00:00Demain c'est la rentrée mais on en parle dès ce matin sur RMC à cause du niveau des élèves
00:05qui s'est littéralement effondré en français notamment.
00:08C'est le constat que vous faites au quotidien, Madeleine de Gesset, bonjour.
00:10Vous êtes professeure de lettres en classe préparatoire, vous avez participé à l'époque à la campagne de François Fillon,
00:16c'était en 2017.
00:17Depuis, vous êtes professeure, vous êtes essayiste et cette semaine vous publiez l'école des illettrés aux éditions Albain Michel.
00:24C'est sévère quand même ?
00:25Oui, alors illettrés, par illettrés j'entends une personne qui a des difficultés à lire et à écrire.
00:31Je suis persuadée que notre langue est une source d'émancipation pour nos élèves.
00:35Or, force est de constater aujourd'hui malheureusement que l'école ne sait plus la transmettre correctement.
00:40A fortiori dans les quartiers les plus défavorisés mais ça touche aussi malheureusement les élèves venant de milieux plus privilégiés.
00:47Désormais c'est tous les élèves et justement c'est votre constat, c'est qu'il n'y a aucune
00:51catégorie d'élèves.
00:52De ce point de vue-là, pour le coup, tout le monde est logé à peu près à la même
00:55enseigne.
00:56Même en classe préparatoire, dans les filières sélectives où j'enseigne, je constate que mes élèves présentent des lacunes en
01:03grammaire, en orthographe, en syntaxe et en culture littéraire
01:06qui devraient être impensables à ce stade de leur formation.
01:08Ce qui est quand même terrifiant, c'est qu'en fonction du nombre de mots que vous maîtrisez à la
01:13maternelle, on est déjà capable de déterminer votre trajectoire scolaire.
01:17Si vous ne maîtrisez pas plus de 500 mots à la maternelle, on est sûr que vous serez en échec
01:20scolaire.
01:21Oui, et là on touche du doigt à un problème que les politiques oublient très souvent, c'est que les
01:25premiers passeurs de la langue, ce sont les parents.
01:27Et il y a une sensibilisation qui est totalement insuffisante vis-à-vis de leur mission qui est essentielle.
01:33Il ne faut pas tout attendre de l'école. Le rôle des parents dans la stimulation linguistique est immense.
01:37Mais ça marche comment ça ? Qu'est-ce que l'État peut faire pour stimuler les parents à stimuler
01:41leurs élèves, leurs enfants ?
01:43Souligner l'importance de leur parler, notamment pendant les repas. On sait que beaucoup de foyers français passent des repas
01:51devant la télévision.
01:52Éviter de regarder des dessins animés juste avant d'aller à l'école le matin, ce qui épuise l'attention
01:57des enfants.
01:57Réguler évidemment l'accès aux smartphones. Les smartphones tuent les capacités d'attention.
02:02Ils ont quand même bien tenté, on peut le dire, au gouvernement. L'interdiction des téléphones au collège ou au
02:09lycée et l'interdiction des réseaux sociaux.
02:11Mais enfin ça, c'est le Conseil constitutionnel qui a retoqué.
02:13Oui, mais ça s'applique. C'est vrai, ça allait dans le bon sens, mais ça s'applique à l
02:16'école.
02:17On sait que c'est dans leur foyer que les enfants regardent le plus leur smartphone.
02:21Autre gros problème, évidemment, c'est le numérique. On se souvient quand la Suède a annoncé numériser son école, tout
02:26le monde était extatique en France, on ne parlait que de ça.
02:28Vous expliquez que la Suède est revenue en arrière parce que ça produisait des échecs considérables, ça coûte des milliards
02:33de revenir en arrière.
02:35C'est un contre-investissement au moins aussi massif.
02:37Mais vous dites aussi qu'en France, on a investi dans la numérisation, on a acheté des tablettes pour les
02:41écoliers, pour le dire très simplement.
02:43Mais que nous, en revanche, on ne fait pas machine arrière parce que ça coûte trop cher de faire machine
02:47arrière.
02:48Exactement. Depuis 2023, on sait que c'est une véritable gavie, ces distributions de tablettes et qu'il n'y
02:54a pas de bienfaits réels pédagogiques derrière.
02:57On remplace aussi les tableaux à craie par des tableaux numériques qui, concrètement, font asseoir nos enfants toute la journée
03:02devant un iPad géant.
03:04Et en plus, c'est un non-sens écologique et économique.
03:07Et nous, du coup, on ne fait pas machine arrière parce qu'on ne veut pas admettre qu'on a
03:10fait une erreur ?
03:11Les sommes investies ont été tellement énormes que faire machine arrière, c'est reconnaître qu'on a dépensé énormément d
03:16'argent public pour rien.
03:17On l'a dépensé de façon débile, excusez-moi, mais acheter des tablettes nulles à tous les élèves, c'était
03:23stupide.
03:23C'est-à-dire qu'il y a ceux qui avaient des bonnes tablettes à la maison et qui n
03:26'utilisaient pas les tablettes de l'école.
03:27Pourquoi on n'a pas juste pris les élèves vraiment en difficulté et pour leur payer du bon matériel ?
03:31En fait, on pense que le numérique va résoudre toutes nos difficultés scolaires.
03:36Et ça, c'est une grande naïveté.
03:37Comment est-ce qu'on redresse la barre, Madeleine de Gesset ?
03:41En revenant aux méthodes efficaces, on a la chance d'avoir un conseil scientifique de l'éducation nationale qui est
03:46de grande qualité,
03:47qui s'appuie sur la recherche, notamment en neurosciences.
03:51Et le problème aujourd'hui, c'est que nos professeurs des écoles ne sont pas formés à ces méthodes efficaces
03:56très souvent.
03:57Et justement, vous parlez...
03:58Le problème est plus politique, en réalité, dans les choix politiques, que dans la question de la qualité des enseignants.
04:05Je pense, en fait, qu'il faut que l'éducation nationale reprenne la main sur la formation de ses formateurs
04:09et sur la formation de ses propres professeurs.
04:12Parce qu'aujourd'hui, ça dépend très largement du ministère de l'enseignement supérieur.
04:15Donc, c'est problématique.
04:17Dans la catégorie des choses assez stupéfiantes sur lesquelles vous revenez, il y a les polycopiers.
04:21Les polycopiers, on ne pensait pas que c'était dangereux.
04:22Vous savez juste le fait de donner le cours en version imprimée aux élèves, histoire qu'ils aient le plan
04:25et l'introduction.
04:26En fait, vous expliquez que d'après une étude américaine qui date de 2014, de l'université de Princeton, si
04:30mes souvenirs sont bons,
04:31les polycopiers, en réalité, nuisent à l'attention et qu'en fait, ne pas prendre de notes pendant que le
04:35prof parle,
04:36ça nuit notre capacité à apprendre et à retenir ce qu'on lit.
04:39Donc, même ça, ça a détruit nos capacités d'apprentissage.
04:42Oui, parce qu'en fait, déjà dès les petites classes, les polycopiers font moins écrire les élèves.
04:48Alors, c'est en écrivant des phrases que la syntaxe rentre dans votre esprit.
04:52Et par ailleurs, l'écriture manuscrite vous oblige à faire déjà un effort de synthèse et de mémorisation.
04:58Donc, il faut la privilégier. Moi, dans ma classe préparatoire, la prise de notes par ordinateur est interdite, par exemple.
05:04Interdite, parce que c'est déjà une manière d'apprendre que d'écrire.
05:08Il y a Jean-Christophe qui nous appelle au 32-16 depuis l'aube.
05:11Vous êtes à Champignolles, les Monts de Ville. Bonjour Jean-Christophe.
05:15Bonjour tout le monde.
05:17Viticulteur, vous n'êtes pas surpris, semble-t-il, par le constat assez sévère que dresse Madeleine de Gesset ?
05:24Non, j'ai pu le constater, déjà avec mon plus grand, maintenant il a 21 ans, mais quand il était
05:29au CE2-CMA à l'époque,
05:32je me rappelle de l'institut qu'il avait, il montre un coup d'interro qu'il avait fait en
05:37histoire.
05:38C'était bardé de fautes, et il me fait, autant il avait une bonne note.
05:43Il me fait, non mais la maîtresse, elle a dit, si c'est en histoire, on ne corrige pas les
05:46fautes de français.
05:47Par exemple, vous voyez.
05:48On ne corrige pas, voilà, c'est ça, comme c'est de l'histoire, on ne corrige pas les fautes
05:51de français.
05:52On ne corrige pas les fautes, alors que c'est moi qui ai dit, c'est bardéron.
05:55Donc vous-même, vous disiez à votre fils, non mais tu ne mérites pas cette note-là ?
05:58Bah oui, carrément, puis du coup, on a fait ce qu'il fallait, ça roule maintenant, mais les parents touchent
06:02pas derrière aussi.
06:03J'ai aussi un autre exemple, par exemple, je vois mon plus petit, au collège,
06:07et on trouvait qu'il n'y avait pas fait de livres de lus en cours de français.
06:11Après, la prof qu'il avait une année, elle nous a répondu, mais je ne peux pas en faire lire
06:16de trop,
06:17parce que sinon, les élèves vont être débordés, ne vont pas réussir.
06:21Et mon gamin, quand il sort de, en réunion par en prof, mon gamin, quand il sort de la salle,
06:26à la douce-taison, il me dit, mais papa, si on ne s'entraîne pas, comment on peut s'améliorer
06:30?
06:30Même un gamin à douce-taison, il s'en rend compte.
06:32Lui-même était plus exigeant que les professeurs eux-mêmes.
06:35Jean-Christophe, je voudrais que Madeleine de Gesset puisse réagir.
06:37Oui, alors vous pointez du doigt un vrai problème, c'est qu'il faut qu'il y ait une très
06:42grande exigence
06:43sur les qualités rédactionnelles de nos élèves, et il faut que les fautes d'orthographe soient sanctionnées,
06:47quelle que soit la matière et quel que soit le professeur.
06:50Les fautes d'orthographe, l'exigence à la lecture.
06:52Merci Madeleine de Gesset d'être venue ce matin répondre à nos questions.
06:55L'école des illettrés, réapprendre à l'irréation.
06:57Juste un point d'optimisme, les pays qui ont fait des réformes d'ampleur de leur système éducatif,
07:03je pense à l'Allemagne au début des années 2000, ça a payé assez vite.
07:07Au bout de trois ans, vous voyez déjà des résultats.
07:09Donc ce n'est pas des réformes qui mettent des années à produire leurs effets.
07:11Effectivement, ça fait plaisir.
07:12Merci et merci à Jean-Christophe pour son témoignage.
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