- il y a 7 semaines
Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, est l'invité de la grande matinale de France Inter, pour évoquer la situation économique toujours difficile pour un grand nombre de Français. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-01-septembre-2026-9041770
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00:01Nous sommes donc dans le grand entretien ce matin avec le PDG de Coopérative U.
00:05A la tête de près de 2000 magasins, il voit la situation économique de la France
00:09où l'angle concret, les prix, le pouvoir d'achat, ce qu'on met dans son panier,
00:14ce à quoi on renonce, il voit la production agricole s'effondrer aussi à cause de la sécheresse.
00:20Il garde un oeil sur la politique et les programmes des candidats à la présidentielle.
00:25Bonjour Dominique Schellcher.
00:26Bonjour.
00:26Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter où les auditeurs sont les bienvenus
00:30pour dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France.
00:36Pour commencer, Dominique Schellcher, c'est la rentrée avec le baromètre
00:40que sont vos magasins implantés un peu partout en France.
00:43Qu'est-ce que vous sentez de la situation économique via le comportement des consommateurs ?
00:48La situation économique n'est pas resplendissante.
00:52Je dirais que c'est un peu la fin de l'insouciance cet été.
00:55Vous savez, on se souvient tous de ces étés où on ne se posait pas de questions.
00:58Cet été, les gens ont été confrontés aux incendies, à des canicules à répétition qui les ont fatigués.
01:04Moi, je trouve beaucoup de gens avec qui on peut parler qui sont fatigués,
01:08qui ne sont pas remis de ces épisodes.
01:10Et ils ont été touchés personnellement par l'idée que ma santé peut être affectée par ces incendies.
01:15Je peux perdre ma maison.
01:16Et d'ailleurs, j'ai une pensée pour beaucoup de nos clients qui ont perdu leur maison.
01:21Et on a des collaborateurs et même des patrons de magasins qui ont perdu leur maison en Gironde,
01:26qui sont actuellement dans des logements provisoires.
01:28Donc, c'est à tous ces gens qu'il faut penser et pour qui les mois qui viennent vont être
01:32très longs et difficiles.
01:33Et ça, ça joue sur ce qu'on met dans son caddie ?
01:36Par exemple, c'est la rentrée scolaire aujourd'hui.
01:37Les gens ont fait les fournitures scolaires comme chaque année.
01:41C'est un passage obligé.
01:43Est-ce que vous avez constaté une retenue particulière ?
01:46Je sens une extrême prudence.
01:48Si vous voulez, on va de crise en crise depuis maintenant presque des années.
01:52Et face à ces crises, nos clients s'adaptent et donc font maintenant preuve de prudence.
01:58Et ils font des choix.
01:59Et donc, ils se concentrent beaucoup sur l'alimentation.
02:02Bien sûr, là, la rentrée scolaire quand vous avez des enfants.
02:05Mais d'autres sujets sont mis de côté.
02:07Tout ce qui est le non-alimentaire, on en achète moins, on est prudent, on est de plus en plus.
02:11C'est-à-dire les petits achats dits de plaisir que l'on peut constater quand ça va bien
02:16et sur lesquels les consommateurs se privent quand ils sont plus inquiets.
02:20Exactement, exactement.
02:21Et vous savez, il n'y a pas actuellement de poche de pouvoir d'achat pour beaucoup de Français.
02:26Particulièrement, on en parlera peut-être, quand le carburant réaugmente.
02:31Beaucoup de gens sont à l'europrès et donc ils arbitrent et il y a moins de petits plaisirs.
02:35On va bien sûr détailler, Dominique Schellcher, tous ces éléments-là sur la question du carburant,
02:39la question aussi des conséquences de cet été sur les agriculteurs et sur les produits frais que vous vendez.
02:46Simplement, sur un élément plus général, on prend parfois les patrons de la grande distribution
02:49comme des sortes de Madame Irma de l'inflation.
02:51Parce que c'est vrai que vous sentez aussi des choses avant que les consommateurs le voient dans les rayons.
02:55On a vu une inflation qui, fin août, s'élève à 2,4%.
02:59C'est-à-dire qu'elle progresse sur un an, elle progresse aussi par rapport au mois de juin et
03:02au mois de juillet.
03:03Est-ce qu'on est reparti dans un cycle qui va grever le pouvoir d'achat des Français ?
03:09Le chiffre que vous donnez est 100% tiré par les prix de l'énergie, particulièrement le gaz qui a
03:14beaucoup augmenté et le carburant.
03:16C'est ça.
03:17Sur l'alimentaire, le mois de juillet et le mois d'août ont été stables.
03:21Et là, on peut dire que la rentrée sur l'alimentaire, hors fruits et légumes, est stable.
03:27Il y a même dans nos magasins toute une série de produits qui baissent d'ailleurs depuis les dernières négociations
03:32commerciales.
03:33C'est tout ce qui est produits de beauté, d'hygiène, de parfumerie.
03:36Ça, ça baisse même.
03:36Et dans l'alimentaire, il y a des choses qui baissent ?
03:38Et dans l'alimentaire, il y a des choses qui ont baissé.
03:41À un moment, les produits à base de blé avaient baissé, certaines huiles avaient baissé.
03:46Mais actuellement, c'est plutôt stable.
03:48Et on va renvoyer la suite peut-être aux prochaines négociations.
03:51Or, certains produits frais, effectivement, où il y a de la tension et où il y a des discussions fortes
03:56actuellement.
03:57Alors, on va y venir.
03:58Juste avant, le prix des carburants, au-dessus de 2 euros le litre, ça fait des mois que ça dure.
04:03Est-ce qu'il faut s'habituer à ce que ça ne redescende plus ?
04:07Aucun ingrédient qu'on a en face des yeux ne permet de dire que ça va s'améliorer.
04:11Pourquoi ? Parce qu'il y a toujours cette tension au Moyen-Orient.
04:13Le conflit n'est pas réglé.
04:15Il y a des goulets d'étranglement dans les transports qui sont extrêmement compliqués,
04:19qui font que ce sont des plus petits bateaux qui transportent la marchandise et notamment le diesel.
04:25On manque de gasoil en France.
04:28Il n'y a pas assez de production, donc on en importe.
04:30On est très dépendant de ça.
04:32Et dans cette situation actuelle, pour l'instant, moi, je ne vois pas, malheureusement, sur ce plan-là, une amélioration.
04:39Il est question, et on parlera tout à l'heure des questions politiques et du budget, dans ce budget de
04:42prolonger un certain nombre d'aides.
04:44Est-ce que, vous, à la place qu'il avoue, vous considérez que ce serait une bonne idée de faire
04:47un geste sur le carburant,
04:49pour que la facture des Français soit moins sévère quant à l'augmentation des prix de l'énergie ?
04:56À tout le moins, il faut sans doute poursuivre les aides qui étaient déjà en place pour les gros rouleurs,
05:02pour les gens particulièrement confrontés.
05:03Parce que je vous assure qu'à ce niveau de prix-là, c'est compliqué pour beaucoup de gens.
05:08Mais là encore, quand je vous dis prudence, adaptation, les gens s'adaptent.
05:11Jamais les parkings de co-voiturage n'ont été aussi pleins.
05:14Les gens trouvent des solutions sans attendre les aides, parce qu'ils n'ont pas le choix.
05:19Est-ce que ça veut dire que vous vendez moins de quantité de carburant ?
05:22Au global, cette année, on en vend un peu moins que l'année dernière, pour plusieurs raisons.
05:26Un, on a une concurrence que certains qualifient de déloyale, de Total Energy, qui plafonne.
05:31Lui, il est fabricant, enfin, il maîtrise toute la chaîne, de l'extraction à la vente.
05:36Donc, il peut se permettre ça.
05:38Mais il n'y a pas que ça.
05:40Il y a aussi le développement de la voiture électrique.
05:42Il y a un boom incontestable depuis le début de l'année.
05:45Par exemple, on voit sur nos parkings que les gens vont plus aux bornes de recharge électrique.
05:49Et en termes de volume, simplement, sur l'année, en termes de baisse de ce que vous vendez en termes
05:54de carburant ?
05:54C'est qu'au global, il y a eu des mois très forts de baisse en avril-mai.
06:00Ça s'est ensuite un peu calmé parce que les prix redevenaient plus raisonnables.
06:03Là, c'est un peu reparti.
06:04Ça va être quelques pourcents moins de l'année dernière.
06:07Alors, le grand sujet de cette rentrée, c'est l'agriculture avec la sécheresse inédite, les canicules à répétition de
06:13cet été.
06:13Le monde agricole est en grande souffrance.
06:15Les chiffres de la production s'effondrent.
06:18Moins 50% sur les poireaux, l'ail, les oignons.
06:21Moins 23% sur les pommes de terre.
06:23C'est le rendement le plus faible depuis 30 ans.
06:25Est-ce que ça, ça se voit déjà dans les rayons des supermarchés ?
06:29Complètement.
06:29C'est visible au quotidien dans nos rayons.
06:32Vous en parlez les médias régulièrement.
06:35Et malgré ça, un certain nombre de consommateurs ne le comprennent toujours pas.
06:39Moi, tous les jours, j'ai des expressions des gens.
06:41Mais qu'est-ce qui se passe ?
06:42Pourquoi ma tomate est si chère ?
06:44Pourquoi ?
06:45De 50% le prix de la tomate.
06:47Oui, mais tout à fait.
06:48Mais donc, qu'est-ce qui se passe ?
06:49Ces canicules ont complètement bouleversé les rendements.
06:53Donc, sur la salade, par exemple, c'est 30% en moins.
06:57Donc, on cherche même aujourd'hui au quotidien de la marchandise.
07:01La marchandise qu'on trouve pour cette raison de pénurie est plus chère.
07:04C'est factuel.
07:05C'est comme ça.
07:06Et en même temps, les calibres sont un peu plus petits.
07:10Parfois, c'est un peu moins joli.
07:12Mais c'est toujours aussi bon.
07:14Et je dis aux Français, acheter ces produits, c'est un peu différent.
07:18Vous n'aurez peut-être pas tous les jours tout ce que vous voulez.
07:21Mais en les achetant, vous soutenez les agriculteurs français qui en ont bien besoin.
07:24Mais donc, ça veut dire, Dominique Checha, pour être très clair,
07:26ça veut dire, un, moins de fruits et légumes en termes de quantité compte tenu de la baisse des rendements.
07:30Ça veut dire aussi que, là encore, si on se projette dans les semaines et dans les mois qui viennent,
07:34Florence parlait de la tomate.
07:36Sur la pomme de terre, sur d'autres légumes.
07:38Ça veut dire que, si on résume la soupe hivernale ou automnale, quand il se remettra à faire froid,
07:44elle coûtera beaucoup plus cher à faire pour le consommateur.
07:47Pas beaucoup plus cher, un peu plus cher, un peu plus cher.
07:49Mais vous savez, je vais vous dire quelque chose.
07:51Moi, je pense qu'on rentre dans un monde de la rareté.
07:54Pendant 50 ans, on a connu cet univers de la grande conso où tout était facilement disponible en grande quantité.
08:01Pour plein de raisons.
08:02Dérèglement climatique, bouleversement dans le monde du travail, c'est parfois plus difficile pour certaines entreprises à recruter,
08:08y compris chez les agriculteurs pour les grandes récoltes.
08:11Eh bien, on en vient à avoir des quantités moindres.
08:14Et de temps en temps, il y aura des manques de produits.
08:16Même l'eau cet été, l'eau qui a tellement été consommée, les sourciers n'arrivaient pas à suivre.
08:21Il n'y avait pas assez d'eau.
08:22Donc, ça ne va plus être exactement comme ça.
08:25Mais monde de la rareté, Dominique Schellcher, ça veut dire aussi qu'il faut que les consommateurs ne regardent pas
08:29les choses de la même manière,
08:30y compris sur ce à quoi ressemblent les fruits et légumes.
08:33Mais tout à fait, c'est ce que je vous disais à l'instant.
08:35C'est moins exigeant.
08:37Être un peu moins exigeant, c'est tout autant qualitatif au goût, mais peut-être que visuellement, c'est un
08:42peu moins bien.
08:43Donc, on rentre dans un monde vraiment différent.
08:45Alors, il y a les légumes, mais il y a aussi le lait, les oeufs, la viande.
08:50On sait que les agriculteurs sont en manque de fourrage.
08:52On sait aussi qu'il y a des animaux qui sont morts, en fait, tout simplement pendant les canicules.
08:57Est-ce que la viande va devenir encore plus qu'aujourd'hui un produit de luxe ?
09:01C'est exactement la suite de ce qu'on vient de dire dans ce monde de la rareté.
09:06Beaucoup d'éleveurs ont de grandes difficultés à nourrir leurs bêtes.
09:09Certains ont fait le choix d'abattre des bêtes.
09:11On parle de 500 000 bêtes où il a fallu faire des choix et qui sont rentrés plutôt dans la
09:20consommation plutôt que de les garder.
09:22Donc, la viande de bonne qualité va être plus difficile à trouver et donc sans doute un peu plus chère.
09:28Mais ça, c'est le cas avec la viande depuis un certain temps.
09:31Mais est-ce que ça veut dire qu'avec tout ça, vous allez être obligé d'importer des produits de
09:35l'étranger ?
09:36Des légumes, de la viande ?
09:37Alors, ça, c'est la grande question.
09:39Chez U, on a un engagement extrêmement fort, chez Coopérative U, de continuer à soutenir l'origine France
09:44et à faire le maximum dès que la marchandise est disponible pour continuer à l'acheter en France,
09:50auprès de nos agriculteurs, à les soutenir au bon prix, parce que c'est ça le sujet aussi.
09:54Il faut que ce soit rémunérateur.
09:56Et ça, c'est un vrai combat du quotidien.
09:58Mais, je rappelle que sur la volaille, vous posiez la question,
10:0250% de la volaille est d'ores et déjà importée, en général, notamment dans la restauration.
10:08Donc, voilà.
10:09Mais nous, on continue.
10:11Parce que, Dominique Schellcher, et je crois qu'il y a un auditeur qui vous interrogera dans un instant
10:14sur la situation des agriculteurs, on parle beaucoup des prix du consommateur.
10:18Vous savez, les reproches qui sont parfois faits à la grande distribution,
10:21de ne pas suffisamment respecter le partage de la valeur quant aux agriculteurs et aux producteurs,
10:26là, vous prenez l'engagement d'une vigilance particulière pour aider ceux qui ont souffert cet été ?
10:30Mais tout à fait.
10:31Et je vais vous dire, comment ça se traduit concrètement ?
10:33Depuis le début de l'année, depuis un certain temps, par exemple,
10:36on rencontre régulièrement les interprofessions.
10:39Par exemple, cette semaine, à la fin de la semaine,
10:40nos équipes vont rencontrer les gens des pommes et des poires, des carottes.
10:44Et c'est dans ces discussions-là.
10:46Vous voyez, c'est du concret, du détail.
10:48On fait le point avec eux.
10:50Quelles sont nos difficultés ?
10:52Quels sont nos prix ?
10:52Qu'est-ce qu'on doit acheter ?
10:54Et quel comportement on doit changer ?
10:56On en est là.
10:57On est dans le détail.
10:58Alors, je crois qu'on a Louis, précisément,
11:00au standard de France Inter,
11:01qui s'interroge sur le sort des agriculteurs.
11:04Bonjour, bienvenue Louis.
11:05Oui, bonjour, aujourd'hui, de France Inter.
11:07Bonjour, M. Selcher.
11:08J'ai une question à poser.
11:10Donc, je comprends tout à fait qu'il fallait payer plus cher les produits agricoles.
11:13Je comprends tout à fait.
11:14Je voudrais savoir quelles sont les centrales d'achat
11:16qui respectent les petits producteurs, les agriculteurs, les petits industriels.
11:20Donc, tout simplement, quelles sont les centrales d'achat des grandes surfaces ?
11:23Et si supérus, à une centrale d'achat à l'étranger, s'il vous plaît.
11:28C'est une excellente question.
11:30Oui, Coopérativie a une centrale d'achat internationale,
11:33mais elle ne concerne que 50 multinationales.
11:36Aucun maraîcher, aucun vendeur de fruits et légumes,
11:39aucun petit producteur ne sera traité dans cette organisation-là.
11:43Et nous avons le plus grand respect pour ces producteurs.
11:45Et on précise, suite à la très bonne question de Louis,
11:47pour ceux qui n'ont pas forcément en tête les problématiques autour des centrales d'achat,
11:50que le reproche qui, là encore, vous a parfois été fait,
11:53y compris aux magasins, notamment à d'autres groupes,
11:55par exemple, je pense au groupe Leclerc,
11:56c'est d'avoir des centrales d'achat dans d'autres pays européens
11:59qui permettent de contourner un certain nombre de lois,
12:01notamment les lois qui visent à respecter le partage de la valeur,
12:03loi EGalim.
12:04Donc, vous vous dites, c'est seulement quand on parle à Mars, Procter & Gamble,
12:08ce n'est pas quand on négocie avec les petits producteurs.
12:11Mais la question excellente pour faire de la pédagogie,
12:14c'est entre 40 et 50 très grandes entreprises,
12:16les petits producteurs, et vous savez, le maraîchage,
12:19le maraîchage, il n'y a aucun maraîchage qui couvre la livraison de toute la France.
12:23Donc, on discute aux quatre coins du pays.
12:25Les petits producteurs, ils fournissent aussi leur lait à Lactalis,
12:28qui est une grande multinationale, ou à Danone.
12:32Alors, on s'engage, même si on a cette organisation-là,
12:36à respecter, évidemment, le cadre d'EGalim,
12:39et on l'a toujours fait chez Coopérative U,
12:40et on ne changera pas, on est soutien de la première heure des lois EGalim.
12:44Donc, vous ne vous servez pas des centrales d'achat,
12:46par rapport à ces entreprises,
12:48payer moins cher, avec des producteurs qui se retrouveraient étranglés ?
12:51Tout à fait.
12:51On s'en sert par rapport à une compétition internationale,
12:55où il y a des acteurs, aujourd'hui, internationaux,
12:58qui viennent sur le marché français, avec qui on doit faire la bagarre.
13:00Je précise une chose, nous avons décidé depuis quelques jours
13:03de payer à 15 jours les agriculteurs des fruits et légumes
13:07pour améliorer leur trésorerie.
13:09C'est aussi une mesure concrète qu'à 30 jours.
13:12C'est quasiment, entre le moment où la facture arrive et tout,
13:15c'est quasiment à comptant.
13:16Dominique Schellcher, parlons de la situation économique
13:19qu'on abordait au début de cet entretien,
13:20qui sera bien sûr aussi liée aux aléas de la discussion budgétaire qui s'engage.
13:25Le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans les colonnes du Parisien,
13:27a appelé à ce que la France soit dotée d'un budget,
13:29et les oppositions à la responsabilité,
13:31pour qu'elle, à minima, qu'elle le vote,
13:33du moins qu'elle ne bloque pas le vote d'un budget.
13:36Est-ce que le grand patron que vous êtes
13:38partage le sens de cet appel à la responsabilité ?
13:42Bien évidemment, je pense que sans budget,
13:45ça va être extrêmement compliqué dans plein de domaines.
13:48Donc oui, cet appel à la responsabilité,
13:51je pense, est très très important pour les temps qui viennent.
13:53et pour faciliter, j'imagine, l'équipe suivante qui arrivera après.
13:57Donc il faut qu'il y ait un budget.
13:59S'il n'y avait pas de budget, si les discussions s'enlisaient,
14:03s'il y avait une loi spéciale,
14:04ce serait un problème aussi pour la stabilité économique
14:08et l'État et le moral des Français ?
14:11Mais bien évidemment, mais beaucoup de Français,
14:13quand on discute très rapidement avec eux,
14:15voilà, une de leurs préoccupations suivantes maintenant
14:17dans leur esprit de prudence,
14:18c'est qu'est-ce qui va se passer avec la présidentielle ?
14:22À quelle fiscalité je vais être mangé ?
14:25Et donc je suis prudent.
14:26Mais au-delà de ça, les chefs d'entreprise
14:28le sont énormément,
14:30sont dans cette prudence,
14:31parce que l'instabilité,
14:33le changement permanent d'orientation,
14:35de décision ne facilitent pas les choses.
14:38Donc plus l'environnement est stable
14:40pour le monde de l'entreprise,
14:41plus elle peut se projeter,
14:42plus ça crée de la croissance.
14:44Donc voilà pourquoi on a besoin d'un budget au bout du compte.
14:46Quand vous voyez parmi les pistes de ce budget
14:48la possible désindexation des pensions de retraite
14:50les plus élevées,
14:51la hausse des franchises médicales,
14:53qu'est-ce que vous dites ?
14:54Ce ne sera pas bon pour le pouvoir d'achat
14:56ou alors de toute façon,
14:57tout le monde doit contribuer à l'effort ?
14:59Je pense qu'on est à l'heure de vérité
15:02au moment où arrive cette campagne électorale.
15:05Je pense qu'il ne faut pas parler de mesurettes
15:07et qu'il faut parler de mesures de fonds importantes.
15:10On a parlé à travers plusieurs de vos questions
15:13de la question du pouvoir d'achat.
15:14Pour moi, la question du pouvoir d'achat
15:15va être essentielle au cœur de la campagne
15:17l'année prochaine,
15:18mais ne se réglera pas, encore une fois,
15:20par des mesurettes.
15:21Et pour moi, le point majeur derrière tout ça,
15:24c'est par exemple le coût du travail
15:25et la revalorisation du travail.
15:26On va en parler dans un instant,
15:27mais Dominique Schell-Charles,
15:27le débat sociétal qui consiste à dire
15:29est-ce qu'on a ou non trop priorisé
15:32ce que Gérald Darmanin a appelé
15:33une préférence pour les vieux
15:35ou les débats de vieux, c'est-à-dire les retraites.
15:38Ce n'est pas des mesurettes.
15:39Savoir s'il faut ou non se dire
15:41qu'on va faire peser une partie de l'effort
15:42sur les retraités pour prioriser
15:44et privilégier ceux qui travaillent.
15:46Et c'est le débat autour de la désindexation
15:48d'une partie des pensions de retraite.
15:49Je pense que c'est une piste à étudier
15:52sur peut-être les plus grosses retraites.
15:54Il faut pendant cette campagne aussi
15:56inverser le sujet et redonner des perspectives aux jeunes.
16:00Depuis un an exactement,
16:01depuis un an, quelque chose me frappe
16:03dans la discussion avec nos clients,
16:05beaucoup de gens me disent
16:06« Vous savez, moi, ma vie, elle est faite.
16:07Mais j'ai terriblement peur pour mes enfants
16:09dans le contexte actuel.
16:11Vont-ils trouver un logement,
16:12pouvoir se le payer, etc. »
16:14Donc, trouvons aussi
16:16et donnons des perspectives aux jeunes
16:18et des perspectives d'installation,
16:20de pouvoir d'achat.
16:21Ça, ça me paraît majeur dans la campagne qui vient.
16:23Vous insistez sur la question des salaires.
16:26Il faut que le travail soit plus rémunérateur.
16:29Et vous dites qu'il faut rouvrir le débat
16:32sur la TVA sociale.
16:34Alors là, il faut nous expliquer
16:35parce que de la part d'un distributeur,
16:39vouloir augmenter les prix des produits qu'il vend,
16:42ça ne paraît pas forcément logique.
16:44Le chapeau de ça, c'est quoi ?
16:45Il y a 50 ans, un Français touchait 70%
16:49de son super brut,
16:50toute charge comprise, 70%.
16:51Il en touche encore 52% aujourd'hui.
16:55Juste le super brut, c'est ce que coûte
16:56charge patronale et charge salariale.
17:00Si aujourd'hui, le chef d'entreprise que je suis
17:02veut augmenter de 100 euros
17:04quelqu'un qui est aux alentours du SMIC,
17:06ça me coûte 483 euros.
17:08Peu d'entreprises ont les moyens
17:10de se payer ça.
17:11Il faut donc moins faire porter
17:14la protection sociale sur le travail.
17:16On a fait ça, on a fait glisser ça
17:19depuis des années sur le travail.
17:21Il faut faire un mouvement inverse
17:22et il n'y a pas 36 solutions.
17:24Si on veut baisser ça,
17:25il faut faire un transfert en partie
17:27sur la consommation.
17:29Surtout pas sur la TVA
17:32des produits de première nécessité,
17:34mais sur la TVA la plus élevée
17:35qui en France est une des plus basses d'Europe.
17:37C'est vrai, par rapport à nos voisins européens.
17:39Absolument.
17:39Donc ça veut dire, vous laissez
17:41à 5,5 le taux intermédiaire.
17:44Exactement, on ne touche pas.
17:45On ne touche pas.
17:45Ça, c'est payé par les touristes en France.
17:48C'est payé sur les services.
17:51Et en même temps,
17:52c'est là que je rajoute,
17:53c'est là où c'est important de rajouter.
17:55Et en même temps,
17:56on réfléchit quand même
17:57au volume de ces dépenses.
18:00Est-ce qu'on peut retravailler
18:01ce volume de dépenses quand même ?
18:02Il y a deux interrogations
18:04liées à cette proposition
18:05qui est formulée par plusieurs personnalités.
18:07On a vu François Hollande.
18:08On recevra demain
18:09et on l'interrogera sur cette proposition
18:11d'augmenter la TVA
18:12pour augmenter le salaire net.
18:14Certains vous diront,
18:15c'est aux entreprises
18:16d'augmenter les salaires.
18:17Ce n'est pas à la puissance publique
18:19de faire une bascule
18:20en termes de coûts
18:21de la protection sociale
18:22pour permettre
18:23que le salaire net augmente.
18:24Est-ce que vous ne pourriez pas
18:25faire le même effort
18:26que vous demandez à l'État
18:28pour que le salaire net augmente ?
18:29Mais pour la raison
18:30que je viens de vous évoquer,
18:31pour augmenter de 100 euros net
18:33un salarié,
18:34il faut mettre sur la table
18:36483 euros.
18:37C'est devenu trop élevé.
18:40Les PME ne peuvent pas
18:42se permettre ça.
18:43C'est devenu trop lourd,
18:46trop cher.
18:46Il faut alléger.
18:48Et on a fait un mouvement
18:49ces dernières années
18:50dans un sens.
18:51Refaisons-le un peu
18:52dans l'autre sens.
18:53Il faut desserrer cet étau.
18:54Et je vous assure
18:55que les chefs d'entreprise
18:56qui étaient tous réunis
18:57la semaine dernière
18:58n'attendent que ce signe-là
19:00pour redonner de la confiance.
19:02Et ça, je pense que c'est
19:03de nature notamment
19:04à rassurer les jeunes,
19:06par exemple.
19:06Il y a une autre question
19:07sur une éventuelle
19:08augmentation de la TVA.
19:10Je crois que dans les colonnes
19:11du Parisien,
19:11vous évoquez une hausse
19:12de deux points.
19:13C'est dans quelle mesure
19:14ce serait répercuté
19:15directement dans les prix ?
19:16Est-ce qu'on le verrait
19:17tout de suite ?
19:17Ou est-ce que vous,
19:18notamment dans la grande distribution,
19:19vous pourriez faire un effort
19:20pour absorber une partie
19:22de cette augmentation de la TVA
19:23pour que ce soit moins
19:25difficile à digérer
19:26pour les consommateurs ?
19:26Oui, mais de toute façon,
19:27on est toujours attentifs
19:28à ce qu'on appelle
19:30les prix des produits sensibles.
19:31De toute façon,
19:32et encore une fois,
19:33on ne toucherait pas
19:33la petite TVA à 5,5%
19:36qui resterait là
19:36et qui ferait que les produits
19:38de première nécessité
19:39resteraient très accessibles.
19:41Moi, je crois que c'est
19:42un formidable débat
19:43à mener dans les temps
19:44qui viennent.
19:45On ne peut pas en faire
19:46l'économie.
19:46En tout cas,
19:47on est au bout
19:48de ce système-là
19:49qui pèse trop lourd
19:50et qui...
19:51Les Français disent,
19:53ils ont été interrogés récemment,
19:54ils pensent à 7 sur 10
19:56que c'est une bonne idée
19:56de retravailler ce sujet
19:58et ils sont convaincus
19:59que ça peut leur donner
20:00de l'air demain.
20:01Donc, travaillons-y.
20:02Une question aux commerçants
20:03que vous êtes.
20:04Est-ce qu'une campagne
20:06présidentielle,
20:06une année électorale
20:08avec des enjeux
20:09aussi lourds,
20:10c'est bon pour le commerce
20:12ou au contraire
20:12c'est problématique ?
20:14Traditionnellement ?
20:15Les années électorales
20:16ne sont jamais bonnes
20:17pour le commerce,
20:17pour les entreprises
20:18parce qu'il y a de l'attentisme.
20:20Et d'ailleurs,
20:20les gens le disent déjà.
20:22Comment dire ?
20:23On prend moins
20:24de grandes décisions
20:25sur des grandes infrastructures
20:26donc pour tous les gens
20:27du bâtiment de la construction
20:28ça va être plus calme.
20:30Et dans la conso,
20:31les gens le disent déjà.
20:32Je mets un peu d'argent de côté
20:34parce que je ne connais pas
20:35la fiscalité du nouveau président
20:36de la République
20:37l'année prochaine
20:37et donc ça n'est pas bon
20:39pour la conso en général
20:40et on l'a vu à chaque fois.
20:41D'où cette dernière question
20:42Dominique Schellcher.
20:44Patrick Pouyanné,
20:45le patron de Total
20:45samedi dans l'émission
20:46On n'arrête pas l'écho
20:47sur France Inter
20:48de Claire Chaudière
20:49et Dominique Seux
20:49disait qu'un face-à-face
20:50entre Marine Le Pen
20:51et Jean-Luc Mélenchon
20:51au second tour
20:52de l'élection présidentielle
20:53ferait, je cite,
20:54courir un risque à la France.
20:56Est-ce que vous êtes d'accord
20:57avec Patrick Pouyanné ?
20:58Moi, je ne...
20:59Comment dire ?
21:00Je n'ai pas de regard partisan.
21:02Moi, le but ce matin
21:04c'est de faire des...
21:05de contribuer au débat public,
21:06d'apporter des propositions.
21:08Ça c'est de la même langue de bois
21:08que les politiques.
21:09Si vous faites des propositions
21:14de porter un jugement
21:15sur le programme économique
21:15de la France Insoumise
21:16et du RN.
21:17Mais pourquoi je le fais ?
21:18Parce que les gens me parlent.
21:19Vous ne pouvez pas vous imaginer
21:21le nombre de gens que je croise
21:22quand je circule dans un magasin
21:23qui me disent
21:24dites-leur ci, dites-leur ça.
21:25Je fais le relais.
21:27Donc l'élection
21:27de Jean-Luc Mélenchon
21:28ou de Marine Le Pen,
21:29ça ne vous inquiète pas ?
21:31On en est encore loin.
21:32On n'en est pas là.
21:33Menons le débat.
21:34Mettons les idées sur la table.
21:35On en est au début.
21:37Et allons au fond des choses.
21:38Et ne prenons pas
21:39d'options de mesurettes
21:41mais des choix de fond.
21:42La grande distribution
21:42ne doit pas se mettre à dos
21:43certains de ses consommateurs
21:44qui peut-être votent
21:45pour Jean-Luc Mélenchon
21:46ou Marine Le Pen.
21:48Je ne fais pas
21:49de choix partisans
21:50bien évidemment.
21:51Bon, écoutez,
21:51je crois que c'est clair.
21:52Merci Dominique Schellcher
21:54d'avoir été au micro
21:55de France Inter ce matin.
21:57Merci à vous.
21:57PDG de Coopérative U
21:59avec ses 2000 magasins
22:01à travers la France.
22:02La revue de presse
22:03est à suivre.