00:038h43 sur BFM Business RM, c'est live, nous sommes toujours en direct de la REF dans les allées de
00:08Roland-Garros pour une matinale spéciale Good Morning Business délocalisée, entièrement consacrée à la rencontre des entrepreneurs de France avec
00:15un débat très attendu aujourd'hui, les 7 candidats déclarés à l'élection présidentielle qui seront face au patron.
00:21Et bien c'est Sébastien Martin qui est désormais notre invité, ministre délégué à l'industrie, bonjour et merci d
00:26'être avec nous. Produire ou périr, c'était l'objet de la table ronde à laquelle vous avez participé hier
00:31à la REF. Quelques chiffres, la France a perdu 2,3 millions d'emplois industriels en 50 ans et sa
00:36part d'industrie dans le PIB a été quasiment divisée par deux depuis les années 70.
00:40Alors la courbe tend à s'inverser. Vous avez fait un projet de loi de simplification économique qui a été
00:46promulgué le 26 mai dernier. Est-ce que ça, ça va vraiment permettre d'accélérer dans la réindustrialisation de la
00:52France ?
00:52Je crois que vous l'avez dit sur 50 ans. On n'inverse pas 50 ans de désindustrialisation en quelques
00:57années. Mais quand même, vous dites la courbe tend à s'inverser. Elle s'est inversée.
01:01Entre 2018 et jusqu'à 2025, on a recréé 180 000 emplois dans ce pays. Et d'ailleurs, contrairement à
01:08toute attente, je ne sais pas si vous avez vu, mais hier soir, Trendéo a sorti son baromètre et indique
01:13que sur les 6 premiers mois de l'année, on a recréé 5 500 emplois industriels sur ce pays.
01:20Alors, de l'emploi industriel, effectivement, mais un solde négatif d'usine.
01:24Alors, sur la question de couverture et fermeture d'usines, on a un petit débat avec Trendéo parce que je
01:30pense qu'il faut aussi prendre en considération, alors d'abord, sur le total, depuis 2017, c'est plus de
01:35300 usines.
01:36Le solde, c'est 300 usines qui ont ouvert. Et puis, avec Trendéo, on a une petite divergence avec Bercy,
01:41c'est que nous aussi, on compte les extensions d'usines.
01:43Et je pense que c'est très important. Je vous donne un exemple. Chez moi, à Chalon-sur-Saône, quand
01:47j'ai une usine Framatome qui double de taille, ça vaut bien une ouverture de site, très honnêtement, en recrutant
01:53500 ou 600 personnes.
01:54Donc, pour le moment, disons les choses celles qu'elles sont. On vit un moment qui n'est pas simple.
01:58L'Europe, d'une manière générale, vit un moment qui n'est pas simple. Mais la France tient.
02:02Alors, hier, vous vous êtes prononcé contre les grandes lois de simplification. Pourtant, dans ce domaine-là, est-ce qu
02:07'il ne faut pas accélérer aussi et arrêter les normes ?
02:09C'est un peu l'objet aussi de la simplification de la vie économique ?
02:13Il y a un vrai débat qui devra être tranché entre, finalement, dire, est-ce qu'on simplifie ou est
02:18-ce qu'à un moment, on arrête carrément une norme ou on dérégule ?
02:23C'est un petit peu différent, dérégulé, que simplement simplifié. Je vous parle parce que, d'expérience, vous avez vu
02:30le projet de loi de simplification.
02:31Il est rentré à l'Assemblée nationale avec une vingtaine d'articles. Il en sort avec plus d'une centaine
02:35d'articles.
02:35Donc, au final, ça veut dire qu'on crée plus de normes dans un texte de simplification.
02:39Donc, moi, je veux simplifier, mais il faut peut-être qu'on trouve la bonne méthode pour simplifier.
02:43Et visiblement, la loi n'est pas forcément toujours la bonne méthode.
02:45Il y a quand même un problème qui demeure en France. C'est pourquoi produire en France reste souvent plus
02:51cher qu'ailleurs ?
02:52Parce qu'on a un modèle social qui coûte très cher.
02:55Et qu'un des enjeux de la présidentielle de 2027 va être de savoir qu'est-ce qu'on veut
03:01pour notre pays
03:02pour assurer un modèle social auquel nous tenons et, en même temps, rendre plus de compétitivité à nos entreprises.
03:09Donc, vous vous dites quoi ? Il faut faire de la TVA sociale ? Il faut baisser les charges sociales
03:12?
03:12Non, moi, je pense que ce défi démocratique, il ne faut peut-être pas le prendre comme une difficulté, mais
03:17comme une opportunité.
03:18Tous les autres pays qui ont construit des fonds de pension, ils les ont construits sur une opportunité.
03:23Les pays nordiques qui ont construit des fonds de pension sur leurs réserves pétrolières, par exemple, sur une opportunité.
03:28Le défi démographique, avoir une population âgée, on va dire, importante, ça veut dire une capacité haute d'épargne très
03:34importante.
03:35Et j'entends le Rassemblement National qui dit que je vais faire un fonds souverain volontaire.
03:41Très intéressant, il faut s'ouvrir un volontaire.
03:43Mais enfin, vous allez à BPI France, vous en avez plein des fonds d'investissement volontaires.
03:47Sauf que ça récolte 150-200 millions d'euros.
03:49Mais c'est 150-200 milliards d'euros dont on a besoin.
03:52Et donc, si on ne fait pas un système par capitalisation de nos retraites important,
03:57qui peut récolter des milliards et des milliards d'euros,
03:59eh bien, alors, dans ce cas-là, moi, je pense que ce système-là,
04:02il peut ensuite aller alimenter notre économie tout en faisant vivre nos retraités.
04:06Sur le coût du travail, sur les impôts de production, sur les normes,
04:10jusqu'où vous êtes prêts à aller dans le prochain budget ?
04:12D'abord, il faut peut-être rappeler quand même ce qui a été fait.
04:14Parce que le taux d'IS était à plus de 33%, il a été ramené à 25%.
04:18La CVAE a été divisée par deux.
04:20Grosso modo, c'est quand même 20 milliards.
04:22On nous avait dit qu'elle allait disparaître.
04:23On avait dit qu'elle irait jusqu'au bout.
04:24Oui, c'est vrai.
04:26Enfin, personne ne pensait quand même qu'on aurait le comide en 2020,
04:29qu'on aurait la crise énergétique en 2022,
04:31et qu'on avait la crise en Iran en 2025.
04:32Qu'elle ne va pas disparaître non plus dans le prochain budget.
04:34Et très honnêtement, vu la situation financière telle qu'elle est,
04:37moi, je veux bien qu'on raconte tout ce qu'on veut,
04:39mais la vérité m'oblige à dire qu'on ne va pas baisser les impôts.
04:42L'objectif, c'est de ne pas les augmenter,
04:44et pas augmenter ce qui pèse sur les entreprises aujourd'hui.
04:47Donc...
04:48Pas augmenter les impôts, mais les reconduire éventuellement,
04:50par exemple, cette surtaxe d'IS ?
04:51Roland Lescure a dit qu'on allait tout faire pour essayer de la baisser,
04:54mais que le débat, aujourd'hui, il va s'ouvrir avec les parlementaires,
04:58il va s'ouvrir encore au sein du gouvernement,
04:59mais ce n'est pas simple.
05:01Est-ce qu'avec la dette qu'on a, une dette abyssale,
05:03plus de 3500 milliards d'euros de dette,
05:05on a encore les moyens de mener une politique industrielle ambitieuse ?
05:10On a surtout l'urgence de la réduire, cette dette.
05:12Parce que sinon, effectivement, la charge de la dette,
05:14elle va prendre sur tout ce que nous avons besoin de faire.
05:19Heureusement, nous avons encore une capacité à investir
05:21pour l'enseignement supérieur et la recherche.
05:23Heureusement, avec France 2030, nous avons encore des budgets
05:25qui permettent d'accompagner le développement industriel de nos territoires.
05:29Heureusement, nous pouvons aussi coter sur les collectivités locales
05:32qui accompagnent le développement économique.
05:33J'ai été pendant des années élu local, président des intercommunalités,
05:36et je vois le travail qui est fait sur les territoires
05:38pour accompagner nos industries.
05:40Il y a des aides publiques qui sont très importantes pour les entreprises.
05:44Plus de 200 milliards, dit un rapport du Sénat, qui est contesté.
05:47On le signale quand même.
05:49Est-ce que ces aides publiques, elles doivent être peut-être mieux ciblées ?
05:53Moi, je trouve ce débat parfois, excusez-moi, un petit peu lunaire.
05:59Lunaire parce que, bien évidemment, d'abord, un, on dit qu'il n'y aurait pas de contrepartie.
06:03C'est faux.
06:04Je veux dire, quand on touche une aide France 2030,
06:08elle est en face d'un investissement.
06:09Et si cet investissement n'est pas fait, il n'y a pas d'aide.
06:12Donc, il faut arrêter avec cette idée qu'il n'y aurait pas de contrepartie
06:16et qu'on ferait des chèques comme ça.
06:17Ce n'est pas vrai.
06:18Ensuite, quand vous mettez les allégements de cotisations sociales
06:21dans les aides aux entreprises,
06:23alors que tout le monde sait que tout ça est l'héritage successif
06:26d'un certain nombre de réformes,
06:28je veux dire, ça n'a pas de sens.
06:29Et par ailleurs, je n'ai pas l'impression que les Chinois
06:32ou les Américains aient les mêmes styles de débat
06:35que nous sur ces questions-là.
06:37À un moment où nous devons nous affirmer
06:38à l'échelon européen et français aussi
06:41dans un combat et dans une guerre économique,
06:44il faut avoir les moyens de les mener.
06:45Mais c'est vrai que ces aides, elles ne sont pas conditionnées à l'embauche.
06:47On a un taux de chômage qui est en train de remonter
06:49autour de 8%.
06:50Ce n'est pas vrai.
06:52Quand aujourd'hui, sur certains projets,
06:55nous avons des conditions d'emploi
06:59qui sont mentionnées.
07:00quand vous bénéficiez parfois de reprises d'une entreprise,
07:04quand il y a des investissements étrangers français dans des entreprises,
07:07il y a des conditions qui sont portées par l'État.
07:10Il y a un très fort enjeu de souveraineté.
07:11On le sait, ce sera aussi un des enjeux de la prochaine présidentielle.
07:14Quels sont les secteurs qu'il faut, selon vous, à tout prix protéger ?
07:18On a, je pense, en France, une force très, très importante
07:23avec toute notre filière énergétique.
07:25D'ailleurs, je pense que si on a mieux passé la crise énergétique de 2022,
07:29c'est sans doute parce que cette filière de l'électrification,
07:31de l'énergie décarbonée, était très présente,
07:34très forte chez nous.
07:36Et que cette filière-là, elle doit continuer sa conquête.
07:38J'étais hier au congrès national de la filière de l'électrification.
07:42C'est 10 000 recrutements par an qui vont être faits
07:45dans la filière de l'électrification.
07:47On voit bien que le secteur de la défense, encore plus,
07:49en ce moment, est un secteur extrêmement important.
07:52Et puis, j'aurai l'occasion de l'annoncer au moment du salon de l'automobile,
07:57mais l'automobile, c'est une verticale, quand même, de l'économie.
08:00C'est un secteur qui souffre.
08:02C'est un secteur qui souffre, percuté par la concurrence chinoise.
08:05Pas forcément sur le véhicule électrique, je le dis,
08:07c'est l'hybride, aujourd'hui, qui fait beaucoup de mal.
08:09C'est plus l'hybride que le véhicule électrique.
08:12Les 15 véhicules électriques les plus vendus en Europe cette année,
08:15aucun n'est chinois.
08:16Et les Français sont bien placés dans ces 15 véhicules électriques
08:20les mieux vendus, notamment à travers la R5.
08:22Donc, il y a une transition du modèle de production.
08:25On l'accompagne au niveau européen, aussi au niveau français.
08:27Est-ce qu'il y a un fort impact des taxes douanières américaines
08:31pour nos industriels ?
08:32Est-ce que ça peut, éventuellement, entraîner des faillites ?
08:35Moi, ce que j'entends des premiers retours
08:38qui ont été faits par les industriels,
08:40c'est qu'ils arrivent à gérer cette situation.
08:45Ils sont arrivés à passer le cap.
08:47Bien sûr, ça serait mieux sans qu'avec.
08:50Mais je crois qu'ils arrivent à faire face.
08:51Il y a l'Arabie Saoudite qui vient d'investir 6 milliards
08:54dans des parcs d'attractions en France.
08:56Est-ce que vous vous réjouissez ?
08:58Ou est-ce que vous vous dites,
09:00finalement, il n'y a que ça qui intéresse en France ?
09:04Je sais que dans ce pays, on a tendance à faire en sorte
09:08qu'une bonne nouvelle en soit une mauvaise.
09:09Quand vous avez des gens qui investissent 6 milliards en France,
09:14vous n'allez pas commencer à dire que c'est une mauvaise nouvelle.
09:17200 000 créations d'emplois, vous n'allez pas me dire
09:19que c'est une mauvaise nouvelle.
09:20C'est une bonne nouvelle pour le pays
09:23et pour le confortement de la place Île-de-France
09:27autour de la thématique des parcs d'attractions.
09:31Ce qui, quand même, je le rappelle,
09:32la France est la première destination touristique mondiale.
09:35Donc ça va conforter encore la place
09:37de la première destination touristique mondiale.
09:38Vous ne dites pas qu'ils auraient dû investir davantage dans l'industrie
09:40plutôt que dans les parcs d'attractions ?
09:42On a eu récemment le rachat d'une aciérie à Dunkerque
09:47par Bahreïn qui investit en France.
09:50Et puis, il y a eu 1 milliard de contrats signés
09:52par Alstom et CMA-CGM aussi à cette occasion.
09:56Et ça, en tant que ministre de l'Industrie,
09:57je peux m'en réjouir pleinement.
09:58Est-ce qu'il faut davantage protéger le marché européen
10:01quitte à avoir des prix qui soient peut-être
10:03un peu plus élevés pour le consommateur ?
10:05Il ne faut pas confondre protectionnisme et protection.
10:08La protection, ça veut dire tout simplement
10:10que pour accéder à notre marché,
10:12il faut respecter un certain nombre de règles.
10:14Il faut se dire qu'on va privilégier le made in Europe
10:18par rapport à ce qui n'est pas fait en Europe.
10:19Et on va le privilégier comment ?
10:21À travers les marchés publics, d'une part,
10:24ou quand vous bénéficiez de subventions
10:26pour stimuler la demande des consommateurs.
10:29Et je trouve ça assez logique
10:30que l'argent public qui est pris dans la poche des Européens,
10:34dans la poche des chefs d'entreprise européens,
10:36aille financer ensuite soit des projets qui sont subventionnés,
10:39soit des aides qui sont faites aux consommateurs pour acheter.
10:42Eh bien, ces aides, elles doivent permettre d'acheter de l'Européen
10:45et pas d'acheter de l'Asiatique.
10:47Donc, il faut des aides européennes pour le made in Europe à 27.
10:50C'est ce que défend la France.
10:51Et ce débat sur est-ce que ça coûtera plus cher ou pas ?
10:54Vous savez, il y a beaucoup de pays dans lesquels
10:56le coût de la vie est plus cher que chez nous,
10:58mais où les gens sont un peu plus riches.
11:00Et je pense qu'ils peuvent être un peu plus riches
11:01si on produit plus en Europe,
11:03parce que l'industrie, c'est les salaires 25% plus élevés.
11:06Donc, ça crée plus de richesses
11:07et les gens ont un meilleur pouvoir d'achat.
11:09Merci Sébastien Martin d'avoir été notre ami ce matin
11:12dans Good Morning Business,
11:13ministre délégué à l'industrie.