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  • il y a 9 mois
Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, est notre invité à 8h20. Il évoque la baisse du pouvoir d'achat des Français, l'instabilité politique et économique, et le cas très polémique de Shein et la concurrence déloyale qu'il représente. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-06-novembre-2025-1130355

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00:00Bonjour Dominique Schellcher. Bonjour à vous deux. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Inter.
00:04On a beaucoup de questions à vous poser ce matin sur la mauvaise santé des commerces de proximité.
00:08Vous venez de rendre un rapport sur le pouvoir d'achat des Français, la consommation dans un contexte d'incertitude politique et économique.
00:15Mais on va d'abord parler du sujet incontournable du moment, c'est Chine.
00:20Sous le coup d'une procédure de suspension et d'une demande de blocage,
00:23alors que le site chinois a ouvert son premier magasin physique hier en France à Paris au BHV.
00:29Qu'est-ce que vous vous êtes dit, Dominique Schellcher, en voyant cette foule se précipiter chez Chine ?
00:36Écoutez, moi je suis d'abord, je salue la décision du gouvernement, les décisions, parce qu'il y en a plusieurs en fait depuis hier,
00:43de suspendre, d'aller vers une suspension des activités de Chine en France en ligne, parce qu'on cumulait les non-conformités.
00:52Je les rappelle, avant l'été, 40 millions d'euros de condamnations pour non-conformités après de précédents contrôles,
01:00150 millions d'euros d'amendes de la CNIL pour non-respect de la vie privée.
01:06En gros, vous disiez, je ne veux pas les cookies de Chine, on vous les mettait quand même.
01:10Et ensuite, l'histoire des poupées, et hier le déclencheur final...
01:13Les armes.
01:14Les armes, oui.
01:15Dominique Schellcher, il faut juste expliquer à ceux qui nous écoutent ce matin qu'il y a effectivement une demande de suspension du gouvernement,
01:21que désormais Chine a 48 heures pour retirer les produits litigieux,
01:25qu'ensuite un éventuel blocage est dans la main du juge judiciaire, et pas seulement du gouvernement.
01:31Pour dire les choses, vous, dans un monde idéal, si la justice suivait, il faudrait terminer, fermer Chine sur le site internet ?
01:39Nous, on dit oui à la concurrence, mais loyale et à armes égales.
01:44Et là, ça n'est pas le cas.
01:46Nos magasins sont extrêmement contrôlés, et à juste titre, et on les assume.
01:51Un moment, quand il y a répétition de non-conformité, oui, il faut aller jusqu'à la fermeture.
01:56Et dans le rapport dont vous parlez, que j'ai sous les yeux là,
01:59la deuxième recommandation que nous formulons avec mes deux co-rapporteurs,
02:03c'était la fermeture des sites en non-conformité répétition.
02:06Donc il faut fermer le site de Chine ?
02:08Mais Benjamin Duhamel, moi je l'ai écrit dès dimanche soir.
02:12C'est, voilà, je pense qu'il faut assumer le fait que quand il n'y a pas de conformité, il faut arrêter.
02:19Et le gouvernement a déjà osé le faire, c'était en 2021, avec un site qui s'appelait WISH.
02:24Absolument.
02:24Il y a quand même un grand décalage entre vos positions, le débat public du moment,
02:28et les Français, ces consommateurs qui plébiscitent ces produits chinois super pas chers.
02:35Je veux dire, ils étaient extrêmement nombreux hier, ils ont fait la queue devant le BHB à Paris.
02:39Je comprends la problématique du pouvoir d'achat, c'est la première préoccupation des Français,
02:45loin devant toutes les autres.
02:46Et on se bat, nous, en tant que commerçants chez Coopérative U, tous les jours pour ce pouvoir d'achat-là.
02:50Mais ce que je dis aux consommateurs, c'est qu'ils n'ont pas de petit prix à n'importe quel prix.
02:57Ça ne peut pas être au détriment de leur propre sécurité.
03:00La semaine dernière, UFC Que Choisir, indépendant, a fait des prélèvements sur un certain nombre de produits.
03:08Leur conclusion, c'était n'achetez pas de jouets sur ces sites, ils sont dangereux.
03:13Les chargeurs de téléphone, il y avait 4% de conformes, les autres risquaient de mettre le feu à votre maison.
03:18Donc c'est ça que je dis aux consommateurs, je comprends votre difficulté de pouvoir d'achat.
03:23Et on doit tous vous aider, mais pas à n'importe quel prix.
03:25Mais donc Dominique Schellcher, si on met de côté, là encore, les produits litigieux, les poupées pédopornographiques, les armes,
03:31à ceux qui nous écoutent ce matin, à ceux à qui France Inter a donné la parole,
03:35qui se satisfaisaient de voir que dans des villes de province aussi, en plus du BHB à Paris,
03:41ils allaient pouvoir aller acheter des vêtements pas chers,
03:44qui continuent d'aller sur le site internet parce qu'ils aiment acheter ces vêtements à petit prix.
03:48Vous leur dites quoi ? Vous leur dites, il va falloir faire le deuil de tout ça ?
03:51Il faut se poser les bonnes questions sur le modèle de consommation qu'on veut et à quel prix.
03:57Je veux dire, si derrière ces sujets, il y a du travail des enfants,
04:01s'il y a des peintures sur les jouets non conformes,
04:06dans les bijoux étudiés par UFC, que choisir ?
04:08Il y avait du cadmium à des taux inimaginables.
04:12J'entendais hier une jeune femme sur une de vos antennes dire
04:15« Moi, j'achète tous les mois des bijoux sur ce site ».
04:19Mais s'ils sont non conformes, c'est incroyable, on ne peut pas le tolérer.
04:23C'est ça qu'on dit aux consommateurs.
04:25Voilà, il faut prendre du recul.
04:27Et j'ajoute autre chose, la société Chine a fait un communiqué ce matin disant
04:33« La sécurité des consommateurs est notre priorité ».
04:36Mais c'est une plaisanterie avec ce qu'on a vu ces derniers jours.
04:38Oui, ils se moquent du monde ?
04:40Mais absolument.
04:41Autre chose que je veux rectifier, hier matin,
04:45M. Merlin, le patron du BHV, a dit sur une autre antenne
04:48« J'ai vérifié, ce sont les mêmes usines qui produisent pour les autres distributeurs français ».
04:55J'étais hier soir dans ma fédération avec les patrons de la grande distribution alimentaire française.
05:01On dément cette information.
05:03Ce ne sont pas les mêmes usines qui fabriquent ces produits.
05:05Nous, on a des règles, on a des ingénieurs qualité, on a des cahiers des charges.
05:10On ne tolère pas ça.
05:12Mais vu le tableau que vous décrivez là, vous dites quoi ?
05:15Les autorités, elles sont complètement en retard.
05:17On découvre une évidence que vous, Dominique Schellcher, dénoncez depuis des mois et des années ?
05:22Nous sommes un certain nombre d'acteurs, je ne suis de loin pas le seul, à dénoncer cette situation.
05:26Et notamment, vous savez, ce rapport sur le commerce en centre-ville.
05:30Et on en parlait.
05:31Sans personne auditionnée, tout le monde nous disait la même chose.
05:35Les commerçants souffrent dans les petites villes, particulièrement dans le textile, particulièrement dans le non-alimentaire.
05:41Les élus derrière sont en souffrance pour un certain nombre.
05:44Il faut réagir.
05:46Et je salue encore une fois la fermeté maintenant du gouvernement.
05:48La fermeture de ce site et des autres, parce qu'il n'y a pas que Chine, il y a Témou, etc.
05:54Pour l'instant, ça reste quand même très hypothétique.
05:57On parle en attendant de lois contre la fast fashion.
06:01Il y en a une qui a été votée au Sénat en juin.
06:0410 euros par article, une pénalité pour les articles qui ne respectent pas les critères de durabilité requis.
06:12« Interdiction de la publicité pour cette mode ultra-éphémère », ça, ce serait suffisant ou pas ?
06:19Ce sont des propositions qui vont dans le bon sens.
06:22Je rappelle que ce texte fast fashion a été pris à l'unanimité dans notre Parlement.
06:30Donc, c'est un signe extrêmement fort de la représentation populaire.
06:34Vous voyez, dans un contexte où tout est tellement débattu, là, on est sur des sujets qui font l'unanimité.
06:40Et que ce texte est, en l'état, bloqué par les autorités européennes,
06:44parce qu'il ne correspond pas à un certain nombre d'éléments de législation sur l'interdiction de la publicité ou autre.
06:51Donc, il y a visiblement des freins, Dominique Schellcher.
06:54On entend ce matin une parole, la vôtre, qui est très forte, très univoque, si j'ose dire.
06:59C'est plus compliqué quand on est législateur.
07:00Vous avez absolument raison.
07:02Et surtout, tout ça ne peut pas se régler qu'en France.
07:05Et je salue une autre mesure ce matin.
07:07C'est le ministre de l'Économie et, je crois, sa collègue du numérique,
07:12qui écrivent à Bruxelles, aujourd'hui, pour demander une mobilisation européenne.
07:17N'agir qu'en France ne suffira pas.
07:19Il faut bien sûr agir au niveau européen, avec la même fermeté que l'ont fait les États-Unis.
07:24Quand cette déferlante de colis est arrivée aux États-Unis,
07:29le président Trump, qu'est-ce qu'il a décidé du jour au lendemain ?
07:31Une taxation extrêmement forte.
07:32Et le flux de colis s'est déplacé vers l'Europe, et particulièrement la France.
07:37Donc il faut faire comme Trump ?
07:38Il faut agir vite et fort.
07:41Très bien.
07:42Ce débat, il est étroitement lié au rapport que vous avez rendu hier au gouvernement
07:47sur la revitalisation des commerces de proximité.
07:52On parle des centres-villes, où il y a de moins en moins de boutiques,
07:55de moins en moins de clients.
07:57Qu'est-ce qu'on peut faire pour changer ça ?
07:59Puisqu'on vient de voir que les Français, les consommateurs, ils ont massivement envie d'acheter en ligne, maintenant.
08:04Tout d'abord, je voudrais associer mes co-rapporteurs.
08:07Donc Frédéric Macaré, la maire de Saint-Quentin, Antoine Saint-Ouillon, le directeur de la Banque des Territoires.
08:12Ça a été commandé par les ministres Méadelle et Louagy,
08:15et ça a été remis hier à Serge Papin et Vincent Jambin.
08:18Voilà, pour être complet et travail collectif.
08:21Qu'est-ce qu'on peut faire ?
08:22Ce rapport, il se veut positif et constructif.
08:26Il y a une situation qui est difficile.
08:28Il y a des centres-villes dont certains disent qu'ils sont en déclin.
08:31Moi, je dis que ce n'est pas exactement ça à l'issue de ce rapport.
08:34Ils sont en mutation.
08:36Le lèche-vitrine que nous avons tous connu il y a quelques années,
08:40les centres commerciaux, c'était les cœurs de villes, ça s'est terminé.
08:42On traverse tous des villes moyennes en France avec des vitrines vides.
08:46Et le retour de ces commerces-là, malheureusement, c'est terminé,
08:49parce que les Français ont changé d'habitude, consomment différemment, vont en partie en ligne.
08:54Aujourd'hui, ils scrollent sur leur canapé, ils ne font plus de lèche-vitrine, pour le non-alimentaire notamment.
08:59Mais donc, est-ce que ce n'est pas inéluctable, cette disparition des commerces de centres-villes
09:05qui, effectivement, ont fait la géographie de la France, la géographie de nos villes ?
09:09Est-ce qu'il y a des mesures qui peuvent être prises pour inverser cette tendance ?
09:13Alors, il y a 30 recommandations, dont 12 absolument prioritaires pour inverser la chose.
09:18Mais, effectivement, le paysage ne sera plus le même.
09:20On va vers un centre-ville plus serviciel, plus de services.
09:24Quelque chose qui s'est fortement développé, c'est la restauration aussi.
09:28Plus d'activité sociale, aujourd'hui, quelque chose qui...
09:32Moi, je me réjouis d'avoir découvert que c'est le retour de l'artisanat en cœur de ville.
09:37L'artisanat avait fui les cœurs de ville, il y a des dizaines d'années.
09:41Aujourd'hui, ça revient.
09:43Les boutiques éphémères se développent.
09:46C'est une des expériences qu'on a pu partager dans nos déplacements également.
09:50Il y a aujourd'hui, dans certaines villes de Banlieue parisienne, des listes d'attente
09:54pour avoir des locaux sur six mois pour lancer une activité amenée de l'artisanat.
09:59Donc, tout ça se renouvelle et se réinvente.
10:01Mais juste, Dominique Schelcher, vous citez toutes les mesures et effectivement, il y en a beaucoup.
10:03Pour ceux qui nous écoutent ce matin, la plus importante, la plus...
10:07Celle qui, effectivement, changerait.
10:08Est-ce que c'est des mesures d'ordre économique, d'ordre de fiscalité, d'aide
10:12pour permettre à ces petits commerces, à ces commerces de s'implanter de nouveau ?
10:15Trois mesures principales.
10:17Un, la concurrence déloyale, on vient d'en parler.
10:19Deux, plus de pouvoir au maire en proximité.
10:22Trop de choses se décident trop loin.
10:24Donc, il y a une grande tendance à plus de pouvoir au maire.
10:27Et le ministre Serge Papin nous a d'ores et déjà dit hier
10:30que dans le projet de décentralisation du Premier ministre, il y aurait des mesures.
10:34Et le troisième volet est effectivement fiscal, les loyers, etc.
10:39Une dernière chose sur cette revitalisation des commerces de centre-ville.
10:44Vous dites qu'il y a une concurrence déloyale, notamment avec Amazon.
10:48Et vous préconisez de taxer les entrepôts Amazon comme des espaces commerciaux.
10:53Alors, nous ne visons pas spécifiquement Amazon.
10:55Mais il y a effectivement une recommandation.
10:58Parce qu'il y a le résultat de nos auditions, encore une fois.
11:01L'idée, c'est que tout le monde travaille à armes.
11:05Oui, à la concurrence, mais à armes égales.
11:07Aujourd'hui, le commerce physique dans toutes les villes est fortement taxé.
11:12C'est sans doute une des activités les plus taxées.
11:15Les e-commerçants en ligne, leurs entrepôts ne sont pas taxés.
11:18Donc, voilà.
11:18Nous avons Martine en ligne avec nous au Standard.
11:22Bonjour, bienvenue Martine.
11:24Vous avez une réflexion ou une question à poser à Dominique Schellcher.
11:28C'est plutôt une réflexion.
11:30Je trouve ça cocasse que ce soit M. Schellcher qui fasse le constat de la mort du petit commerce.
11:34Alors que les grandes enseignes comme la sienne, ainsi que les enseignes low cost,
11:38ont participé à la disparition du petit commerce.
11:41Dans ma ville en particulier, il n'y a plus rien.
11:43Vous êtes à Freyne, c'est ça ?
11:45Oui, je suis à Freyne.
11:46Il y a Grand Frey, il y a Monoprix à côté.
11:50Il n'y a même plus le casino.
11:52Il était pourtant...
11:53Il était bien, ce casino.
11:55Mais maintenant, on a Lidl, Grand Frey, c'est tout.
11:58Et les petits commerces ferment les uns après les autres.
12:01Donc, c'est bien qu'ils fassent un rapport.
12:03Le monsieur, j'aurais pu le faire, si vous voulez.
12:05J'aurais pu le faire.
12:06Il n'y a pas besoin d'être directeur d'une grande enseigne pour constater que le petit commerce meurt.
12:11Quand on enseigne sur l'artisanat,
12:13Oui, on essaye, nous, à Freyne, de faire ça.
12:15Ce n'est pas encore...
12:17Ce n'est pas encore très développé.
12:19D'accord.
12:20Merci, merci beaucoup Martine.
12:21Merci.
12:22Alors, je voudrais être le mieux placé.
12:24Bien sûr, je m'attendais à cette question.
12:27Nous ne sommes pas à l'origine de ce mouvement.
12:29Quand, dans les années 60 et 70,
12:31les Français des villes se sont équipés d'une voiture,
12:33ont eu envie de s'acheter un pavillon en banlieue,
12:37ils se sont beaucoup déplacés vers les périphéries
12:39et nous les avons suivis.
12:41Mais le mouvement initial, nous ne l'avons pas créé,
12:44nous l'avons suivi.
12:45Nous, le commerce s'installe où sont les gens.
12:48Alors, on est...
12:48C'est vrai, Dominique Chachat, vous pourriez nous dire ce matin,
12:51dans la foulée de ce rapport,
12:52on va accompagner ce mouvement,
12:53on va réinstaller dans des petits centres-villes,
12:56des magasins U, vous le faites ?
12:59Le rapport, l'écrit, le plus grand nombre d'installations en centre-ville aujourd'hui,
13:05ce sont les petits supermarchés alimentaires.
13:07Et donc, moi et mes confrères, on le fait, on en a parlé hier soir,
13:11on est mobilisés là-dessus.
13:13Les petits commerces alimentaires, il n'y en a jamais eu autant dans les cœurs de ville.
13:17On y revient, je reconnais, on y revient.
13:19Et ce sont des moteurs de flux pour les autres activités autour.
13:22Moi, ce que je n'ai pas très bien compris, c'est
13:24quel commerce dans des cœurs de ville où les gens ne vont plus,
13:28puisqu'ils vont dans des centres commerciaux en périphérie, comme vous le dites,
13:32puisqu'il y a aussi une espèce de désertification des centres-villes.
13:36Qu'est-ce qui marcherait ?
13:37Qu'est-ce qui pourrait attirer le consommateur ?
13:40Je vous prends l'exemple de Toulon, qu'on est allé visiter.
13:44Quand il y a une vision commerciale des élus, très forte,
13:48c'était Hubert Falco au départ, très très très très forte.
13:51Quand il y a un opérateur de type foncière qui est capable de racheter, de réhabiliter, de créer du logement,
13:58quand il y a des opérateurs privés qui apportent les bonnes enseignes,
14:02souvent autour d'un alimentaire, aujourd'hui, autour de la restauration,
14:06autour d'un certain nombre de services, la vie revient plus de l'artisanat.
14:10Dominique Schellcher, pour revitaliser les centres-villes, il faut aussi que les Français aient du pouvoir d'achat.
14:15À la tête d'une grande entreprise comme la Coopérative U,
14:20vous êtes en quelque sorte une sorte de baromètre et de thermomètre de l'état d'esprit des Français.
14:25Vous voyez ce qu'ils consomment au quotidien dans vos magasins.
14:27Dans un moment, on le disait, de grande incertitude politique et économique,
14:30qu'est-ce que vous voyez de la façon dont le pouvoir d'achat des Français a évolué,
14:34de leurs habitudes de consommation ?
14:35Ça ne va pas fort.
14:37La consommation alimentaire est un tout petit peu meilleure que l'année dernière, mais à peine.
14:43Et le grand mot, c'est l'arbitrage.
14:45Toutes les grandes dépenses, changer une voiture, on le voit dans l'automobile,
14:49éventuellement partir un peu plus en vacances, changer la télé, ça c'est complètement arbitré.
14:53Et on se concentre sur l'essentiel.
14:55Et ça se traduit par quoi ?
14:57Par 19% de taux d'épargne.
14:59Les Français n'ont pas le moral, ils sont préoccupés.
15:02Donc ce n'est pas tant qu'ils perdent en pouvoir d'achat que pour des questions de confiance,
15:06ils mettent dans les bas de laine et ils épargnent davantage.
15:08Alors, attention, 57% des Français ont des problèmes de fin de mois.
15:12C'est très polarisé.
15:14Les gens qui épargnent sont beaucoup les retraités.
15:16Saviez-vous que 75% de la dernière augmentation des retraites
15:22a été directement épargnée par cette population-là ?
15:25Donc c'est très polarisé.
15:26Il y a une partie de la population qui souffre, qui est en souffrance tous les mois,
15:30et une autre qui peut épargner.
15:31Mais quand il y a un tel taux d'épargne, il faut comprendre que c'est en défaveur de la consommation.
15:35Ça, c'est la situation politique, vous l'attribuez directement à l'instabilité politique ?
15:39Mais bien évidemment.
15:40Et moi, je vais vous dire ce qui me frappe le plus, deux choses.
15:42La première, quand je discute avec mes clients, avec mes collaborateurs,
15:45ils me disent « mais j'ai terrible, je suis tellement inquiet pour mes enfants,
15:49moi à la limite, ma vie est faite, j'ai un peu d'argent de côté, j'ai peur pour mes enfants. »
15:53Et l'autre chiffre terrible, 90% des Français pensent que la France est en déclin.
15:59Ce baromètre existe depuis 2014.
16:02Jamais on n'a été à ce niveau-là, 3 points de plus que l'année dernière.
16:06Et c'est ça la toile de fond des consommateurs actuellement.
16:09Et on a parlé de ces chiffres avec Brice Tinturier en début de semaine,
16:12et des interprétations que l'on peut en faire sur le budget et l'instabilité politique.
16:15Vous avez, Dominique Schellcher, ceux qui d'un côté dénoncent les augmentations d'impôts sur les entreprises
16:20en expliquant que cela va atteindre la compétitivité de ces entreprises.
16:23De l'autre, ceux qui dénoncent des mesures qui sont susceptibles de grever le pouvoir d'achat des Français.
16:29Quel regard est-ce que vous portez sur ces débats budgétaires ?
16:32Par exemple, sur la question de la fiscalité des entreprises.
16:35Est-ce que vous êtes prêts, vous, à davantage contribuer pour, précisément,
16:39que cette instabilité diminue et que la France puisse avoir un budget ?
16:42Ce qui me désole aujourd'hui, comme beaucoup d'autres chefs d'entreprise,
16:46c'est cette obsession française pour la taxe et l'impôt supplémentaire.
16:51Nous, le sujet, le vrai sujet, c'est quoi ?
16:53C'est de trouver des économies dans une France et dans un État qui, comment dire,
16:58sans doute vit au-dessus de ses moyens.
17:00Quand tu as tellement de dettes, c'est comme dans un compte d'exploitation d'entreprise
17:04ou dans le budget d'un foyer.
17:06À un moment, tu réduis tes dépenses quand tu as trop de dettes.
17:09Et on ne parle pas de ça.
17:10Et donc, les entreprises, Dominique Schellcher, sont exonérées de l'effort de redressement ?
17:17En aucun cas.
17:18En aucun cas.
17:19Mais ce que je dis, c'est que...
17:21Vous dites, on est obsédé par les impôts.
17:22Le niveau de prélèvement obligatoire sur les entreprises françaises est le plus élevé d'Europe.
17:27Notamment sur les PME, on ne pourra pas aller au-delà.
17:31On ne pourra pas.
17:32Après, qu'il y ait une contribution des très grandes entreprises, oui, bien sûr.
17:35Dans le cas d'espèce, dans le budget, pour les PME, ça baisse plutôt.
17:38C'est plutôt pour les grandes entreprises, et notamment la surtaxe de 2% sur les grandes entreprises.
17:43Ça, c'est une bonne orientation.
17:43Et en l'occurrence, vous auriez pu signer la tribune ce matin de 200 chefs d'entreprise dans l'Express,
17:49qui s'alarment du dispositif fiscal envisagé contre les entreprises dans le budget ?
17:55Alors, je n'ai pas vu cette tribune ce matin.
17:56Vous vous êtes concerné, en fait.
17:58Système U, enfin, la coopérative U, en l'occurrence.
18:01Vous êtes une grande entreprise.
18:03Comment vous êtes aidé ?
18:06Comment vous êtes taxé ?
18:07Nous, on est une confédération de PME.
18:10On sera concerné au niveau de notre siège par la surtaxe.
18:13On la paiera, on l'assume.
18:15OK, on assume.
18:16Donc, vous êtes prêt à payer plus d'impôts ?
18:18Vous faites partie de ces grands patrons qui disent, OK, là-dessus, on est prêt à contribuer ?
18:21On le fera.
18:21Mais un magasin, aujourd'hui, c'est déjà sans impôts et taxes différentes.
18:25On ne pourra pas aller au-delà.
18:27Si le sujet, c'est d'aider les consommateurs, je vais vous dire, la chose la plus critique
18:33quand on cherche du pouvoir d'achat, c'est le coût du travail en France, aujourd'hui.
18:37Il y a 50 ans, un salarié touchait de son super brut toute charge sociale confondue, 70% de son brut.
18:45Aujourd'hui, c'est 54%.
18:46Le salaire est trop chargé.
18:49Il faut faire des économies, trouver une autre façon pour alléger.
18:53Et ça, ça permettra aux chefs d'entreprise d'augmenter les salaires.
18:56Dominique Schellcher, vous êtes très aidé.
18:58La grande distribution, elle touche énormément du CICE, par exemple.
19:02Les aides de l'État, vous en touchez beaucoup.
19:04Mais ça n'est pas une aide.
19:06Alors, je m'inscris en faute totalement contre ça.
19:08C'est pour situer le coût du travail en France, ce dont je viens de dire,
19:12à des niveaux équivalents au reste de notre environnement économique.
19:16Ce n'est pas une aide cadeau.
19:17Donc, c'est un coût de pouce pour les salaires ?
19:19Ça permet de tenir et d'avoir un coût du travail raisonnable,
19:23alors qu'il était déjà complètement décalé en France.
19:26C'est ça, la réalité.
19:28Et c'est d'ailleurs la seule aide dont on bénéficie,
19:31simplement pour se mettre au niveau des autres pays européens.
19:35On a une question de Maurice au Standard.
19:38Bonjour, Maurice.
19:38Bienvenue.
19:39Vous nous appelez de Besançon.
19:41Oui, c'est ça.
19:41Tout à fait, oui.
19:42Qu'est-ce que vous voulez demander au patron des supermarchés U ?
19:46Le patron des supermarchés U, est-ce qu'il est au courant des prix pratiqués dans ces magasins franchisés ?
19:53Dans la mesure où, aux alentours de Besançon, et Besançon même, il y en a à peu près 4,
19:58les prix sont complètement disparates.
20:00Et en plus, quand on nous dit que l'inflation recule,
20:04apparemment le message n'arrive pas chez eux.
20:08Merci, Maurice.
20:08Coopérative U se bat tous les jours pour les prix.
20:12Nous sommes la seule en scène à avoir maintenu le panier anti-inflation
20:15demandé par le gouvernement il y a 3 ans, les seuls.
20:18150 produits à prix coûtant.
20:19Et je connais très bien la zone de Besançon,
20:22avec un super collègue qui fait un travail exceptionnel,
20:24je crois que c'est dans le quartier, qui s'appelle La Planoise,
20:27qui est un des meilleurs magasins de Dijon.
20:29Et je peux vous dire que lui est à fond dans le match des prix.
20:33Sur la façon dont les prix vont évoluer,
20:35puisqu'on vous prend aussi souvent dans la grande distribution,
20:38comme des sortes d'oracles.
20:40Un de vos confrères, je ne sais pas si on peut dire confrères,
20:42collègues, Michel-Édouard Leclerc, lui, fait souvent,
20:44et consultez, une sorte de boule de cristal de l'inflation.
20:47Ça vous fait sourire Dominique Schellcher.
20:49Les prix vont évoluer comment dans les années à venir ?
20:51On est aujourd'hui aux alentours de 1%.
20:53C'est-à-dire plutôt maîtrisé.
20:54Plutôt maîtrisé.
20:55Par contre, on ne reviendra pas au prix d'avant.
20:57Le problème, 50% des Français pensent que l'inflation continue.
21:01Pourquoi ?
21:01Parce qu'il y a deux matières premières qui posent problème actuellement,
21:04le café et le chocolat,
21:05qui ont fortement augmenté pour des raisons de cours mondiaux.
21:08Et quand votre paquet de café ou votre excellente tablette de chocolat
21:11a tellement augmenté,
21:11vous dites, bon, les prix continuent à augmenter.
21:13Mais il y a plein de prix qui ont baissé.
21:15Je pense à l'huile, je pense à la farine,
21:17je pense à la plaquette de jambon
21:19et à de nombreux produits de droguerie, parfumerie, hygiène.
21:22On les trouve, on les trouve.
21:23Eh bien, écoutez, merci beaucoup,
21:25Dominique Schellcher, PDG de la coopérative U.
21:29Merci d'avoir répondu à nos questions.
21:31La revue de presse à suivre.
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