- il y a 22 minutes
Philippe Notton, PDG et fondateur de SiPearl, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce lundi 28 septembre. Il s'est penché sur la livraison à Bull de ses premiers processeurs Rhea1, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Voilà, ce Tech & Co depuis l'AIM va maintenant s'intéresser au hardware avec notre invité Jacques-Auille.
00:12Philippe Nothan sur ce plateau. Bonsoir Philippe.
00:13Bonsoir.
00:14Vous êtes le PDG fondateur de Seapearl.
00:17Alors Seapearl qui est une boîte très intéressante parce que vous venez de livrer par exemple à Bulle
00:23ces premiers Réa 1 qui sont destinés notamment à ce fameux supercalculateur dont on avait parlé dans Tech & Co,
00:30ce supercalculateur européen Jupiter.
00:33En fait vous fabriquez des puces mais pas comme Intel, pas comme AMD, c'est un peu différent.
00:39Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre métier finalement et puis après on parlera de ce supercalculateur ?
00:45Alors pour être précis on va dire qu'on conçoit des puces.
00:47La production s'est réservée à TSMC Taïwan pour notre première génération.
00:52Vous les designez quoi en quelque sorte c'est ça ?
00:53En anglais on va dire designé, en maîtrise d'oeuvre, conception, développement du code hardware, du firmware et ce genre
01:00de choses.
01:01Et j'ai le plaisir de vous la montrer là parce qu'elle est sortie, la première version est sortie
01:04il y a 3 mois
01:04donc avec les premiers échantillons qui ont été livrés à Bulle il y a quelques semaines
01:08et qui commencent à très très bien tourner.
01:10Sacrée victoire ça !
01:12Ça n'a pas été simple tous les jours, sacrée victoire effectivement.
01:16Il a fallu monter une équipe, il a fallu trouver l'argent, il a fallu mettre le chip au point,
01:21ça tourne et ce qu'on appelle en semi-conducteur ride the first time, c'est-à-dire la première
01:25version de la puce marche et marche très bien
01:27et c'est celle qui va partir en production.
01:29On ne va pas se voler la face, en Europe on est nul au niveau des puces par rapport aux
01:35Etats-Unis, par rapport notamment à l'Asie,
01:37on est vraiment à des années-lumière, vous faites partie de ces acteurs qui essaient de redonner un peu de
01:43lumière au bout du tunnel,
01:45pourquoi on a raté ce virage à votre avis ?
01:48On va dire qu'on était nul avant, là effectivement tout change.
01:51Je suis un peu, je pousse un peu le cochon.
01:53Je comprends très bien, il y a un peu une nouvelle vague de sociétés faiblesse comme nous qui font des
01:57puces pour le calcul.
02:00Il y a énormément d'efforts derrière parce qu'il faut culturellement faire un changement radical
02:04parce que toutes ces puces de calcul ne vont pas être produites en Europe, aujourd'hui on ne peut pas.
02:08Il a fallu monter des équipes, trouver l'argent, etc.
02:11Est-ce que c'est un problème justement de tout confier, vous designez des puces, vous les concevez ici, vous
02:17les pensez ici
02:17et après elles sont fabriquées à 10 000 km d'ici ? C'est un problème ou pas ?
02:21Alors j'ai des problèmes bien plus compliqués à gérer.
02:25Aujourd'hui on n'a pas le choix, il faut simplement se dire qu'on ne peut pas produire ce
02:28type de techno en Europe et de très très loin.
02:30Ce n'est pas une histoire d'une génération de retard, c'est 15 ans derrière.
02:33Donc les alternatives, c'est TSMC à Taïwan, ça pourrait être Samsung en Corée du Sud, ça pourrait être Intel
02:39aux Etats-Unis,
02:39mais en Europe, il n'y a absolument rien.
02:42C'est là d'où mon mot un peu violent de dire qu'on est nul ?
02:46En production, oui, parce qu'on n'a pas.
02:48Mais ce qu'il faut c'est créer la demande, créer des produits et quand il y aura suffisamment de
02:52produits conçus en Europe,
02:53qu'on aura envie de produire en Europe, ça justifiera une usine.
02:55C'est le modèle américain, je dirais, ils ont chez eux AMD, Qualcomm, Nvidia, Nvidia et faiblesse comme nous,
03:01a maintenant suffisamment de volume pour justifier une usine aux Etats-Unis et c'est pour ça que TSMC se
03:05déploie en Arizona.
03:06Un mot justement sur cette puce, si on la compare aux fabricants de puces qu'on connaît, que ce soit
03:12Intel, AMD,
03:13qu'est-ce qu'elle apporte ? Quels sont ses points forts et ses points faibles par rapport aux concurrents
03:18que je viens de citer ?
03:19Alors, on arrive aujourd'hui, on commence à publier ce qu'on appelle les premiers benchmark, les niveaux de performance,
03:26un niveau qui est largement au-dessus des attentes, qui est équivalent à ce que faisait Intel en 2025.
03:31Donc c'est plutôt très très bien, c'est-à-dire c'est un an derrière, que pour la première
03:35puce, c'est même exceptionnel.
03:36L'idée, c'est que sur les générations 2, générations 3, on se retrouve au même niveau
03:40et qu'on a un niveau de marge suffisamment pour générer énormément de cash.
03:44Maintenant, il y a des éléments, des différences fondamentales par rapport aux puces américaines.
03:47Par définition, c'est de la maîtrise d'œuvres européennes.
03:50Ça a été conçu par des ingénieurs en Europe, équipe en France, 80% de nos effectifs et en Espagne.
03:56C'est-à-dire qu'on sait ce qu'il y a dedans et c'est basé sur un jeu
03:59d'instruction, une nouvelle architecture qui s'appelle ARM ARM,
04:02qui est clairement révolutionnaire par rapport à ce que Intel et AMD sur Basics 86 font depuis plus de 40
04:07ans.
04:07On est sur l'architecture nouvelle, on est sur des ratios énergétiques qui sont très très bons.
04:12C'est les puces qu'on retrouve dans les smartphones, dans les tablettes, même dans les processeurs Nvidia.
04:18Il y en a partout.
04:19Tout à fait. Et ce qu'AWS, qu'Azure développent en interne, eux, ils peuvent mettre un milliard pour développer
04:25ce type de puces.
04:26C'est sur la base de même architecture.
04:27Alors, ce sont des cœurs pas tout à fait comme dans les smartphones.
04:29Ils sont bien plus gonflés, bien plus rapides et peuvent faire des calculs beaucoup plus performants.
04:33Mais c'est l'héritage du monde du smartphone mobile, etc.
04:38Quand on voit ce qu'arrive à faire Apple aujourd'hui avec ses puces M6, M6 Pro.
04:44Ce sont les mêmes bases.
04:45C'est dingue, c'est incroyable.
04:46On a réussi à faire en Europe avec énormément de supports publics.
04:49Parce qu'on a la France, France 2030, France Chèque Souveraineté comme investisseur.
04:53European Innovation Council, également comme investisseur public, à développer ce type de techno.
04:58Alors, votre puce Réa1, c'est 80 cœurs armes, 61 milliards de transistors.
05:04Oui.
05:05C'est ça ?
05:05Oui.
05:07Cette débauche de puissance sert à quoi ?
05:09On parle tout le temps d'IA.
05:10Est-ce que c'est une puce qui est taillée pour l'IA ou qui est taillée pour d'autres
05:14types de calculs ?
05:15Alors, il y a plusieurs catégories de charges de calcul en AI.
05:19Il y a ce qu'on a appelé le training, l'entraînement.
05:21Ça, c'est la force d'NVIDIA et de CUDA depuis un bail.
05:23AMD qui se débrouille plutôt bien.
05:25Il y a l'inférence, c'est-à-dire ce qui va répondre à vos promptes sur le chat de
05:29GPTO.
05:30Pour qu'on comprenne bien, il y a la première partie qui est là pour scroller le web, pour malaxer
05:34toutes les données, pour en tirer des réponses.
05:39Enfin, pas des réponses, mais en tous les cas, une base de données.
05:41Donc, c'est des mois de calcul, des gigawatts consommés pour agréger l'ensemble et faire un modèle.
05:45Et après, il y a l'inférence qui, elle, trie ces réponses-là selon nos requêtes.
05:51Tout à fait.
05:51Et qui, elle, doit réagir très vite, je dirais en une fraction de seconde, pour générer votre réponse.
05:55Et ce n'est pas les mêmes processeurs qu'il faut pour ces deux parties ?
05:58Non, parce que le but, c'est que ça soit très rapide et que ça coûte le moins cher par
06:01réponse.
06:01Donc, vous n'êtes pas sur le même type d'architecture.
06:03Sur l'inférence, on peut être très bon.
06:05Et il y a une nouvelle vague de calculs qui arrive, ce qu'on va appeler l'agentique AI,
06:09et qui se prête très, très bien à ce qu'on va appeler des CPU, des microprocesseurs, comme on le
06:13fait.
06:13Et ça, c'est ce qui va se déployer dans les années à venir, avec un marché qui est colossal.
06:18Et ce qui va... Les GPU vont un peu perdre leur superbe, parce qu'aujourd'hui, on parle surtout ça.
06:22J'irais Nvidia, Nvidia, etc.
06:23Ils sont très bons.
06:24Mais pour l'agentique, ça va être d'autres types de composants.
06:27On est beaucoup plus sur du microprocesseur, comme celui-là.
06:30Alors, évidemment, on se dit, chouette, c'est une puce européenne.
06:33Mais vous l'avez dit tout à l'heure, elle est fabriquée par TSMC, qui est à Taïwan.
06:37Est-ce qu'on peut dire, malgré tout, que c'est une puce souveraine ou pas ?
06:41A votre avis ?
06:42Alors, déjà, la souveraineté dans le monde du semi-conducteur, une souveraineté intégrale, ça n'existe pas.
06:48On parle souvent de l'ASML en Europe, qui est indispensable à toutes les fonderies.
06:51C'est-à-dire, les Taïwanais ne seront pas souverains, les Américains ne sont pas souverains, parce qu'il y
06:55a au moins cet élément-là qui manque.
06:56Air Liquide.
06:56Et qui est 100% européen.
06:57Et qui est 100% européenne.
06:58Air Liquide, tant que je sache, c'est très français, c'est utilisé partout.
07:02Donc, tout le système est interconnecté.
07:03Il n'y a aucun pays indépendant aujourd'hui, même si les Chinois commencent à plutôt bien se débrouiller.
07:08Et à terme, ils seront peut-être les plus indépendants.
07:11En Europe, on a quand même pas mal de technos, on a des ingénieurs.
07:15Ce qui est important pour la souveraineté, c'est de maîtriser le code.
07:18Enfin, ce qu'on va appeler la maîtrise d'œuvre.
07:19Être capable de le faire et d'utiliser tous les outils disponibles, qu'ils soient américains, qu'ils soient païwanais
07:24ou coréens, comme l'effondrie de Samsung.
07:27Et on est clairement sur ce mode-là.
07:28Je dirais que c'est la première étape.
07:30Et après, avec énormément de supports publics, énormément de monde, on pourra relocaliser beaucoup plus de choses.
07:35Mais ça ne se joue pas à une seule société comme Cyperl.
07:38Il en faut beaucoup plus.
07:38Il en faut beaucoup plus de volume pour justifier un rapatriement de l'ensemble.
07:43Comment s'est passée l'aventure Jupiter, justement ?
07:46Parce que pour vous, c'est très important.
07:48Parce que c'est du cash qui rentre.
07:50Et puis surtout, une communication, une mise en avant, un coup de projecteur qui est important.
07:56Comment s'est passé ce deal, en fait ?
07:58Parce que vous aviez, j'imagine, des concurrents autrement plus costauds que vous, non ?
08:04On avait des concurrents essentiellement américains sur ça.
08:06Mais Cyperl a été créé pour démarrer par Bruxelles pour amorcer la pompe, cocher la casse technologie, il faut des
08:15CPU.
08:16Jupiter, c'était le flagship dès le départ.
08:19Même les ingénieurs de Jupiter, les chercheurs de Jupiter ont été impliqués sur la conception de la puce pour s
08:25'assurer qu'à terme, ça colle clairement à leur marché.
08:28Je dirais que c'est toute la beauté du système européen.
08:30Alors, c'est un peu lent à se mettre en place.
08:32Il y a quand même pas mal de cash derrière.
08:34Ça permet de gérer l'ensemble.
08:35Amorcer une société comme nous, des financements à travers la Banque Européenne, l'Open Innovation Council, et à terme, des
08:41marchés.
08:43Et c'est la partie qu'il va falloir développer encore plus pour que les marchés publics, surtout toutes les
08:47dépenses en termes de marché public en Europe, soient adressées au maximum par des sociétés européennes pour pouvoir monter en
08:54régime.
08:54Et c'est cette notion de commande publique.
08:56En fait, on a un des premiers éléments, c'est-à-dire amorcer par Bruxelles pour adresser Jupiter.
09:01On va le faire, mais ça ne suffit pas, il faut en faire beaucoup plus.
09:04Surtout dans le cadre de tous les data centers qui vont être construits en France et en Europe.
09:09AI Factory et AI Gigafactory, il est fondamental que le matériel utilisé dans ces data centers soit au maximum européen.
09:16Donc, Réa1 est dans Jupiter, qui est un supercalculateur.
09:21Il va servir à quoi, ce supercalculateur ?
09:24Alors, il va être assez universel.
09:26Il y a forcément toute une partie apprentissage pour continuer à gérer des très gros modèles.
09:31Il y a une partie calcul scientifique, calcul de précision.
09:34C'est entre autres ce qu'on adresse avec cela.
09:36Pour tout ce qui est modélisation, ça va être jusqu'à la météo, crash, etc.
09:40Et c'est une machine qui est mutualisée par EuroHPC.
09:43Donc, il y a un gros consortium européen qui adresse tous les supercalculateurs européens.
09:47Et la machine française, Alice Recoque, qui arrivera un an après,
09:50de façon à fédérer toute cette puissance de calcul qui se retrouve répartie en Europe.
09:53Parce qu'on ne peut pas tout mettre au même endroit,
09:55en termes de surface et d'approvisionnement énergétique, ce n'est pas pensable.
09:59C'est gros, ce supercalculateur ? Ça ressemble à quoi ?
10:03Alors, vu de l'extérieur, si, ça ressemble plus à un stade sans les tribunes.
10:07Donc, on est sur des systèmes qui sont colossaux.
10:09De toute façon, les data centers, c'est très bien que l'empreinte des data centers est énorme.
10:13D'où la problématique pour les terrains.
10:16Mais le Réa, par exemple, c'est un gros truc ?
10:18C'est une grosse machine ?
10:20C'est quoi ? C'est une suite de data centers ?
10:23Enfin, en tout cas, de...
10:24On va dire, si on monte en hauteur, on met 6 puces comme ça sur une carte.
10:30On va appeler une blade qui fait 80 cm sur 80.
10:32Ça, c'est ce que fait Bulle.
10:34Après, ces blades qui font 44 mm d'eau, elles sont empilées dans des racks.
10:37Ils en mettent une trentaine.
10:38Ce qui va faire globalement 200 puces dans un rack, une armoire.
10:41Et après, il faut aligner les armoires, les alimenter, les refroidir par eau, etc.
10:46Quand on se projette et que vous vous dites, tiens, dans 5 ans, j'aimerais bien que si Perl soit
10:50là,
10:51vous aimeriez être où dans 5 ans ?
10:53Partout.
10:54Le monde du calcul, ce n'est pas que l'intelligence artificielle, ce n'est pas qu'il y a
10:57le data center.
10:58À terme, ça va être tout ce qui est spatial.
10:59On parle de data center en orbite.
11:01On parle de défense.
11:02Il y a énormément de calculs dans la défense.
11:04Le Rafale F5, il y a énormément d'intelligence artificielle, que ça soit embarqué.
11:08Ça a été avancé il y a quelques jours, d'ailleurs.
11:09Voilà, ça tombe bien.
11:10Donc, il va bien falloir que ces calculs soient faits quelque part, que ça soit embarqué au sol.
11:13Et ça, dès qu'on touche à la défense, il faut clairement des composants qui soient le plus souverains
11:17ou le plus indépendants de ce qui se passe outre-Atlantique.
11:20Les télécoms, les réseaux 6G, on n'a pas fini d'implémenter la 5G, les réseaux 6G,
11:25pour que les débits soient encore plus performants.
11:27Il y a encore plus de calculs dans ce qu'on appelle les stations de base.
11:30Il y a besoin de composants partout.
11:31Donc, notre vision à terme, c'est d'être partout où il y a du calcul avancé.
11:35Et plutôt avec des acteurs européens ou vous êtes agnostique ?
11:38Non, c'est global.
11:39Parce que là, vous parlez des réseaux télécoms, mais bon, alors il y a Ericsson, Nokia.
11:43Mais il y en a d'autres.
11:44Il y a Huawei, etc.
11:47Vous allez taper à la porte de tout le monde, là ?
11:49Non, c'est une vision globale.
11:50L'Europe, c'est très bien pour faire un bootstrap, un démarrage.
11:53Accès privilégié à des marchés.
11:55Ça, c'est toute la puissance publique.
11:57On espère l'European Bayact qui va se mettre en place pour aller au sens,
12:00à la gérer après beaucoup plus large.
12:02Effectivement, les marchés américains, les marchés chinois sont compliqués à pénétrer.
12:07Mais il y en a quand même pas mal d'autres.
12:10Le grand public, ça ne vous intéresse pas ?
12:11On ne retrouvera pas depuis six heures dans un ordinateur ?
12:14Je viens du monde grand public, où j'ai fait des composants vidéo par milliard.
12:19C'est des composants qui coûtent quelques dollars.
12:21Vous étiez où avant ?
12:22Vous étiez où ?
12:23J'étais chez STMicro.
12:24J'étais avant d'une société taïwanaisque qui est devenue médiathèque.
12:27Belle boîte, STMicro.
12:28Tout à fait.
12:29Ils font également des composants pour les AI, mais orientés à l'alimentation électrique.
12:32Il faut tout.
12:32Il faut alimenter des composants de calcul.
12:35Mais c'est une autre culture.
12:36Il y a une pression sur les prix de production qui est colossale.
12:39Ça joue aux centimes de marge.
12:42Faire des micropousseurs pour le laptop, c'est un autre sujet.
12:46Dernière question.
12:47On vit dans un monde un peu étrange,
12:49où le coût de la mémoire a été multiplié par 6 en quelques mois.
12:54On se rend compte que ce n'est pas terminé.
12:55Est-ce que ça a un impact sur votre business, cette pagaille ambiante ?
13:00Sur le budget total d'un data center, oui.
13:03Parce qu'il y a beaucoup de mémoire à l'extérieur de ces puces qu'il faut provisionner.
13:06Les prix montants et les data centers à budget constant, il y a globalement moins de mémoire.
13:11Dans notre cas, on intègre énormément de mémoire dans cette puce qu'on ne voit pas forcément là.
13:14Ce ne sont pas des barrettes de RAM, mais c'est 64 GB qui sont intégrées.
13:17On a eu la chance d'avoir approvisionné ça avant la montée en régime.
13:21D'accord.
13:21Donc vous avez votre petit stock.
13:22On a notre petit stock.
13:23Alors à terme, après, ça va être plus compliqué.
13:25On met ça dans un coffre-fort, ça prend de la valeur.
13:27Tout à fait.
13:28C'est très spéculatif.
13:29Ce qu'on appelle de l'HBM, la mémoire à très haute bande passante.
13:31Oui, oui, oui.
13:33Samsung, SKINX, Micron.
13:34Qui fait partie dans les data centers IA, celle-là, je crois, l'HBM.
13:38À base, Nvidia utilise énormément de puces HBM.
13:41On en a 4 là-dedans.
13:42Ça fait partie de la force de frappe en termes de puissance de calcul de la puce.
13:46Très bien.
13:47Donc là, pour l'instant, pas trop d'impact pour vous.
13:49Mais si ça continue, on parle de 2027, 2028.
13:53Il y a même certains observateurs qui disent que ça peut durer jusqu'à 2030.
13:57Est-ce que ça peut fragiliser, on va dire, une boîte comme la vôtre qui est relativement jeune ?
14:03Non.
14:03Honnêtement, chez nous, on est loin.
14:05On est loin de ça.
14:07Ça peut fragiliser la montée en régime de l'AI.
14:09Au même titre que l'énergie, quand il n'y aura plus de gigawatts disponibles, ça va ralentir l'ensemble.
14:13Maintenant, on peut regretter le fait qu'à Corbeil-Essonne, dans le sud de Paris, on fabriquait de la mémoire
14:17dans le temps.
14:18Et que tout ça, défaut d'investissement, etc., c'est parti.
14:23Mais à l'époque, on savait le faire.
14:24C'est dingue, ça.
14:26C'est dur, quand même.
14:27Parce qu'on se rend compte qu'on a des boîtes formidables.
14:30Vous parliez d'Estémicro, vous avez travaillé avant.
14:32Soitec, boîte incroyable.
14:34À SML, on a des...
14:37On va dire, dans la chaîne de fabrication de ces puces, on a des boîtes indispensables dans cette chaîne.
14:44Mais il nous manque des maillons très importants pour arriver à être autonome dans ce domaine.
14:49Alors, il y a certains maillons qui sont faciles.
14:50Les ingénieurs, on les a.
14:51Et ils sont très, très bons, entre autres chez nous.
14:54Les commandes publiques, c'est qu'une volonté politique.
14:56Ça ne coûte rien.
14:57C'est du réglementaire.
14:58C'est des lois qui convaincent les parlements de le faire.
15:01Maintenant, il y a effectivement une problématique d'accès à l'equity, d'accès au cash.
15:04Ce qu'on a pu voir sur nos études internes, c'est que sur ce type de composants, qu'on
15:07va appeler des composants de calcul,
15:09il y a un ratio de 12 entre ce qui est levé en Californie, typiquement en Silicon Valley, et ce
15:14qui est levé en Europe.
15:16Donc, quand des sociétés européennes comme la nôtre passent énormément de temps à essayer de lever de l'argent
15:20et qu'on va se gargariser, oui, en Europe, on a mis 500 millions à un euro budget.
15:24500 millions, c'est ce que va lever une start-up californienne en un tour.
15:26C'est-à-dire qu'une boîte équivalente à la vôtre va faire 12 fois plus, c'est ça ?
15:29Elle va faire 12 fois plus et elle va surtout le faire beaucoup plus vite.
15:32Et on est quand même sur une course à la vitesse.
15:34Donc, il y a effectivement Scalop Europe avec un fonds de 5 milliards, mais en dessous de ça, il y
15:38a clairement un gros manque.
15:39Donc, ça veut dire que là, on est sur une série B qui est assez colossale pour préparer la suite,
15:44qui est de plus de 270 millions d'euros.
15:46On va chercher ça à l'étranger.
15:47Il y aura un peu d'Europe, mais c'est malheureusement une dilution.
15:50Et que la force de frappe européenne qui s'est mise en place avec nous, elle va être diluée.
15:53Il faut aller chercher Middle East, Asie et toujours aux Etats-Unis.
15:56Oui, il y a de l'argent.
15:58Et 270 millions, vous dites que c'est colossal, mais quand on compare ces chiffres aux chiffres qui circulent aux
16:03Etats-Unis,
16:03c'est une goutte d'eau finalement.
16:05Pour eux, c'est une goutte d'eau.
16:06En Europe, c'est énorme.
16:07Oui, c'est énorme.
16:08Alors, Mistral s'en sort très bien, mais c'est un peu l'arbre qui cache sa forêt.
16:11Il faut regarder au niveau d'eux, ce qui se passe.
16:14Et là, c'est beaucoup plus compliqué.
16:15Il y a une vraie chute quand même.
16:17J'étais en Asie, je suis revenu d'Asie ce matin.
16:19Il se passe beaucoup de choses là-bas.
16:21J'y retourne dans deux semaines.
16:22Californie après, c'est malheureusement là où ça se passe.
16:25Et ça, c'est très regrettable pour des sociétés comme la nôtre.
16:28Merci beaucoup.
16:29Passionnant de vous écouter, Philippe.
16:30Philippe Nothomb, PDG, fondateur de SeaPearl.
16:34Voilà, on a quand même des acteurs en français, en Europe,
16:38liés à ces puces, à ces microprocesseurs
16:39qui font l'actualité au quotidien, finalement.
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