00:01RTL Matin, Olivier Bois
00:048h17, comme chaque matin, face à Fogiel, interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:07Ce matin, vous recevez Serge Lama, qui vient de fêter ses 83 ans.
00:12Il se dévoile dans un documentaire qui vient de sortir au cinéma.
00:15Et ce matin, il est à votre micro, Marc-Olivier.
00:17Et bonjour Serge Lama.
00:19Bonjour Marc-Olivier.
00:20Vous retracez vos 60 ans de carrière dans un film documentaire qui est profondément touchant.
00:25Depuis 2021, vous avez dû faire vos adieux à la scène à cause de vos problèmes de santé,
00:29des séquelles que vous gardez de ce fameux accident de la route.
00:32On va y revenir, c'était en 1965.
00:34Aujourd'hui, vous avez des difficultés pour tenir debout.
00:37Comment vous allez ce matin ?
00:38Je vais être très bien.
00:41Le reste, ça va.
00:42C'est mes jambes qui sont un problème, ma jambe gauche.
00:45C'est que le corps lâche d'une certaine manière ?
00:46Oui, le corps lâche, la jambe gauche lâche.
00:49Je ne la sens pas.
00:50C'est-à-dire que le public m'a vu chanter sur une seule jambe pendant toute ma carrière.
00:55Et ça, cette jambe gauche me sert de pivot.
00:57Il n'y a que la jambe droite qui peut faire un peu dans sorte de claquette.
01:01Et aujourd'hui, c'est plus possible pour vous ?
01:03C'est-à-dire que c'est un effort permanent d'être debout ?
01:05Levez la jambe, je me fais mal.
01:07Et puis les blessures ne guérissent pas facilement aux pieds.
01:11Alors, il faut que je fasse très attention.
01:14Je suis à un âge où c'est normal un peu de s'arrêter, normalement.
01:18Normal de s'arrêter, sauf qu'on dit qu'on ne s'arrête jamais quand on est chanteur.
01:21Mourir sur scène.
01:23Vous, ce n'est pas sur scène que vous allez mourir le plus tard possible.
01:25Non, non, parce que j'ai vu tellement de gens qui se sont arrêtés trop tard.
01:30Alors, je ne veux pas commettre cette erreur.
01:33Je n'ai pas envie qu'on me voie dans des conditions.
01:36Et puis, je n'ai pas envie de chanter assis.
01:38Mais est-ce que c'est dur d'être d'une certaine manière enfermé dans son corps
01:41et de ne plus aller à la rencontre du public ?
01:44Vous qui avez ce rapport si particulier avec le public, Serge Lama.
01:47Dire que ce n'est pas dur, je ne le dirais pas.
01:49C'est difficile, mais il y a des moments où il faut prendre des décisions difficiles.
01:53Là, c'en est une.
01:55Et la décision difficile, quand vous la prenez, quand vous dites tout le reste va bien,
01:58le moral va bien aussi, Serge Lama, ou alors, finalement, de devoir se recroqueviller d'une certaine manière,
02:03c'est aussi difficile pour le moral.
02:04J'ai une belle vie quand même.
02:06Je suis entouré de gens que j'aime.
02:07Je n'ai pas de problème psychologique particulier.
02:11Vous dites j'ai une belle vie.
02:12Une vie, on le sait, c'est aussi pour ça qu'on aime.
02:15Il y a eu énormément d'épreuves que vous avez surmontées.
02:17D'ailleurs, dans le documentaire, on dit que vous êtes un chanteur inconsolable.
02:20Vous retenez les beaux côtés de la vie, pas les coups durs de la vie ?
02:23Ma vie est bâtie sur un drame.
02:26Et tout a été comme ça.
02:28Alors, il faut les rappeler, ces drames.
02:29Le drame, c'est l'accident de voiture que vous avez eu très tôt, en 1965.
02:34Vous avez vu partir votre amour de toujours, Liliane.
02:38David Cerrero a très bien cerné ça.
02:40Il a tout de suite compris que ma vie était construite sur quelque chose d'épouvantable.
02:46Mais ça veut dire que l'homme est mort à ce moment-là aussi, d'une certaine manière ?
02:49Une partie, certainement.
02:51En fait, celui qui est devenu Lama, c'est celui qui est après l'accident de voiture.
02:56J'ai été chauvier jusqu'à l'accident, le nom de mes parents.
03:00Et après l'accident, je suis devenu Lama parce que je n'avais pas le choix.
03:04Pas le choix parce qu'il faut le dire qu'à ce moment-là, 48 heures de coma, une mâchoire
03:08cassée, la jambe éclatée.
03:09Vous étiez entre la vie et la mort.
03:11Et les médecins vous ont dit, vous ne chanterez plus jamais.
03:13Vous vous avez dit non seulement je vais chanter, mais je ferai l'Olympia.
03:15D'une certaine manière, on peut dire que la persévérance et l'espoir, c'est ce qui vous ont permis
03:19de tenir.
03:19Vous ne chantez pas pour séduire, mais par nécessité ?
03:22J'ai chanté longtemps par nécessité et j'ai toujours chanté par plaisir.
03:27J'ai quasiment chanté toutes les années.
03:30Je n'ai pas arrêté, je n'ai pas réfléchi, je fonçais.
03:34Vous parliez des drames qui vous ont percutés.
03:36Le premier, c'était cet accident de voiture.
03:38Et vous parliez aussi de la mort de vos parents.
03:39C'était en 1984.
03:41Vos parents sont victimes d'un accident de voiture encore.
03:43Votre père décède sur le coup.
03:45Votre mère succombe de ses blessures trois mois plus tard.
03:47Cette énergie qui est la vôtre pour surmonter les drames, vous l'appuisez d'où, Serge Lamain ?
03:51Je ne sais pas.
03:52J'étais en pleine énergie positive, puisque Napoléon, pour lequel j'ai dû me battre,
03:57parce que personne ne voulait que je monte Napoléon.
04:00Et je monte Napoléon, c'est un succès phénoménal.
04:03Et tout de suite, on me tape dessus, quoi.
04:05Comme si je n'avais pas le droit à être heureux en permanence.
04:09C'est tout d'un coup, on arrive à 19h au théâtre, et puis on vous dit, ton père est
04:13mort.
04:14Et puis ta mère est dans un très mauvais état.
04:17Alors, il faut assurer le spectacle le soir.
04:20Céreau, sa fille qui est mort, il a joué le soir la cage au folle.
04:25Moi, Napoléon, je chantais, il y avait des appuis des copains autour.
04:28Mais c'est comme des moments terribles.
04:32Je n'ai pas le droit d'être heureux, complètement.
04:34Il faut qu'il se passe quelque chose qui m'empêche d'être heureux, quelque part, oui.
04:38C'est ce qui fait dire dans le documentaire à tous ces gens que vous êtes inconsolable,
04:41et c'est ce qu'on entend dans vos chansons ?
04:42Oui, certainement.
04:43Il y a une grande solitude personnelle que j'ai eue depuis l'adolescence,
04:49quelque chose de l'ordre, de l'ennui baudelaireien,
04:53qui me hante un petit peu, qui m'a toujours poursuivi.
04:57Et on sent dans mes chansons cette solitude,
05:00toutes mes chansons tragiques, la plus célèbre, je suis malade.
05:04Évidemment.
05:05Au fond, c'est une plainte d'un homme.
05:07Je serais une bête, je hurlerais à la mort, je veux dire.
05:10Et comme je suis un homme, je chante, je suis malade, voilà.
05:12Mais vous chantez aussi les femmes, Serge Lamar ?
05:14Oui, parce que c'est elles qui m'ont sauvé.
05:16Parce que les femmes, ça a été presque le but de ma vie.
05:20J'ai eu des femmes extraordinaires, j'ai eu cette chance-là.
05:23Bon, même les femmes qui m'ont entourée, aussi Simone Marouani,
05:26qui a été une femme exceptionnelle, mon agent.
05:29Évidemment, Michel, qui a été une femme formidable.
05:33Et toutes les femmes que j'ai rencontrées dans ma vie,
05:36de loin ou de très près, ont été des femmes qui m'ont apporté
05:40de quoi tenir comme des étés, comme des appuis,
05:44comme des choses qui m'ont tenu debout au quotidien et sur le temps long.
05:48Mais là aussi, on a l'impression que les femmes, je mets des guillemets,
05:50vous les dévorez d'une certaine manière comme vous dévorez la vie,
05:52avec peut-être même un amour pluriel.
05:54Vous aviez besoin, d'une certaine manière, d'avaler la vie et d'être...
05:58D'avaler l'amour, d'avaler la vie, d'avaler tout ce qui m'avait manqué.
06:02Quand j'étais petit, j'avais besoin de le conquérir à travers les êtres vivants
06:07qui me donnaient cette chose-là, cette clarté-là.
06:10Et elle, elle le comprenait ?
06:11Pour la plupart, oui.
06:12Et aujourd'hui, Serge Lama ? Quel âge vous avez d'ailleurs, aujourd'hui ?
06:1583 ans.
06:16Depuis mercredi ?
06:17Voilà.
06:18Vous êtes rassasié, d'une certaine manière,
06:20où cette vie que vous avez dévorée pour combler des failles,
06:22aujourd'hui, vous vous êtes plus apaisé.
06:24Apaisé, on ne l'est jamais.
06:26On ne l'est jamais vraiment, heureusement d'ailleurs.
06:28C'est ça qui fait avancer.
06:29On cherche toujours des choses.
06:31J'écris toujours, j'écris tous les jours.
06:33Vous écrivez tous les jours ?
06:34Ah oui, tous les jours.
06:35Sur quoi ?
06:36Sur des thèmes qui sont les miens, sur fond de solitude.
06:39C'est ma base profonde, sur fond de joie parfois,
06:44puis des chansons d'amour.
06:45Alors là, des chansons d'amour tout le temps.
06:47Mais qu'est-ce qui rend joyeux aujourd'hui, Serge Lama,
06:4983 ans, bloqué dans son corps,
06:51plutôt chez lui, plus à la rencontre du public,
06:54dans un monde qui va mal ?
06:55Pas grand-chose, effectivement,
06:57mais il y a mon épouse,
06:58qui me sert de près,
07:00qui m'appuie,
07:00qui me donne des pulsions de cœur,
07:03des pulsions de vie.
07:04Et mon fils, mon grand-fils,
07:0643 ans,
07:07et puis des amis.
07:08Et peut-être, Serge, aussi,
07:10le fait d'être à nouveau redevenu à la mode,
07:12d'être à nouveau re-sollicité
07:13depuis des victoires de la musique,
07:14c'est peut-être ça aussi qui vous rend joyeux.
07:16Comment, en fait, vous le vivez, ça ?
07:17C'est comme un coup de poing, quelque part,
07:19parce que, tout d'un coup,
07:21tout le monde se rue sur moi.
07:23Je retrouve l'époque de « Je suis malade ».
07:27Mais à un âge où je ne m'attendais pas
07:29à ce que tout le monde vienne me prouver
07:31son amour et sa passion,
07:33que j'ignorais.
07:34Tous ces chanteurs que j'admire,
07:36tout d'un coup, ils arrivent,
07:37tout d'un coup, tout le monde vient.
07:39Les producteurs viennent me chercher.
07:40En veux de moi,
07:41je suis ému et très surpris.
07:44Et l'actualité,
07:45est-ce que ça a tendance à vous déprimer ?
07:48Oui, ça me déprime,
07:49parce que je vois le monde
07:50qui va très, très mal, là.
07:52Tout le monde se prépare à la guerre
07:54et sur le pied de guerre,
07:55et c'est vraiment une angoisse
07:57pour les gens jeunes, surtout.
07:58Je me dis,
07:59qu'est-ce qu'ils vont devenir ?
08:01Vers quoi on va ?
08:02Parce qu'on ne sait même pas
08:03vers quoi on va.
08:04On voit les grands blocs
08:05qui se reconstituent.
08:07Bon, il y a des fous
08:08à la tête de tous les gouvernements.
08:12Alors, il faudrait qu'il y ait
08:13un homme sage
08:14qui, en même temps,
08:15ait la force
08:16et la détermination,
08:18viendra-t-il ?
08:18Vous êtes inquiet pour 2027,
08:20vous, Serge Lama ?
08:21Oui, je suis inquiet, oui.
08:22Et pour revenir à vous,
08:23il va se passer quoi,
08:24maintenant, pour vous, Serge ?
08:25Un album avec toutes ces chansons
08:27dont vous m'avez parlé
08:27et qui sont dans vos tiroirs ?
08:29Vous écrivez tous les jours ?
08:30Je ne sais pas si j'aurai envie
08:31de le chanter.
08:33Vous savez, à mon âge,
08:34je ne vais pas me mettre
08:36à la télévision avec ma gueule
08:37de 85 ans
08:38que j'aurai
08:39si j'y arrive.
08:41Si j'y arrive,
08:41ça veut dire que
08:42la mort, elle rôde ?
08:43Vous y pensez ?
08:44Elle rôde forcément
08:45à 83 ans.
08:46On y pense beaucoup
08:47à 83 ans ?
08:48Ah non, on ne pense pas
08:49qu'à ça, je vous rassure.
08:50Mais on y pense,
08:51forcément qu'on y pense.
08:52Souvent, il y a des chanteurs
08:54qui veulent chanter encore
08:55parce qu'eux,
08:55ils sont poussés
08:56par ce besoin
08:57de repousser la mort
08:58quelque part.
08:59Quand vous voyez
09:00la nouvelle génération,
09:00vous avez aujourd'hui
09:01un ou une héritière ?
09:03Ce que je pratique
09:04comme chanson,
09:05ça n'existe plus.
09:07C'est-à-dire qu'il n'y a plus
09:08des chanteurs comme moi,
09:09il n'y a plus de chanteurs
09:10à voix,
09:11il n'y a plus de chanteurs
09:11qui ont une voix.
09:12Sardou et moi,
09:13on est les deux derniers.
09:14Mais est-ce qu'il y a des chanteurs
09:15qui trouvent grâce à vos yeux ?
09:16Parce que dans le documentaire,
09:17Marie-Paul Bell,
09:18elle dit aujourd'hui,
09:19on a l'impression
09:19que certains chanteurs
09:20n'ont pas l'impression
09:21de comprendre ce qu'ils chantent.
09:22Est-ce que vous,
09:22vous vous dites peut-être
09:23qu'il n'en existe plus
09:24des comme vous,
09:25mais il en existe des différents
09:26qui trouvent grâce à vos yeux ?
09:27Moi, j'aime bien Oriel San.
09:29Ce n'est pas un chanteur traditionnel,
09:32mais je trouve qu'il écrit
09:33des textes très intéressants.
09:35Je trouve visionnaire
09:37d'une certaine façon.
09:39Et je trouve qu'il évolue
09:40en plus d'une façon
09:41très intéressante.
09:42Mais c'est vraiment
09:44l'arbre qui cache la forêt, quoi.
09:46Mais Oriel San,
09:47j'ai une faiblesse pour lui,
09:48de cœur.
09:49Donc Serge Lama
09:49qui adoube ce matin,
09:50Oriel San, au micro d'air.
09:52Et d'aventure en aventure,
09:57de train en train,
09:59de port en port,
10:01jamais encore,
10:02je te le jure,
10:04je n'ai pu oublier ton...
10:07D'aventure en aventure,
10:08magnifique chanson de...
10:09...
10:09...
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