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  • il y a 12 minutes
La production manufacturière française recule encore, selon les chiffres de l'INSEE. Alors que la réindustrialisation est une priorité affichée depuis plusieurs années, ces chiffres restent préoccupants. Les politiques menées depuis 2017 ont-elles réellement permis de renforcer le tissu industriel français ? Face à la concurrence chinoise et aux nouvelles tensions commerciales, la France peut-elle encore rattraper son retard ? Débat avec Bruno Grandjean, CEO de REDEX, et Vincent Vicard, directeur adjoint de l’Institut français d’économie.

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Transcription
00:03La production manufacturière en France a de nouveau nettement baissé en juillet.
00:08Selon l'INSEE, sur les trois derniers mois, elle recule de 0,4% sur un an.
00:13Mais la production de l'industrie au sens large, elle progresse de 0,8%.
00:17Que racontent vraiment ces chiffres ? Je suis ravie d'être toujours avec Bruno Grandjean, CEO de Redex.
00:23Merci d'être encore avec nous.
00:24Rejoint par Vincent Vicard, vous êtes directeur adjoint maintenant à l'Institut français d'économie,
00:30donc cette fusion du CEPI et de l'OFCE.
00:32Et vous êtes aussi auteur de « Faut-il réindustrialiser la France ? » aux presses universitaires de France, écrit
00:37en 2024.
00:38Merci à tous les deux d'être avec nous.
00:40Je me tourne vers vous, Vincent Vicard.
00:42Est-ce que vous suivez ces chiffres ?
00:44C'est vrai que c'est des chiffres qui sont mensuels.
00:46Est-ce que c'est important de les suivre de manière mensuelle ?
00:48Qu'est-ce que vous dites ces chiffres régulièrement ?
00:51Alors là, pour le coup, les chiffres aujourd'hui, ils nous donnent une image un peu mitigée,
00:57parce qu'on a effectivement une baisse de la production industrielle sur les trois derniers mois.
01:00Elle avait augmenté au début de l'année, donc on est plutôt sur l'année au niveau qui est assez
01:04similaire à celui de l'année dernière.
01:06Et puis on a d'autres indicateurs sur le climat des affaires, ce qu'anticipent les chefs d'entreprise,
01:10qui sont plutôt orientés à la hausse.
01:11Donc voilà, c'est un petit peu, on est dans une situation où on a une faible baisse dans les
01:17chiffres durs,
01:18et puis dans les enquêtes de conjoncture, c'est plutôt positif.
01:22Mais voilà, c'est des chiffres qu'il faut suivre, mais pour l'industrie, les questions industrielles, c'est des
01:27questions de long terme.
01:28Et donc, c'est des questions qu'il faut vraiment voir à long terme.
01:31Et donc voilà, ce qu'il faut voir, c'est quelle est la situation de l'industrie aujourd'hui,
01:35par rapport à ce qu'elle était avant la crise du Covid.
01:38Et de ce point de vue-là, pour le coup, on a une situation qui est assez contrastée aussi.
01:42On a une production industrielle qui est toujours en repli par rapport à la période avant Covid.
01:47Et puis, on a des indicateurs sur l'emploi qui sont plutôt positifs.
01:52On a plus d'emplois, 50 000 emplois de plus dans l'industrie manufacturière.
01:56Donc voilà, c'est mitigé, et je pense que c'est aussi ça qu'il faut regarder,
02:01c'est qu'à l'intérieur de l'industrie, il y a des situations très différentes.
02:04Et c'est ça qu'il faut regarder.
02:05Et bien tout détaillé, tout ça, Bruno Grangeon, c'est des indicateurs que vous regardez ou pas ?
02:09En tant que chef d'entreprise, on les regarde, ces chiffres de l'INSEE ou pas ?
02:11Je regarde, mais sur le long terme, parce que sur un mois, deux mois, trois mois,
02:14on sait qu'on est tellement dépendant d'Airbus, d'ailleurs,
02:16qu'on se demande si ce n'est pas les chiffres d'Airbus qu'on lit à chaque fois,
02:20ou d'un paquebot livré par les chantiers de l'Atlantique.
02:22Mais on regarde surtout sur la longue durée, et on voit qu'à chaque crise,
02:26malheureusement, il y a une marche vers le bas.
02:28C'est ça, un peu, le drame.
02:29Justement, Vincent, sur quelle différence entre les secteurs ?
02:34Qu'est-ce qui tire quoi ?
02:35J'aimerais l'origine qu'il y a une grande disparité au sein de cette progression.
02:39Oui, il y a une grande disparité.
02:41Alors, il y a des industries qui sont structurellement, en France, en difficulté.
02:45Et ça, c'est l'automobile.
02:46On en parle beaucoup aujourd'hui, l'automobile.
02:48Mais en fait, c'est un secteur qui est en difficulté depuis le début des années 2000.
02:51On a eu beaucoup de délocalisation par Renault, par Peugeot, par Citroën au début des années 2000.
02:56Et puis, l'emploi, il a baissé.
02:57Donc, on en parle aujourd'hui beaucoup avec le passage aux véhicules électriques,
03:00avec la concurrence chinoise.
03:02Mais ce n'est absolument pas un problème qui est lié uniquement à ces transformations.
03:08Donc, il y a un sujet sur l'industrie automobile qui est en train de se réinventer
03:12avec la vallée de la batterie autour de Dunkerque, etc.
03:16Donc, des secteurs qui émergent, qui ont des problématiques, qui ont des problématiques
03:19de concurrence avec des acteurs étrangers, notamment chinois, mais pas seulement.
03:23Et puis, qui ont des problématiques aussi des aides publiques.
03:29Et notamment, on a besoin d'aides publiques pour crédibiliser un marché, structurer un marché.
03:34Et ça, c'est quelque chose qui est particulièrement difficile pour ces entreprises.
03:38Parce qu'on a de l'incertitude politique.
03:41Et quelles vont être les aides à l'achat, par exemple, pour les véhicules électriques l'année prochaine ?
03:44Personne ne le sait.
03:46Quelles vont être les aides pour les producteurs de batteries qui sont en train de monter en compétences ?
03:52Oui, c'est ça. Parce que l'automobile, est-ce que c'est vraiment...
03:55C'est juste qu'ils sont en restructuration.
03:57Donc, est-ce que c'est inquiétant dans la mesure où ça peut être pérenne,
04:01cette baisse de la place de l'automobile dans l'industrie ?
04:04Ou justement, comme on sait que c'est de toute façon un secteur qui est extrêmement en train de se
04:07structurer,
04:08on sait qu'après, peut-être, des emplois perdus avant de pouvoir se retrouver grâce à l'automobile électrique, etc.
04:14C'est toute la question. Est-ce qu'on va réussir cette transition ?
04:16Est-ce qu'on va réussir à... Alors, on perd des emplois.
04:20On est à un niveau assez bas d'emplois par rapport à la moyenne historique.
04:23On est peut-être au creux de la vague ?
04:24On est peut-être au creux.
04:25Il y a tout un écosystème qui se structure dans le nord de la France avec Renault, Peugeot aussi.
04:30Voilà, des fournisseurs qui commencent à se mettre en place.
04:33On a un enjeu sur les batteries qui est fondamental.
04:36Et là, on a vraiment un écart qui s'est creusé avec les acteurs chinois qui sont à la frontière
04:41de la technologie.
04:43Donc là, on a vraiment des enjeux sur la batterie qui sont des enjeux de rattrapage.
04:46Sur le secteur automobile, on a plutôt des acteurs qui étaient dominants il y a six ans,
04:50qui se sont fait rattraper.
04:52Donc la question maintenant, c'est comment eux-mêmes se restructurent et rattrapent,
04:55et notamment arrivent à faire cette transition vers le véhicule électrique,
04:59ce qu'ont réussi les constructeurs chinois.
05:01Puis il y a d'autres secteurs qui sont, pour le coup, qui vont très bien.
05:08On a évoqué Airbus, l'aéronautique, la Défense, qui a des carnets de commandes qui se remplissent.
05:13Donc la question, c'est plutôt la montée en cadence.
05:17On a des secteurs comme le luxe, qui créent...
05:20Voilà, on a des ateliers qui se créent, qui sont assez dynamiques.
05:24Et puis d'autres secteurs qui sont un peu, pour le coup, voilà, ni en déclin, ni en...
05:31En stabilisé.
05:32Voilà, plutôt stabilisé, comme la pharmacie, voilà, la chimie.
05:36Il y a des questions qui se posent sur la chimie, notamment vis-à-vis du coût de l'énergie.
05:41Mais voilà, qui sont des secteurs qui ne sont pas en expansion,
05:44mais qui sont des secteurs qui restent importants en France.
05:46Et sur le cœur productif, disons vision assez large,
05:50vous êtes inquiet aujourd'hui de l'industrie française ?
05:53Alors, je ne suis pas inquiet.
05:55La question, c'est difficile d'avoir une vision complète.
06:00Il y a des enjeux, des enjeux qui sont fondamentaux.
06:02La concurrence de la Chine, pour certains segments, c'est une concurrence qui est importante.
06:06Pas sur tous les segments, ça a été rappelé.
06:08L'Europe, la France et l'Europe restent des puissances industrielles.
06:11Donc il y a des enjeux de ce point de vue-là.
06:13Il y a des enjeux pour l'industrie qui vont se présenter à court terme
06:17avec les élections présidentielles.
06:19Quelle va être l'incertitude qui pèse aujourd'hui ?
06:22Comment on va faire ?
06:23Quel va être le contexte dans lequel l'industrie va évoluer ?
06:26On sait qu'il y a un déficit budgétaire.
06:29Qui va être mis à contribution pour...
06:32Tout le monde va être mis à contribution, étant donné l'ampleur du déficit budgétaire.
06:35Donc, quelle va être la contribution des entreprises ?
06:37Et je pense, un vrai sujet, à l'intérieur des entreprises,
06:40est-ce que l'industrie va être mise à contribution plutôt que les autres entreprises ?
06:44Parce que souvent, on a tendance à utiliser l'industrie pour obtenir des mesures fiscales en faveur des entreprises,
06:51qui touchent finalement assez peu les entreprises.
06:53Ce qui a été le cas pour le crédit impôt compétitivité emploi, qui a assez peu bénéficié à l'industrie,
06:58alors qu'il y avait compétitivité, et que la compétitivité, elle touche beaucoup l'industrie quand même.
07:03Bruno, la production de biens d'investissement, elle recule de 1,7% sur ces trois derniers mois.
07:08Mais vous, vous fabriquez justement ces outils, et vous faites ce plan d'investissement dont on a parlé tout à
07:12l'heure.
07:13Vous avez l'impression d'être un peu à contre-courant de tout ça ?
07:16Oui, enfin bon, on ressent tout ce qui a été dit, bien entendu, la pression asiatique, la montée en gamme
07:22de l'Asie est spectaculaire.
07:24Enfin, de la Chine notamment.
07:25Les machines, justement, c'était un domaine réservé européen.
07:28Maintenant, les Chinois font des bonnes machines.
07:30Ils ne font pas encore des machines aussi bonnes que celles qu'on fait chez Redex.
07:33Mais ils font des bonnes machines, ils montent en gamme, et il y a vraiment un grand problème avec la
07:38Chine.
07:3955% de l'acier mondial, vous vous rendez compte, dans un seul pays.
07:43Enfin, ils sont dans une démarche parfois un peu prédatrice.
07:47Il y a près de 30% des entreprises chinoises qui sont déficitaires, qui sont tenues, finalement, vivantes grâce à
07:54des subventions.
07:55Et nous, comme ça a été dit également, en France tout particulièrement, on est capable de surtaxer l'industrie,
08:01qui est le secteur exposé, qui est la partie importante pour la souveraineté, qui est la partie la plus fragile,
08:07qui est en concurrence avec des étrangers.
08:08Je pense notamment à la CVE, qui est une aberration économique.
08:11On taxe la valeur ajoutée.
08:12La valeur ajoutée, ce sont les usines, donc c'est l'industrie.
08:15Et on taxe la valeur ajoutée en France.
08:17Enfin, ça ferait rire un Italien ou un Allemand.
08:20Donc, on a vraiment des fragilités, et qui n'ont pas été traitées.
08:23Et ce qui est scandaleux pour moi, c'est qu'on parle de l'industrie, finalement, depuis très longtemps.
08:27Le CICE a été quand même un geste favorable, mais pratiquement le seul, et pas suffisant.
08:32Mais tout le monde ne parle que d'industrie.
08:35La réalité de terrain est très différente.
08:37Et même les gigafactories, même les batteries.
08:40Moi, j'ai eu la chance, si je puis dire, enfin, je crois que c'est plutôt une malchance,
08:43de visiter une des gigafactories.
08:45Je n'ai jamais vu ça.
08:46Des process qui ne fonctionnent pas, des machines importées, des ingénieurs asiatiques.
08:50Enfin, c'est de l'affichage.
08:53Il n'y a pas eu de démarche véritablement pro-industrie,
08:55à part le modeste CICE de 2012, si ma mémoire est bonne.
09:01Novembre 2012, le rapport gallois, ça a dû démarrer en 2013.
09:04Mais comme c'était avec un décalage de deux ans, d'ailleurs, ça a commencé à produire des effets qu
09:08'en 2015.
09:08Mais parce que vous diriez que la parole des industriels n'est pas entendue par le pouvoir.
09:12Non.
09:12Parce que, comme vous dites, on en parle souvent, la réindustrialisation,
09:16ce n'est pas un terme qui échappe aux médias.
09:16Oui, mais c'est assez amusant, parce que j'étais d'ailleurs sur un plateau où j'étais le seul
09:19industriel,
09:20j'avais presque l'impression de gêner un peu.
09:22Mais l'industrie, tout le monde en parle, mais personne n'en fait.
09:26Et d'ailleurs, le poids de l'industrie est très faible dans les médias et dans le débat public.
09:31En Allemagne, le chancelier va interroger les industriels sur les mesures à faire.
09:37Il va être très proche du Mittelstand.
09:39Il va venir chaque année à leur réunion annuelle.
09:41En France, on va au Salon de l'agriculture.
09:44C'est totalement différent.
09:45L'industrie n'est pas entendue.
09:46Est-ce que vous pouvez me citer un grand industriel ?
09:48Il y en a très peu qui interviennent dans le débat public.
09:50Vous entendez parfois un peu Éric Trappier.
09:52Mais c'est un des rares, un des très rares.
09:55Vous avez très peu de véritables industriels qui s'impliquent dans le débat public
09:58et qui ont une influence.
09:59On a reçu Pierre Gattaz.
10:00Les taxes de production, si l'industrie était vraiment un lobby, comme on le dit, ça ferait longtemps qu'elles
10:06auraient sauté.
10:07Et parce que depuis 2017, je repense au France Relance, France 2030, territoire d'industrie, etc.
10:13C'est quoi pour vous ? Je vous pose la question peut-être à tous les deux.
10:17Ça, ce n'est pas des plans qui ont un impact sur l'industrie ?
10:20Il y a eu des choses qui ont été faites au nom de l'industrie.
10:24Après, est-ce que c'est vraiment des mesures qui sont en faveur de l'industrie ?
10:27Si vous reprenez, depuis 2012, on a eu le CICE, alors qu'il y a un peu l'industrie, mais
10:32pas assez peu l'industrie, finalement, étant donné le coût.
10:35On a eu le plan de relance.
10:39On a eu la baisse de l'impôt sur les sociétés.
10:41La baisse de la CVAE, quand même, pour 10 milliards d'euros.
10:45On a eu un certain nombre de mesures.
10:47Maintenant, le crédit pour l'industrie verte.
10:49Donc, on a un certain nombre de mesures, mais la plupart, elles ne sont pas ciblées sur l'industrie, en
10:54fait.
10:54La baisse de l'IS, elles bénéficient assez peu à l'industrie.
10:58Voilà, le crédit-impôt pour les industries vertes, effectivement, elles bénéficient à l'industrie.
11:03Donc, on parle beaucoup d'industrie.
11:04Et moi, je trouve que, finalement, tout le monde a le mot « réindustrialisation » à la bouche.
11:09Quand tout le monde est d'accord sur quelque chose, c'est louche, sur tout le spectre politique.
11:14Et donc, en fait, tout le monde est d'accord sur un grand objectif de réindustrialiser,
11:18mais on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire.
11:19Et on n'est pas capable de faire les sois pour, justement, donner les moyens aux entreprises et aux territoires
11:28d'aller vers cette réindustrialisation.
11:30Je donne un exemple, par exemple, sur la suppression de la CVAE.
11:34La suppression de la CVAE, effectivement, ça bénéficie plus à l'industrie, mais par contre, ça prive les territoires de
11:40ressources.
11:42Il y a un lien entre la mise, ce que vont faire les territoires et ce qu'ils vont en
11:47retirer.
11:48Et je pense que ce lien, il est aussi important.
11:50Il faut le penser aussi.
11:52Comment les territoires, les collectivités ont des intérêts à attirer de l'industrie ou pas à attirer de l'industrie
11:56?
11:57Parce qu'aujourd'hui, pour un territoire, quand vous attirez de l'industrie, vous attirez de l'activité, mais finalement,
12:02assez peu d'emplois.
12:03Et ça, je pense que c'est quelque chose qu'il faut garder en tête.
12:06Il peut y avoir des arbitrages par rapport à des centres logistiques ou des choses comme ça qui vont se
12:11faire plutôt en faveur des centres logistiques que de l'industrie.
12:14Donc, on a besoin d'une action publique sur la formation.
12:18On a besoin d'une action publique aussi pour aider les entreprises et donner des perspectives.
12:24Et ça, on le fait assez peu parce qu'il y a des choix à faire.
12:26Il y a des choix à faire en faveur de l'industrie, donc en défaveur d'autres types d'investissements.
12:31C'est ça parce que, par exemple, je reprends cette actualité de Schneider Electric qui a annoncé sa réorganisation pour
12:36renforcer sa compétitivité, mais du coup, au détriment d'emplois.
12:40Ça, c'est pareil, c'est des arbitrages à faire pour l'industrie, mais du coup, moins d'emplois.
12:44Comment est-ce que vous voyez ça ?
12:46Alors là, je pense que la question de Schneider Electric, elle est très territoriale.
12:50C'est-à-dire qu'il y a des territoires qui, effectivement, vont perdre cette réorganisation et d'autres territoires
12:54qui vont voir l'activité plutôt grossir.
12:56Mais moi, je pense que l'industrie, ce n'est pas une question d'emploi d'abord.
13:00C'est une question sûrement de souveraineté économique qui est importante.
13:04C'est une question de pouvoir faire les choix plus tard de ce qu'on veut faire, technologique.
13:09C'est une question dans la transition écologique.
13:11Mais aujourd'hui, ça a été dit tout à l'heure, l'industrie, c'est une part faible de la
13:15valeur ajoutée.
13:16C'est un peu plus de 10% de l'emploi.
13:19Même si on a une réindustrialisation qui est ambitieuse, on n'aura pas beaucoup d'emplois qui seront créés.
13:24Donc la question qui se pose, et d'ailleurs la question aujourd'hui, c'est d'abord de trouver des
13:27employés.
13:28Et notamment, on va avoir des gens qui vont partir à la retraite.
13:30Et donc, c'est plutôt de les remplacer.
13:32Donc c'est moins une question d'emploi qu'une question vraiment de comment on crée cette nouvelle industrie
13:36qui va favoriser la souveraineté, faire qu'on est moins dépendant du reste du monde sur certains produits et pas
13:41tous.
13:42Et ça, il faut le choisir.
13:43Il faut faire ces choix-là et dire que la santé, ce n'est pas la même chose que le
13:46textile, par exemple.
13:47Et donc, si on veut mettre du soutien public, il faut sûrement plus le faire dans la santé
13:51et certains segments de la santé ou de la défense que dans d'autres industries qui sont différentes ou des
13:58services.
13:59Voilà.
13:59On s'est réjouis il n'y a pas longtemps d'un investissement dans un parc de loisirs.
14:05Voilà.
14:05Est-ce que c'est vraiment le type d'investissement qu'on veut attirer ?
14:08La priorité, justement, Bruno Cangellon, sur cette politique industrielle ciblée, ça c'est pour vous une des...
14:12Moi, je suis un peu inquiet de la politique industrielle.
14:16Du terme, déjà, si l'État s'occupait déjà de ce qui est de son ressort, c'est-à-dire
14:21la défense,
14:21ça c'est éminemment l'État qui achète les armements, ce n'est pas les particuliers.
14:26Si l'État s'occupait de l'énergie, déjà, et des quelques autres compétences régaliennes,
14:31moi, ça me semblerait suffisant.
14:32L'exemple des gigafactories, pas développé, mais je trouve, je pense que c'est un véritable scandale, d'ailleurs,
14:39qui va sortir à un moment, un gâchis d'argent public.
14:41On a joué à l'industrie, il faut faire très attention.
14:44Vous savez, les Allemands disent souvent, la politique industrielle en France, c'est énarque plus subvention.
14:48C'est malheureusement assez vrai.
14:50Parce qu'on a voulu faire les gros titres, les taxes, la technologie, etc.
14:54Ce sont des usines dont la principale produit est le ruban d'inauguration,
14:59qui ont été inaugurées 25 fois et dont la production est marginale aujourd'hui.
15:03Les batteries sont importées en très grande partie.
15:05Et ce qui va fonctionner, c'est malheureux à dire.
15:07Mais ce sont des usines d'origine asiatique.
15:11Et là, à nous de les copier, à nous de s'en inspirer, à nous d'apprendre.
15:16Mais il n'y a pas le début du commencement de ce type de démarche en France.
15:20Oui, parce que c'est-à-dire que même si nous, on progressait en politique industrielle interne,
15:26le décrochage par rapport aux pays étrangers, Chine notamment, s'accroît.
15:31Je vais vous donner un autre exemple.
15:32Les cinq derniers présidents chinois sont tous ingénieurs.
15:35En France, même les ministres de l'industrie ne sont pas ingénieurs.
15:38Enfin, on part de très loin.
15:39Aujourd'hui, il y a une méconnaissance totale de l'industrie.
15:42Donc la politique industrielle, je pense que les politiques doivent s'en éloigner au plus possible.
15:48C'est ce qu'ils peuvent faire de mieux pour l'industrie.
15:50Et par contre, faire en sorte, et là aussi c'est du régalien, que la formation professionnelle, elle fonctionne,
15:55ça c'est du domaine de la politique industrielle réelle.
15:58Faire en sorte que les impôts de production, la fiscalité soient dans la moyenne européenne,
16:02ça c'est de la vraie politique industrielle.
16:04Tout le reste, c'est quand même beaucoup, et ça pour moi c'est un scandale et c'est dramatique,
16:08parce que je préférais presque qu'on ignore l'industrie, ou même qu'on la méprise.
16:12Mais aujourd'hui, tout le monde l'aime, mais personne ne s'en occupe réellement.
16:14Priorité du coup pour cette année présidentielle 2027, ce serait pour vous ?
16:20Formation professionnelle. La formation professionnelle doit être vue.
16:24Vous savez, quand Bérégovoy était ministre de l'économie, il avait commencé à juste heure.
16:28Quand Monori avait commencé garagiste, il faut qu'en France il y ait des passerelles.
16:32On puisse commenter dans un métier manuel, grandir et occuper tous les postes.
16:37Et donc, valoriser la formation professionnelle, c'est ce qui fait le succès de la Suisse, de l'Allemagne, de
16:42l'Italie.
16:42Et c'est là qu'il faut faire porter l'effort maximum.
16:46Vincent, vous diriez la même chose ?
16:48Moi je dirais, je suis moins critique de la politique industrielle pour le coup.
16:51Il y a peut-être un sujet, enfin il y a sûrement un sujet de comment on fait de la
16:54politique industrielle,
16:55et notamment en France, est-ce qu'on a les compétences pour le faire ?
16:57Et ça, je pense que ça ne veut pas dire une implication du politique au jour le jour dans la
17:00politique industrielle.
17:01Mais ce qu'on voit, c'est aussi les pays qui réussissent bien, les pays asiatiques,
17:05que ce soit la Chine, que ce soit la Corée du Sud, que ce soit le Japon, Taïwan,
17:08ils ont mis en place des politiques industrielles, ils ont fait des choix forts.
17:11Et je pense que c'est ça qu'il faut, on a besoin de choix forts,
17:14et de choix qui proviennent d'une analyse,
17:18d'une analyse qui associe les professionnels, bien sûr, les entreprises,
17:23mais qui associe aussi l'État, et avec des compétences à l'intérieur de l'État.
17:28Et ça, c'est sûrement quelque chose qu'on a perdu, qu'on avait à l'époque,
17:30et qu'il faut reconstruire.
17:31Et donc, je pense avoir cette vision de long terme et se dire,
17:34on doit construire la gouvernance d'une politique industrielle
17:37en France et en Europe avec nos partenaires européens.
17:40C'est vrai que vous parlez de choix forts, courageux,
17:44dans une tribune que vous publiez au Monde.
17:47Ce serait quoi, du coup, le courage ?
17:48Il faudra avoir le courage de faire quoi ?
17:50Le courage de dire, il y a des secteurs qu'on veut aider,
17:53il y a des secteurs qui peuvent très bien fonctionner tout seuls,
17:55mais dans lesquels on n'a pas vocation à aller avoir une politique de soutien
18:00pour ces secteurs.
18:01Mais il y a des secteurs qu'on veut aider.
18:02Alors, on a évoqué la défense, on a évoqué, par exemple,
18:05toutes les nouvelles industries vertes.
18:07On sépare la vie défense, l'industrie verte ?
18:09L'industrie verte, tout à fait, oui.
18:11C'est des secteurs, l'aérospatial, où il y a des sujets,
18:14il y a sûrement des sujets sur le quantique
18:16qui sont plus dans les technologies de rupture.
18:19Voilà, il y a des sujets comme ça, sur lesquels il faut investir.
18:22Et puis, il y a d'autres sujets sur lesquels, pour le coup,
18:25il n'y a pas besoin d'une intervention publique.
18:27Et puis, quand on veut aider l'industrie,
18:30on ne veut pas forcément aider toutes les entreprises.
18:32Et là, il y a un sujet à comment on trouve les outils
18:35pour cibler les industries.
18:36Vincent Vicar, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
18:39Je rappelle que vous êtes directeur adjoint
18:40à l'Institut français d'économie,
18:42auteur de « Faut-il réindustrialiser la France ? »
18:45Bruno Grandjean, merci beaucoup.
18:46CEO de Redex, merci à tous les deux d'avoir participé à ce débat.
18:50Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
18:52C'était Smartéco.
18:53Sous-titrage Société Radio-Canada
18:57Sous-titrage Société Radio-Canada
19:00Sous-titrage Société Radio-Canada
19:02Sous-titrage Société Radio-Canada

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