00:00Comment faire retomber la colère des lycéens et, en même temps, accéder à leurs revendications ?
00:05Pierre Sourza, bonjour. Vous êtes le président de l'association Les Lycéens !
00:09Vous êtes en direct de Toulouse, c'est là que vous habitez, c'est là que vous manifesterez aujourd'hui
00:12?
00:13Oui.
00:14Est-ce que vous craignez des débordements ?
00:18Écoutez, nous on vient pour manifester pacifiquement, donc des débordements, a priori, il n'y en aura pas lieu.
00:24Il n'y en aura pas lieu, vous vous dites qu'aujourd'hui c'est une journée d'ailleurs à
00:27laquelle sont appelés aussi les syndicats, sont appelés également les parents.
00:33Est-ce que vous pouvez nous expliquer exactement vos revendications et si vous deviez dire les trois priorités, ce seraient
00:38lesquelles ?
00:39Les trois priorités, d'abord sur les enseignants et ces deux revendications qui vont ensemble, c'est d'abord recruter
00:45davantage d'enseignants et baisser les effectifs par classe.
00:50Pourquoi recruter davantage d'enseignants ? Parce qu'on vient en classe, c'est pour être devant des professeurs, il
00:56y a des classes à examen où on n'a pas de prof pendant la moitié de l'année et
01:00à la fin on passe les examens dans les mêmes conditions.
01:03Donc ça c'est la première chose.
01:05Ensuite la deuxième chose, ça va être sur tout ce qui est sur les bâtis scolaires.
01:08Donc nous on demande un plan d'urgence sur le bâtis scolaire, notamment pour adapter justement les lycées au réchauffement
01:16climatique, puisqu'on l'a vu l'année dernière, des élèves de terminal ont passé leurs grands euros dans des
01:20garages.
01:21Donc ça c'est pas possible.
01:22C'est fou.
01:23C'est exactement, et après c'est tout ce qui est autour de la pression, ça passe donc par les
01:30emplois du temps, la charge scolaire.
01:31C'est-à-dire qu'il y a eu la convention citoyenne sur les temps de l'enfant qui avait
01:34été lancée par le président de la République, qui a été rangée dans un coin du bureau à Matignon.
01:39On n'a pas vu de suite.
01:40Pourtant tous les rapports montraient qu'il fallait travailler sur l'emploi du temps français.
01:45Et aussi, on demande une réforme importante de Parcoursup.
01:49Alors moi j'ai une question d'abord sur la première, c'est-à-dire la question du nombre de
01:52profs.
01:52Vous dites qu'il y a des moments où pendant six mois on n'a pas de profs.
01:55J'aimerais comprendre une chose, est-ce que ça veut dire qu'il n'y a pas de profs qui
01:57vous sont attribués ?
01:58C'est-à-dire qu'il y a vraiment un prof qui manque ?
02:00Il n'y a pas de profs ?
02:01Ou est-ce que c'est qu'ils sont en arrêt, qu'ils ne sont pas remplacés ?
02:04C'est quoi ? C'est un problème de l'éducation nationale ?
02:06Les profs sont moins absents que la moyenne des salariés, globalement.
02:10Alors comment est-ce que vous pouvez expliquer ça, Pierre Sourza ?
02:12Est-ce que ça veut dire qu'il y a des classes où on n'attribue pas de profs d
02:14'entrée de jeu ?
02:15Ou est-ce que ça veut dire qu'ils sont en arrêt au bout d'un mois et pas remplacés
02:18pendant six mois ?
02:19En fait, ça dépend.
02:20Très concrètement ?
02:22Eh bien, il y en a.
02:24Moi je peux vous le dire, parce que les deux cas me sont arrivés.
02:28Puisque moi, je suis en classe préparatoire, je suis dans un grand lycée à Toulouse,
02:32mais avant j'étais dans un petit lycée de campagne, donc j'étais vraiment touché par ça.
02:37Mais alors oui, ça nous est arrivé de ne pas avoir de profs,
02:40et on a eu un prof, un contrat actuel,
02:42c'est-à-dire que c'est un prof qui est recruté avec un contrat d'embauche,
02:47donc à durée déterminée, comme dans le privé.
02:50Donc c'est des gens qui n'ont pas le diplôme, qui n'ont pas le CAPES,
02:53qui ne sont pas certifiés.
02:55Et donc eux, ils arrivent en cours d'année, voilà.
02:57Donc il y en a, ils arrivent en classe, on leur dit oui.
02:59Ça veut dire que vous avez fait votre rentrée sans prof ?
03:01C'est pas un prof qui est tombé malade et qui n'a pas été remplacé,
03:04c'est que vous avez fait votre rentrée sans prof ?
03:06Ça m'est arrivé, oui, bien sûr, ça m'est arrivé.
03:10Sur la question des effectifs des profs,
03:12je voulais cette précision, effectivement, pour qu'on comprenne de quoi on parle.
03:15Il y a aussi évidemment la question de la pression et la question des bâtiments.
03:18Moi j'ai une question pour vous, vous savez qu'il y a plus de 60% des Français
03:22qui soutiennent ce mouvement, ça n'est pas si fréquent dans les mouvements lycéens.
03:25Moi j'aimerais savoir ce que ça vous fait.
03:26Est-ce que vous vous sentez soutenu ?
03:28Parce qu'on a l'impression dans vos revendications que vous vous sentez abandonné,
03:31mais la vérité c'est que les Français vous soutiennent.
03:33Qu'est-ce que ça vous fait ? Comment vous ressentez ça ?
03:36Écoutez, c'est une très bonne chose,
03:38et on le voit sur les réseaux sociaux qu'on a beaucoup de soutien.
03:42Ça vous touche ?
03:44Oui, évidemment, ça nous touche.
03:45Ça nous touche parce qu'on le voit encore aujourd'hui.
03:50Il y en a certains, certaines figures politiques,
03:52certains médias qui essaient de décrédibiliser ce mouvement.
03:56Et donc voir des gens...
03:59Non mais je le dis, je peux vous le dire.
04:01Hier, je suis passé à la télé, je me suis fait attaquer.
04:04Voilà.
04:05Donc c'est pas évident,
04:07mais ça fait plaisir de voir des gens sur les réseaux qui nous soutiennent
04:10et qui prennent encore au cercle de la jeunesse.
04:12Attaquer par qui ?
04:13Pardon, mais vous dites, je me suis fait attaquer.
04:14Ça veut dire quoi, attaquer ?
04:17Je suis passé hier à la télé,
04:19et je me suis fait attaquer par un représentant d'un syndicat de police.
04:23Il fallait absolument que je dise que toutes les violences étaient commises par les lycéens.
04:26On m'a brandi les chiffres du ministère de l'Intérieur.
04:31Puis après, on m'a dit...
04:33J'ai répondu à une personne qui avait fait des déclarations scandaleuses
04:37par rapport au mouvement lycéen,
04:38et il m'a pris de haut en disant que j'étais la preuve que l'école allait mal.
04:43Alors en effet, Pierre Sourzat, je comprends que ça vous mette hors de vous,
04:47mais je vais quand même vous poser encore une question.
04:49Depuis ce matin, on a l'impression qu'on parle de deux choses différentes.
04:52D'un côté, les revendications des lycéens, dont vous faites partie,
04:55avec des revendications en réalité de plus en plus claires,
04:57même si elles viennent effectivement parfois de théâtres, j'allais dire, différents.
05:02Pour les uns, ça va être plutôt le problème des nombres de profs.
05:04Pour les autres, ça va être le problème du bâtiment.
05:07Ça, c'est pour les lycéens.
05:08Et puis, on a l'impression qu'on parle d'un autre groupe
05:10qui parfois est tout à fait étanche au premier groupe,
05:13qui sont décasseurs, parfois politisés ou ultra-violents.
05:19Est-ce que vous comprenez qu'on est parfois du mal, en fait,
05:22à comprendre que c'est la manière dont un des groupes
05:26vient en quelque sorte phagocyter l'autre ?
05:28Bien sûr, bien sûr, je le comprends totalement.
05:32Après, je voudrais dire, évidemment, on ne peut pas légitimer la violence.
05:35Ça, c'est sûr.
05:38Moi, je peux vous le dire parce que, comme je suis encore lycéen,
05:41je suis allé dans des blocus.
05:42J'ai fait la tournée des blocus à Toulouse.
05:45Et on a vu des lycéens qui manifestaient.
05:48J'ai reconnu plein de gens de mon lycée, des amis à moi,
05:51qui avaient des pancartes, qui, eux, manifestaient pacifiquement.
05:54Et d'autres qui arrivent, qui sont habillés en noir,
05:56qui sont cagoulés, donc c'est interdit, on n'a pas leur identité,
05:59qui sont arrivés et qui ont cassé le portail de mon lycée.
06:02Vous voyez, c'est eux qui ont des mortiers, des fumigènes.
06:04Ils n'ont pas de pancartes, ils n'ont pas de revendications.
06:06Et en fait, c'est dommage parce que c'est ça qui vient tout casser.
06:10Merci beaucoup, merci d'avoir répondu à nos questions ce matin.
06:13Pierre Sourza, je rappelle que vous êtes le président de l'association
06:16Les Lycéens, point d'exclamation, vous étiez en direct de Toulouse.