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Trois sujets : Argentina Week, Javier Milei est venu promouvoir le sous-sol de son pays : ses incitations fiscales via le régime RIGI suffiront-elles à convaincre les géants du lithium et du cuivre ?
Sur le marché du pétrole, les cours se replient face à la hausse des expéditions au Moyen-Orient : assiste-t-on à un rééquilibrage durable du baril malgré des prix qui restent très élevés ?
Du côté des métaux, l'or accuse un repli de 6 % sur un mois, tandis que le cuivre poursuit sa course au plus haut.
Sur le marché du pétrole, les cours se replient face à la hausse des expéditions au Moyen-Orient : assiste-t-on à un rééquilibrage durable du baril malgré des prix qui restent très élevés ?
Du côté des métaux, l'or accuse un repli de 6 % sur un mois, tandis que le cuivre poursuit sa course au plus haut.
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00:09Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux de la mi-journée, les tendances de cette semaine.
00:16Et aujourd'hui, on est avec Benjamin Louvet, directeur de la gestion matières premières chez Ofi Invest Asset Management.
00:22Bonjour Benjamin.
00:24Bonjour Olivier.
00:25L'occasion donc de faire un point, notre point mensuel Benjamin sur les matières premières.
00:30Alors l'Argentina Week s'est terminée vendredi à Paris et au-delà de la visite de Javier Millet,
00:35l'événement avait des airs de sommet des matières premières sur 15 conférences organisées.
00:41Neuf étaient dédiées aux ressources naturelles, alors lithium, cuivre, hydrocarbures.
00:45Le président argentin est venu vendre le sous-sol de son pays pour attirer les investisseurs.
00:51Alors l'Argentine peut-elle devenir un géant de l'énergie et des métaux critiques ?
00:56C'est ce qu'on va essayer de savoir.
00:57Benjamin, Ravier Millet promet des exonérations fiscales et des garanties financières.
01:03Est-ce que ça suffit, selon vous, pour rassurer les géants miniers ?
01:08C'est un bon début, Pauline.
01:09Maintenant, le vrai problème pour les géants miniers, on le voit bien aujourd'hui,
01:13c'est surtout un problème de stabilité gouvernementale et de stabilité des décisions politiques.
01:20C'est-à-dire que Ravier Millet met en place ces mesures.
01:23Il faut s'assurer qu'elles seront installées dans la continuité.
01:26Parce que je rappelle qu'entre le moment où vous commencez l'exploration pour trouver et démarrer une mine de
01:33cuivre
01:33et le moment où vous la mettez en place, il se passe déjà 17 ans.
01:38Et ensuite, la durée d'exploitation, elle, est de l'ordre de 25 à 30 ans.
01:42Donc, au total, il faut prévoir une stabilité qui dure sur une cinquantaine d'années.
01:47Donc, ce n'est pas forcément suffisant.
01:49On l'avait vu d'ailleurs très bien avec un exemple français.
01:52Christelle Bory, lorsqu'elle était à la tête d'Eramet, avant d'y revenir il y a quelque temps,
01:57avait voulu développer une mine de lithium en Argentine et elle n'avait pas trouvé de financement européen.
02:02Elle avait dû finalement trouver une joint venture avec une société chinoise qui avait accepté de prendre ce risque.
02:08C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a encore une vraie frilosité pour aller investir dans des pays
02:12qui ne sont pas considérés encore d'une stabilité complète,
02:15dans un contexte où les limites en termes d'exploitation minérale se multiplient.
02:24Depuis 2011, selon l'Agence internationale de l'énergie,
02:27le nombre de restrictions au commerce de matières premières a été multiplié par 5.
02:31On a vu un certain nombre de projets miniers être confisqués par des gouvernements
02:35ou totalement arrêtés, c'est le cas au Panama.
02:38Donc, c'est un bon début.
02:41C'est clairement une mesure qui va dans le bon sens
02:43et qui peut favoriser un intérêt des compagnies minières étrangères.
02:48mais il va falloir donner peut-être un petit peu plus de gage que ça
02:51pour que l'engouement soit plus complet.
02:53Oui, c'est vrai, vous l'aviez rappelé, la dernière fois qu'on s'était vu, Benjamin,
02:56justement, ses 17 ans sur le cuivre, etc.
02:58Je me rappelle maintenant que vous le dites.
03:02Benjamin, parlons du pétrole.
03:03Alors, l'Argentina Week nous a permis de remettre un petit peu le contexte dans l'actualité.
03:08Mais évidemment, le sujet que tout le monde regarde reste évidemment ces cours du pétrole.
03:12Alors, aujourd'hui, ils se maintiennent en repli, Benjamin.
03:16Ils sont portés par les signes d'une hausse des expéditions en provenance du Moyen-Orient.
03:22Et puis, malgré ce contexte géopolitique toujours sous tension,
03:27la hausse de cette offre régionale vient rassurer le marché.
03:31Est-ce qu'on assiste à un rééquilibrage durable du marché pétrolier ?
03:36Alors, est-ce que c'est aussi peut-être grâce à la réouverture la semaine dernière
03:39de l'oléoduc en Arabie Saoudite, Benjamin ?
03:43Alors, c'est lié à plusieurs choses, Pauline.
03:46Mais d'abord, je voudrais juste rappeler une chose.
03:48C'est qu'on parle toujours du prix du pétrole en regardant les prix du contrat à terme coté à
03:52New York.
03:53Mais en réalité, il y a un autre prix qui compte énormément.
03:55C'est le prix de ce qu'on appelle le dated Brent.
03:57Donc, c'est le prix du pétrole livrable à l'instant.
04:01Et ce prix est bien plus élevé aujourd'hui.
04:03Il est aux alentours de 125, entre 125 et 130 dollars le baril.
04:06Parce qu'à ce prix du baril de pétrole que vous payez, il faut ajouter les assurances pour que ce
04:13pétrole puisse quitter la zone actuellement compliquée.
04:15Le coût de transport qui a explosé.
04:18On n'a jamais vu des coûts de transport pétrolier aussi élevés.
04:21On parle d'entre 1,3 million et 1,4 million de dollars par jour par bateau.
04:27Ce qui rajoute un prix de quasiment 25 dollars par baril au prix que vous voyez sur la cote.
04:33Et puis, il y a un deuxième sujet qui préoccupe beaucoup.
04:36C'est le sujet des produits raffinés.
04:38Parce que vous ne mettez pas du pétrole dans votre voiture.
04:40Vous mettez du diesel, vous mettez de l'essence.
04:42Et là, on a beaucoup de contraintes.
04:44Donc ça, ça empêche une véritable détente.
04:47Sur le front du pétrole en lui-même, effectivement, la situation s'est nettement améliorée.
04:51Beaucoup de pétrole passe maintenant par le détroit d'Ormouz.
04:54On est revenu à un trafic qui est très proche du trafic qu'on avait avant la guerre.
05:00Donc, côté pétrole, je dirais que les choses s'arrangent.
05:02Mais côté produits raffinés, la situation reste extrêmement tendue.
05:07Et puis, côté pétrole, la situation a beau s'arranger, encore une fois,
05:09il y a ces coûts supplémentaires qu'il faut prendre en compte.
05:12Et puis, le fait qu'il semble quand même qu'il y ait des mouvements de troupes qui puissent être
05:16inquiétants.
05:17Les États-Unis ont envoyé un troisième porte-avions sur zone,
05:20ont envoyé 10 000 soldats supplémentaires.
05:23Il y a des soldats qui sont envoyés en Arabie Saoudite.
05:26Et puis, des éléments aussi qui laissent à penser que peut-être que l'Israël serait en train de préparer
05:33une opération de son côté contre l'Iran.
05:36Donc, il faut garder beaucoup de prudence.
05:38Et le prix se stabilise à un niveau, je dirais, qui est cohérent avec la situation actuelle sur le marché
05:46et l'équilibre entre l'offre et la demande,
05:51mais qui est encore conditionné par beaucoup d'incertitudes,
05:53qui justifient d'un prix spot beaucoup plus élevé que le prix qu'on regarde sur les marchés à terme.
05:58Est-ce que vous mentionnez les coûts supplémentaires, Benjamin, de 25 dollars par baril à peu près ?
06:05C'est des coûts qui s'annuleront une fois que le Détroit d'Ormousse sera totalement rouvert ou pas du
06:10tout ?
06:12Alors, ils s'annuleront probablement en grande partie.
06:15On a là des coûts d'assurance notamment et puis des coûts de transport parce qu'il y a moins
06:20de bateaux disponibles.
06:21Donc là, le coût des bateaux vient surtout aussi du fait qu'il y a moins de bateaux disponibles.
06:27Donc, ça augmente énormément le coût.
06:29Il faut ajouter à ça le coût des assurances.
06:31Une fois que le Détroit sera rouvert, le coût des assurances diminuera.
06:35Le trafic pétrolier progressivement reprendra dans sa normalité.
06:41Et donc, on devrait avoir moins de difficultés à affrêter des bateaux
06:44et donc retrouver des prix plus raisonnables pour le coût de transport.
06:48Or, par contre, la question qui se pose, c'est de savoir s'il y aura l'instauration d'un
06:52péage
06:52pour le passage du Détroit d'Ormousse.
06:54Mais quoi qu'il en soit, on ne devrait pas être sur les niveaux de coûts qu'on a aujourd
06:57'hui.
06:58Donc oui, de ce côté-là, il y a plutôt des raisons d'être optimistes,
07:00même si on ne voit pas encore la fin de ce conflit et la réouverture totale du Détroit d'Ormousse.
07:06Oui, c'est sûr, seul l'avenir nous le dira, ça va jamais.
07:09Dans le reste des moitières premières, on va peut-être dire un mot de l'or.
07:15L'or qui a reculé de 6% en septembre, c'est beaucoup.
07:19Alors, première question, pourquoi Benjamin ?
07:21Et qu'est-ce que ça nous dit sur l'état d'esprit du marché ?
07:26Pourquoi ? C'est relativement simple, Pauline.
07:28En réalité, l'or est un actif qui n'a pas de rendement.
07:31Quand vous détenez de l'or, vous n'êtes pas payé pour détenir cet or.
07:35Quand vous avez une action, quoi qu'il arrive sur le cours de l'action,
07:37vous êtes payé pour attendre parce que vous avez un dividende.
07:39Quand vous achetez une obligation, vous avez un coupon.
07:41Quand vous achetez de l'immobilier, vous avez un loyer.
07:43Quand vous achetez de l'or, vous n'avez rien de tout ça.
07:44Et il se trouve que dans le courant du mois de septembre,
07:48la Fed a décidé de remonter, la Réserve fédérale américaine a décidé de remonter ses taux de 25 points de
07:52base.
07:54On a des perspectives de poursuite de remontée de ses taux d'intérêt.
07:58Et puis, on a un marché du crédit qui est saturé aujourd'hui,
08:02parce que vous le disiez en introduction,
08:04beaucoup d'entreprises, et notamment les géants de la tech,
08:07font énormément recours à des levées de fonds.
08:09Donc, l'État, lui aussi, est obligé de renchérir le prix qu'il est prêt à payer,
08:14parce qu'il y a moins de gens qui s'intéressent.
08:16Et puis, peut-être aussi un certain nombre de grands investisseurs institutionnels.
08:19On a parlé de fonds souverains européens,
08:21mais vous parlez également du Japon, de la Chine,
08:22qui délaissent un peu ses obligations américaines.
08:24Donc, le taux remonte.
08:26Le taux remonte plus que l'inflation.
08:28Donc, les taux réels remontent.
08:29Et donc, c'est un désavantage pour l'or.
08:30Là où c'est intéressant, c'est que ça, c'est une perspective à court terme.
08:34Il semble, malgré tout, que le marché regarde un peu plus loin.
08:36Si on se basait uniquement sur cette hausse des taux réels au cours du mois de septembre,
08:41probablement que l'or aurait dû baisser davantage.
08:43Ce qu'on constate, en revanche, c'est que les banques centrales continuent à acheter de l'or.
08:47Et surtout, les investisseurs privés ont acheté beaucoup d'or.
08:50On le voit dans les détentions d'ETF, qui ont beaucoup augmenté au mois de septembre.
08:54Et malgré la correction, ces détentions d'ETF n'ont pas faibli.
08:58Ce qui montre bien qu'il y a des investisseurs qui regardent au-delà de cette problématique court terme.
09:04Et au-delà de cette problématique court terme, on retrouve quoi, Pauline ?
09:06Le problème majeur, qui est le problème de l'endettement extrêmement élevé des grands États,
09:10et notamment des États-Unis, de déficit public qui n'arrive pas à être jugulé.
09:16Si les Républicains devaient gagner les mille termes, ça ne s'arrangerait pas,
09:19parce que Trump parle d'envoyer 5 000 dollars à tous les Américains,
09:22ce qui augmenterait la dette de quasiment 5 % du PIB supplémentaire.
09:27Donc, on est dans une situation qui est extrêmement compliquée.
09:29Et on dirait que les investisseurs, eux, regardent un peu plus loin que cette problématique court terme.
09:34Alors, à très court terme, quand même, ça veut aussi dire que les investisseurs tiennent pour l'instant.
09:39Mais si ce mouvement de hausse devait se durcir, de hausse des taux devait se durcir,
09:44eh bien, peut-être qu'à un moment, il y aurait une certaine lassitude
09:46et qu'on pourrait avoir un trou d'air sur le marché de l'or.
09:48Une nouvelle baisse de 4, 5, peut-être 7 %,
09:51mais ça serait une baisse temporaire compte tenu des problématiques plus long terme
09:55qui devraient pousser les banques centrales à adopter des politiques monétaires accommodantes,
10:01soit en rebaissant les taux, soit en mettant en place des quantitatives visibles,
10:05parce qu'il va bien falloir trouver un moyen de financer cette dette.
10:08Et aujourd'hui, les coûts sont extrêmement élevés.
10:10On ne pourra pas tenir avec des coûts comme ceux-là extrêmement longtemps.
10:13Oui, c'est sûr, la dette qui est un problème globalement mondial.
10:17On pense évidemment à la France avec nos élections qui arrivent dans quelques mois seulement,
10:21mais aussi à d'autres pays de la zone euro et puis évidemment aux Etats-Unis.
10:25Benjamin Louvet, merci beaucoup.
10:26Directeur de la gestion matière première chez Ofi Invest Asset Management,
10:31merci d'avoir fait ce bilan matière première avec nous sur ce plateau.
10:34Et puis merci à vous de nous avoir suivis.
10:35On se retrouve ce soir en direct à 17h30 sur Bsmart.