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  • il y a 6 minutes
Regardez Face à Fogiel du 08 octobre 2026.

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Transcription
00:00Et le matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:05Et avec Marc-Olivier Fogel à 8h18, face aux crises qui s'accumulent en France,
00:10comme à l'étranger cette question, comment garder espoir dans l'avenir ?
00:13C'est tout l'objet du livre de votre invité Marc-Olivier,
00:16N'ayons pas peur, chez Robert Laffont ce matin.
00:19Vous recevez donc le général Dominique Trinquant.
00:21Bonjour mon général, bonjour Dominique Trinquant.
00:23Bonjour.
00:23Vous êtes là donc pour ce livre, N'ayons pas peur, aux éditions Robert Laffont.
00:27Vous retracez plus d'un siècle de l'histoire de votre famille,
00:30les guerres, Auschwitz, Dien Bienfou, l'Algérie, et votre thèse est assez simple,
00:35on va développer nos grands-parents ont vécu bien pire que nous.
00:38Nous vivons plus longtemps, nous sommes mieux soignés, plus libres,
00:40et pourtant nous serions beaucoup moins bien préparés à affronter les épreuves.
00:44On est devenus fragiles, mon général ?
00:46Oui, on est fragiles, et je vais vous citer en introduction la conclusion, en fait,
00:52de l'univers Bernanos qui dit que...
00:54L'espérance est un risque à courir.
00:56Exactement, l'espérance est un risque à courir.
00:58Et c'est vrai, ce que vous dites, ça m'a frappé lorsque je signais mes autres livres sur la
01:03géostratégie.
01:04Tout le monde venait me voir, les bras ballants, disant c'est une catastrophe, le monde s'écroule.
01:09Et je leur disais, regardez ce qu'ont vécu vos grands-parents.
01:11C'est ce que vous dites, puis finalement, dans les conférences que vous animez, vous dites, pensez à ce qu
01:15'ont vécu nos grands-parents,
01:16mais les gens qui nous écoutent ce matin, ils se lèvent, il est 8h19, les pandémies, la guerre en Europe,
01:23le climat, un pays endetté, les lycéens dans la rue, les prix du plein qui remontent avec le conflit au
01:28Moyen-Orient,
01:29on va en parler dans un instant des conflits, évidemment.
01:31Si vous leur dites, c'était pire hier, ça leur fait une belle jambe.
01:35Oui, non, ça leur permet de prendre du recul et de se dire, finalement, le monde a toujours bougé.
01:41Moi, je suis d'une génération des baby-boomers qui ont vécu une parenthèse, une parenthèse dorée.
01:47Et ce n'est pas le monde normal. Le monde normal bouge tout le temps.
01:51Et il faut regarder les côtés positifs. Je vous donne un côté positif.
01:53Nous sommes en Europe. Pendant des siècles, tous les pays européens se sont battus les uns contre les autres.
01:59Des massacres épouvantables. Jusqu'à 1945.
02:02Et ensuite, on a dit, c'est fini. Il ne faut plus de guerre.
02:06Alors maintenant, on a celle en Ukraine.
02:07Mais globalement, les pays européens, aujourd'hui, sont dans une ère de paix et de prospérité.
02:14Mais c'est pour ça que la fameuse phrase du général Mendon avait fait polémique,
02:16quand il a dit, il faut se préparer à ce que nos enfants meurent pour la France.
02:21Finalement, pour vous, c'était rien de neuf sous le soleil.
02:24Vous, dont le père a été tué, capitaine, tué en Algérie en octobre 1958.
02:27Vous aviez six ans. Vous racontez la scène.
02:30Deux hommes en noir à la porte et votre mère qui s'effondre.
02:33Vous dites, en fait, ce que dit le général Mendon, c'était que du bon sens.
02:37Sauf qu'on n'est plus prêt à affronter la mort.
02:40Alors, je crois que, surtout, on n'est pas prêt à affronter le combat.
02:44Vous savez, un soldat ne va jamais à la guerre pour mourir.
02:47Il y va pour gagner. Et il y va pour le combat.
02:50Et donc, il faut être prêt à affronter ces difficultés.
02:53Parce que si on n'est pas prêt à affronter ces difficultés,
02:56ce sont les difficultés qui nous boufferont.
02:58Et donc, il faut avoir une volonté de combattre.
03:02Et pour ça, on regarde le passé, revisiter le passé pour comprendre le présent.
03:05Quand on regarde votre passé, l'héritage que nous portons n'est pas un fardeau, mais une boussole.
03:09L'héritage, chez vous, porte un numéro.
03:1218-58-05.
03:13Celui tatoué sur le bras de votre grand-père, Emile Jungeney.
03:17Chef d'un réseau de résistance à Fontainebleau.
03:19Il a été arrêté, torturé, puis déporté à Auschwitz-Birkenau.
03:22Quand vous lui demandez comment il avait survécu,
03:24puisqu'on est au cœur de votre livre,
03:26grâce au latin, au sport et à la foi.
03:29C'est ça la clé, en fait, pour mieux affronter ce qu'on subit aujourd'hui.
03:33Le latin, le sport, la foi ?
03:35Alors, c'était ses clés à l'époque.
03:37Je donne le latin, aujourd'hui, je dirais l'anglais.
03:40À l'époque, c'était pour pouvoir converser à l'intérieur du camp,
03:43les gens éduqués parlaient le latin.
03:45Donc, c'est comme ça qu'il y arrivait.
03:46Le sport, parce que physiquement, il faut tenir le choc.
03:50Vous évitez le coup de crosse qui vous jette par terre et qui va vous tuer.
03:54Et puis, la foi, parce qu'il faut avoir une conviction intérieure.
03:57Il faut avoir une épine dorsale.
03:59Il faut croire qu'il y a des choses qui sont plus grandes que nous
04:01et qu'on doit se battre pour ces choses qui sont plus grandes que nous.
04:04Et aujourd'hui, c'est ce qui manque.
04:05Donc, aujourd'hui, 51% des 18-59 ans déclarent n'avoir aucune religion.
04:09Seuls 29% se disent encore catholiques.
04:11Et parmi eux, 8% fréquentent régulièrement un lieu de culte.
04:13Vous pensez que pour unir une nation et mieux affronter les conflits dont on va parler dans un instant,
04:18la foi, elle pourrait aider, en fait ?
04:20Alors, la foi peut aider, bien sûr.
04:22On a vu la récente visite du pape Léon XIV et l'engouement absolument incroyable qu'il y a eu
04:28autour de cela.
04:30La foi peut aider, mais c'est surtout, encore une fois, avoir quelque chose de plus grand.
04:35Alors que ce soit la foi catholique ou que ce soit une foi dans l'homme, pourquoi pas ?
04:40Dans la famille peut-être aussi, parce que vous le reconnaissez, je suis parfaitement conscient d'être privilégié.
04:43Une maison de famille acheteur 1749, des cousinades à 47, sauf que tout le monde n'a pas ça aujourd
04:48'hui.
04:49Une famille sur quatre, vous le rappelez, tenue par un seul parent.
04:52Quand on est dans cette situation-là, on ne trouve pas la force, en fait ?
04:56Mais, en fait, la famille est structurante.
04:59Et structurante, pourquoi ? Parce que les enfants apprennent avec leurs parents ce que c'est que la difficulté, ce
05:04que c'est que la différence, comment on est.
05:06Et donc, c'est dans la famille, les frères et sœurs, ils ne s'entendent jamais, et puis ils s
05:10'entendent beaucoup.
05:12Des petits enfants, je vois, qui se disputent, et puis la minute d'après, qui vont défendre l'un et
05:17l'autre.
05:18Donc, la famille est quelque chose d'extrait, quelle que soit sa forme.
05:21Quelle que soit sa forme, c'est extrêmement structurant, parce qu'après ça, ils s'en vont, ils quittent la
05:26famille, et c'est à eux, tout seuls, de construire leur vie.
05:30Mais il aura fallu à la fois les protéger, et les construire dans les années précédentes.
05:34La guerre dans tout ça, mon général.
05:36Hier encore, l'Ukraine, sous le feu de la Russie, au moins 15 morts, dont des enfants, justement un immeuble
05:40d'habitation frappé par un missile dans le nord du pays.
05:43Ça fait plus de 4 ans que ça dure, vous écrivez, la guerre moderne ne vise pas uniquement les armées,
05:46elle vise les sociétés.
05:47Elle cherche à les lasser, à les diviser, à les désorienter.
05:52D'une certaine manière, Poutine est en train de gagner, finalement, à l'usure.
05:55Oui, alors Poutine, c'est quelque chose d'absolument abominable.
05:58J'en parlais avec une Russe hier, qui disait, j'écoute beaucoup Poutine, il nous fascine, etc.
06:04Et à la fin, elle me dit, mais pourquoi cette guerre ? A quoi ça sert ?
06:08Et le problème, c'est que le président Poutine veut rétablir un empire qui n'existe plus.
06:13L'empire russe n'existe plus.
06:15Et donc, il cherche à conserver son pouvoir, et pour ça, il fait peu de cas des morts qu'il
06:22envoie.
06:22Et vous parliez tout à l'heure de mourir au combat, lui, il envoie vraiment des gens pour mourir au
06:27combat.
06:27Parce qu'ils n'ont pas vraiment d'issue.
06:29Et donc, je crois qu'il cherche...
06:31Pour vous, cette guerre, elle n'a pas de fin ?
06:33Elle n'a aucun sens.
06:35Pas de sens, mais est-ce qu'elle a une fin ?
06:37Alors, la fin, ça c'est une...
06:39Moi, je le dis assez brutalement.
06:41La seule fin possible, c'est quand Poutine ne sera plus là pour le faire.
06:44C'est ça pour vous, la fin de la guerre ?
06:46Complètement. Il ne peut pas.
06:47Poutine est allé trop loin pour ne pas aller plus loin.
06:50C'est l'ambassadeur Lévy, l'ambassadeur à Moscou, qui nous disait ça.
06:53Et il a parfaitement raison.
06:54Poutine est dans une impasse, et il ira jusqu'au bout.
06:57Et en Iran, on est dans une impasse, avec cette guerre qui, malgré tout,
07:00semble avoir mal été préparée.
07:02Elle a été mal préparée, au sens où, je pense que M. Netanyahou
07:06pensait pouvoir renverser le gouvernement en Iran.
07:08Il n'a pas réussi, et donc là, il y a une impasse.
07:11Et le président américain est très embêté,
07:13parce qu'il ne peut pas utiliser toute la puissance américaine,
07:15parce qu'il sait bien qu'il n'a pas été élu pour ça.
07:18Et donc, il a donné un outil formidable aux Iraniens...
07:21Pardon, au gouvernement de Téhéran.
07:24Il faut bien faire la différence entre les Iraniens et le gouvernement de Téhéran.
07:27C'est le détroit d'Hormuz.
07:28Et le détroit d'Hormuz, qui perturbe tout.
07:31Mais là aussi, je dis, le détroit d'Hormuz, il y a 40 ans,
07:35il n'avait pas cette importance-là.
07:37Aujourd'hui, il a une importance comme ça.
07:39Maintenant, on voit que les Émirats arabes unis passent à côté du détroit.
07:43L'Arabie saoudite cherche à passer à côté du détroit.
07:46Il a une importance ponctuelle aujourd'hui.
07:48Alors, vous me direz, ça pose les problèmes aujourd'hui.
07:50C'est en relativisme, d'une certaine manière.
07:52Bien sûr.
07:53Et là, comment on sort aussi de ce conflit-là,
07:55quand vous dites que les alliés, aujourd'hui, sont indispensables,
07:58mais c'est une puissance d'abord attentive à ses propres intérêts.
08:01Comment on sort de ça ?
08:02Eh bien, c'est d'arriver à trouver, malheureusement,
08:05le plus petit dénominateur commun.
08:06On le parle en Europe.
08:07Je parlais tout à l'heure de l'Europe et de la chance qu'on a d'être dans une
08:10ère de paix.
08:11Mais il faut se battre pour ça.
08:12On est 27 pays, peut-être plus bientôt.
08:15Et ces 27 pays ont une histoire des langues différentes,
08:18ont des perceptions différentes.
08:19On le voit bien avec l'Allemagne en ce moment.
08:21Et il faut arriver à comprendre qu'il y a un plus grand bien à être en paix que de
08:26se chamailler.
08:27Vous dites tout ça au moment où les lycéens sont dans la rue.
08:30Vous êtes sévère sur notre manière d'éduquer, vous, le général, nos enfants.
08:33Les écrans, l'immédiateté, la difficulté à se concentrer,
08:36une certaine peur de l'effort.
08:37Vous défendez l'exigence de l'école.
08:40Vous parlez même favorablement de l'uniforme.
08:42L'exigence, c'est une forme de respect.
08:44On n'est pas assez exigeant par rapport à nos jeunes qui sont dans la rue ?
08:47Oui, tout à fait.
08:48Écoutez, moi j'ai beaucoup de petits-enfants, 13,
08:51et donc je connais ces jeunes.
08:53Mais ces jeunes, il faut les habituer à ne plus regarder leur nombril
08:58et à regarder ce qu'il y a autour d'eux
09:00et de voir pourquoi ils sont là.
09:03Qu'ont-ils à passer ?
09:04Qu'ont-ils à faire ?
09:04Pas seulement pour eux, globalement pour la société.
09:07Et si vous voulez, aujourd'hui, les lycéens ont des problèmes
09:10dans un certain nombre de lycées sur l'infrastructure, on est d'accord.
09:13Mais le problème, c'est qu'à côté de ça, c'est un, instrumentalisé,
09:17et deux, il y a des jeunes qui viennent là, uniquement pour casser,
09:21et qui polluent complètement le débat.
09:23Donc plutôt de la discipline, vous qui avez été élevé à l'internat du lycée militaire de Saint-Cyr,
09:27ça a du bon en fait.
09:28Ah mais moi j'en garde un souvenir fabuleux.
09:30Vous savez, on étudiait, on faisait du sport, on se faisait des camarades.
09:34Et aujourd'hui, 60 ans après, je me délecte encore du temps que j'ai passé dans ce lycée.
09:41L'espérance est un risque à courir.
09:43Bernanos, vous avez démarré comme ça, n'ayons pas peur des...
09:45N'ayons pas peur, revisitez le passé pour comprendre le présent.
09:49Merci mon général.
09:50Merci beaucoup de m'avoir interviewé.
09:52Merci beaucoup.
09:53Merci Marc-Cyr.
09:54Discipline Céline.
09:55Toujours.
09:55Toujours avec vous.
09:56Toujours, toujours.
09:58Discipline.
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