00:01Tech & Co, la quotidienne, l'invité.
00:04Et j'accueille donc Philippe Nothomb. Bonsoir Philippe.
00:07Bonsoir.
00:08Vous êtes un peu la lutte des stars de ce soir parce que c'est vrai qu'on évoque beaucoup les microprocesseurs
00:13et c'est vrai qu'on reprochait un petit peu à notre Europe d'être à la traîne dans ce domaine-là.
00:19Alors certes on a SML, certes on a STMicro qui est un peu en mauvaise posture actuellement,
00:24mais on a des boîtes moins connues comme la vôtre, Cipurl, qui essaie de faire son trou dans ce domaine-là.
00:32Il faut savoir que vous avez été créé en 2019, aujourd'hui ça représente Cipurl 200 employés,
00:38600 de R&D en France, Espagne et Italie, 130 millions d'euros levés en série A,
00:44lancement d'une série B de 200 millions d'euros.
00:47Et vous êtes là aussi pour déjà nous présenter ce que vous faites et nous parler d'Athéna 1 ou Athéna 1,
00:52je ne sais pas comment vous le prononcez, qui sera votre premier processeur qui devrait sortir l'année prochaine ou en 2027 je crois.
00:59Alors ça sera oui prêt pour 2027, on a notre premier processeur, R&D est passé en production chez TSMC,
01:06donc à Taïwan il y a le fondeur Star qui est aujourd'hui le seul capable de gérer ce type de technologie.
01:16On produira en Europe, quand il y aura les bottes usines on sera ravis de le faire en Europe,
01:19et on a annoncé ce matin une variante pour les marchés qu'on appelle, le marché qu'on appelle Dual,
01:24une version un peu allégée de notre processeur qu'on pourra retrouver dans tout ce qui est, je dirais, défense, aéros,
01:29et activité gouvernementale parce qu'il y a un très gros besoin de calcul également dans tous ces secteurs,
01:34et le calcul s'ouvre.
01:35Comment justement vous distinguez-vous de tous ces autres fabricants de processeurs,
01:40les Nvidia, les Intel, on parlait d'AMD tout à l'heure, etc.
01:43Quelle est votre particularité dans cette jungle et cette concurrence qui est féroce ?
01:48La concurrence rendue en Europe est assez limitée, sur ce qu'on appelle des CPU, des microprocesseurs,
01:54en Europe on est tout seul, on travaille sur base ARM, ce que vous disiez tout à l'heure sur la session précédente,
02:00précédente, oui il y a des concurrents qui sont aujourd'hui essentiellement américains,
02:05un peu, je dirais, un peu au Japon également.
02:07Il y a la Chine aussi non qui accélère ?
02:09Oui, alors la Chine on les voit moins.
02:10Et les Sud-Coréens aussi non ?
02:12Alors Samsung fait énormément de processeurs pour les téléphones,
02:15pour l'instant on ne va pas sur les data centers,
02:17Qualcomm va aller sur les data centers, il y en a des nouveaux arrivants qui se positionnent sur,
02:21on va dire, ce qu'on appelle l'écosystème ARM,
02:23qui était dans les smartphones et qui commençait à entrer dans les data centers.
02:26D'accord, vous parliez tout à l'heure de votre choix,
02:30finalement de confier la fabrication de vos processeurs à TSMC,
02:35vous disiez, le jour où s'il y a une usine qui ouvre en Europe
02:39et qui serait capable de faire ça, on irait avec plaisir,
02:43vous y croyez franchement ?
02:44Vous qui êtes un professionnel de ce domaine,
02:47on peut imaginer rattraper un peu notre retard dans ce domaine-là ?
02:51On a globalement la matière première, la matière grise pour le faire,
02:53on a SML, on a Air Liquide, les constituants, ce qu'on a,
02:56ce qui montre c'est suffisamment de produits pour remplir une usine,
02:58c'est déjà le premier élément, et c'est une des raisons pour lesquelles
03:00aujourd'hui TSMC n'est pas en Europe sur ce type de process,
03:03parce qu'il n'y a personne pour alimenter la charge,
03:06si l'usine est vide, ça ne sert à rien.
03:07Il y a un très bon exemple à citer, ce qu'on appelle Rapidus au Japon,
03:10ils ont mis plus de 20 milliards dessus,
03:12et en 2027, ils vont commencer à produire en 2 nanomètres.
03:15Donc les Japonais ont réussi à faire ce que les Européens,
03:17aujourd'hui, ne sont pas encore capables de faire.
03:19Pourquoi c'est faisable, sans être à...
03:22Mais ils ont des clients pour cette usine ou pas ?
03:24Oui, tout à fait, ça démarre, donc la production démarre en 2027,
03:28ils sont mis sur une taille d'usine plus raisonnable que TSMC,
03:31pour être quelque chose de réaliste,
03:32et qui peut être amorti sur des volumes plus bas.
03:34Vous parliez de 2 nanomètres,
03:36c'est un peu l'indice de référence en termes de processeur,
03:40plus c'est petit, plus c'est performant, moins ça chauffe, etc.
03:44Et plus c'est cher à faire.
03:45Et puis c'est cher à faire, et 2 nanomètres, c'est vraiment très, très, très, très, très, très petit.
03:49Tout à fait.
03:52Vous fabriquez des processeurs pour qui ?
03:54Alors, historiquement, c'était pour ce qu'on appelle l'HPC,
03:56High Performance Computing, donc les supercalculateurs,
03:58où on a été sélectionnés...
04:00Donc supercalculateur pour calculer les prévisions météo, des choses comme ça ?
04:02Tout ce qui est, ou simulation nucléaire, comme on le fait en France,
04:05c'est basé là-dessus.
04:06On est sélectionnés, on va équiper à partir de fin de l'année prochaine
04:09la plus grosse machine européenne, qui est la machine Jupiter en Allemagne,
04:11sur la partie CPU, avec Nvidia qui fait la partie training,
04:15donc entraînement.
04:16C'est le premier marché, et sur la partie de notre deuxième génération,
04:20on va accéder également au marché, qu'on dit datacenter,
04:22tout ce qui est inférence et high,
04:23qui sont des marchés beaucoup plus gros, alors mondiaux,
04:26mais avec des volumes qui sont quand même plus,
04:28beaucoup plus intéressants que l'HPC.
04:29L'HPC, il faut voir ça comme de la Formule 1,
04:31et les datacenters tels qu'on va les adresser,
04:33c'est un peu de la voiture premium.
04:36Et est-ce que c'est...
04:37Alors, je ne suis pas un spécialiste,
04:38mais ces HPC pourraient faire tourner
04:40des modèles via générative, à terme,
04:43ou est-ce que leur conception n'est pas compatible ?
04:46Alors, en fait, ça dépend des charges de calcul,
04:48des workloads qu'on met dessus.
04:49Certaines ont été typées pour des CPU.
04:52Le training, aujourd'hui, c'est typé pour des GPU,
04:54donc pour ça qu'Nvidia est très loin devant.
04:56Pour tout ce qui est inférence,
04:57donc quand vous allez utiliser ChatGBT ou Mistral,
04:59enfin le chat pour une réponse imprompte,
05:02c'est des systèmes d'inférence qu'on peut effectivement adresser.
05:04Mais on n'est pas sur le même type d'hardware,
05:06qui, lui, doit très peu consommer
05:08et coûter le moins cher,
05:09par question posée à un modèle LLM.
05:12Alors, parlez-nous de ce Athena 1 ?
05:16One ?
05:17Ah oui, Athena 1.
05:18Athena 1.
05:18Des clinaisons duales de Réa 1,
05:22qui va consommer moins.
05:23Parce que pour des systèmes du haut,
05:26on est plutôt sur des puissances de l'ordre de 150 watts.
05:30Dans l'HPC, c'est no limit.
05:31Dans les data centers, c'est également nos limites,
05:34parce qu'on veut, c'est faire le plus de calculs par cœur.
05:37Quand on commence à faire la défense duale,
05:39il faut restreindre ça,
05:40parce que ce n'est pas les mêmes systèmes de refroidissement, etc.
05:42Donc c'est une version spécifique,
05:45une déclinaison de notre premier processeur pour adresser ça,
05:47et qui va clairement être unique en Europe.
05:49Et on parle beaucoup de problématiques de défense,
05:52de calculs souverains en ce moment.
05:53Donc on va l'adresser.
05:54Donc vous êtes le candidat parfait.
05:55On est le candidat parfait, tout à fait.
05:57C'est top.
05:58Deux questions.
05:59Le quantique, vous y croyez ou pas ?
06:01Et est-ce que, dans votre réflexion,
06:04ça rentre dans le futur de ce que vous pourriez faire ?
06:07Le quantique, pour nous, c'est une forme d'accélération.
06:10Je dirais que ça va être une partie du marché
06:12va basculer sur du quantique.
06:13Il y a des applications qui vont très bien se prêter à du quantique,
06:16comme par exemple la crypto.
06:18Le quantique aura toujours besoin de CPU,
06:20de microproceurs traditionnels autour.
06:22Donc pour nous, ce sont des partenaires,
06:23au même titre que des vendeurs d'accélérateurs
06:25type Nvidia, AMD, etc.
06:27peuvent travailler avec nous.
06:29Donc ça fait partie du même écosystème.
06:31On parlait tout à l'heure de la consommation énergétique
06:33de tous ces processeurs,
06:35qui va poser problème,
06:37en tous les cas, quand on voit cette surenchère
06:39de gigawatts qui est mise en avant aux Etats-Unis.
06:42Est-ce que c'est un sujet
06:43qui vous préoccupe, ça, ou pas ?
06:45Alors, en termes de design,
06:46c'est-à-dire de conception de la puce,
06:48les aspects énergétiques thermiques sont très importants,
06:51parce qu'il faut arriver à concentrer
06:52sur quelques millimètres carrés,
06:54énormément de puissance de calcul,
06:55donc énormément de consommation.
06:56et ce qui nous pousse à aller vers des technos les plus avancés,
06:59parce que le prochain chip qu'on a démarré
07:02sera en 3 nanomètres,
07:03c'est justement pour que les ratios énergétiques
07:05soient encore meilleurs.
07:07D'accord.
07:07Mais c'est un très gros sujet.
07:08Si vous suivez les roadmaps,
07:10là où va TSMC,
07:11vous allez concentrer de plus en plus d'énergie
07:13sur une petite puce,
07:14mais faire de plus en plus de calculs.
07:16Donc le rendement global est amélioré.
07:17Mais cette énergie, on va la trouver où ?
07:19Alors en France, nous, on est plutôt les bons élèves.
07:21On est plutôt bien équipés, tout à fait.
07:23Mais aux Etats-Unis notamment,
07:25c'est la question qu'on posait.
07:27Ils ont quand même une longueur d'avance
07:28en tout ce qui est SMR,
07:29parce que les gros clouders,
07:30hyperscalers,
07:31ils commencent à travailler sur les SMR.
07:32Là, Microsoft,
07:33à Réalumitry,
07:34c'est sur des années,
07:36voire des dizaines d'années.
07:37Alors SMR, je dirais peut-être plus rapide.
07:39Ils ont simplement en termes...
07:41SMR, pour eux,
07:42c'est des petits réacteurs nucléaires.
07:44Des petits réacteurs peuvent faire 40 mégawatts,
07:45100 mégawatts sur un conteneur.
07:47Et ça peut être très efficace,
07:50si ce n'est qu'il faut légiférer,
07:52que ça puisse se mettre n'importe où.
07:54Donc les Européens sont encore un peu réticents là-dessus.
07:56Mais vous pensez que c'est quoi ça ?
07:58Tous ces petits réacteurs nucléaires dont on parle,
08:03il y a beaucoup de startups qui sont là-dessus.
08:05Même en France,
08:06il y en a eu plusieurs, tout à fait.
08:07On est sur des cycles lents,
08:09et ce qui gêne en France,
08:10c'est justement la normalisation
08:11pour qu'on ait le droit de les...
08:12D'accord.
08:13Mais aux Etats-Unis,
08:13ça pourrait arriver quand, à votre avis ?
08:14À mon sens,
08:15c'est déjà en train de les déployer,
08:17les premiers, tout à fait.
08:18Ah d'accord.
08:18Ils en ont besoin,
08:18ça permet d'avoir des data centers
08:19complètement autonomes.
08:20Ok.
08:21Donc c'est effectivement un sujet.
08:22En tout cas, bravo.
08:23Merci.
08:23Ça fait plaisir d'avoir un acteur
08:24européen et français dans ce domaine.
08:28C'est pas simple tous les jours.
08:30Il faut trouver de l'argent,
08:30ça coûte cher,
08:31il faut trouver de l'argent.
08:32On a quand même des très bons ingénieurs
08:33qui se défoncent pour le faire,
08:34parce que c'est un peu à contre-courant
08:35de faire la conception
08:36de ce type de puces en Europe.
08:37Il n'y a pas le choix,
08:38il en faut.
08:38Eh bien voilà.
08:40Et la souveraineté va...
08:42Vous êtes beaucoup
08:42et c'est tant mieux finalement.
08:45Merci Philippe Nothon,
08:46directeur général
08:47et fondateur de Sea Pearl.
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