00:00Il est 8h13 sur RMC et RMC Story. Un élève et ses deux parents, toujours en garde à vue ce
00:05matin,
00:06cet élève de troisième qui a tiré au fusil hier sur ses enseignants à l'intérieur même de son établissement.
00:12Le principal et une professeure ont été blessés. Bonjour Christophe, vous êtes professeur d'espagnol,
00:18vous êtes aussi élu du collège, élu force ouvrière. Vous étiez sur place hier au moment de la fusillade.
00:24Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé ? Je précise que vous n'avez pas
00:26été blessé.
00:27Non, non, je n'ai pas été blessé. Je faisais cours. J'étais rentré à 9h et un peu après
00:349h30,
00:35j'ai entendu un grand bruit comme ce qui tombait ou un pétard ou une détonation.
00:44Rapidement après, l'alarme a retentit. C'est une alarme pour évacuer l'incendie.
00:54Donc, normalement, il y a le CPE qui fait un appel micro pour dire si c'est un élève qui
01:00l'a déclenché
01:01ou si c'est vraiment quelque chose. Voilà, un incendie. Et là, il n'y a rien eu.
01:06C'était bizarre. Les collègues, j'avais ouvert la porte. Les collègues, certains évacués, d'autres pas.
01:12Puis, j'ai refermé la porte et j'ai entendu une autre détonation. Et là, j'ai préféré fermer ma
01:20porte.
01:20Et au lieu d'évacuer, confiner les élèves. Donc, ils sont restés tranquilles. Ils sont restés en silence.
01:27Et c'est uniquement une fois que le calme était revenu, que certains élèves étaient revenus au deuxième étage, là
01:36où j'étais,
01:37que j'ai pris la décision de descendre avec mes élèves. Je me suis mis devant eux.
01:42Et ils m'ont suivi. Ils n'étaient pas rassurés. On sentait qu'il y avait quelque chose qui se
01:46passait.
01:46Ce n'était pas une situation normale. On sentait que ce n'était pas un exercice.
01:49Une angoisse, j'imagine. Votre réflexe a été en effet le bon. Ce qui est fou, c'est qu'on
01:54se dit que dans ces moments-là,
01:55tout arrive en quelques secondes, que vous êtes obligés d'improviser, de prendre des décisions.
01:59Pendant ce temps-là, justement, le CPE, vous mentionniez normalement que le CPE doit s'exprimer au micro pour que
02:06tout le monde l'entende.
02:07Le conseiller principal d'éducation a réussi à désarmer le collégien avant qu'il ne soit ensuite interpellé par la
02:14police.
02:15Est-ce qu'il vous a raconté ensuite son geste ?
02:18Non, on n'a pas eu le temps de raconter ça.
02:21Mais ce matin, j'aimerais quand même avoir une pensée pour mon principal, ma collègue et tous ceux qui ont
02:28été blessés.
02:28Parce que j'ai appris par votre émission, par votre chaîne, que les enfants aussi avaient reçu du plomb.
02:33Donc, j'ai aussi une pensée pour eux. Ils ont été vraiment très courageux et je voudrais saluer ce courage.
02:39Très courageux. Vos élèves, vous le disiez, sont restés très calmes.
02:43On prit la mesure, visiblement, effectivement, de cette véritable menace.
02:49L'élève en question, 14 ans, qui est arrivé avec ce fusil dans l'établissement, vous le connaissiez ?
02:56Oui, je le connaissais. C'est un de mes élèves.
02:59C'est un élève de 3e. Ils sont 30 en classe et c'est compliqué de connaître chacun de ses
03:06élèves.
03:07Et moi, il ne me posait pas de problème. Je n'avais pas remarqué un comportement particulier.
03:12Je n'avais pas eu à le reprendre ni quoi que ce soit.
03:16Je ne pouvais vraiment pas imaginer ce qui pouvait se passer.
03:20C'est un élève, on le précise, qui était inconnu des services de police et qui, semble-t-il, n
03:24'avait jamais posé de problème particulier au sein de l'établissement.
03:28C'est ça. Non, aucun problème particulier. Je ne l'avais pas remarqué.
03:31C'est un gentil gamin. Je n'avais pas de soucis avec lui.
03:36Mais c'est d'autant plus vertigineux, j'allais dire.
03:40Comment vous allez-vous a posteriori ?
03:43C'est-à-dire, comment est-ce que 24 heures après, on se dit à quoi vous repensez ? Qu
03:48'est-ce que vous vous dites ?
03:50J'ai pu dormir. J'ai eu la chance de ne pas être resté seul non plus.
03:55Je suis encore un peu sonné. Je crois que je ne mesure pas tout.
03:59Il va falloir retourner bosser.
04:00Mais il y a une part de moi qui me dit...
04:03Je suis un petit peu en colère pour vous dire.
04:06Je n'ai pas que ça, bien sûr.
04:07Mais je me dis, si on n'avait pas un peu plus de moyens, vous voyez, des psys, une infirmière,
04:14est-ce qu'on n'aurait pas pu détecter que cet élève avait mal ?
04:17Elle n'était pas bien.
04:19C'est que des psys.
04:20J'en sais fichement rien.
04:21Mais je me dis, voilà, une classe à 30 élèves.
04:24Et s'ils étaient 20, est-ce que je n'aurais pas pu plus m'occuper de lui ?
04:26Je ne sais pas.
04:27J'ai beaucoup de questions aujourd'hui.
04:29J'imagine.
04:30Merci beaucoup de les avoir partagés avec nous et d'avoir aussi témoigné sur RMC.
04:34Christophe, vous êtes professeur d'espagnol au Collège Lacanale d'Aubagne,
04:39donc dans les Bouches-du-Rhône.
04:40Merci à vous.
04:40Merci à vous.