00:00Avec le grand entretien, Alexandre Loubet, bonjour.
00:02Vous êtes député RN de la Moselle, membre de la Commission des Affaires Économiques.
00:06Vous êtes conseiller spécial de Jordan Bardella.
00:08Est-ce que, comme François Durvis, son conseiller économique,
00:11vous avez l'intention de claquer la porte,
00:12car le programme économique de Marine Le Pen n'est pas assez libéral ?
00:16Bonjour et merci pour votre invitation.
00:19Non, évidemment, je soutiens à 100% la candidature présidentielle de Marine Le Pen,
00:24tout comme l'ensemble du Rassemblement National,
00:26en particulier Jordan Bardella.
00:28Et vous savez, être bardelliste, c'est avant tout être mariniste.
00:32Donc, vous soutenez le programme économique.
00:34Et pourtant, il y a un petit désaccord, un petit hiatus sur les retraites entre les deux.
00:38L'âge de départ à la retraite, 60 ou 62 ans.
00:42On sait que Jordan Bardella voulait aller plus loin.
00:44Est-ce qu'il faut le faire évoluer pour vous ?
00:45Alors non, il n'y a pas de désaccord.
00:47Jordan Bardella avait évoqué le fait que l'âge légal de départ à la retraite
00:51ne signifie pas grand-chose en termes de financement du modèle social
00:54pour la simple et bonne raison que l'on prend en compte les annuités,
00:57le nombre d'annuités pour pouvoir partir à la retraite à taux plein.
01:02Donc, les deux défendent la même réforme des retraites
01:06qui consiste, lorsque vous entrez sur le marché du travail avant 20 ans,
01:10à pouvoir partir à la retraite à partir de 60 ans,
01:13en ayant cotisé 40 annuités pour un taux plein.
01:16Et ensuite, se met en place un système progressif
01:19qui va jusqu'à 62 ans d'âge de départ légal à la retraite
01:22et 42 annuités pour disposer d'une pension de retraite à taux plein.
01:28Ce que vous nous dites, c'est qu'avec l'ORN, on peut partir à 62 ans,
01:30mais on n'est pas du tout sûr de toucher une pension complète.
01:32Mais tout comme avec le système actuel,
01:35étant donné qu'évidemment, la pension complète dépend du nombre d'annuités
01:40que vous avez cotisées.
01:42Je prends un exemple, si vous commencez à travailler assez tard,
01:45c'est-à-dire par exemple à 25 ans,
01:47eh bien, il vous faudra cotiser 42 annuités.
01:50Autrement dit, vous pourrez partir à la retraite dès 62 ans,
01:53mais si vous voulez un taux plein,
01:54eh bien oui, il vous faudra travailler jusqu'à 67 ans,
01:57ce qui permet une soutenabilité de notre système de retraite.
02:01Alors, on sait que la réforme Borne,
02:02elle est suspendue jusqu'au 1er janvier 2028.
02:04Vous, votre réforme à vous,
02:06elle coûterait 9 milliards selon Marine Nobel,
02:0935 milliards selon l'Institut Montaigne.
02:11Qu'il faut-il croire ?
02:13Écoutez, moi, je vous demande tout simplement de croire Marine Le Pen.
02:15Pour la simple et bonne raison que l'Institut Montaigne
02:17a toujours surévalué, surestimé toutes les politiques
02:20que propose le Rassemblement national.
02:22Mais en revanche, c'était l'Institut Montaigne
02:23qui affirmait en 2017 que la politique d'Emmanuel Macron
02:26allait nous conduire dans une trajectoire
02:28de redressement des comptes publics.
02:29En 2017, on avait un déficit public de 2,9%.
02:32Aujourd'hui, on est à plus de 5%.
02:35Autrement dit, même les socialistes géraient mieux le pays
02:37qu'Emmanuel Macron.
02:38Là, il y a 24 milliards d'écarts.
02:41Mais absolument, et j'ajoute d'ailleurs que dans leur étude,
02:43ils font une grosse erreur,
02:45c'est qu'ils considèrent, entre autres,
02:47que nous renforçons le dispositif carrière longue,
02:49alors même que ce ne sera pas nécessaire
02:51avec notre réforme des retraites,
02:53mais de manière plus générale.
02:55Vous savez, attention à un élément.
02:57Oui, il ne faut pas laisser filer le déficit
02:59du système de retraite.
03:01Mais j'alerte sur un élément.
03:02C'est-à-dire qu'en 2030, on estime que le déficit
03:05du système des retraites sera à peu près
03:06à 6,8 milliards d'euros.
03:08Ça ne représente que 3% du déficit public actuel,
03:110,3% de toutes les dépenses publiques.
03:15Autrement dit, encore une fois,
03:16oui, nous avons la responsabilité
03:18de rééquilibrer ce système de retraite,
03:20et on peut en parler si vous le souhaitez.
03:21Mais attention, ce n'est pas l'alpha et l'oméga
03:24de toutes les politiques de redressement budgétaire,
03:27puisqu'il faut impérativement, en priorité,
03:29lutter contre les grandes masses budgétaires
03:32qui viennent creuser le déficit public.
03:33Je pense notamment au train de vie de l'État,
03:37à la nécessité de désagencifier notre pays.
03:40On peut faire au moins 8 milliards d'économies
03:42assez facilement, à lutter contre le tabou
03:44de la question de l'immigration.
03:46Il faut lutter contre les excès du modèle social
03:48causé par l'immigration, au moins 20 milliards d'euros.
03:51Alors attendez, parce que vous, vous proposez
03:52une baisse de 125 milliards de la dépense publique
03:54sur 5 ans, sur l'immigration.
03:57Alors l'immigration, ça rapporte 12 milliards,
03:59dont 1,3 milliard de l'AME.
04:02Alors je ne sais pas comment on arrive
04:02aux 25 milliards par an ?
04:04Alors, aux 125 milliards, vous voulez dire ?
04:06Oui, sur 5 ans ?
04:07Alors, de manière très concrète,
04:09pour redresser le pays,
04:10il va falloir d'abord imposer une bonne gestion.
04:13Ça passe par l'instauration d'une règle d'or budgétaire
04:15dans la Constitution.
04:16Ensuite, il faut une politique...
04:18Vous, en tant que souverainiste,
04:18ça, ça ne va vous faire mal de faire...
04:20De finalement revenir sur ce diktat de Bruxelles.
04:23Absolument, mais le principe est très simple,
04:24c'est que, ce n'est pas en bon souverainisme,
04:26c'est tout simplement, j'ai envie de vous dire,
04:28en bon père de famille.
04:29Vous savez, aucun chef d'entreprise
04:32qui aurait géré son entreprise
04:33de la même manière que les derniers gouvernements
04:36ont géré l'État,
04:37ne serait resté en fonction.
04:39Il aurait au mieux été dégagé par ses actionnaires,
04:42au pire, déposer le bilan.
04:44Ça, c'est une vraie volte-face de Marine Le Pen.
04:46Mais c'est une évolution.
04:48Pourquoi une volte-face ?
04:49Parce qu'elle a toujours été contre
04:50il faut une règle d'or budgétaire
04:52pour partir...
04:54Si vous voulez, le principe que l'on veut imposer
04:55à notre gouvernement
04:56et aux futurs gouvernements
04:57qui suivront,
04:58c'est tout simplement,
04:59il faut arrêter de s'endetter
05:01pour financer le fonctionnement de l'État
05:03et son train de vie.
05:04En revanche,
05:04emprunter pour investir dans l'avenir,
05:07oui, c'est réalisable.
05:08Donc, comme je vous disais,
05:09imposer une bonne gestion,
05:10ensuite, une politique de service budgétaire
05:12avec 125 milliards d'euros
05:14d'économies nettes par an,
05:16je le précise, par an,
05:17et à cela doit s'ajouter une politique
05:20de relance économique
05:21parce que sinon,
05:23si on ne propose que de la rigueur budgétaire,
05:26malheureusement,
05:28le pays entrera dans une récession
05:30qui ne sera pas du tout vertueuse,
05:31donc il faut relancer la croissance
05:33et pour cela,
05:34nous défendrons des baisses
05:35de fiscalité ciblées
05:37pour soutenir le pouvoir d'achat
05:39des ménages
05:40et la compétitivité des entreprises,
05:41par exemple,
05:42avec la suppression d'un grand nombre
05:43d'impôts de production.
05:45Et comme je vous le dis...
05:46Justement, ça fait moins de rentrées d'argent,
05:47on ne sait pas trop quand même
05:48où vous trouvez l'argent pour...
05:50Nous présenterons effectivement
05:50notre contre-budget
05:51fin septembre,
05:52début octobre,
05:53dans lesquels vous verrez
05:54ces baisses de fiscalité
05:55qui seront intégrées
05:56dans notre contre-budget
05:57et le solde
05:59de ce contre-budget
06:00fera effectivement
06:01125 milliards d'euros
06:03d'économies nettes annuelles,
06:05je le précise.
06:06125 milliards par an ?
06:07Ce chiffre ne nous fait pas plaisir.
06:08Pas sur 5 ans, par an.
06:09Non, pas sur 5 ans, par an.
06:11Ce chiffre ne nous fait pas plaisir.
06:13En revanche,
06:14c'est ce chiffre-là
06:15qu'il faut atteindre
06:16selon la Cour des comptes
06:17pour stabiliser la dette
06:19dans notre pays.
06:20Car en réalité,
06:21en réalité,
06:22il va revenir
06:23au Rassemblement National
06:24si nous gagnons en 2027
06:25avec Marine Le Pen
06:26et Jordan Bardella,
06:27il va nous revenir
06:28le fait de devoir réparer
06:30tout le chaos budgétaire
06:31qui a été causé
06:32par tous ceux
06:33qui passent leur temps
06:34à nous donner
06:34des leçons d'incompétence.
06:35Alors, en tout cas,
06:36cette année,
06:37c'est 30 milliards
06:37que le gouvernement
06:40espère économiser,
06:41en tout cas,
06:41réduire le déficit.
06:44Pour cela,
06:45il y a plusieurs propositions.
06:47Une proposition
06:47de ponctionner l'UNEDIC,
06:491 à 2 milliards.
06:50Est-ce que c'est
06:51une bonne idée pour vous ?
06:52Écoutez,
06:53je crois savoir
06:54que l'État a ponctionné
06:56près de 12 milliards d'euros
06:57sur 4 ans
06:58à l'UNEDIC.
06:59Mais en réalité,
07:00il faut arrêter
07:01avec cette logique
07:03qu'ont les gouvernements
07:05centristes successifs
07:07de toujours prendre
07:08des mesures paramétriques
07:10pour aller endetter
07:12davantage l'UNEDIC
07:13afin de financer
07:14la dette de l'État.
07:16Donc ça,
07:16vous voterez contre ?
07:17Il faut,
07:17il faut avant tout
07:20lutter contre
07:21les grands tabous
07:22de la dépense publique
07:23que ne veulent pas
07:24aborder les gouvernements
07:25qui nous ont précédés.
07:26Il y aurait 6 à 7 milliards
07:27d'économies
07:28sur les collectivités locales.
07:29Ça,
07:30c'est une information
07:31BFM Business
07:31dans le prochain budget.
07:33Ça vous semble tenable ?
07:34Écoutez,
07:35encore une fois,
07:35j'attends de savoir concrètement
07:37quelle sera cette affectation.
07:38Je ne peux pas vous dire
07:39comme ça,
07:39de manière générale,
07:40oui,
07:40on est pour la baisse
07:41à hauteur de 7 milliards
07:42en faveur des collectivités locales.
07:44Ça dépendra
07:44qui est affecté
07:46par cette baisse.
07:47Mais oui,
07:48effectivement,
07:49les collectivités locales
07:50pour certaines
07:51sont un véritable gouffre financier.
07:53Je pense en particulier
07:54aux régions
07:54et aux EPCI,
07:56les intercommunalités
07:57par exemple,
07:58qui,
08:00viennent complexifier
08:01le millefeuille administratif
08:02et pour être conseiller municipal
08:04de Saint-Avold-en-Moselle,
08:05je peux vous garantir
08:06que cette complexification
08:07a un véritable surcoût
08:09pour le contribuable.
08:10Alors,
08:10pour trouver de l'argent
08:11et notamment 6 milliards d'euros,
08:13le gouvernement
08:13s'apprêterait
08:14à désindexer
08:16les retraites
08:16des retraités
08:18les plus aisés
08:19ou éventuellement
08:20à supprimer
08:21l'abattement
08:21de 10%
08:22pour frais professionnels
08:23où bénéficient justement
08:24ces retraités.
08:25Vous êtes prêt
08:26à voter
08:26l'une des deux mesures ?
08:27Écoutez,
08:28notre logique,
08:28elle est simple.
08:29Il faut arrêter,
08:30arrêter
08:31de toujours sanctionner,
08:32sacrifier
08:33les Français
08:33qui travaillent
08:34et qui ont travaillé.
08:35Vous savez,
08:35on a un taux d'emploi
08:36en France
08:36de 69% seulement.
08:39Pourquoi est-ce que
08:40le gouvernement
08:40ne s'attelle pas
08:41plutôt
08:42à agir
08:44pour augmenter
08:44le nombre
08:45des Français
08:45qui travaillent ?
08:46Pourquoi on continue
08:47toujours à sanctionner
08:48ceux qui bossent
08:48ou qui ont bossé
08:49dans notre pays ?
08:51En moyenne,
08:52au sein de l'Union Européenne,
08:53le taux d'emploi
08:54est de 76%.
08:56Si on avait
08:57un taux d'emploi similaire,
08:58nous n'aurions pas
08:58de problème
08:59de déficit
08:59des retraites
08:59aujourd'hui en France.
09:01Donc,
09:01la volonté
09:01du Rassemblement National,
09:03c'est de remettre
09:03la France au travail.
09:04Sauf qu'il va falloir
09:05pour cela,
09:06faire confiance
09:07aux chefs d'entreprise
09:08qui ont une défiance
09:10très forte envers vous.
09:11C'est ce que dit
09:11une enquête Opinion Web
09:12pour le MEDEF
09:12à l'occasion de la REF
09:14parce que vous avez
09:16proposé des augmentations
09:17de plus de 30 milliards
09:18dans le dernier budget
09:19et que vous voulez
09:21notamment faire passer
09:22la taxe sur les rachats
09:23d'actions de 8 à 33%
09:25pour les sociétés
09:26de plus de 750 millions
09:27d'euros de chiffre d'affaires.
09:28Ça, ça a fait grincer
09:29des dents quand même
09:30lors du dernier budget.
09:31Alors,
09:31beaucoup de réactions
09:32à ce que vous venez
09:33d'évoquer.
09:33D'abord,
09:34le sondage du MEDEF
09:35affirmait que Marine Le Pen
09:36était placé en tête
09:37dans la quasi-intégralité
09:39des items
09:39notamment
09:41auprès des patrons
09:43des chefs d'entreprise
09:43de ce pays
09:44qui sont en grande majorité
09:45des patrons de PME
09:46et de TPE
09:46et de TI
09:47notamment pour désendetter
09:49le pays
09:49pour relancer la croissance.
09:50Donc Marine Le Pen
09:51est considérée en tête.
09:52Maintenant,
09:53il y a une défiance généralisée
09:54de la classe politique
09:55malheureusement
09:55à cause de l'incompétence
09:57crasse
09:58de tous les gouvernements
09:59qui nous auront précédés
10:01lorsque nous arriverons
10:02au pouvoir.
10:03Ensuite,
10:03pour vous répondre,
10:04non, nous n'avons pas augmenté
10:05de 30 milliards d'euros
10:06la fiscalité.
10:07Ceux qui ont augmenté
10:08la fiscalité dans notre pays,
10:09c'est ce pacte
10:10LR socialiste-macroniste
10:12qui a voté un budget
10:13pour l'année 2026
10:15de plus de 37 milliards d'euros
10:17de hausse des dépenses publiques
10:18et 9 milliards d'euros
10:19de hausse de la fiscalité.
10:20Nous,
10:21ce que nous avons voté,
10:22c'est une mesure
10:22qui a été évaluée
10:23à près de 30 milliards d'euros
10:25mais qui en réalité
10:25est un mécanisme de lutte
10:26contre la fraude fiscale
10:30des multinationales
10:30extra-européennes.
10:31Donc ça ne pèse pas
10:33sur les entreprises en France.
10:34Concrètement,
10:35qu'est-ce qu'on dit ?
10:35Une entreprise comme McKinsey
10:36qui ne paie pas
10:37l'intégralité de ses impôts
10:39en France
10:40comme elle le devrait.
10:41Eh bien,
10:41on dit,
10:42très bien,
10:42vous ne voulez pas
10:42tout déclarer sur le sol français,
10:45vous ne jouez pas le jeu
10:46que joue l'intégralité
10:47des autres entreprises,
10:48alors ce qu'on va faire,
10:49c'est qu'on va taxer
10:50votre bénéfice
10:51proportionnellement
10:51à l'activité que vous réalisez
10:53sur le sol français.
10:54Et si cette entreprise
10:54s'estime lésée,
10:55eh bien,
10:56elle n'a qu'à faire
10:56comme tous les chefs d'entreprise,
10:57c'est-à-dire faire
10:58sa déclaration fiscale
10:59en France.
11:00Très, très rapidement,
11:00une dernière question.
11:01Est-ce que vous avez trouvé
11:01une banque pour financer
11:02la campagne de Marine Le Pen ?
11:03Non,
11:04nous n'avons pas trouvé
11:04de banque en Corse
11:05qui pose un véritable problème
11:07de démocratie.
11:08Vous allez lancer
11:09un grand emprunt national ?
11:10Écoutez,
11:11malheureusement,
11:11nous nous sommes empêchés
11:12de lancer un grand emprunt national
11:13comme ce fut le cas
11:15lors des précédentes élections.
11:17D'ailleurs,
11:17je note,
11:18malheureusement,
11:18que ça nous a été reproché
11:21et qu'aujourd'hui,
11:22le Rassemblement National,
11:23qui est le premier parti de France,
11:25n'a aucun moyen
11:26de financer
11:27sa campagne présidentielle.
11:29Je pense que
11:30ça devrait éveiller
11:31les Français
11:32de constater
11:33cette forte injustice.
11:35Merci Alexandre Loubet
11:36d'avoir été ce matin
11:37l'invité du grand entretien
11:38sur BFM Business
11:39à RMC Live Canal 25.
11:41Je rappelle que vous êtes
11:41député RN de La Moselle,
11:42membre de la Commission
11:43des Affaires Économiques.
11:44Une interview à retrouver
11:45en podcast et en replay
11:46sur bfmbusiness.com.