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  • il y a 8 minutes
Regardez Face à Fogiel du 18 mars 2026.

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Transcription
00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h17, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:08Ça devait être une guerre éclair, mais il y a des éclairs qui durent.
00:11Le régime iranien, c'est sûr, allait s'effondrer, mais les Molas sont toujours là.
00:14Et ils terrorisent plus que jamais leur population.
00:16Alors où va-t-on ? La guerre d'Iran est-elle le nouveau bourbier de l'Amérique ?
00:19Pour en parler, Marc-Olivier, vous avez choisi d'inviter ce matin Bruno Tertré,
00:22qui est le directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.
00:25Bonjour Bruno Tertré.
00:26Bonjour.
00:27Israël continue de frapper très fort, notamment au cœur du pouvoir iranien, on le disait tout à l'heure.
00:31Donc aujourd'hui, deux enterrements.
00:34L'homme fort du régime, Ali Laridjani, et puis le dirigeant de la force paramilitaire enterré aujourd'hui.
00:41On dit un pouvoir décapité, mais le régime tient toujours ce matin au 19ème jour de guerre.
00:46Et oui, parce qu'il n'a pas qu'une seule tête.
00:48Ce n'est pas un régime comme la Corée du Nord, ou d'autres exemples de dictature,
00:53ou même l'Irak de Saddam Hussein, où vous coupez la tête et le régime s'effondre.
00:57Mais il en reste beaucoup de têtes ?
00:58Ah oui, il en reste beaucoup. Et puis à chaque fois, elles sont remplacées.
00:59Simplement, il y aura quand même un moment où les personnalités avec un poids dans l'appareil,
01:06qui sont capables de contrôler au moins partiellement ce qu'est le reste de l'appareil d'État,
01:10il y en aura de moins en moins.
01:11Mais pour le moment, c'est un régime qui tient, parce qu'il ne reposait pas sur une seule personne,
01:16et même pas sur 3 ou 4 personnes.
01:17Mais on dit que ce Ali Laridjani était finalement celui qui tenait ce régime,
01:22même avant l'attaque israélienne et américaine.
01:27C'était qui précisément, ce Ali Laridjani ?
01:29Alors effectivement, c'est un homme qui a fait sa carrière à la moitié dans la diplomatie,
01:33à la moitié dans les services de sécurité.
01:36C'était quelqu'un qui est très bien connu des diplomates occidentaux.
01:39Pourquoi ? Parce que c'était un des négociateurs de la question nucléaire depuis 20 ans.
01:44Donc il y a beaucoup d'interlocuteurs occidentaux qui le connaissent très bien.
01:48Il est malin, il était malin, il était intelligent.
01:51C'était un grand spécialiste de la philosophie de Kantienne, par exemple.
01:54C'est son nom des gens et c'est brillant.
01:56Mais vous dites que c'était notre négociateur.
01:57Est-ce que ça vaut le coup, à ce stade de la guerre, de tuer nos négociateurs ?
02:02Puisque finalement, il va bien falloir à un moment donné discuter avec quelqu'un,
02:04ou alors pas du tout ?
02:05L'ambition, c'est raser tout le monde et puis finalement espérer peut-être le retour du fils du chat
02:12ou je ne sais pas.
02:13C'est quoi l'option ? Est-ce que c'est une bonne chose finalement de tuer ceux avec qui
02:17on peut discuter interne ?
02:18Alors s'il faut discuter, on trouvera toujours quelqu'un avec qui discuter.
02:23Ce n'est pas la seule personne avec laquelle on pouvait éventuellement discuter.
02:27Et puis cette idée selon laquelle, si on tue les gens avec qui on peut discuter, on ne pourra jamais
02:33discuter.
02:33Si, on trouvera toujours quelqu'un.
02:35Et puis par ailleurs, honnêtement, ce n'est pas parce que c'était quelqu'un qui était brillant, charmeur et
02:40intelligent,
02:41que ce n'était pas aussi un dur de dur.
02:43C'était, pardonnez-moi, mais c'était aussi un salopard.
02:46Donc attention, partie du principe que c'est idiot de l'éliminer parce qu'on aurait pu faire un deal
02:51avec lui.
02:52Ça supposait que d'abord, il voulait faire un deal.
02:56Deuxièmement, qu'il voulait faire un deal aux conditions acceptables par les Américains et les Israéliens.
02:59Troisièmement, qu'il avait la capacité de faire un deal parce qu'il était effectivement au cœur du système.
03:04Mais ce n'était pas non plus l'ayatola Khamenei qui était le seul à avoir cette position d'arbitre
03:09incontestée et incontestable.
03:10Aujourd'hui, c'est son fils qui a cette position d'arbitre incontestée et incontestable parce que finalement, il n
03:14'apparaît nulle part dans les radars.
03:16Justement, il est contesté et contestable.
03:17Sa seule légitimité, c'est d'être le fils d'eux.
03:21Alors c'est qui aujourd'hui celui qui est incontestable ?
03:22Mais il n'y a personne justement, c'est ça le problème.
03:25Vous ne pouvez pas aujourd'hui trouver une personne avec laquelle vous pouvez négocier à condition qu'on puisse négocier.
03:31Parce que je ne pense pas que les Américains et les Israéliens soient actuellement dans un souhait de négociation.
03:36Clairement d'ailleurs, on entend hier Benjamin Netanyahou dire ce que disait Trump il y a 19 jours au premier
03:40jour de guerre.
03:40Ce qu'ils attendent en tuant les gens à la tête du régime, c'est que le peuple se soulève.
03:45Là, Benjamin Netanyahou dit hier clairement, ça y est, on en a encore tué deux, allez-y, sortez.
03:50Mais c'est illisoire, non ?
03:52Alors d'abord, c'est très difficile de...
03:54Il le dit quand même.
03:54Oui, c'est très difficile.
03:55Mais j'essaye de me mettre à la place des Iraniens, notamment des habitants des grandes villes.
04:00Lorsque vous avez d'un côté les miliciens qui rôdent dans la rue et qui sont à cran et les
04:05bombes qui tombent, c'est assez difficile de se soulever.
04:07Mais attention, il y a quand même une différence entre les objectifs américains et les objectifs israéliens.
04:12C'est là, on y est, on l'a dit dès le début du conflit.
04:14Et là, on est en plein dans ce qui est cette réalité.
04:19Ils n'ont pas le même objectif entre un qui dit que la guerre est bientôt finie et l'autre
04:22qui dit qu'elle va durer d'ailleurs.
04:23Oui, d'ailleurs je pense que si Donald Trump décidait, comme il peut toujours le faire, de dire je m
04:27'arrête là et j'ai gagné, parce qu'il est capable de dire ça,
04:30eh bien les Israéliens souhaiteraient en tout cas continuer.
04:33Très clairement, l'Amérique de Trump n'est pas dans une logique de changement de régime.
04:38Ce n'est pas Bush en 2003 pour apporter la démocratie.
04:42Un scénario à la vénézuélienne avec beaucoup de guillemets satisferait sans doute Donald Trump.
04:46Les Israéliens, au contraire, disent nous allons créer les conditions pour qu'il y ait un changement de régime.
04:52Et voilà, nous allons continuer à tondre la pelouse, expression israélienne, jusqu'à ce qu'il y ait un soulèvement
04:59populaire.
05:00Pour l'instant, ça ne marche pas.
05:01Mais vous pensez que c'est Trump ou Netanyahou qui aura la main là-dessus ?
05:05Alors je pense qu'à la fin, ça sera un équilibre entre les deux.
05:08Parce que si Trump dit vraiment tu dois arrêter parce que sinon je te coupe toute mon aide militaire,
05:15ça commencera à être difficile pour les Israéliens.
05:17Et en même temps, les Israéliens et pas seulement Netanyahou parce que c'est quand même une guerre très populaire
05:21en Israël.
05:22On appelle ça couper la tête du serpent en Israël.
05:24C'est l'objectif ultime, le changement de régime à Téhéran.
05:27En même temps, pour Netanyahou, c'est une guerre existentielle.
05:30Pour les Israéliens, c'est une guerre existentielle.
05:32Donc ils ne s'arrêteront que s'ils sont vraiment forcés de le faire par les Etats-Unis.
05:36On parlait du soulèvement du peuple, difficile aujourd'hui, vous le disiez, avec les gardiens de la révolution à chaque
05:40coin de rue.
05:41Les Basidj, les fameux miliciens Basidj qui sont beaucoup plus nombreux.
05:45Avec leur patron qui a été tué donc hier.
05:48Mais est-ce que ce soulèvement qui a été lourdement réprimé déjà en janvier, vous pensez qu'il va arriver
05:54quand ça sera possible ?
05:55Je pense que les Iraniens, il est difficile de parler à leur place.
05:59À un moment, s'ils sentent qu'il n'y a plus de danger physique et si la peur change
06:07de camp,
06:07au moment où ils sentiront que la peur changera de camp, et peut-être malheureusement qu'on n'y est
06:11pas encore,
06:12oui, je pense qu'ils prendront leur destin en main.
06:14Mais on voit quand même des Iraniens qui soutiennent les Molahs, puisque c'est ce qu'on voit aujourd'hui
06:18dans les rues,
06:18parce que ces manifestations-là sont possibles, les autres ne sont pas possibles.
06:21Mais le rapport de force entre ceux qui soutiennent les Molahs et ceux qui veulent ce changement,
06:26vous diriez qu'il s'établit comment ?
06:28Allez, à la louche, on va dire, 20% de la population a encore une forme de soutien.
06:33D'accord, c'est 20% de la population.
06:35Aujourd'hui, il y a un prisme déformant, parce qu'on les voit dans la rue, parce que ces manifestations
06:38sont même encouragées.
06:40Ce qui est important, alors je dis 20%, c'est vraiment à la louche,
06:42mais ce qui est important, c'est de dire que c'est un régime qui, en 47 ans, s'est
06:45extrêmement bien enraciné dans la population,
06:49qui conserve un certain soutien populaire,
06:51et qui a aussi réussi à s'installer dans la vie quotidienne des gens.
06:56C'est parfois, comme dans tous les régimes quasi-totalitaires,
06:58c'est par intérêt personnel ou financier qu'on continue à soutenir ce type de régime.
07:04Ça existe dans toutes les dictatures.
07:06Je sais bien que vous n'avez pas de boule de cristal, mais on parle d'un conflit qui s
07:09'enlise.
07:09Vous pensez qu'on y est encore pour longtemps ?
07:11Alors, au bout de 15 jours, il y a une règle des reins dans le commentariat,
07:15chez les experts et chez les médias, pour dire au bout de 15 jours, c'est toujours, c'est l
07:19'enlisement.
07:20En fait, ce n'est pas un enlisement, c'est normal au bout de 15 jours,
07:23on n'aurait pas pu décapiter ce régime aussi rapidement, c'est ça ?
07:25Chaque personne, chaque expert connaissant un tout petit peu la nature du régime iranien,
07:29savait que ça prendrait plus de temps.
07:30Simplement, je crois que c'est à la Maison-Blanche qu'on s'est un petit peu fait des illusions.
07:34Il n'empêche que ça ne se passe pas comme prévu.
07:36En tout cas, Trump lui-même n'avait pas prévu ça.
07:40Moi, ça ne me semble pas extraordinaire,
07:42qu'au bout de 15 jours, avec des objectifs aussi importants,
07:44Mais on va parler de quoi en semaine ?
07:45Oui, probablement en semaine, bien sûr.
07:47En semaine.
07:47Vous parlez de Trump, Trump qui a demandé, notamment à la France,
07:51et pas que d'aller débloquer ce détroit d'Hormuz,
07:54le fameux qui fait monter le prix, notamment à la pompe.
07:57On a vu hier Emmanuel Macron dire non.
07:59Trump qui dit, de toute façon, on n'a plus besoin de vous.
08:01Pourquoi ? D'abord, est-ce que c'était une bonne chose de ne pas répondre
08:04à la demande de Trump d'aller débloquer ce détroit ?
08:08Vous savez, il y a un proverbe qui casse les peaux, les paix.
08:11On ne va pas, nous, faire le travail pour les Américains
08:14alors qu'ils sont responsables, moralement et en termes de causalité,
08:21de ce qui se passe aujourd'hui.
08:22Deuxièmement, si jamais les Européens venaient accompagner les Américains
08:26dans des opérations de sécurisation et de réouverture du détroit d'Hormuz,
08:30est-ce que vous croyez sérieusement que c'est nous qui déciderions de la stratégie avec eux ?
08:34Non, les Américains voudraient tout contrôler.
08:36On serait leurs auxiliaires.
08:38Exactement.
08:40On n'a bien fait pas y aller comme l'Allemagne, comme le Royaume-Uni.
08:43Oui, non, ce n'est pas sérieux de dire que...
08:46En tout cas, je pense que la France a pris une bonne position,
08:48ce qui ne l'empêche pas d'être actuellement dans une des plus grosses opérations
08:52qu'elle a conduit au Moyen-Orient depuis des dizaines d'années.
08:56Il y a quand même une cinquantaine de rafales, une quinzaine de bâtiments,
08:59il y a 8000 hommes sur place.
09:01C'est une grosse opération mais qui est strictement destinée à la défense de nos intérêts,
09:05de nos ressortissants et de nos alliés.
09:06Et on a perdu déjà un homme, des blessés.
09:09Est-ce qu'on craint des représailles sur la France, même si on ne va pas au-delà ?
09:16Oui, il y a toujours des risques de représailles contre la France.
09:19Et les services de renseignement sont très mobilisés depuis le début de ce conflit
09:23sur la possibilité de voir des tentatives d'attentats.
09:27Malheureusement, on parle de ça.
09:29Écoutez, ça fait 47 ans que ce régime tue des Français, il faut quand même le rappeler,
09:33directement ou indirectement, via le Hezbollah en France ou au Liban ou ailleurs.
09:38Donc ça, je crois que là-dessus, les services sont très mobilisés.
09:41Je ne voudrais pas affoler qui que ce soit.
09:43Je n'ai pas connaissance de risques particuliers, mais en tout cas, la possibilité existe.
09:47Et nos Français qui sont là-bas et notamment Colère et Paris, qui sont à l'ambassade,
09:51ils risquent gros ?
09:52C'est une des raisons pour lesquelles le Président de la République a parlé à son homologue iranien,
09:57qui est toujours là.
09:58D'ailleurs, il y a quand même, normalement, une tête de l'État qui existe en Iran
10:03parce que la sécurité de nos ex-otages dans les bâtiments de l'ambassade
10:07est évidemment un sujet de préoccupation.
10:09C'est bien normal.
10:10Très clair comme à chaque fois.
10:11Merci beaucoup Bruno Terret, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
10:14Merci à vous.
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