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Regardez Face à Fogiel du 09 avril 2026.
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00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h17, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, après quasiment 4 ans d'une détention inique
00:09en Iran,
00:10ils sont en fin de retour au pays, Cécile Collère et Jacques Paris.
00:13Et ce matin, Marc-Olivier, vous recevez l'ambassadeur de France à Téhéran, Pierre Cochard,
00:17qui les a ramenés à la maison hier, après avoir passé plusieurs mois à leur côté à Téhéran.
00:21Bonjour Pierre Cochard, merci d'être là.
00:23Bonjour.
00:23Vous avez donc atterri avec Jacques Paris, Cécile Collère hier, après un long périple.
00:27Donc, vous allez nous raconter, tout d'abord, où ont-ils passé leur première nuit en France ?
00:33Leur première nuit en France, ils l'ont passé à l'hôpital, comme c'est, je dirais, d'usage pour
00:37des compatriotes
00:40qui reviennent après une longue période de détention.
00:43Donc, ils sont à l'hôpital, mais ils vont bien, c'est fait partie de la procédure normale,
00:47et ils en sortiront certainement très rapidement.
00:49Ils vont bien, puisqu'ils ont passé 5 mois avec vous, vous allez nous raconter, en résidence assignée à l
00:53'ambassade.
00:54Physiquement, après ce qu'ils ont vécu, et ils l'ont raconté hier dans la cour de l'Elysée,
00:58c'est de la torture, mais physiquement, moralement, ils vont bien.
01:03Oui, ils vont bien parce qu'ils ont eu une volonté de faire pendant cette période.
01:07Donc, ils n'ont pas cédé aux pressions, ils n'ont pas cédé non plus à ce qu'implique la
01:11détention.
01:11Ils ont fait du sport en cellule, ils ont toujours voulu tenir, et ils ont tenu.
01:15Donc, ils vont bien, aussi bien et beaucoup mieux qu'on pouvait le craindre après,
01:20notamment que je les ai rencontrés à la prison d'Evine.
01:23Et je crois que ça s'est senti hier, lorsqu'ils se sont exprimés.
01:27Ils sont toujours combatifs, et ils ont la volonté de reprendre une vie normale.
01:32Vous, depuis quand vous savez que vous allez les ramener en France ?
01:35D'abord, nous y travaillons depuis des mois, depuis que je suis arrivé en Iran.
01:39C'est-à-dire, quand ?
01:40Je suis arrivé, moi, le 1er juillet en Iran, juste après la guerre des 12 jours.
01:44On a eu, au cours de cette période, des signes contradictoires.
01:48Donc, on a eu des périodes d'espoir, où on espérait que ça se concrétise très vite,
01:51et puis des périodes de déconvenus, quand la guerre a éclaté.
01:55On s'est dit, mais qu'est-ce qui va se passer ?
01:56Est-ce qu'on va pouvoir continuer nos contacts avec les Iraniens pour aller vers cette libération ?
02:00Et là, vous avez eu le feu vert quand ?
02:01Alors, le feu vert, il a été en plusieurs étapes,
02:03mais l'élément important, c'était la conversation du ministre avec son homologue Araqchi dimanche,
02:07dans lequel la volonté de tourner la page et d'aboutir a été clairement exprimée.
02:12Ensuite, il a fallu la mettre en œuvre.
02:13C'est toujours compliqué, bien sûr, lorsqu'on discute de la mise en œuvre d'une décision comme celle-ci.
02:19C'est vous qui avez discuté pour la mise en œuvre ?
02:21Oui, on a discuté avec...
02:22Avec des interlocuteurs, pour certains, qui ont dû mourir entre-temps, non ?
02:24Alors, pas ceux avec lesquels on parlait ces derniers jours,
02:27mais bien sûr, c'était le cas de certains de nos interlocuteurs.
02:29Donc voilà, on a concrétisé cette décision,
02:33on a eu le feu vert vraiment complet pour partir la veille même de notre départ.
02:37Mais comment, dans des conditions de guerre,
02:39on discute avec un régime fragilisé et sous les bombes ?
02:43Eh bien, on essaye, on discute parfois par téléphone,
02:45parce que les personnes ont peur de donner des rendez-vous physiques.
02:49Certains de nos interlocuteurs ont été ciblés.
02:51Donc, mais enfin, on a maintenu, et c'est essentiel dans notre travail,
02:55le contact avec les principaux interlocuteurs.
02:57J'imagine que vous n'allez pas nous raconter, évidemment,
02:59les éléments clés de la négociation,
03:00mais quand même, qu'est-ce qui a été déterminant ?
03:02Le fait qu'il y ait l'ultimatum de Trump,
03:04et le fait aussi que les MOLA avaient envie de paraître
03:06les gentils dans l'affaire, libérer les Occidentaux ?
03:08Il y a beaucoup d'éléments.
03:10Depuis le début, nous savons qu'il y a, au sein du régime,
03:14des personnes qui veulent tourner la page.
03:15D'accord.
03:15Qui veulent tourner la page.
03:17Qui ont essayé de le faire avec...
03:20Voilà, c'était un processus très long.
03:21Après, beaucoup de facteurs jouent, bien sûr.
03:24Mais là, le déterminant de dernière minute,
03:26il y en a bien un qui, à un moment donné,
03:27fait déclencher le truc.
03:28Écoutez, il y a eu beaucoup d'éléments.
03:29Non, je ne pense pas qu'il y ait eu un seul déterminant.
03:31Il y a eu, comme cela a été dit, la médiation,
03:33en tout cas, l'intervention du Qatar,
03:36du Doman, pardon, qui a été déterminante,
03:38et qui a donné un coup de pouce.
03:41Alors que nous avions rassemblé les éléments,
03:42ça a été important.
03:43Mais je ne peux pas dire qu'il y a eu un élément décisif.
03:46C'est vraiment le résultat de mois de travail.
03:47La veille au soir, on vous dit, ok,
03:50vous les prévenez, c'est si les Jacques,
03:51ils vous disent quoi ?
03:52Ça fait 4 ans qu'ils sont en Iran,
03:565 mois dans la résidence,
03:58quand vous allez leur dire, on part demain ?
04:00Je suis d'abord allé leur dire,
04:02tenez-vous prêts, mais ce n'est pas sûr.
04:03Et je leur ai dit, on part demain à 22h.
04:06Donc là, bien sûr, il y a l'euphorie,
04:08mais il y a aussi l'inquiétude,
04:10parce que c'était la première étape
04:12de cette sortie du territoire
04:14et du retour en France.
04:14Donc on savait que le trajet n'était pas forcément facile,
04:18mais bien sûr, un grand soulagement pour eux
04:20qui s'est développé,
04:22qui s'est amplifié tout au cours de ce trajet.
04:24Mais vous avez dormi la nuit précédente ?
04:27Très peu, très peu.
04:27Très peu, j'imagine.
04:29Il y avait l'excitation.
04:30Bien sûr.
04:30Racontez-nous comment ça se passe.
04:31Vous rentrez dans la voiture, vous êtes combien dans la voiture ?
04:33Nous sommes six.
04:34Six.
04:35Six plus une conductrice qui est notre employée locale en Iran.
04:40Et voilà, nous rentrons, nous sortons de la résidence.
04:43Il n'y a pas grand monde dans les rues à cette heure-là.
04:45Nous sommes partis à 6h30.
04:46Et puis, on surveille le trajet pour être sûr
04:49de ne pas rencontrer d'obstacles.
04:51Il y avait eu une nuit avec d'énormes bombardements,
04:56y compris proche de l'ambassade.
04:57Donc bien sûr, on est attentifs aussi à ce qui se passe autour de nous.
05:01Mais il y a une coordination avec les forces israélo-américaines
05:03pour permettre votre...
05:05Il y a d'abord une coordination avec les autorités iraniennes.
05:08Nous notifions notre trajet précisément.
05:11Et donc, elles font le nécessaire.
05:13Elles essayent de faire le nécessaire pour que sur le trajet,
05:15il n'y ait pas d'encombre.
05:16Mais nous notifions aussi, bien sûr,
05:19aux Israéliens, aux Américains, notre trajet.
05:21Et vous êtes protégé par les forces spéciales françaises sur place ?
05:23Pas du tout.
05:24Pas du tout ?
05:24Non, non.
05:25Donc, là-dessus, vous roulez.
05:26Et ça dure 11 heures ?
05:28Ça dure 9 heures jusqu'à la frontière.
05:32Ça dépend.
05:32Mais là, la circulation était bonne.
05:33Et nous n'avons pas rencontré de checkpoints.
05:36En tout cas, pas de checkpoints problématiques.
05:38Et donc, le trajet s'est bien passé.
05:40Et à la frontière, vous restez 4 heures pour la traverser, la frontière ?
05:42Voilà, on est resté 3 heures parce qu'en effet,
05:45il faut discuter d'une situation inhabituelle.
05:48Ça veut dire que ce n'est pas sûr jusqu'à la dernière seconde ?
05:51C'est un élément de tension qui apparaît, en effet.
05:55Jacques et Cécile avaient des passeports,
05:56ce qu'on appelle des passeports d'urgence.
05:57Ils n'avaient bien sûr plus leur passeport d'origine.
06:00Et donc, il faut expliquer pourquoi, comment.
06:02L'information ne circule pas.
06:03On est en temps de guerre en Iran.
06:05L'information ne circule pas, pas forcément jusqu'au niveau du poste frontière.
06:09C'est vous qui êtes au poste frontière en train de négocier ?
06:11C'est moi qui suis en train de négocier avec un autre collègue qui est avec moi.
06:15Et effectivement, ça dure.
06:17Mais je dirais que quand je suis rentré en Iran aussi,
06:20ça a été un peu le même processus.
06:21Donc, il faut en Iran être prêt à ces circonstances.
06:26Là, ça s'est bien terminé.
06:27Donc, c'était l'essentiel.
06:28Quand vous êtes de l'autre côté, en Azerbaïdjan,
06:31racontez-nous, Cécile et Jacques,
06:33quand c'est le premier pied vraiment vers la liberté.
06:37Entre le poste frontière iranien et le poste frontière azerbaïdjanais,
06:41il y a un pont qui est au-dessus de l'Arax.
06:43Donc, on traverse ce pont.
06:45Donc, ça rappelle des images d'autres frontières.
06:47On traverse ce pont.
06:48Et à mesure qu'on traverse ce pont,
06:50bien sûr, le soulagement de Cécile et Jacques devient manifeste.
06:54Et ils peuvent appeler leurs parents.
06:56Et donc là, leurs parents qui n'étaient pas informés,
06:59puisque nous n'avions...
07:00Vous avez attendu vraiment que ce soit fait.
07:02Et là, ils les appellent et on est libres.
07:05Voilà.
07:05Il y a des larmes ?
07:06Oui, oui, bien sûr.
07:07Il y a beaucoup d'émotions, c'est clair.
07:08Et les semaines qui ont précédé dans la résidence,
07:11avec des bombardements autour,
07:15c'était quoi ?
07:15C'était le pessimisme ?
07:16Ou c'était la peur ?
07:18C'était quoi tous ensemble, en fait ?
07:20C'était d'avoir beaucoup de solidarité
07:22et de proximité avec eux au fil des cinq mois.
07:27Donc on les a vus reprendre vie, quand même.
07:30Et ils ont tout de suite été, voilà,
07:33je dirais, des colocataires,
07:34comme nous disions entre nous,
07:36extrêmement agréables,
07:37extrêmement patients,
07:38malgré l'inquiétude qu'ils avaient.
07:39Mais le moment de guerre, ça a été un moment de guerre ?
07:41Oui, c'est des inquiétudes.
07:42Ça leur rappelait, pour ce qui les concerne,
07:44puisqu'ils étaient dans la prison d'Eveine
07:46pendant la guerre des 12 jours,
07:48lorsqu'elle avait été bombardée.
07:49Donc c'était un traumatisme,
07:51surtout pour Cécile.
07:52Et donc là, bien sûr,
07:53de revoir tomber des bombes
07:54à proximité de l'ambassade,
07:56ça a été difficile.
07:58Mais voilà,
07:59on se sent quand même à l'ambassade,
08:00plus en sécurité.
08:01Et voilà, ils ont passé cette étape,
08:03et nous tous avec,
08:05de façon correcte.
08:07Et vous, ambassadeur de France en Iran,
08:09pays en guerre,
08:10comment vous travaillez là-bas ?
08:11Vos interlocuteurs,
08:13vous avez noué des liens, évidemment,
08:14avec les uns et les autres,
08:15pour la libération,
08:16mais plus globalement,
08:19un régime décimé.
08:20Comment vous travaillez sur place ?
08:21D'abord, on a fait le choix,
08:22comme on l'avait fait pendant la guerre des 12 jours,
08:24de rester ouvert.
08:24Il y a très peu d'ambassades européennes,
08:25il n'y en a pratiquement pas ouvertes.
08:27Nous sommes pratiquement,
08:28en tout cas,
08:28le seul grand pays européen à être présent.
08:31Et donc...
08:31Mais vous avez des interlocuteurs.
08:32Et on a des interlocuteurs,
08:34et qui nous sont reconnaissants aussi,
08:35de rester.
08:37Donc, ces interlocuteurs,
08:38ce n'est pas facile de les voir.
08:40Certains de nos interlocuteurs
08:42ont été éliminés par les frappes.
08:44Donc, bien sûr,
08:45notre travail consiste à garder
08:46des canaux de communication.
08:48Nos autorités aussi,
08:50le président de la République,
08:50le ministre,
08:51ont toujours veillé
08:52à garder ces canaux de communication.
08:53C'est essentiel,
08:55quels que soient les différents
08:57que nous avons avec ce régime.
08:58C'est moins qu'en mesure
08:58une répression sanglante.
09:00La population iranienne,
09:01vous vivez au milieu d'eux ?
09:02On vit au milieu d'eux.
09:03Et c'est aussi pour ça qu'on reste,
09:04d'ailleurs.
09:04C'est aussi pour ça qu'on reste,
09:05parce qu'on est un des seuls pays
09:07à continuer à avoir une action
09:09en direction de cette population
09:10pour permettre des mobilités,
09:12pour permettre à ceux
09:13qui veulent venir en France
09:14de venir,
09:14au milieu intellectuel,
09:16aux artistes,
09:16d'avoir des échanges.
09:17C'est une politique de longue date
09:19que nous avons eue.
09:19Et symboliquement,
09:21même si, bien sûr,
09:22aujourd'hui,
09:23nos moyens sont limités,
09:25symboliquement,
09:25rester en Iran,
09:26ça veut dire qu'on n'est pas indifférent
09:30au sort de la population iranienne.
09:31Le cessez-le-feu,
09:32vous y croyez, vous ?
09:34Écoutez,
09:34les derniers événements
09:35ne sont pas très rassurants
09:36et je crois qu'on est en présence,
09:38en fait,
09:41de belligérants
09:41qui sont convaincus
09:43d'avoir gagné.
09:44Donc,
09:44c'est toujours difficile
09:45d'aboutir,
09:46d'atterrir
09:47à un accord.
09:48Mais en tout cas,
09:49on presse,
09:49et c'est la politique de la France,
09:51pour que ce cessez-le-feu
09:52soit tenu.
09:52C'est vraiment
09:53dans l'intérêt des populations,
09:55dans l'intérêt de la région,
09:56dans l'intérêt de la sécurité mondiale.
09:57Vous y retournez,
09:58Pierre Cochard ?
09:58J'y retourne dans 20 jours, oui.
10:0020 jours de vous récupérer,
10:02et vous y retournez dans 20 jours.
10:03Mais mon adjoint
10:04est en ce moment
10:05à Téhéran,
10:05il est parti de Bakou
10:06quand j'y arrivais,
10:07et donc,
10:07nous sommes toujours présents sur place.
10:09Merci beaucoup
10:10d'être venu ce matin
10:10en direct sur RTL,
10:11Pierre Cochard.
10:12Merci à vous.
10:12Merci beaucoup,
10:13merci Marc-Colique.
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