00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Et qu'est-ce qui se passe sur la dette française ?
00:05Là, cet après-midi, on a un écart de taux avec l'Allemagne, au-delà des 100 points de base.
00:08Ça y est, on a franchi les 100 points de base, 104 points d'écart de taux entre les 10
00:13ans français et allemand.
00:14Michel Riemi est avec nous pour Lévy Capital Partners. Bonjour Michel.
00:17Bonjour Guillaume.
00:18On est à 4,56 sur le 10 ans français, l'écart de taux avec l'Allemagne, 104 points. Qu
00:22'est-ce qui se passe ?
00:25En fait, il y a beaucoup de choses.
00:27En fait, la première des choses, c'est que les marchés ont déjà priceé la détérioration des finances publiques,
00:33dans la mesure où le 10 ans OAT a touché des niveaux proches de 4,50 %, soit un peu
00:39haut depuis 2008.
00:40Et puis surtout, comme vous le répétez, le spread OAT-Bund a lui aussi explosé à plus de 100 points
00:45de base.
00:46C'est un niveau qu'on n'a pas vu depuis 2012.
00:47Donc ça, c'est la première des choses.
00:49Et puis la deuxième, c'est surtout que ces 54 milliards dans l'absolu, ça peut représenter beaucoup de choses.
00:54Mais c'est insuffisant.
00:55En mets le contexte juste, Michel. 54 milliards, c'est ce qu'a annoncé Sébastien Lecornu,
00:58donc comme économie dans le budget 2027.
01:00On aurait pu penser effectivement que le marché apprécierait,
01:03parce que c'est un montant quasiment deux fois supérieur d'économie à ce qu'on imaginait.
01:06C'est très rigoureux en termes financiers.
01:09Ce qui a été annoncé par Sébastien Lecornu, plutôt ambitieux comme ça sur le papier.
01:12Ben non, ça ne suffit pas.
01:13Et on a donc ce nouvel écart de taux avec l'Allemagne qui atteint des records.
01:16Pourquoi est-ce que ça ne suffit pas ?
01:18Parce qu'en fait, les marchés et les investisseurs se satisfont de cette restriction.
01:27Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que les marchés s'intéressent à la trajectoire.
01:31Et la trajectoire, est-ce que la trajectoire enclenchée par M. Lecornu, est-elle crédible sur 3-5 ans ?
01:37Et là, le doute persiste, parce que tant que la trajectoire pluriannuelle n'est pas, je dirais, jugée crédible,
01:43les marchés vont rester exigeants.
01:45Et puis surtout, tout se passe dans un contexte politique et social qui est quand même assez fort,
01:52dans la mesure où il ne faut pas oublier qu'en 2026, M. Lecornu a dû démissionner pour revenir, bien
01:58sûr,
01:58mais le gouvernement est minoritaire à l'Assemblée nationale.
02:01Également aussi, il y a les protestations sur le prix des carburants et également aussi le pouvoir d'achat.
02:07Donc il y a beaucoup de tensions sociales qui augmentent.
02:10Et donc les marchés redoutent, en fait, que toute ou partie des économies ne passent pas
02:15ou qu'elles soient légèrement compensées par des nouvelles dépenses en cours de route.
02:21Et puis il y a aussi surtout le contexte européen, où on va dire que la BCE maintient une politique
02:29restrictive
02:29et dans ce contexte, les investisseurs voient la France comme un point faible de la zone euro,
02:37même que d'autres pays très endettés, et que même à la limite, je dirais,
02:42si la France avait un budget parfait, elle ne pourrait s'extraire tout à fait de cette dynamique.
02:48Et est-ce qu'on se dit même que ce budget très ambitieux, réaliste, pas réaliste, c'est la question,
02:5354 milliards d'euros d'économies annoncées par Sébastien Lecornu,
02:56est-ce qu'on se dit que ça, ça l'expose justement à une censure ?
02:58Parce qu'on se dit que les socialistes et l'ERN ne voteront jamais 54 milliards d'euros d'économies.
03:03Est-ce que c'est ça aussi que se dit le marché ?
03:04Plus de risques de censure après ce qui a été annoncé par Sébastien Lecornu ?
03:08En fait, je crois qu'il ne faut pas trop quand même jouer une stratégie.
03:14En fait, M. Lecornu dit, en fait, à mon sens, je vais être rigoureux, je fais des efforts,
03:20maintenant je laisse aux futurs candidats et aux futurs hommes politiques qui prendront la suite,
03:26leur responsabilité. Après, à eux de revoir le budget que je souhaite faire.
03:31Mais devant, on va dire, la situation où la population française et les décideurs,
03:38ils se disent, eh bien voilà, je fais des restrictions.
03:41Moi, mon objectif, c'est de rentrer sous le clou des 5% et à 4-8 si on ne
03:46prend pas la défense,
03:47mais ça va être très difficile parce qu'il y a beaucoup de choses qui se passent.
03:52C'est, comme je dis, le contexte européen et surtout mondial qui prime aujourd'hui.
03:57Et alors, un de nos auditeurs, il s'appelle Alex, il m'interpelle sur le Philix BFM Bourse, il a
04:00raison.
04:00Il me dit, attendez, faites attention à ce que vous dites, ce n'est pas 54 milliards d'euros d
04:04'économies,
04:04c'est 54 milliards d'euros de moindre hausse des dépenses. Il a raison.
04:08Tout à fait. Tout à fait. Ce n'est pas des coupes sèches en tant que telles, je dirais, c
04:15'est des ajustements.
04:17Mais bien sûr, ça veut dire que la dynamique est là. Et c'est ça qui inquiète les marchés.
04:23C'est-à-dire qu'on a un chiffre qui est annoncé, qui peut sembler pas extravagant, c'est un
04:29mot fort,
04:30mais en fait, les marchés traduisent cette, je dirais, en disant, mais ça c'est très bien,
04:34mais est-ce qu'en 2027 et 2028 et les années suivantes, on aura cette situation ?
04:40Et c'est là, pour l'instant, ils sont très dubitatifs et ne jugent pas cette trajectoire crédible.
04:46Et donc, on risque d'avoir des tensions sur les taux, et dans un contexte déjà hors France,
04:52d'élévation des taux d'intérêt.
04:54Effectivement. Le fait qu'on soit à 104 points d'écart de taux entre la France et l'Allemagne,
04:57ça change quelque chose ou c'est une barge symbolique, Michel ?
05:00Non, ça ne change pas. C'est-à-dire que ce qu'il faut y voir, c'est,
05:04une meilleure situation financière budgétaire, mais ça veut dire qu'à supposer
05:10qu'on ait le même montant entre la France et l'Allemagne,
05:13eh bien, à favoriser et acheter des obligations, on choisira l'Allemagne
05:19parce qu'on a une meilleure visibilité au niveau climat politique
05:23et, je dirais, situation budgétaire, bien que ça ne soit pas l'excellence malgré tout,
05:27mais c'est une situation meilleure.
05:29Il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui, je vais prendre une analogie qui peut être malheureuse,
05:33mais tous les pays sont dans une situation, dans une salle de réanimation
05:38et, en fait, c'est celui qui est le moins malade qui peut s'en sortir.
05:44Mais tout le monde est malade, c'est ce qu'il faut bien se rendre compte.
05:46Merci beaucoup. Michel Rouimi avec nous, Lévy Capital Partners.
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