- il y a 6 semaines
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00:00A accueillir nos prochains invités, Raphaël Enthoven, bonsoir, cofondateur de Franc-Tireur et éditorialiste, votre une cette semaine.
00:07Vous posez la question, Gabriel Attal finit le « En même temps ». Vous avez vu, j'ai pas oublié
00:11aujourd'hui, Raphaël.
00:12Merveilleux.
00:13Et face à vous, notre invité du jour, Julien Aubert. Bonsoir, bienvenue, vice-président des Républicains.
00:19Vous avez suivi le débat un instant. D'abord un mot sur cette menace russe.
00:22Vous avez suivi le discours alarmiste d'Emmanuel Macron hier, la réaction du Rassemblement National aujourd'hui.
00:28Est-ce qu'on peut parler d'un changement de pied de la part du Rassemblement National sur la question
00:33russe qui parle aujourd'hui d'un État hostile ?
00:36Oui, il y a un changement de pied par rapport, je dirais, à un discours qui était relativement plus clément
00:42avant l'invasion de l'Ukraine
00:46et où ça s'inscrivait dans une perspective considérant que la Russie ne faisait que répondre aux intimidations de l
00:53'OTAN.
00:54Donc oui, il y a eu un changement clair et net qui montre que le Rassemblement National a compris le
00:59danger d'être vu comme pro-russe.
01:02Il a compris que le sujet était radioactif et donc il a bondi sur les propos du président de la
01:08République pour clarifier les choses.
01:10Qui dit quand même qu'il faut se questionner, là encore, sur le soutien, le niveau du soutien financier à
01:17l'Ukraine.
01:17Qu'est-ce que vous pensez, vous, de ce point-là en particulier ? Est-ce que ça nous met
01:24dans une position vulnérable vis-à-vis de la Russie ?
01:26Je pense qu'on va demander aux Français des efforts considérables pour le rétablissement des finances publiques
01:31et que dans un contexte où tout le monde va mettre la main à la poche, la question de l
01:36'aide internationale de manière générale,
01:38qu'il s'agisse de l'aide à l'Ukraine mais de l'aide publique au développement, va être mise
01:41sur la table, évidemment.
01:42Il faut la poser ?
01:43Oui, il n'y a pas de question en politique ou en démocratie qu'il ne faut pas poser.
01:47Je veux dire, il n'y a pas de dépenses sanctuarisées à part les engagements internationaux sur lesquels il y
01:51a une autre signature.
01:52Raphaël Nthoven.
01:52Bien sûr qu'il faut poser la question. Il faut aussi tenter d'y répondre.
01:56Moi, sur la question du Rassemblement national et de l'Ukraine, j'ai le sentiment qu'ils ont toujours eu
02:01un temps de retard.
02:02Ils sont toujours venus aux conclusions qui étaient celles de la majorité des gens.
02:05Mais après un long temps de réflexion, ils ont commencé par dire qu'il ne fallait pas aider l'Ukraine,
02:09que l'Ukraine avait déjà d'emblée perdu la guerre. Et puis ensuite, ils en sont venus à d'autres
02:13conclusions.
02:14C'est très intéressant de voir l'évolution du Rassemblement national sur cette question
02:17et le fait qu'ils ont systématiquement un temps de retard.
02:20L'autre point qui est intéressant sur cette affaire, c'est la question de la souveraineté.
02:23Je suis frappé de voir des gens attachés à la souveraineté de l'État, à la souveraineté des États,
02:30justifier ou comprendre en tout cas l'agression russe.
02:32C'est quand même fascinant de dire qu'on défend la souveraineté d'un État tout en négligeant la souveraineté
02:37de l'Ukraine.
02:37Et puis, au-delà de ça, ils ont compris une chose, c'est que, me semble-t-il,
02:43défendre l'Ukraine, soutenir l'Ukraine, c'est défendre la sécurité de la France elle-même.
02:48Alors, je propose la question, pardon, mais comme vous disiez, on peut soulever la question,
02:53mais il faut aussi y répondre.
02:54Julien Aubert, entre les lignes, est-ce que vous vous dites qu'il faut,
02:59potentiellement, vu l'état des finances publiques, couper le robinet à l'Ukraine ?
03:02Comme le dit Louis Alliot.
03:03Pas couper le robinet, mais le réduire, sans doute.
03:06D'autant que je ne fais pas la même lecture stratégique que Raphaël Antoven.
03:10Je pense que le soutien à l'Ukraine s'inscrit dans la responsabilité d'un pays membre
03:15du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui considère qu'on a violé, effectivement,
03:19l'intégralité territoriale.
03:21En revanche, je ne pense pas que l'Ukraine, en soi, soit un problème pour la sécurité française.
03:27Après, demain, qu'il y ait des menaces de Vladimir Poutine, plus précis, sur d'autres pays européens,
03:31par exemple, s'intégrer à la Pologne, là, je pense qu'effectivement, il y a un sujet,
03:35parce que c'est un pays de l'Union européenne.
03:37En revanche, sur l'Ukraine, je distingue, moi, les deux sujets.
03:40Vous êtes bien optimiste, et je vous voyais faire l'amour, Raphaël Antoven.
03:43Oui, oui, oui, il n'y a rien de pire que les guerres qu'on ne veut pas mener,
03:47mais il y a des guerres qu'on ne veut pas mener.
03:48Il ne suffit pas de ne pas vouloir mener une guerre pour que la guerre en question n'existe pas.
03:51La Russie fait la guerre à la France, aujourd'hui, fait la guerre sur notre territoire,
03:57pratique de l'ingérence, pratique des manipulations, pratique des falsifications.
04:00On est aujourd'hui en guerre hybride contre la Russie.
04:04C'est une guerre qui existe déjà.
04:05Défendre et soutenir l'Ukraine, ça n'est pas défendre et soutenir un pays lointain.
04:09C'est défendre la République contre une tentative, aujourd'hui, d'influence,
04:14à grande échelle, qui me paraît délétère.
04:17Je pense qu'il faut se demander quelle est la cause et la conséquence.
04:21C'est-à-dire, est-ce que les agressions...
04:23Alors, moi, je n'aime pas le terme de la guerre.
04:25Ça répond à des définitions extrêmement précises de conventions internationales.
04:30Et à force de mettre la guerre partout, je me rappelle de l'Amérique
04:33qui avait déclaré la guerre sur le terrorisme, on finit par ne plus nommer les choses.
04:37Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie.
04:39Non, qu'il y ait des manifestations, effectivement, d'ingérence.
04:42Oui, mais ça n'est pas une guerre.
04:44Après, est-ce que ces manifestations d'ingérence, est-ce que ces tentatives de déstabilisation
04:48sont le résultat de notre soutien à l'Ukraine ?
04:50Ou est-ce qu'en réalité, il y a une volonté russe, au-delà de l'Ukraine,
04:54de s'attaquer et de déstabiliser toute l'Europe,
04:56avec derrière l'idée de s'attaquer, par exemple, au Pays-Baltes, etc.
04:59Ce sont deux sujets différents.
05:01Et moi, je ferais plutôt l'analyse.
05:03Alors, moi, je fais l'analyse inverse.
05:04C'est que je pense que la Russie s'attaque à nous
05:06parce que nous faisons partie des soutiens à l'Ukraine.
05:08Ah, donc, on en revient à la question, vous dites,
05:10pour que la Russie cesse de nous attaquer, il faut couper l'aide à l'Ukraine ?
05:14Non, je dis que parce que nous avons aujourd'hui des problèmes budgétaires,
05:17la question du soutien à l'Ukraine doit être mise sur le plan.
05:20Mais quel est votre...
05:21L'idée que nous soyons responsables par notre soutien à l'Ukraine
05:26de l'agression russe contre l'Ukraine et aussi contre la France,
05:32l'idée que nous soyons responsables de cette ingérence
05:35est une idée qui revient à dire, par exemple,
05:40c'est comme si vous disiez dans le cas de Charlie Hebdo
05:42qu'ils sont responsables de ce qui s'est passé
05:45parce qu'ils ont publié des dessins provocants.
05:47C'est comme si vous disiez dans le cas d'une agression dans le métro
05:50la jeune femme est responsable de ce qui lui est arrivé,
05:53sa jupe était trop courte.
05:54C'est quand même extraordinaire.
05:56On a un pays de 150 millions d'habitants
05:58qui se jette sur une démocratie de 34 millions d'habitants
06:02qui essaie d'en manger le quart,
06:05qui essaie de changer les lois,
06:07qui essaie d'en faire tomber le président,
06:08qui tente un coup d'État et on s'interroge.
06:12On en est encore aujourd'hui à s'interroger
06:14sur ce qu'on aurait pu faire, nous, pour vexer le pays en question.
06:18Permettez-moi de vous dire que non,
06:19vous vous trompez complètement sur l'analyse.
06:21Si je reprends votre métaphore sur le métro,
06:24c'est comme si, constatant l'agression de quelqu'un,
06:27d'une jeune femme dans le métro par un délinquant,
06:29vous veniez à son secours
06:31et que dans la mêlée,
06:33ce délinquant vous mette un coup de couteau.
06:35D'accord ?
06:36La raison pour laquelle vous êtes pris un coup de couteau,
06:38c'est parce que vous êtes venu au secours de la victime.
06:40Donc il ne faut pas le faire ?
06:42Attendez, attendez.
06:43Non, vous en tirez des conséquences morales.
06:45Le point de départ de cette conversation...
06:46C'est ce qu'il faut faire, exactement.
06:47Il faut y aller ou pas ?
06:48Je vous ai déjà répondu.
06:49Le point de départ de cette conversation,
06:51c'était de dire,
06:53aujourd'hui, nous sommes en guerre avec la Russie.
06:55Et ce que je vous dis,
06:57c'est que nous ne sommes pas en guerre avec la Russie,
06:58nous sommes victimes d'attaques de la Russie
07:00parce que nous avons fait le choix.
07:03Et c'est bien normal.
07:04Nous sommes alliés de l'Ukraine aujourd'hui.
07:06Et par conséquent, la Russie s'attaque à tous les pays
07:08qui soutiennent l'Ukraine.
07:10Mais donc, je repose la question,
07:11faut-il diminuer notre soutien à l'Ukraine ?
07:13Je vous ai déjà répondu deux fois.
07:14Non, vous dites qu'il faut poser la question.
07:15Oui, mais justement, je vous ai même dit plus haut.
07:17Je vous ai dit qu'il fallait, de mon point de vue, la réduire
07:19parce que dans un contexte de soutien budgétaire
07:23et de réduction budgétaire,
07:25il est évident que nous ne pourrons pas justifier
07:27le maintien d'une aide à un pays érangé
07:30alors que les Français se serrent la ceinture.
07:33– Donc, les Républicains estiment que l'État des finances publiques
07:38ne permet plus de continuer à aider à ce niveau-là.
07:40– Pas les Républicains.
07:41Je crois, peut-être que si vous voulez, je vous fais un coloriage.
07:44– Vous êtes vice-président des Républicains.
07:45– Non, non, non, je suis vice-président des Républicains,
07:47mais ce n'est pas les Républicains de part.
07:48Vous me posez la question et je vous réponds.
07:50Vous pouvez me poser quatre fois la question.
07:52Je sais bien que la réponse ne vous plaît pas.
07:54Mais oui, je vous le dis, je pense que dans un contexte,
07:58je vais peut-être me le répliquer, de réduction budgétaire,
08:01il y a un certain nombre de postes de dépenses
08:03qui vont devoir être réduits.
08:04Ça ne veut pas forcément dire à zéro.
08:06– Une observation, juste une observation,
08:08on peut rester indéfiniment sur cette question,
08:10mais juste une observation.
08:11L'argument du contexte des difficultés budgétaires.
08:15Quand on est contre le soutien à l'Ukraine
08:18ou quand on est pour la réduction du soutien à l'Ukraine
08:20dans le cadre de la guerre contre la Russie,
08:22on n'est pas favorable au soutien à l'Ukraine
08:24dans un autre contexte budgétaire.
08:26Ce que je veux dire, c'est qu'il y aura toujours
08:28suffisamment d'urgences budgétaires pour justifier
08:30qu'on ne soutienne pas l'Ukraine.
08:31Dire, ce sont les urgences budgétaires
08:33qui justifient qu'on ne soutienne pas l'Ukraine,
08:35c'est brandir un argument qui peut être brandi chaque année.
08:38C'est comme les gens qui vous disaient,
08:40c'est pas le moment de jeter de l'huile sur le feu.
08:42Mais si c'est pas le moment,
08:43ce sera jamais le moment de jeter de l'huile sur le feu.
08:45Là, c'est exactement le même raisonnement.
08:47Dire, on ne soutient pas l'Ukraine en raison du contexte budgétaire,
08:51c'est se donner une ligne argumentative
08:52qui permet chaque année de dire
08:54qu'on ne soutient pas l'Ukraine.
08:55Je crois que vous allez faire un deuxième mélange.
08:57Ce n'est pas parce que vous réduisez votre soutien à l'Ukraine
09:00que vous ne soutenez pas l'Ukraine.
09:02Oui, c'est très subtil.
09:04C'est trop fin pour moi.
09:05Je n'arrive pas à suivre.
09:06Non, parce que vous considérez que c'est 0 ou 1.
09:09C'est-à-dire que soit on soutient au niveau actuel,
09:11soit on ne soutient pas.
09:12Nous pourrions très bien décider de baisser de 10, 15, 20, 30 %.
09:15L'argent est égal des armes sur le terrain
09:19et donc, ce n'est pas juste un symbole.
09:22D'accord, mais il est évident, si vous voulez,
09:23qu'il vaut mieux envoyer la moitié de ce que vous envoyez
09:26que pas du tout.
09:27Les Russes qui ont de 16 suivent de près
09:30les mobilisations en France,
09:31et notamment celles des Gilets jaunes.
09:32Une date circule.
09:33Plusieurs appels à manifester le 17 octobre.
09:35Ils étaient déjà à Marseille ce matin.
09:37Alors, ils étaient peu nombreux.
09:38Vous avez dû voir les images, environ 200.
09:40Mais ils étaient là.
09:41Est-ce que vous soutenez, vous, ces appels
09:44à manifester des Gilets jaunes ?
09:46Je n'ai pas à soutenir les appels à manifester.
09:48Je comprends que les Français soient très inquiets.
09:51Et d'ailleurs, ils ont parfaitement raison.
09:54Je crois que les Gilets jaunes,
09:55c'est une espèce aussi de franchise.
09:57C'est-à-dire que c'est une manière
09:59de manifester aujourd'hui cette peur.
10:02Après, ce qu'il faut éviter,
10:04c'est la récupération par des mouvements politiques.
10:07Et puis deuxièmement,
10:07que ça aboutisse à une réponse.
10:10Et donc que ça se cristallise sur des préconisations.
10:12Parce qu'on peut, je dirais,
10:15manifester contre la situation actuelle.
10:16La question est maintenant,
10:17qu'est-ce qu'on fait ?
10:17Quels sont les choix politiques que nous allons faire ?
10:19Maintenant, moi,
10:20lorsque le mouvement des Gilets jaunes a débuté,
10:22j'étais à la fois très en soutien.
10:26Et en même temps,
10:27j'avais entendu ce qu'il disait à l'époque.
10:28Il disait, on ne veut pas d'hommes politiques
10:29sur les barrages.
10:30Donc moi, je n'ai jamais tenté,
10:32si vous voulez, une connexion.
10:33Et je regrette que ce soit terminé
10:36avec cette violence et avec cette stérilité.
10:39Pourquoi les Gilets jaunes ne voulaient-ils pas
10:40d'hommes politiques dans leur cortège ?
10:42Et pourquoi est-ce que ça s'est fini dans la violence ?
10:44Parce que le mouvement des Gilets jaunes,
10:46au départ,
10:47était un mouvement qui fonctionnait sur le rejet.
10:49Sur le rejet, sur la détestation.
10:51Emmanuel Macron, en diable.
10:53Sur la détestation,
10:54sur le rejet,
10:55sur la contestation de quelqu'un
10:57ou de certains nombres de décisions,
10:58Édouard Philippe, etc.
10:59Donc, c'était un mouvement qui fonctionnait sur le rejet
11:02et qui pouvait, à cet égard,
11:04coaliser des opinions tout à fait disparates.
11:06Dans les tranchées des Gilets jaunes,
11:07il y avait de l'anarchiste, du royaliste,
11:09de l'insoumis, il y avait tout ce qu'on veut.
11:11Ça pouvait coaliser des opinions disparates
11:13parce qu'ils disaient non.
11:15Ils avaient tous en commun de dire non.
11:16Mais comme ils disaient non
11:17avant de dire oui à quelque chose,
11:19comme c'était un rejet avant d'être un projet,
11:22eh bien, ils se sont,
11:23aux Européennes par exemple,
11:24ils se sont effondrés.
11:25Il n'y avait plus que Francis Lalanne
11:26pour les représenter.
11:27Et encore aujourd'hui,
11:28ils peuvent ressusciter indéfiniment
11:30sur la base d'un mécontentement
11:32qui soude les volontés.
11:33Mais en aucun cas,
11:35ça ne donnera un programme politique.
11:37Alors, je suis en partie d'accord,
11:39d'accord et en partie pas d'accord.
11:41Je pense que d'abord,
11:42c'est un mouvement horizontal
11:43qui est fondé sur le rejet peut-être,
11:45même s'il y avait des propositions très centrales.
11:47Ils voulaient la baisse du prix du carburant.
11:50Ça, tout le monde était d'accord là-dessus.
11:51Et puis, de manière générale,
11:53le problème de la vie chère.
11:54Mais c'est un mouvement horizontal
11:56qui était basé quand même
11:57sur la défiance des élites
11:58et sur le fait que le système politique
12:01finalement ne les représentait pas
12:03et qu'il était insusceptible
12:05lorsqu'on venait du système politique.
12:06En réalité, on était une espèce d'escroc
12:09qui venait récupérer leur voix,
12:10mais qui n'était en aucun cas légitime.
12:12Et c'est ça qui, à mon avis,
12:13les a tués.
12:14C'est-à-dire que, n'ayant pas de chef,
12:17ils n'en ont pas voulu en élire d'ailleurs.
12:19Ils avaient d'ailleurs une vision un peu,
12:21je dirais, 1792 de la politique.
12:24Et du coup, ce sont les autres
12:25qui ont choisi, qui étaient leurs chefs.
12:27Par exemple, les chaînes de télévision.
12:28Quand vous décidiez de dire
12:30« Tiens, tel gilet jaune, un Saint-Etienne représente »,
12:33ils se retrouvent porte-parole du mouvement
12:34sans que d'ailleurs,
12:35ses voisins aient pu le désigner.
12:37Ce qui a pu produire à la fois des crispations
12:38et ensuite une forme d'individualisation
12:41en fonction des opinions politiques
12:42des uns et des autres.
12:43Oui, mais la défiance des élites,
12:44c'est ça qui est intéressant.
12:45La défiance systématique des élites,
12:47le sentiment qu'il y avait un « eux » vertueux,
12:51populaire, sensible, vibrant et vivant
12:54contre un « eux », un « eux » populaire,
12:56contre un « vous » méchant, désincarné,
13:00élitiste et condescendant, etc.
13:01Ce simple raisonnement-là,
13:03cette simple façon de voir,
13:05suffit encore une fois à réunir des gens
13:07qui pensent des choses très, très, très différentes
13:09mais échouent à fédérer ces individus
13:12derrière un projet...
13:14Oui, mais ce n'est pas pour autant
13:15que, je dirais, leurs sentiments étaient illégitimes.
13:20C'est-à-dire que...
13:21Non, non, mais je sais bien que vous ne l'avez pas dit.
13:23Je ne vous fais pas parler.
13:24Mais ce que je veux dire, c'est qu'il ne faudrait pas,
13:26je voudrais éclaircir, c'est-à-dire que
13:28oui, je suis d'accord avec vous,
13:29mais à la limite, c'est secondaire
13:31pour moi, par rapport au fait
13:33que ça traduit évidemment
13:36l'idée derrière que la démocratie
13:38ne fonctionne pas.
13:39Et moi, personnellement,
13:40ça a plutôt été une souffrance
13:42parce que j'étais vraiment très,
13:45très, comment dire, en harmonie
13:47avec les demandes au départ,
13:48au début du mouvement.
13:49Et le fait d'être exclu,
13:50qu'on me dise « mais parce que vous êtes député,
13:52on ne vous veut pas »,
13:54j'avais le sentiment, si vous voulez,
13:55comme un médecin qui aurait fait
13:57quelques études de médecine,
13:58quelqu'un qui dirigeait « j'ai mal »,
13:59et on dit « mais par contre,
14:00je ne veux pas que vous auriez dit
14:01la blessure ».
14:01Et c'est vrai qu'il y a toujours
14:03une tentation quand on a un homme politique…
14:05– Et vous n'êtes pas plus confiance
14:07à vous les politiques.
14:08– Oui, mais moi, je crois,
14:10si vous voulez, que malheureusement,
14:12c'est la seule manière
14:14d'avoir des débats,
14:17effectivement,
14:18et de convaincre les gens
14:20de revenir voter pour de bonnes raisons.
14:22Aujourd'hui, j'étais avec un taxi
14:24qui me disait « aujourd'hui, on vote contre ».
14:25C'est l'un des problèmes,
14:26c'est-à-dire que les gens veulent voter
14:28pour éliminer,
14:29mais il faut absolument inverser
14:31cette défiance généralisée
14:33qui est en train de nous gangréner.
14:34– C'est cette confiance en les politiques
14:36qui manque justement aujourd'hui ?
14:38– Oui, non, alors l'alibi de la défiance
14:41du politique, il vaut à toute époque.
14:44On n'est pas moins défiant aujourd'hui
14:45qu'avant, et on a beaucoup plus de moyens
14:47de connaître aujourd'hui ce qui se passe
14:49dans l'alcôve du politique,
14:51dans les déjeuners du politique.
14:52On a beaucoup plus de prises sur le politique
14:54qu'auparavant, jamais le citoyen
14:55n'a eu autant de pouvoir aujourd'hui.
14:58Jamais le citoyen n'a été autant
14:59d'une certaine manière représenté.
15:01Mais avec cette augmentation
15:03des capacités du citoyen,
15:05vient une augmentation
15:06des revendications du citoyen.
15:08Et donc il y a, paradoxalement,
15:09avec ce développement des capacités
15:11que l'on a aujourd'hui
15:12de se renseigner sur les politiques,
15:15il y a, paradoxalement,
15:17un sentiment d'impuissance.
15:19Mais ce sentiment d'impuissance
15:20est l'effet d'un pouvoir accru.
15:21Ce n'est pas l'effet d'un abandon.
15:24Je voulais aussi vous entendre
15:25tous les deux sur cette décision
15:27qui fait aussi, bien sûr,
15:28beaucoup parler.
15:28Le journaliste Charles Sapin,
15:30l'un des responsables
15:31du magazine Conservateur
15:32Valeurs Actuelles,
15:33annonce aujourd'hui la suppression
15:34de son édito par France Inter.
15:35Je vous donne le contexte.
15:37C'était en août.
15:38Le personnel a commencé
15:40à s'opposer au recrutement
15:41de Charles Sapin
15:41en arguant que ce magazine
15:42porte des idées d'extrême droite.
15:44Le journaliste devait signer
15:46un édito politique de 2 minutes 30
15:47le dimanche matin,
15:49dont deux numéros
15:50ont d'ailleurs déjà été diffusés.
15:51La direction a essayé
15:53de trouver un compromis
15:54en lui proposant un débat.
15:56Et Charles Sapin
15:57a donc refusé votre réaction.
15:59Raphaël Antoven,
16:00est-ce que cet épilogue
16:01vous choque ?
16:02Je suis désolé de cet épilogue.
16:05Je suis fasciné
16:06qu'on ne puisse pas accepter
16:09l'expression d'une opinion
16:11qui en plus,
16:12alors le peu de temps
16:12où il a pu parler,
16:13c'était plutôt pas mal,
16:14ce qu'il disait,
16:15c'était plutôt intéressant.
16:15Enfin, c'est même pas la question.
16:17Qu'on ne puisse pas tolérer
16:18la présence d'une opinion
16:20qu'on a étiquetée raciste
16:22avant même de l'entendre,
16:24c'est ça qui est terrifiant.
16:25C'est-à-dire,
16:25ce qui est fou dans cette histoire,
16:27c'est qu'on ne le juge pas
16:28sur pièce,
16:29on le juge par principe.
16:31Il a été évincé par principe.
16:33Et je trouve
16:34la direction de Radio France
16:36tout à fait lâche
16:37en la circonstance
16:38de consentir aux oucases
16:40des gens
16:41qui ne voulaient pas entendre
16:42Charles Sapin
16:43tout en disant,
16:44dans un tweet étonnamment tragique,
16:46ce n'est une victoire
16:47pour personne.
16:48Mais enfin,
16:49il vous appartenait à vous
16:50d'en faire une victoire
16:51pour la liberté d'expression
16:52en lui laissant sa place
16:53tout simplement.
16:54Julien Aubert,
16:55vous partagez ce point de vue ?
16:56Je dirais que
16:56c'est l'inverse du proverbe.
16:58La victoire est orpheline
16:59et la défaite a son père.
17:01dans le cas d'Espèce.
17:02Mais,
17:03on va dire,
17:04moi ce qui me frappe
17:04dans cette histoire,
17:05c'est que d'abord,
17:06je rappelle que quelqu'un
17:07qui était un théoricien
17:08de la nouvelle droite,
17:09Alain de Benoît,
17:10qui était clairement
17:11classé à l'extrême droite,
17:12a officié entre 1980
17:14et 1992
17:15à France Culture.
17:16Donc ça n'a pas toujours été
17:17que,
17:17contrairement à ce qu'on dit,
17:18le service public
17:19a pu par le passé
17:21ouvrir ses antennes
17:22à des gens
17:22qui étaient clairement marqués,
17:24qui n'étaient pas un journaliste.
17:25Et deuxièmement,
17:27on utilise le mot
17:28d'antifascisme.
17:29Là encore,
17:30les mots ont un sens.
17:32L'antifascisme,
17:33c'est le respect
17:33du pluralisme démocratique.
17:35Et effectivement,
17:35la question
17:36qu'on peut se poser,
17:37c'est à qui appartient
17:38le service public ?
17:38À ses salariés
17:39ou aux Français ?
17:40Je crains que si malheureusement
17:42les salariés décident
17:43que c'est à eux,
17:44un jour,
17:45tous les gens qui expliquent
17:46qu'il faut l'abolir
17:47gagneront ce combat
17:48parce qu'on dira,
17:49dans ce cas-là,
17:49on arrête de le financer
17:50ou on le tue.
17:51Et ce serait dommage.
17:52Merci messieurs,
17:53merci Julien Aubert,
17:54merci Raphaël Nthoven.