00:00Parmi les 138 députés d'extrême droite, il n'était personne, indiscret parmi d'autres.
00:04Mais depuis le 25 novembre 2025, Charles-Henri Aloncle, de son vrai nom,
00:09attire toute l'attention sur lui en transformant l'Assemblée nationale en un véritable one-man-show.
00:14Le voici propulsé au rang de rapporteur de la commission d'enquête parlementaire
00:17sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public.
00:22Des informations, attaques contre des journalistes et des humoristes,
00:25volonté de réduire le divertissement.
00:26Charles-Henri Aloncle est le petit protégé d'Éric Ciotti et un proche de Jordan Bardella.
00:30C'est aussi celui qui prétend vouloir redresser l'audiovisuel public,
00:33mais qui participe en réalité à sa perte.
00:35Le message caché est plutôt clair.
00:37Il souhaite sa privatisation.
00:40Celui que ses détracteurs de l'héros où il est député surnomment le Furoncle
00:45est rapidement devenu le chouchou des médias de Bolloré.
00:48Pascal Praud et Cyril Hanouna s'en donnent à cœur joie pour encenser son travail.
00:51Ah bah ça, c'est sûr.
00:53Charles-Henri Aloncle est un homme courageux.
00:55L'audiovisuel public est le terrain de jeu des bien-pensants.
00:58Il connaît ses dossiers, il pose les questions qui fâchent, et il est seul.
01:02Seul contre tous.
01:03Il a tout le monde contre lui.
01:04Tout le monde, sauf l'opinion publique.
01:06Charles-Henri Aloncle souhaite marquer les esprits,
01:08et cela quitte à employer les pires méthodes,
01:10comme l'humanité le rapporte depuis plusieurs mois.
01:12Entre chasseux gauchistes ou wokistes, ou tout ce qui se termine en histes,
01:16le trentenaire traque sans relâche celles et ceux qui construisent
01:19ou qui régulent les différentes entités de la télévision et de la radio publiques.
01:23L'héritage du macartisme, dans toute sa splendeur.
01:25Et donc sur Slash, j'ai vu notamment qu'il y avait eu un signalement
01:28qui avait identifié 500 contenus problématiques.
01:31Il y a eu un appel au don pour le comité justice pour Adama Traoré.
01:34Il y a eu des énonciations récurrentes sur nombre de postes,
01:37je cite, du privilège blanc.
01:39Et il y a même eu une publication intitulée, je cite,
01:41« Top 3 des érections qui existent ».
01:44Est-ce que vous comptez fermer définitivement cette plateforme,
01:46que beaucoup qualifient d'ailleurs de wok ?
01:48Charles Aloncle n'a de cesse de matraquer ses interlocuteurs,
01:51si bien que la présidente de l'Assemblée nationale,
01:53Yael Brown-Pivet, l'a rappelée à l'ordre, à l'antenne de France Inter.
01:56L'enquête peut être dévoyée ou utilisée à des fins politiques,
02:00il faut faire attention.
02:01J'appelle en tout cas chacun, le président et le rapporteur,
02:05à essayer de garder le maximum de dignité à cette commission d'enquête.
02:09Il en va de la crédibilité des travaux du Parlement.
02:11Que elle, elle intervienne, il faut le faire.
02:13Et aussi, le président qui dirige les débats de la commission d'enquête,
02:16à savoir Jérémy Patry et Lettus du groupe Horizon,
02:19a suspendu toutes les convocations,
02:21le temps des vacances d'hiver, pour tenter un retour au calme.
02:23Cette pause a dû lui paraître bien longue,
02:25lui qui adore cracher sa haine contre la radio et la télévision publique.
02:28Il attaque comme un véritable pitbull.
02:30D'où lui viennent toutes ces idées nauséabondes ?
02:32Où trouve-t-il toute cette énergie ?
02:34En fait, c'est qui Charles Aloncle ?
02:36Eh bien, c'est le fils d'une enseignante et d'un préfet,
02:38passé par les cabinets de Renaud Dutreuil,
02:40ancien ministre de Jacques Chirac et actuel conseiller de Marine Le Pen,
02:44et aussi par les cabinets de Jean-François Copé et de Brice Hortefeux.
02:47Autant dire que le petit Charles-Henri a grandi avec une certaine image de la politique.
02:51Ah bah ça, c'est peu dire.
02:53À 13 ans, lors de l'élection présidentielle de 2007,
02:55le garçon s'intéresse de près au programme de Nicolas Sarkozy.
02:59Si bien qu'en 2015, il devient le président de l'UMP de Sciences Po Paris.
03:03Et un an plus tard, l'équipe de l'ancien président de la République
03:06le catapulte à la tête des jeunes avec Sarkozy.
03:09Mais du coup, comment il a vécu la défaite de Sarkozy ?
03:12Mal.
03:13Et autant te dire que sa déculottée à la présidence des jeunes républicains en 2018
03:17n'a vraiment rien arrangé.
03:19En plus, j'ai lu dans Le Monde que c'est à partir de là
03:21qu'il a décidé de quitter les républicains
03:23et de se rapprocher des courants de la droite catho-traditionnelle,
03:26notamment des anciens de la Manifourtus.
03:27Puis, en 2023, je crois qu'il se rapproche de Jordan Bardella.
03:31Exactement, c'est ça.
03:32Le président du RN va même lui proposer, un an plus tard,
03:34de se présenter aux élections législatives, tu sais,
03:36après la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron.
03:39Aloncle va se présenter dans une circonscription attribuée au parti d'Éric Ciotti,
03:42la 9e circonscription de l'héros.
03:44Et cette alliance d'extrême droite lui permet de devenir députée,
03:46avec 51,9%.
03:48Puis, en juin 2025, le média Les Jours révèle que Charles Aloncle
03:51a été administrateur d'un groupe Facebook raciste.
03:54Et oui, et on y retrouve bon nombre d'injures.
03:57Bande de cafards, race de merde, les singes de banlieue,
03:59une bonne rafale dans cette vermine.
04:01En tant qu'administrateur de ce groupe officiel de 84 000 membres intitulé Jordan Bardella,
04:06l'une de ses missions était quand même de modérer et signaler les messages de haine.
04:09Lui et les autres députés RN, mais aussi UDR, qui géraient ce groupe, n'ont rien fait.
04:14Suite à cette affaire, Charles Aloncle a été visé par une plainte par la Maison des Potes
04:17pour incitation à la haine et à la violence en raison de l'origine.
04:20Bon, cette histoire ne semble pas tant l'affecter.
04:23Il poursuit sa vie politique tranquillement, comme si de rien n'était,
04:26et se hisse en haut de la fameuse commission d'enquête.
04:28Il y a quelques semaines, nous nous sommes entretenus par téléphone avec Charles Aloncle.
04:32Lorsque nous lui avons demandé comment il s'était familiarisé avec l'audiovisuel public,
04:36il nous a semblé vraiment très évasif.
04:38S'il doit son éveil politique et son goût du débat à l'audiovisuel public,
04:42il nous assure ne pas avoir d'expertise particulière.
04:44Il assume simplement ce rôle de rapporteur comme celui d'un simple français
04:48qui a pris beaucoup de plaisir à consommer des programmes de l'audiovisuel public.
04:51Concernant ce service public, Charles Aloncle s'interroge.
04:54Ne faudrait-il pas simplement mettre le paquet sur une ou deux très belles fictions ou séries annuelles
04:59pour les vendre à l'international, à l'image de la BBC ?
05:01Sauf que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que c'est France Télévisions, le plus gros commanditaire.
05:05Il produit cinq soirées de fiction pure par semaine.
05:08Réduire ainsi les grilles de programme serait donc dévastateur.
05:10En d'autres termes, ce que Charles Aloncle propose, c'est couper drastiquement dans les finances de France Télévisions.
05:15Cela revient à supprimer plus d'une soirée de fiction par semaine et à la casse de centaines de milliers
05:20d'emplois.
05:21Pour rappel, le conseil d'administration de France Télévisions a adopté en décembre 2025
05:25un budget qui acte un retour à l'équilibre date 2026 au prix d'un plan d'économie de 140
05:31millions d'euros.
05:32C'est énorme.
05:33Dans un communiqué, la CGT du groupe précise que ce niveau d'économie n'a encore jamais été atteint sur
05:38une seule année.
05:39Faut-il donc dire adieu au divertissement et à la culture ?
05:42Le rapporteur assure que les moyens alloués ou non à France Télévisions ne sont pas le cœur du problème.
05:47Au téléphone, il nous dit « nous pouvons toujours nous dire qu'avec plus de moyens, il est possible de
05:51mieux faire ».
05:51Mais il faut avant tout se demander quel est l'ADN de l'audiovisuel public,
05:56quelle est sa raison d'être et ses missions fondamentales par rapport aux chaînes privées commerciales.
06:00Il nous cite l'exemple de TF1 qui ne proposerait qu'un seul jeu télévisé en soirée,
06:04contrairement à France Télévisions qui en diffuse beaucoup plus.
06:06Ce contenu est pourtant ce que le public plutôt âgé recherche.
06:09Charles Aloncle pointe aussi le manque de contenu éducatif pour les plus jeunes.
06:13Il nous dit ceci.
06:13« Je vous mets au défi de trouver un programme similaire de l'émission « C'est pas sorcier »
06:17sur l'audiovisuel public. »
06:18Preuve qu'il ne sait encore une fois pas de quoi il parle.
06:20L'émission existe, mais juste sous une autre forme.
06:23Elle s'appelle « C'est toujours pas sorcier » et est diffusée sur la plateforme au cou.
06:26Et est-ce qu'il connaît la plateforme Lumni qui permet de consolider les programmes scolaires de la maternelle à
06:30la terminale ?
06:31Apprendre son alphabet et devenir incollable sur le traité de Maastricht n'aura jamais été aussi facile.
06:36Critiquer l'audiovisuel public est nécessaire.
06:38Mais lorsque le rapporteur de la commission se trompe sur des données facilement vérifiables
06:42et semble tout faire pour le rendre moins performant,
06:44ses véritables intentions posent question.
06:46Et au Palais Bourbon, des députés de gauche dénoncent son objectif caché
06:49qui serait la privatisation de France Télévisions et de Radio France.
06:53Interrogé par nos soins, Charles Aloncle ne valide pas ces suppositions.
06:56Mais il ne dément pas pour autant.
06:57Je le cite.
06:58Je ne me suis jamais exprimé sur ce sujet-là.
07:00Je ne veux pas d'ailleurs rédiger la moindre conclusion tant qu'on n'est pas allé au bout de
07:04ces auditions.
07:05Pourtant, Eric Ciotti, chef de file de son propre parti et ses amis du Rassemblement National
07:09sont plutôt pour la privatisation.
07:11Et ils ne s'en cachent même pas.
07:13Oui, je souhaite la privatisation de l'audiovisuel public.
07:15Cette télévision ne nous ressemble pas.
07:17Je vais vous dire la solution.
07:19Il faut privatiser tout ça.
07:20Nous nous pensons que dans une grande démocratie,
07:22l'État ne peut pas avoir la mainmise sur une partie très importante des médias.
07:25Et pour ne rien arranger, Charles Aloncle mène des auditions orientées
07:28comme la marionnette des médias d'extrême droite de Vincent Bolloré.
07:31A l'Humanité, nous avons contacté plusieurs députés.
07:34Parmi eux, Sophie Taillé-Pollian, députée Génération du Val-de-Marne
07:37et présidente de la commission spéciale sur le financement de l'audiovisuel public.
07:41Elle nous a expliqué au téléphone que Charles Aloncle discrédite
07:44et affaiblit celles et ceux qui construisent le service public par le règne de l'anecdote.
07:48Elle ajoute qu'une phrase prononcée à l'antenne
07:50ne peut résumer l'entièreté de l'audiovisuel public.
07:52Selon elle, Charles Aloncle détourne la commission de son objet.
07:56Et d'ailleurs, il prend un malin plaisir à s'attaquer aux humoristes
07:58mais bizarrement uniquement lorsqu'ils sont de gauche.
08:01Je voudrais vous citer un fait qui m'a particulièrement étonné.
08:05C'était le 23 juin 2024.
08:07Nous étions en pleine campagne officielle.
08:09Vous avez pas moins de 10 chroniqueurs de France Inter.
08:12Qu'ils se sont mis à chanter sur vos antennes.
08:15Je cite la chanson des gauchos.
08:17Aujourd'hui, on a encore des droits
08:20Pour combien de temps ? On sait pas
08:23Car demain, c'est cette barbée-là
08:26C'est fini pour moi, fini pour toi
08:29Alors, je vais pas revenir sur les fausses notes
08:32Je vais pas revenir sur l'humour qui reste à désirer
08:35Mais comment vous expliquer
08:37Qu'une dizaine de chroniqueurs de France Inter
08:39Se commettent dans un tel plaidoyer anti-RN ?
08:43Personne est obligé de rire aux mêmes blagues
08:44Il s'agit là du droit à la provocation
08:46Et de la liberté d'expression
08:48Que l'extrême droite explique vouloir protéger
08:50Supprimer la satire ou l'abrimer
08:52C'est amputer l'audiovisuel public et le débat démocratique
08:54Et ouais
08:55A bientôt pour un nouveau portrait !