- il y a 1 jour
Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U, se positionne contre la mesure envisagée par le gouvernement pour faire baisser les prix des carburants. Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l'OFCE, estime que le baril ne reviendra pas à son prix d'avant-crise avant 2027. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-15-avril-2026-6242006
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00La crise va-t-elle durer avec la guerre au Moyen-Orient ? Les prix des carburants se sont envolés,
00:05hausses passagères ou durables qui va dépendre de la suite du cessez-le-feu fragile conclu la semaine dernière et
00:11de la situation dans le détroit d'Ormouz.
00:14En attendant, l'économie en subit les conséquences. Pouvoir d'achat, inflation, difficultés pour les entreprises et pour l'emploi.
00:20On va faire le point sur ce qui nous attend ce matin dans le grand entretien avec nos deux invités,
00:25Benjamin.
00:26Bonjour Eric Ayer. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur Inter. Vous êtes économiste, directeur du département analyse
00:31et prévision de l'OFCE et votre dernière note parue la semaine dernière est pile dans l'actualité.
00:37Elle avait pour titre « Houle énergétique et vent d'incertitude ». À côté de vous Dominique Schellcher, bonjour. Bonjour.
00:42Merci d'être avec nous, vous êtes PDG de Système U et vous avez été auditionné hier à la commission
00:46des affaires économiques de l'Assemblée nationale, notamment sur le prix des carburants.
00:50Et appelez-nous, amis auditeurs, pour témoigner de vos difficultés, de vos inquiétudes au 01-45-24-7000 ou sur
00:56l'appli Radio France.
00:57Alors on va commencer par les prix de l'essence et du gazole évidemment.
01:00Dominique Schellcher, le baril de pétrole est repassé sous les 100 dollars hier, mais les tarifs à la pompe restent
01:05hauts.
01:062,28 euros le litre de gazole, 1,98 euros le sans-plomb 95 en moyenne.
01:12Quand est-ce que les prix vont baisser dans vos stations-service ?
01:15Eh bien malheureusement, je n'ai pas de boule de cristal et donc nous répercutons au quotidien, au gré de
01:21nos achats de camions de carburant, le prix du cours du jour en fait.
01:26Donc nous on est dépendant du cours du jour, c'est à Rotterdam, ça se passe au niveau européen.
01:31Et un jour, vous le voyez, un jour ça monte, un jour ça baisse de quelques centimes et donc au
01:37gré de nos achats, on répercute soit la petite hausse, soit la petite baisse.
01:40Mais on ne voit pas de baisse durable pour l'instant.
01:43Le gouvernement étudie la possibilité de plafonner les marges des distributeurs dont vous êtes directement visé, Dominique Schellcher.
01:50Est-ce que c'est une façon de vous contraindre ?
01:53C'est une très mauvaise idée.
01:55Ça fait cinq semaines, au bout de cinq semaines après le début de cette crise, les gens commençaient à comprendre
02:00qu'il y a très peu de marges au niveau de la distribution du carburant.
02:03Les observateurs l'ont dit, même le ministre de l'économie à la fin a dit, en fait, je demande
02:09une enquête à Bruxelles sur les marges de qui ?
02:12Des raffineurs.
02:13C'est-à-dire que vous faites une démarche de combien sur le litre de carburant ?
02:16Symbolique, un, deux, trois centimes.
02:17Et quand il y a un moment de tension comme celui-là, tout le monde se compare au quotidien et
02:23veut avoir le prix le plus bas pour ne pas perdre ses clients.
02:25Donc on gagne souvent encore moins dans ces phases-là.
02:28Donc le sujet n'est pas chez nous et chez les raffineurs.
02:31C'est chez les raffineurs qui veulent chercher l'argent.
02:33Mais bien évidemment.
02:34Donc chez Total qui est à la fois producteur, raffineur, distributeur par exemple.
02:37Mais pas que, aussi les spéculateurs qui font le marché du carburant à Rotterdam.
02:42Il y a beaucoup d'impact à ce niveau-là.
02:43Juste avant de vous demander, Éric Ayer, ce que vous pensez de cette mesure, pour être très précis, Dominique Schellcher,
02:47si d'aventure le gouvernement décidait de plafonner les marges.
02:50Est-ce que vous nous dites juste ce matin, ça ne sert à rien ou est-ce que ça aurait
02:53un effet contre-productif qui mettrait en difficulté le marché ?
02:58Ça n'aurait pas d'effet sur les prix du carburant ou très très très très faible.
03:03En plus, vraiment, c'est une usine à gaz qu'on a du mal à comprendre.
03:07Et on fait une contre-proposition.
03:08Notre fédération, la fédération du commerce et de la distribution, fait une contre-proposition.
03:13On devrait, et on propose au gouvernement, de suspendre provisoirement pendant quelques temps les C2E sur le carburant.
03:21Les certificats d'économie d'énergie qui financent un peu la transition écologique.
03:26Qui financent le grand plan annoncé par le gouvernement la semaine dernière.
03:29On pourrait pendant quelques mois suspendre ça.
03:32Et là, il y a de l'ordre de 10 à 15 centimes de baisse à trouver.
03:36Éric Ayer.
03:37Quoi, Éric Ayer ?
03:37Et juste, on voit là toute la difficulté d'un gouvernement qui fait ce qui n'est même pas une
03:42annonce, mais une réflexion.
03:44Et immédiatement, une sorte de levée de bouclier des acteurs qui explique qu'en fait, ça ne servirait strictement à
03:48rien.
03:49Oui, mais je pense que pour l'opinion publique, c'est bien de se dire qu'il n'y a
03:51pas des profiteurs de ce moment-là.
03:53Et donc, dire que, attention, les distributeurs ne vont pas gagner avec cette crise-là.
03:59Dire, rappeler que l'État ne va pas non plus gagner avec une crise.
04:02Vous voyez, quand on a une crise, surtout qui vient de l'extérieur, ce qu'il faut vraiment avoir en
04:05tête, c'est que c'est une ponction qui vient de l'extérieur.
04:08Et donc, cette ponction, elle est importante, puisque c'est du prix du pétrole, c'est des gaz, c'est
04:13des engrais.
04:14Et il faut se dire, mais qui va payer cette ponction ?
04:16Est-ce que ce sont les ménages ? Est-ce que ce sont les entreprises par les marges ?
04:20Et le ménage par les pouvoirs d'achat ? Ou l'État par les finances publiques ?
04:25Pour l'instant, ce sont les ménages, en l'occurrence, et les entreprises.
04:27Et traditionnellement, tout de même, depuis les chocs pétroliers de 74-79, on a désindexé les salaires sur les prix.
04:34Et donc, on dit, c'est aux ménages à finalement payer ce type de choc.
04:40Aujourd'hui, est-ce que les ménages sont capables d'absorber ce choc ?
04:44On a envie de dire non, parce qu'ils subissent déjà, ils n'ont pas encore récupéré le pouvoir d
04:49'achat de la crise de 2022.
04:51Il faut rappeler, les salaires, aujourd'hui, ont perdu 2% de pouvoir d'achat par rapport à 2022.
04:55C'est-à-dire qu'il y a eu une crise en 2022, on n'avait toujours pas à rattraper,
04:58on était sur le point de rattraper.
05:00Donc, certains ménages disent, les salariés, je n'ai pas les moyens.
05:03Mais d'un autre côté, l'épargne des ménages a fortement augmenté.
05:07Donc, le gouvernement peut se dire qu'il y a des ménages qui ont les moyens, finalement, d'absorber ce
05:11choc par la surépargne,
05:13qui est assez considérable depuis 2022.
05:15Et donc, c'est pour ça qu'il va falloir faire des mesures extrêmement ciblées pour ceux qui n'ont
05:18pas les moyens,
05:19mais pas de mesures comme on a pu faire en 2022, des mesures générales.
05:23Et comme ce qu'on voit notamment, Éric Ayer, dans d'autres pays européens,
05:26vous avez notamment le chancelier allemand qui a annoncé des baisses de taxes
05:29qui correspondent à une baisse de 17 centimes sur le litre d'essence et de diesel.
05:34Ça, il faut le dire aux Français, on n'a pas les moyens, on n'a plus les moyens.
05:38Alors, ce n'est pas qu'une question de moyens, c'est une question d'efficacité.
05:41Est-ce que c'est efficace de faire des mesures généralisées ?
05:43Non, ce n'est pas efficace.
05:45Alors, surtout quand on est Français, pourquoi ?
05:46Parce que, vous voyez, en gros, globalement, soutenir le pouvoir d'achat,
05:49ça ne doit pas être dans la dette publique.
05:51La dette publique ne sert pas à soutenir le pouvoir d'achat.
05:53Donc, ça veut dire que si vous faites ces mesures transitoires parce qu'il y a un choc,
05:58il va falloir dire qu'il faut rembourser.
05:59Or, nous, en France, lorsqu'on fait ces mesures, puisqu'elles sont invisibles,
06:03personne ne veut rembourser deux, trois ans plus tard.
06:06C'est ce que l'on voit aujourd'hui à l'Assemblée nationale, au moment où on vote des budgets.
06:09Personne ne veut payer des aides invisibles.
06:12Et donc, il faut dire, on en a fait peut-être beaucoup trop en 2022, 2023, 2024.
06:16Ça a porté ses fruits dans le sens où l'inflation a été beaucoup plus faible en France que partout
06:21ailleurs.
06:21Il y a à peu près dix points d'écart d'inflation cumulée avec les grands pays.
06:25Et donc, il faut dire, là, maintenant, c'est fait, on arrête de faire, on ne fait que des mesures
06:28ciblées.
06:29En prenant le risque de relancer un effet gilet jaune, de réunir les ingrédients pour une crise sociale.
06:36Oui, mais c'est là où il faut vraiment avoir en tête que le pouvoir d'achat se négocie dans
06:41les entreprises.
06:42C'est-à-dire que, globalement, c'est les salariés qui doivent négocier avec leurs employeurs
06:45des hausses de salariés.
06:47Donc, c'est la responsabilité aussi des entreprises de se dire,
06:50je n'attends pas du gouvernement des aides, soit par des primes d'activité, soit par des boucliers,
06:56soit par des aides pour donner du pouvoir d'achat à mes salariés.
06:59On va revenir sur ce qui se passe à la pompe.
07:02Les automobilistes sont très inquiets.
07:05Il y a des stations-service à sec, 5% de stations-service à sec.
07:08Il y a des files d'attente interminables devant ceux qui vendent le moins cher.
07:12Est-ce que vous le constatez, Dominique Schellcher, dans votre propre station coopérative vue ?
07:17Est-ce que vous avez des difficultés d'approvisionnement ?
07:19Comment ça se passe en ce moment ?
07:20Aucune difficulté d'approvisionnement chez coopérative vue dans nos prêts de 1000 stations.
07:24En fait, il faut distinguer les ruptures ponctuelles de la pénurie potentielle.
07:28Il n'y a pas de pénurie de carburant aujourd'hui.
07:30Il n'y a pas de problème à la commande.
07:33Par contre, ponctuellement, quand il y a un afflux de clients à une station particulièrement,
07:38ça peut un week-end vider dans l'attente du camion.
07:41Ce sont des ruptures ponctuelles.
07:43Donc, différence entre rupture et...
07:44Par contre, voilà, M. Pouyannet de Total Energy a pris la parole hier
07:50pour dire qu'il y avait un risque...
07:52De kérosène.
07:53Absolument, sur le kérosène.
07:54Et le diesel, parce que ce sont deux matières qu'on importe.
07:59On ne le produit pas, le diesel notamment.
08:01Et il situe ça à horizon du mois de mai.
08:04Donc, voilà, il est très bien placé pour parler de ça.
08:07Donc, je pense qu'il faut l'écouter.
08:09Dominique Schellcher, encore sur les prix,
08:10puisque c'est vraiment la question qui obsède à juste titre les Français,
08:13qui ont parfois l'impression que, comme on dit,
08:16les augmentations, elles prennent l'ascenseur
08:17et que les baisses, elles prennent l'escalier.
08:19Que ça va toujours très vite pour augmenter
08:21et que ça met énormément de temps à descendre.
08:23Que répond le distributeur à cette impression
08:26qu'ont les Français et les automobilistes ?
08:27Le commerçant que je suis reprend l'engagement
08:31de répercuter les baisses aussi vite que les hausses.
08:35Mais c'est toujours la même chose.
08:36Il faut que nos cuves se vident
08:37et le changement se fait au nouveau camion.
08:41C'est aussi simple que ça, dans un sens ou dans l'autre.
08:45Éric Ayer, les marchés semblaient plutôt optimistes hier
08:48sur la suite du conflit,
08:49alors que le détroit d'Ormouz est toujours fermé.
08:52Est-ce qu'on peut, selon vous, anticiper une baisse
08:55des cours du pétrole à court terme ?
08:58Et est-ce que si tout se passait bien,
08:59les carburants retrouveraient précisément
09:01leur prix du mois de février ?
09:03Alors, non à votre deuxième partie de la question.
09:07C'est-à-dire que globalement,
09:08il faut vraiment être prudent et modeste.
09:11Aujourd'hui, on ne fait plus de prévision,
09:12on fait des scénarios.
09:13C'est-à-dire que globalement, dans tous les scénarios,
09:16que ce soit ceux de l'OFCE, mais du FMI
09:18ou de la Banque de France,
09:20globalement, le prix du baril ne reviendra pas
09:22au prix d'avant-crise avant 2027.
09:25D'accord ?
09:26D'accord.
09:26Donc les prix à la pompe ne reviendront pas
09:28au prix avant-crise ?
09:28Les prix à la pompe ne reviendront pas non plus.
09:29Donc ça, c'est une quasi-certitude
09:31parce qu'il y a effectivement des infrastructures
09:34qui ont été touchées.
09:35Et lorsque vous fermez des infrastructures,
09:38il y a toujours un coût à la réouverture.
09:40Donc, allez, il faut bien se dire...
09:41Donc cette crise, elle va durer ?
09:42Donc cette crise va durer,
09:44mais ça ne veut pas dire qu'on va rester
09:45à 100 dollars le baril pendant toute l'année.
09:47Donc aujourd'hui, ce qui est dans le scénario
09:50le plus probable,
09:51mais alors vraiment, je mets ça avec beaucoup de guillemets
09:52parce qu'il faut être prudent,
09:53c'est que ça reste à 100 dollars
09:55jusqu'à la fin du semestre,
09:58du premier semestre,
09:59et qu'ensuite, il y a une décrue très progressive
10:01pour arriver à 75 dollars le baril
10:05en 2027,
10:06sachant que normalement, le baril,
10:08s'il n'y avait pas eu la crise,
10:09aurait dû être à 60.
10:10Donc vous voyez qu'on va garder quand même 15 dollars d'écart,
10:13et ça, c'est au mieux.
10:14Mais on est en train de réfléchir à des scénarios
10:16où on resterait plutôt aux alentours de 85, 90.
10:19Quand l'Agence internationale de l'énergie
10:22parlait hier du choc d'offres pétrolières
10:24le plus grave de l'histoire,
10:25avec une perte de 10 millions de barils
10:27le mois dernier,
10:29est-ce qu'à terme,
10:30on a parlé du kérosène des avions,
10:32est-ce qu'il faut s'attendre à des pénuries ?
10:34Alors pour l'instant,
10:35le monde est un peu divisé en deux.
10:36C'est-à-dire qu'effectivement,
10:37c'est un choc d'approvisionnement et de pénuries
10:39dans la partie asiatique du monde.
10:42Et donc, quand on est l'AIEU,
10:43on regarde le monde.
10:45Et donc, il y a effectivement
10:46des problèmes d'approvisionnement en Asie.
10:47Chez nous, en Europe,
10:48c'est qu'un problème de prix pour l'instant.
10:50Ça peut devenir un problème d'approvisionnement,
10:52mais ce n'est pas la même chose
10:53d'un problème de prix et d'approvisionnement.
10:54Et donc, on peut espérer
10:55qu'il n'y ait jamais de problème d'approvisionnement en Europe.
10:58Dominique Schellcher,
10:58l'intérêt d'avoir
10:59et de discuter avec un distributeur,
11:02c'est au fond de vous utiliser
11:04comme une sorte de baromètre
11:05de l'état d'esprit des Français,
11:06ce que vous pouvez constater dans vos magasins.
11:09L'œil sur leur consommation.
11:11Est-ce que le pouvoir d'achat
11:13qui est entamé par l'augmentation des prix du carburant
11:17commence à se faire sentir
11:18dans le caddie des consommateurs ?
11:20Qu'est-ce que vous voyez
11:22de l'état d'esprit des Français
11:23et de leur façon de consommer ?
11:25Dans le caddie des consommateurs,
11:27on n'a pas noté de changement significatif pour l'instant.
11:30D'autant plus qu'on sort de Pâques,
11:32qui est une période un peu festive
11:33où les gens se sont quand même faits un peu plaisir.
11:34Donc, il n'y a pas de déconsommation.
11:36Il n'y a pas de déconsommation à date.
11:37Si elle devait venir, ça pourrait être à partir de maintenant.
11:40Par contre, il y a des changements de comportement
11:42sur l'utilisation de la voiture, clair et net.
11:44On essaie d'optimiser ces circuits de voiture.
11:47On fait du covoiturage.
11:49Et on nous parle déjà des vacances.
11:51Un certain nombre de gens remettent en cause
11:53leur projet de vacances
11:54quand ils étaient en voiture,
11:56en camping-car et lointain.
11:57On dit non, on ira moins loin.
11:59Ou on partira peut-être même pas.
12:01À quoi est-ce que vous le constatez, ça ?
12:02C'est dans le dialogue avec les gens.
12:05Pour l'instant, je dirais,
12:07l'impact tourne beaucoup autour de la voiture,
12:09du carburant, des circulations,
12:11mais pas encore dans le caddie.
12:14Alors, justement, vendredi dernier,
12:15Sébastien Lecornu a annoncé un plan
12:17d'électrification pour la France.
12:19C'est une vision à long terme
12:20pour nous sortir de notre dépendance
12:22aux énergies fossiles qui viennent de l'étranger.
12:24Sauf que ça ne remplit pas
12:26les réservoirs des automobilistes les plus modestes.
12:29que tout le monde ne va pas pouvoir s'acheter
12:31un véhicule électrique dans les prochaines semaines.
12:34Du coup, est-ce que ce n'est pas un peu décalé
12:37vu l'urgence de la situation ?
12:41Je pense que dans toute crise,
12:43il faut aussi en profiter
12:44pour se projeter dans l'avenir.
12:46Et il y a toujours des changements en profondeur
12:48qui s'opèrent.
12:49Et dans les discussions,
12:51c'est vrai que les gens disent aussi
12:52« il faudrait peut-être quand même
12:54que je pense à prendre une voiture électrique. »
12:55Donc ça émerge quand même.
12:57Donc à court terme, oui,
12:58ça peut apparaître comme un peu
13:01de l'opportunisme.
13:03Mais voilà, il y a des changements en profondeur
13:05et on l'a bien vécu pendant la crise ukrainienne.
13:07Éric Ayer, sur ce plan d'électrification ?
13:10Mais bien sûr que c'est la solution tout de même.
13:12On aurait dû le commencer en 2022.
13:14On voit bien que des chocs à répétition
13:16sur le pétrole
13:17ou des conflits qui fassent augmenter
13:20les prix d'énergie,
13:20ça va être à répétition.
13:21Donc il faut bien qu'on sorte de cette dépendance.
13:23Donc il y a bien le chemin de moyen long terme
13:25qu'il va falloir maintenant...
13:28Alors bien sûr qu'il y a le court terme.
13:30Et ce court terme-là, aujourd'hui,
13:31on a tout même la chance
13:33qu'il arrive à un moment
13:34où l'inflation était relativement mesurée.
13:36Donc vous voyez, on n'est pas en 2022.
13:382022, il faut rappeler,
13:39lorsque le choc énergétique est arrivé,
13:41on était déjà dans une inflation
13:43qui était galopante.
13:44Et donc ça a été un choc sur un choc.
13:46Là, on était sur une inflation basse.
13:48Donc ce choc, il est pour l'instant gérable.
13:50Mais attention, si on ne veut pas
13:52que ce soit des chocs qui soient durables,
13:54il va falloir aller vers cette indépendance.
13:56Et ça, c'est à la fois pour le pouvoir d'achat,
13:58mais aussi pour la transition écologique.
13:59C'est indispensable
14:00qu'on fasse ce genre de planification.
14:02Alors, on a une question au standard.
14:05Pour vous, messieurs, c'est Faudel
14:06qui nous appelle.
14:07Bonjour, bienvenue Faudel.
14:08Bonjour.
14:10Bonjour à toutes et tous.
14:11Bonjour à la rédaction de France Inter.
14:12Bonjour, M. Schulcher.
14:14Ma question, c'est que pourquoi
14:16les prix du carburant ne baissent pas
14:18aussi vite que leur montée ?
14:20C'est-à-dire, quand ça monte,
14:21les anciens stocks que vous avez achetés
14:23avant la crise, ils étaient là,
14:26et vous augmentez rapidement.
14:28Et quand les prix baissent,
14:29vous nous dites, écoutez, non,
14:31on ne peut pas baisser les prix
14:33parce que nous avons acheté
14:34pendant la crise et c'était hyper cher.
14:36Et on a remarqué,
14:37c'est uniquement, pas uniquement ça,
14:39mais au niveau de vos magasins U,
14:41on a remarqué quand même
14:42certaines hausses de prix
14:43sur certains produits,
14:44comme les conserves,
14:46les pâtes et tout ça, etc.,
14:47de quelques centimes.
14:48Et ça, on le constate tous les jours.
14:51Donc, le consommateur, en gros,
14:53il est devenu une mesure d'ajustement,
14:56autant pour la grande distribution
14:57que pour l'État qui se gouache
14:58avec une taxe irraisonnable.
15:01Voilà.
15:01Merci.
15:02Merci, M. Faudel, pour votre question.
15:04Sur le carburant, Faudel,
15:06je vous assure qu'on répercute
15:08à la hausse ou à la baisse
15:09à la même vitesse.
15:10Mais ce qu'il faut comprendre,
15:11c'est que quand la crise a démarré,
15:13la hausse a été brutale et importante.
15:16Donc, le choc de hausse a été important.
15:19Par contre, la baisse,
15:20elle est progressive.
15:21Ça vient d'être dit.
15:22Et le baril va rester long,
15:23assez haut.
15:24Et donc, nous,
15:25on suit les cours à Rotterdam,
15:28encore une fois.
15:28Et sur les prix en magasin,
15:30je vous assure qu'il n'y a aucun impact
15:32à date d'aujourd'hui
15:33de cette crise de l'Iran.
15:34Alors, sauf qu'il va peut-être y en avoir
15:36puisque, manifestement,
15:38vous allez peut-être devoir rouvrir
15:39les négociations commerciales
15:40avec vos fournisseurs de l'agroalimentaire.
15:42C'est le ministre des PME et du Commerce,
15:44Serge Papin,
15:45qui est votre prédécesseur
15:47chez Coopérative U,
15:47qui l'a dit hier.
15:48Donc, ça veut dire que,
15:49nécessairement,
15:50les prix vont augmenter.
15:51Ou alors, vous allez renier vos marges.
15:52Il a été très prudent.
15:54Il a été très prudent en disant
15:55qu'il faudra peut-être le faire.
15:57Donc, moi, ce matin,
15:57je relativise.
15:58Et je vous assure
15:59qu'on n'est pas du tout
16:00dans la même situation
16:01qu'il y a quatre ans
16:02au moment de la guerre en Ukraine,
16:04où on avait en face de nous
16:05des dizaines,
16:06voire des centaines d'industriels
16:07qui voulaient réouvrir.
16:08Là, ça n'est pas du tout le cas.
16:10Il est trop alarmiste, le ministre ?
16:11Je pense qu'il lance une alerte à terme,
16:14mais ça n'est pas le cas aujourd'hui.
16:16Ça n'est pas le cas aujourd'hui.
16:17Mais malgré tout,
16:18qu'il y ait une renégociation
16:20ou pas avec les industriels,
16:21est-ce que vous anticipez,
16:23dans l'effet qu'aura
16:23sur l'économie mondiale,
16:25ce choc énergétique,
16:27des augmentations plus importantes
16:28qu'elles n'auraient dû advenir
16:31s'il n'y avait pas eu
16:32cette guerre en Iran ?
16:33C'est si la crise dure,
16:35si l'impact dure,
16:36parce qu'il n'y a pas
16:37que l'impact du pétrole.
16:38Il y a à terme
16:39l'impact des engrais.
16:40Il y a des questions
16:41sur le plastique.
16:43Beaucoup des billes de plastique
16:44qui permettent de fabriquer
16:45nos emballages
16:46viennent de cette région.
16:47Si le conflit dure,
16:48si les chaînes d'approvisionnement
16:49ne se rétablissent pas rapidement,
16:52ça peut être compliqué.
16:53Par contre,
16:53la grande différence avec 2022,
16:55on n'a pas le sujet
16:56de l'électricité
16:57et on a moins le sujet du gaz.
16:58Et ça, ça change
16:59dans les entreprises,
17:00quand même beaucoup la donne.
17:02Éric Ayer,
17:03quand Friedrich Merz,
17:04le chancelier allemand,
17:05dit avant-hier
17:06que son pays va ressentir
17:07encore longtemps
17:08les conséquences de la guerre,
17:09nous nous préparons
17:10à une charge considérable
17:12pour l'économie allemande
17:13et donc pour les ménages
17:14et les particuliers,
17:15pourquoi ce diagnostic
17:17ne serait pas aussi valable
17:18pour la France ?
17:20Pourquoi est-ce qu'il est plus inquiet
17:21que nous, Friedrich Merz ?
17:22Alors, il est plus inquiet.
17:23Je pense qu'il y a
17:24des hommes politiques en France
17:26qui sont très inquiets aussi.
17:28Alors, ils le disent peut-être
17:29un tout petit peu moins
17:30parce qu'ils ont peut-être
17:31moins de marge manœuvre,
17:31mais peut-être aussi
17:32parce que la situation
17:33n'est pas la même.
17:34Vous voyez,
17:35en Allemagne,
17:36ils sont en quasi-récession
17:37depuis maintenant six ans.
17:39Alors qu'en France,
17:40il y a peu de croissance,
17:41mais il y en a tout de même.
17:43les prix ont beaucoup plus augmenté.
17:45Aujourd'hui, il y a un écart
17:46de niveau de prix
17:46entre la France et l'Allemagne
17:49d'à peu près dix points
17:50avec des salaires réels
17:51qui ont plus perdu en Allemagne
17:53que chez nous.
17:54C'est-à-dire que le pouvoir d'achat
17:55des Allemands
17:56a plus baissé qu'en France.
17:59Avec une économie plus exposée
18:00aux exportations.
18:02et aussi une économie plus industrielle
18:04et donc plus exposée aussi
18:05au prix d'énergie.
18:06Donc, effectivement,
18:08c'est un peu ce qu'on indique
18:09dans nos simulations.
18:11C'est que globalement,
18:12voyez-nous, l'inflation
18:13devrait au maximum
18:15remonter aux alentours
18:16de 3,2% cette année
18:19en 2026
18:20si on est dans le pire des scénarios.
18:21En Allemagne,
18:22c'est plutôt aux alentours
18:23de 5,5%.
18:23Donc, le choc n'est pas le même
18:25en Allemagne qu'en France.
18:26Et donc, c'est normal
18:27qu'ils soient un peu plus inquiets.
18:28Mais cette note, Éric Ayer,
18:29de conjoncture que vous publiez,
18:31vous dites quand même
18:32que vous anticipez
18:33un important repli
18:33du pouvoir d'achat
18:34avec un indice
18:35qui pourrait reculer de 0,7%.
18:37Je vous cite,
18:37ce serait le plus mauvais chiffre
18:38depuis 2013.
18:40Ça veut dire que ça,
18:41ça a quand même un impact direct
18:42sur le pouvoir d'achat,
18:44sur la consommation des Français.
18:45Oui, c'est vrai.
18:45Alors, ce n'est pas uniquement
18:46dû à ce choc énergétique.
18:48C'est-à-dire que
18:48s'il n'y avait pas eu
18:48ce choc énergétique,
18:49il y aurait tout même eu
18:50une baisse de pouvoir d'achat.
18:51Ce qu'il faut,
18:51et c'est ça qui va un peu amplifier,
18:53c'est-à-dire que le retournement
18:54du marché du travail,
18:55le fait que le chômage augmente,
18:56c'était avant la crise.
18:57Et donc, effectivement,
18:59on anticipait une baisse
19:00du pouvoir d'achat
19:01aussi parce que,
19:02globalement,
19:02le revenu du capital
19:03va moins progresser.
19:05Mais globalement,
19:06oui, les salariés
19:07auraient perdu
19:07le pouvoir d'achat
19:08quoi qu'il arrive
19:09parce que le chômage
19:10est en train de revenir.
19:11Et est-ce qu'à moyen terme,
19:12on peut penser aussi
19:14à des répercussions
19:15sur l'emploi
19:16avec des entreprises
19:17en difficulté
19:18qui peuvent être amenées
19:19à licencier ?
19:20C'est évident.
19:21Encore une fois,
19:21c'est un choc récessif.
19:23Je ne dis pas
19:23qu'il y aura une récession,
19:24mais ça va amputer
19:25la croissance économique.
19:26Donc, avant cette crise,
19:28on anticipait
19:29des destructions d'emplois
19:30et une hausse du chômage.
19:31Donc, bien entendu,
19:32ça va faire un accélérateur.
19:34Dominique Schellcher,
19:35comme distributeur,
19:36vous êtes aussi en lien
19:37avec le milieu agricole
19:39et les agriculteurs
19:40sont particulièrement inquiets
19:41de ce qui se passe
19:42et des conséquences
19:43de la crise
19:43sur leur activité.
19:44Il y a notamment
19:44une envolée des cours
19:46des engrais.
19:47Ces engrais qui passent
19:49en bonne partie
19:49par le détroit d'Hormuz.
19:51Est-ce que, là aussi,
19:52vous comprenez
19:53leur inquiétude ?
19:54Est-ce qu'on est à la veille
19:55d'une nouvelle crise agricole
19:57pour une profession
19:57qui a déjà été durement touchée
19:59ces derniers mois ?
20:00La profession est extrêmement
20:01fragilisée
20:02et donc, c'est un coup dur
20:03de plus.
20:04La chance qu'on a en France,
20:05c'est que beaucoup
20:06d'agriculteurs
20:08anticipent leur achat
20:09d'engrais
20:10et parfois sont même
20:10couverts sur deux ans.
20:11Et donc, font des stocks.
20:13Et donc, pour l'instant,
20:14on n'a pas d'alerte majeure.
20:16Il peut y en avoir
20:17à gauche, à droite.
20:18Donc, je pense que,
20:19encore une fois,
20:19c'est si le conflit dure
20:21que ça va peser davantage
20:22et peut-être davantage
20:23vers 2027
20:25et pour les fameuses
20:26négociations commerciales
20:27de 2027,
20:28celles-là, c'est sûr,
20:29seront impactées.
20:29Éric Ayer, pour terminer,
20:31vous avez planché
20:32sur les effets de la crise
20:33à plus ou moins long terme
20:34avec plusieurs scénarios.
20:35Un scénario de crise passagère,
20:37un scénario de récession
20:38plus grave.
20:40On a envie de vous demander
20:41lequel est le plus probable,
20:42même si vous n'avez pas
20:43de boule de cristal,
20:44et de savoir
20:45si potentiellement,
20:46il peut y avoir
20:47une campagne présidentielle
20:48dans une France
20:50en pleine crise économique.
20:52Alors, effectivement,
20:53dans le scénario d'escalade,
20:54on tomberait quasiment
20:56en récession en 2027.
20:58Donc, on serait
20:58dans le scénario,
20:59effectivement,
21:00de récession en France
21:01au moment de l'élection
21:02présidentielle.
21:03Alors, ce scénario escalade,
21:05on a un peu amplifié
21:06pour donner un peu
21:07des cas polaires,
21:08pour dire,
21:08allez, pour nous,
21:09c'est le pire des scénarios
21:11parce que c'est un prix
21:12du baril qui reste
21:13au-dessus de 100 dollars
21:14tout le long de 2027,
21:15mais le prix du gaz
21:16également.
21:16Donc, il y a un peu
21:17un emballement.
21:18On peut espérer
21:19que ça ne sera pas le cas,
21:21mais vous voyez,
21:21dans le pire des cas,
21:22on frôlerait la récession,
21:24effectivement.
21:25Et c'est une situation
21:25qui va imprimer
21:26la campagne présidentielle.
21:28C'est une situation
21:29qui imprimera.
21:29Alors, il est possible
21:30que si on est dans ce scénario-là,
21:32ce scénario ne se réalise pas
21:33complètement
21:34parce qu'il y aura peut-être
21:35des actions du gouvernement
21:36qui ne laissera pas,
21:37finalement,
21:37le pouvoir d'achat
21:39se détruire aussi fortement.
21:41Donc, ça sera plutôt
21:42des finances publiques
21:43déséquilibrées
21:43et on renoncerait alors
21:45à nos engagements.
21:46Mais ça veut dire
21:47que les Européens,
21:48si on est dans ce scénario-là,
21:49c'est tous les Européens
21:51dans ce clémane-là
21:51et peut-être qu'il y aurait
21:52un plan budgétaire en Europe.
21:54Un tout dernier mot,
21:55Éric Kerr,
21:55puisque au moment où Faudel
21:56posait sa question,
21:57je vous voyais réagir
21:57quand il disait
21:58l'État se goinfre
21:59ou au fond,
22:00l'État profite de la situation.
22:02Là-dessus,
22:02le regard de l'économiste
22:03et on avait tout à l'heure
22:04cette discussion avec Laurent Wauquiez
22:05qui disait ici,
22:05il faut faire la transparence
22:07sur ce dont bénéficie l'État
22:09avec la hausse des prix du carburant.
22:10Oui, non,
22:10mais qu'on fasse la transparence,
22:11c'est bien,
22:12mais globalement,
22:13on ne peut pas imaginer
22:15qu'en période de crise,
22:16l'État est gagnant.
22:17Donc, ça n'existe pas, cela.
22:19Donc, effectivement,
22:20il y a peut-être
22:20un peu plus de recettes
22:21de TVA d'un côté,
22:22mais il y a un peu moins
22:23de consommation de l'autre.
22:24Donc, ça se compense
22:25et même, vous voyez,
22:26il y a dans nos scénarios
22:29systématiquement
22:30des pertes
22:31qui seraient liées
22:31à ce choc.
22:32Donc, non,
22:33arrêtons avec cette idée
22:33que l'État
22:34pourrait se goinfrer
22:35au moment d'une crise.
22:36Merci, Éric Hayer.
22:37Merci, Dominique Schellcher
22:38d'avoir été au micro d'Inter
22:39ce matin.
Commentaires