02:04Trump a signé un décret en décembre dernier.
02:06Il prévoit d'envoyer des Américains sur la Lune en 2028, dernière année de son mandat.
02:11Ce décret parle de jeter les bases du développement économique lunaire.
02:15Mais attention, personne n'a le droit de s'approprier la Lune.
02:19Le traité international de l'espace de 1967 l'interdit.
02:24Alors la bataille se déplace sur le terrain des normes et des règles de sécurité.
02:28Washington a lancé les accords Artemis qui prévoient des zones de sécurité autour des installations américaines.
02:35Pékin et Moscou baptisent de leur côté leur propre projet de base lunaire.
02:39Sans que ça soit inscrit dans leur plan, des hauts fonctionnaires chinois parlent déjà de la création d'une zone
02:45économique Terre-Lune.
02:47Avec une projection spectaculaire de 10 000 milliards de dollars de ressources lunaires exploitées d'ici 2050.
02:55Donc voilà, c'est aussi ça ce qui se joue à Versailles cette semaine.
02:59Derrière la fixation d'une norme horaire sur la Lune, il s'agit bien d'une lutte d'influence qui
03:04risque de rebattre les cartes géopolitiques sur Terre.
03:07Voilà, c'était l'objectif Lune pour les Chinois et les Américains.
03:12Merci Mathieu Jolivet pour votre parti pris.
03:15C'est une chronique évidemment à retrouver en podcast et en replay sur l'application BFM Business et sur toutes
03:21nos plateformes.