00:00Good morning business, parole de patron.
00:04Bonjour Arthur Charles.
00:05Bonjour.
00:06Vous êtes cofondateur et directeur général de Cocorico.
00:09Pour être simple, on dit souvent que vous êtes le concurrent du slip français.
00:12Vous venez d'annoncer l'ouverture de votre première unité de fabrication dans le lot.
00:16Pourquoi décidez-vous de produire en France au moment où tout le monde trouve que le coût du travail est
00:21trop élevé
00:21et que les charges sont trop lourdes ?
00:23Oui, écoutez, ça fait huit ans qu'avec Cocorico, on essaye de montrer qu'on est capable de fabriquer
00:28une marque de vêtements intégralement en France et de la proposer à des prix qui soient abordables pour tous,
00:32accessibles, voire même compétitifs par rapport à des grands acteurs qu'on connaît bien
00:37et qui produisent à l'autre bout du monde.
00:39Ça marche plutôt très fort.
00:40Cocorico, c'est 40% de croissance, 30 millions de CA cette année.
00:43Donc, on a voulu passer une étape supplémentaire à ça et se dire,
00:47est-ce qu'on est capable également de fabriquer en France au prix de revient du Made in China ?
00:52Et c'était le défi qu'on a relevé en ouvrant cette unité de production.
00:56Alors, expliquez-moi comment vous, vous y arrivez alors qu'on est tous concurrencés par les pays asiatiques
01:01qui produisent moins cher et notamment sur le textile ?
01:05En fait, on s'est rendu compte que les usines de production textile en Asie sont les plus automatisées du
01:09monde,
01:09qu'ils ont pu développer des technologies très avancées ces 30 ou 40 dernières années
01:14et que nous, en tant que Français, on y a accès.
01:15Donc, aujourd'hui, on a sourcé ces machines-là, on les a ramenées en France,
01:19on s'est réapproprié ces technologies et aujourd'hui, grâce à ça, c'est des machines qui sont automatiques,
01:23qui vous permettent, à vous et moi...
01:25C'est quoi, c'est un peu comme des robots ?
01:26Oui, exactement, c'est des robots, des automates, comme on l'appelle,
01:29qui permettent de ne pas avoir besoin de formation pour être efficace
01:31et d'être beaucoup plus productif qu'avec des machines manuelles.
01:35Et ça, aujourd'hui, c'est assez extraordinaire.
01:37Au Cocorico, notre usine, c'est seulement 10 personnes
01:39qui sont capables de fabriquer 400 000 t-shirts par an
01:42à un prix de revient qu'on a divisé par 3 par rapport à ce qu'on connaissait il y
01:45a un an.
01:45Donc, 10 personnes, sinon vous auriez combien de personnes ?
01:48C'est une cinquantaine de personnes à volume équivalent.
01:50Et donc, des gains de productivité énormes.
01:54Est-ce que vous mettez combien de temps à faire un t-shirt ?
01:58Alors, historiquement, avec des machines manuelles,
02:00vous mettez entre 5 et 10 minutes.
02:02On a divisé ce temps par à peu près 3, grâce à nos machines automatiques.
02:07Donc, vous produisez 300 à 400 t-shirts par an, c'est ça ?
02:11400 000 t-shirts, oui.
02:12400 000 t-shirts par an.
02:13Et vous vendez partout dans le monde ?
02:16Non, aujourd'hui, nous, on vend uniquement sur le territoire français.
02:19L'idée de ramener de la production en France et de relocaliser notre production,
02:22c'est aussi un enjeu de souveraineté.
02:24Donc, c'est de pouvoir proposer aux Français des produits made in France,
02:27meilleurs pour la planète, à des prix qui ne font pas un trou dans leur portefeuille.
02:31Et c'est ça, tout le concept de Cocorico.
02:33Mais pourquoi vous vous privez du marché à l'international ?
02:36C'est d'abord une certaine philosophie de se dire que relocaliser,
02:40ce n'est pas pour réexporter.
02:41Aujourd'hui, on sait très bien que l'impact écologique du vêtement
02:44est quand même le point qu'on essaie d'assigner avec la production locale.
02:47On trouve aussi que quand vous voyez un Chine qui passe de 0 à 3 milliards
02:51de chiffre d'affaires en France uniquement en moins de 3 ans,
02:53on se dit qu'il y a un marché qui est suffisamment grand
02:56pour grandir en France uniquement pour le moment.
02:58Notre ambition en France, à horizon 2030,
03:01c'est de réaliser 100 millions de chiffres d'affaires sur le territoire.
03:03Vous parlez de souveraineté française, de cette philosophie-là.
03:07Est-ce que vous avez réfléchi à l'empreinte carbone que vous avez
03:10parce que vous faites de la fast fashion en France, finalement ?
03:13Oui, bien sûr. En fait, quand vous regardez l'impact d'un T-shirt, par exemple,
03:17ce qui a le plus d'impact, ce n'est pas tellement le transport,
03:19c'est plutôt les invendus, les surstocks,
03:23tous ces vêtements qu'on va jeter.
03:24On a tous vu des reportages sur ces sujets-là.
03:26Et l'impact du T-shirt, l'impact écologique, il est là.
03:29Quand vous fabriquez à 200 ou 300 kilomètres de votre consommateur,
03:32vous fabriquez en flux tendu.
03:33Et donc, on est approvisionné toutes les semaines.
03:35On est hyper flexible.
03:36Il fait chaud, on propose du T-shirt.
03:38Il fait froid, on propose du pull.
03:40Et cette flexibilité-là, elle vous permet d'avoir zéro invendu,
03:43quasiment zéro stock.
03:44C'est à la demande, quasiment.
03:46C'est quasiment à la demande, oui, tout à fait.
03:47Vous misez sur l'IA pour vous aider à accélérer ?
03:50Bien sûr. La révolution des machines et des automates dont je vous parlais,
03:53elle est, entre autres, portée par l'IA.
03:56Et c'est un sujet qui va venir.
03:57Aujourd'hui, la création d'automates pilotées par l'IA nous permettra,
04:01et on en est sûr, de se réapproprier en France
04:04des biens de grande consommation, comme le vêtement, par exemple,
04:07de les produire sur notre territoire
04:08et de le faire à des prix qui sont compétitifs par rapport à l'Asie.
04:11Ce qui permettra à tout le monde de pouvoir les consommer,
04:13puisque le prix final pourra baisser.
04:16Votre logique, elle est purement économique
04:17ou c'est pour le pouvoir d'achat des Français ?
04:20Les deux, en fait.
04:22On se rend compte que fabriquer localement,
04:23c'est performant économiquement.
04:24Donc, pour Cocorico, pour nous sous-traitants,
04:27pour l'intégralité de nos collaborateurs.
04:30Mais c'est aussi meilleur pour la planète.
04:32Ça permet à chacun de consommer.
04:34On a beaucoup dit « consommer moins, mais mieux ».
04:36On trouve que ça ne correspond pas à la réalité économique
04:38de 90% des Français,
04:40qui n'ont juste pas les moyens de ces convictions.
04:43Et on pense que c'est à des marques,
04:44et c'est le défi qu'on relève,
04:46de lever la barrière du prix pour permettre à tous
04:48de mieux consommer.
04:49Et votre ambition, elle est quand même très forte.
04:51100 millions de chiffres d'affaires en 2030, ça ?
04:55Oui, tout à fait.
04:55Aujourd'hui, on est sur un trend de 40% de croissance,
04:58qui correspond à peu près à 100 millions de chiffres d'affaires
05:00à horizon 2030.
05:01Et je le redis,
05:02qui est une ambition qui n'est finalement pas si forte
05:05au sein d'un marché qui fait aujourd'hui 25 milliards
05:07en France, du vêtement,
05:08et qui vient majoritairement d'Asie.
05:10Et le « made in France », ça fait vendre ?
05:12Oui, bien sûr, le « made in France » fait vendre.
05:14Après, pas que.
05:15Nous, ce qu'on dit souvent, c'est qu'à prix égal,
05:17à qualité équivalente,
05:18le consommateur, il choisira toujours le « made in France ».
05:20Mais il faut d'abord être à prix égal
05:21et à qualité équivalente.
05:22Et la qualité, vous ne l'avez pas perdue avec vos automates ?
05:25Absolument pas.
05:25Aujourd'hui, au contraire,
05:26les automates font la même couture toute la journée,
05:29de manière, entre guillemets, automatique.
05:31Donc, c'est des coutures qui sont ultra résistantes.
05:33On a beaucoup testé les machines.
05:35C'est aujourd'hui des machines qui sont en plus hyper matures
05:37en termes de technologie,
05:38donc qui fabriquent la plupart de nos vêtements,
05:42nous, aujourd'hui, la qualité est au rendez-vous,
05:44grâce au savoir-faire français,
05:45grâce à nos machines.
05:46Et le prix final est compétitif
05:48par rapport à des grands acteurs.
05:49Alors, vous êtes associé à InterSport
05:51pour faire vos premiers pas dans le commerce physique,
05:53plus seulement dans les e-commerce comme avant.
05:55Quels sont les retours sur investissement,
05:57on pourrait dire, de cet accord ?
05:58Oui, tout à fait.
05:59Écoutez, nous, on est plutôt satisfaits du démarrage.
06:01Alors, on commence tout juste.
06:04L'objectif, c'était d'aller au bout de notre démarche
06:06et de montrer qu'on était capable,
06:08non seulement de vendre sur Internet
06:09du « made in France abordable »,
06:10mais aussi en magasin.
06:11Notre concept, c'est quand même de donner accès,
06:13l'accessibilité.
06:14Donc, le canal de distribution magasin nous manquait.
06:17Donc, c'est une nouvelle corde à notre arc.
06:18Avec, plus tard, l'ambition d'ouvrir des enseignes ?
06:20Pourquoi pas.
06:21On ne s'interdit rien à moyen terme.
06:23Aujourd'hui, on propose, via notre site Cocorico Pro,
06:26à n'importe quelle boutique,
06:27de distribuer du « made in France » abordable.
06:30Je pousse tout le monde à aller voir notre offre.
06:33C'est aujourd'hui assez dynamique.
06:34C'est un secteur dynamique pour nous.
06:36Merci à vous d'avoir été avec nous ce matin.
06:38Arthur Charles, cofondateur,
06:39directeur général de Cocorico.