00:00Le grand entretien.
00:30Il y a une chose évidemment importante.
00:32Que ces candidats viennent d'ici.
00:34On va beaucoup insister pour qu'ils ne parlent que d'économie.
00:36Que d'entreprise.
00:37Mais enfin ça reste un événement entrepreneurial.
00:40Il y a une dimension, j'allais dire, une saveur politique.
00:43Liée aux échéances électorales prochaines.
00:45On est quand même 20 000 chefs d'entreprise.
00:48Je vais être un peu taquin à l'égard des politiques eux-mêmes.
00:51Je ne connais pas beaucoup d'organisations qui soient capables de réunir autant de monde.
00:55On a l'impression d'un dialogue de sourds entre vous.
00:57Entre les politiques et les chefs d'entreprise.
00:59Vous demandez toujours la même chose.
01:01Baisse de la fiscalité, baisse des chiages, moins de bureaucratie.
01:04Comme si rien n'avait été fait depuis 10 ans.
01:07Il n'y a rien à mettre au bilan côté positif pour Emmanuel Macron ?
01:10Je l'ai dit dans mon discours hier.
01:12J'ai salué l'efficacité de la politique de l'offre.
01:15Et je l'ai fait évidemment de bonne foi.
01:17C'est largement partagé dans nos rangs.
01:19Ce qu'on déplore c'est lié à la dissolution.
01:22Et donc à la fragmentation du paysage parlementaire.
01:25Parce que c'est l'Assemblée nationale, 14 groupes.
01:27C'est non seulement une forme de glaciation.
01:31Mais c'est une forme de régression sur cette politique de l'offre.
01:34Et ça, ça nous inquiète beaucoup.
01:35Parce que dans le même temps, le monde avance.
01:38Donc dans l'absolu et relativement, la France régresse.
01:41Je voudrais vous interroger sur deux propositions.
01:43Vous les entendrez sûrement cet après-midi.
01:45C'est celle d'Edouard Philippe.
01:47Lui propose un deal, 50 milliards.
01:49Donc baisse d'impôts, baisse des aides.
01:52Est-ce que ça, ça vous séduit ?
01:53Vous vous dites que c'est bien pour les chefs d'entreprise.
01:56Alors je ne vais pas me livrer à une querelle en paternité.
01:59Mais enfin il n'a pas pu vous échapper.
02:01que cette proposition dite d'effacement parallèle,
02:04c'est précisément une des propositions du MEDEF.
02:07Une des propositions qui avait formulé notre front économique.
02:10Que j'avais coprésidé avec Philippe Aguillon.
02:13Moi je me réjouis, c'est vrai de la part d'Edouard Philippe.
02:16J'espère bien que ça le sera de la part des autres intervenants ce soir.
02:19que peut-être lié, certainement lié à cet événement REF,
02:24un certain nombre d'entre eux se dévoilent et fassent des propositions.
02:28Ce qu'a annoncé Edouard Philippe, c'est assez conforme je dirais
02:32à nos demandes, à nos exigences.
02:35Donc c'est de bonne augure.
02:37Et puis il y a cette proposition de Bruno Retailleau.
02:39Lui il dit, il faut mettre fin aux 35 heures.
02:42Vous dites oui ?
02:44Oui c'est important.
02:46J'ai eu l'occasion d'en parler avec Bruno Retailleau.
02:48Ce qui nous paraît plus important encore,
02:51c'est de remettre en place une réforme des retraites.
02:56C'est de faire travailler beaucoup plus et beaucoup mieux tous ces jeunes.
03:01La principale anomalie et le principal handicap d'ailleurs
03:04du financement de notre protection sociale,
03:05c'est ce taux d'emploi si faible,
03:07ce taux de chômage si fort des jeunes en France
03:10qui est complètement atypique par rapport à ce qu'on observe dans les autres pays.
03:13Donc si on fait travailler plus longtemps en reportant l'âge de la retraite,
03:17ce qui est une évidence,
03:18et en parallèle si on fait travailler beaucoup plus les jeunes,
03:21les entreprises sont prêtes à les accueillir beaucoup plus largement.
03:24Si on nous implique plus dans les formations et l'orientation,
03:27on règle autant et plus que par les 35 heures ce sujet de financement.
03:32Et puis au-delà du sujet de financement,
03:34le taux d'emploi c'est un déterminant de la croissance.
03:37Alors vous avez en plus écrit Génération Empêchée,
03:40c'est votre livre qui va sortir le 17 septembre prochain.
03:43Mais on a envie de vous retourner l'appareil et de vous dire finalement,
03:45est-ce que ce n'est pas les entreprises qui n'embauchent pas suffisamment de jeunes ?
03:49Peut-être parce qu'ils ne sont pas suffisamment productifs,
03:51peut-être parce qu'il y a l'IA, peut-être parce qu'il y a les robots aussi qui
03:53arrivent.
03:54Et est-ce qu'il y a une inquiétude à avoir de ce point de vue-là ?
03:56Et puis est-ce que les plus âgés finalement, au-delà de 55 ans,
04:02on n'est plus tellement le bienvenu dans l'entreprise ?
04:04Est-ce que ce n'est pas aussi aux chefs d'entreprise de faire un effort de ce point de
04:07vue-là ?
04:07Alors je cite les bons auteurs, moi-même.
04:10Dans mon discours d'ouverture hier,
04:13j'ai rappelé que l'entreprise n'était pas un service public de l'emploi.
04:17Donc l'entreprise n'embauche que si elle a de l'activité et des perspectives d'activité.
04:21Premier point, s'agissant des seniors,
04:23on a quand même signé deux accords nationaux interprofessionnels ces derniers mois
04:28qui permettent de renforcer le taux d'emploi des seniors.
04:33Mais à nouveau, le vrai sujet, c'est de reporter l'âge égal de maître en oeuvre
04:37pour commencer la réforme borne.
04:38S'agissant des jeunes, je me suis exprimé à l'instant, je le redis,
04:43il faut, comme ça existe dans tous les autres pays,
04:46en tout cas les autres pays performants,
04:48il faut beaucoup plus rapprocher l'enseignement et l'entreprise.
04:51Ils ont fait déjà beaucoup de choses, mais je voudrais citer un exemple.
04:54Celui de la Suisse.
04:55Le taux de chômage en Suisse, le taux de chômage des jeunes, est de 3,2%.
04:59Il est en France.
05:00La France n'est pas très éloignée de la Suisse.
05:02Moi qui suis originaire d'un département frontalier de la Suisse, je peux en témoigner.
05:05Taux de chômage des jeunes en France, 22% dorénavant.
05:09Oui, mais en Suisse, vous avez 70% de chaque classe d'âge qui passe par l'apprentissage.
05:13En France, on avait une amorce, une très belle amorce, de décollage de l'apprentissage.
05:18On a réduit les montants.
05:18Et puis pour des raisons, les stupidement budgétaires,
05:21et au motif de corriger quelques effets d'aubaine ou abus qui ont pu exister et qu'il faut corriger,
05:26on remet en cause.
05:27C'est stupidement budgétaire.
05:28On est quand même, face à un déficit budgétaire qui explose,
05:32on va avoir du mal à le contenir à 5%.
05:33On a une dette qui est à 3 500 milliards.
05:35Donc il faut bien trouver de l'argent quelque part.
05:37Je cite de nouveau les bons auteurs, en tout cas le MEDEF.
05:40On a fait des propositions très argumentées, comme toujours de la part du MEDEF,
05:45précisément pour redresser les finances publiques, pour réduire la dépense publique.
05:49Mais aller chercher des économies de bout de chandelle sur des dépenses actives,
05:53c'est-à-dire des dépenses qui préparent l'avenir,
05:55des dépenses qui contribuent à l'insertion des jeunes,
05:58des dépenses qui contribuent à la croissance et au taux d'emploi, c'est absurde.
06:04Est-ce que dans le même temps, on va chercher des économies sur certaines évidences ?
06:08Moi, je vois qu'il y a eu 6 trimestres d'affilée d'augmentation du chômage dans le secteur privé.
06:13Dans le même temps, on continue à créer des emplois dans les secteurs publics,
06:17ça résonne globalement.
06:18Donc il ne faut pas nous faire prendre des vessies pour...
06:21En fait, vous dites, nous, les entreprises, on fait le boulot,
06:24mais le problème, c'est l'état des faillances, ce que vous disiez hier lors de votre discours.
06:27Vous savez quelle est la proportion d'apprentis qui sont dans les entreprises privées ?
06:30Dites-moi.
06:3198,5%.
06:32Les entreprises privées, le secteur privé, c'est 75% de l'emploi.
06:36Donc on pulvérise notre cote-part, je dirais.
06:39A contrario, ça veut dire que le public qui représente 25% de l'emploi en France,
06:43qui est beaucoup trop, n'a employé que 1,5% des apprentis.
06:47Que chacun balaye devant sa porte,
06:48mais plus sérieusement, qu'on ne vienne pas chercher de mauvaises économies,
06:52il y en a tellement de bonnes affaires.
06:53Alors évidemment, le sujet de la retraite,
06:55il sera au cœur de l'élection présidentielle et sûrement de votre débat.
06:58Aujourd'hui, vous avez dit qu'il faut rétablir la réforme borne.
07:00Pour vous, il ne faut pas aller plus loin.
07:03Bruno Le Maire, par exemple, a dit qu'il faudrait aller à 65 ans.
07:05Et puis, avant, on entendait Edouard Philippe dire 67 ans.
07:09Bon, pour l'instant, on n'entend plus.
07:10Vous, votre avis ?
07:11Je dirais que c'est le minimum.
07:13J'ajoute, pardon d'être un peu précis.
07:15Le minimum, c'est quoi ? 65 ?
07:16C'est la réforme borne.
07:18C'est la réforme borne.
07:18Qui, je le rappelle, comportait des avancées sociales remarquables,
07:22en particulier pour les femmes dont les carrières sont hachées.
07:26Mais il y a eu un angle mort dans les discussions,
07:29et moi, je suis un peu peiné pour tout vous dire,
07:32qu'on ait fait porter au MEDEF et à son président
07:35la responsabilité de l'échec du fameux conclave.
07:37C'est qu'il y avait un angle mort sur les carrières longues.
07:40Il y a des trucs débiles, disons les choses.
07:42Il y a des gens qui peuvent partir avant l'âge légal,
07:44au motif qu'ils ont commencé jeunes.
07:47Pourquoi sont-ils considérés comme ayant commencé jeunes ?
07:49Parce que suivant des études dans des grandes écoles publiques,
07:52ils ont été payés dès le premier jour de leur scolarité.
07:55Alors, vous voyez à qui je pense.
07:57Il y a aussi des jeunes qui commencent à travailler très tôt.
08:01Mais ceux-là peuvent bénéficier du dispositif dit carrière longue.
08:06Enfin, j'ai un infini respect pour eux,
08:08d'autant qu'il y en a beaucoup dans nos rangs.
08:09Enfin, les polytechniciens ou les normaliens,
08:11en moyenne des cas, n'exercent pas des métiers éprouvants.
08:15Est-ce qu'on s'en sortira sans passer par des hausses d'impôts ?
08:18Celui qui le dit, c'est Bruno Le Maire.
08:20Il a été en responsabilité et il est plutôt de droite.
08:24Vous approuvez ?
08:25Non, il faut du courage.
08:27Écoutez, comme je l'ai dit encore,
08:30c'est très présomptueux de me citer sans cesse,
08:33on a atteint notre seuil de douleur.
08:35Enfin, c'est absurde que dans le pays,
08:37qui d'une manière générale supporte les prélèvements obligatoires les plus élevés du monde,
08:41et singulièrement les entreprises.
08:43Enfin, vous avez vu l'étude de l'OCDE sur les 145 pays analysés par l'OCDE.
08:47La France est la première ou la dernière.
08:49En tout cas, c'est celle qui, pour les entreprises,
08:51pour le coup, a la fiscalité la plus élevée.
08:53Alors, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
08:56Ce qui doit arriver, arrive.
08:57À un moment donné, quand les entreprises n'ont plus suffisamment d'argent pour investir,
09:00pour embaucher, pour augmenter les salaires,
09:02ou quand elles se doivent de faire des arbitrages entre la France et des pays étrangers,
09:06et bien, elles passent à l'acte.
09:08Vous attendez quand même à ce que la surtaxe d'IS soit reconduite dans le prochain budget ?
09:13Je le crains.
09:14J'entends qu'elle pourrait être, malgré tout, un peu réduite.
09:18Mais c'est une absurdité totale,
09:19quand on voit le taux d'imposition de ces grandes entreprises,
09:22qui, comme par enchantement, si j'ose dire,
09:24sont les plus mobiles internationalement,
09:26qui, pour beaucoup d'entre elles, ont un actionnariat majoritairement étranger.
09:30Que voulez-vous ?
09:30Vous ne pouvez pas attendre d'un actionnaire japonais, saoudien ou américain,
09:35qu'il soit un patriote français.
09:37On joue avec le feu.
09:38Est-ce qu'il faut mettre à contribution les retraités aisés
09:41et ceux qui ont des méga-héritages ?
09:44On entend ça, ce débat qui monte sur il faut taxer les gros héritages.
09:49Raphaël Glucksmann dit qu'il peut récupérer 15 milliards là-dessus.
09:52Oui, il faut commencer par marteler
09:53qu'on ne mettrait pas, en tout cas, autant les retraités à contribution
09:57si la réforme borne n'avait pas été suspendue.
09:59Quand vous prenez les chiffres du coût de cette suspension
10:01et que vous regardez ce qu'on va mettre sur le dos des retraités,
10:04c'est à peu près l'équivalent.
10:06Donc que chacun ait bien ça en tête
10:08et les mêmes qui ont défendu la suspension de cette réforme
10:11et qui maintenant poussent écrit d'orfraie
10:13parce qu'on dirait désindexer ou sous-indexer les retraites
10:17sont de mauvaise foi.
10:18Que chacun assume ses responsabilités.
10:20Ensuite, ça sera une solution par défaut
10:22parce que ça ne répond pas à ce que j'ai réévoqué,
10:25c'est-à-dire l'impérieuse nécessité
10:26de baisser les dépenses intrinsèques
10:29de protection sociale
10:30des collectivités locales,
10:32des collectivités locales.
10:33L'État est à l'os et l'État doit supporter les dépenses,
10:36l'effort de dépense de défense que l'on soutient pour le coup.
10:39Alors, ce grand rendez-vous,
10:407 candidats à l'élection présidentielle,
10:42vous les recevez ce soir.
10:44Effectivement, il y a beaucoup de tensions
10:45et il y a beaucoup de sondages
10:46qui montrent qu'il y a un duel qui se profile
10:47entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
10:50Si c'est le cas, vous votez quoi ?
10:51Non, d'abord, j'aimerais bien connaître leur programme.
10:53Ce soir, ce sera sans doute l'occasion
10:55d'améliorer notre compréhension des choses.
10:58Ensuite, il reste 7 mois.
11:00Et nous, ce qui nous importe,
11:01c'est non pas de nous conformer
11:05aux propositions de ces candidats,
11:06c'est que ces candidats entendent
11:08et mettent en œuvre nos propositions.
11:10Et je l'ai dit hier,
11:12il ne faut pas nous sous-estimer.
11:14Il ne faut pas nous sous-estimer.
11:15Je le rappelle, 20 000 chefs d'entreprise ici,
11:18240 000 chefs d'entreprise au MEDEF,
11:1912 millions de salariés portés par ces entreprises.
11:22Je ne dis pas que les 12 millions de salariés
11:24sont toujours d'accord avec leur patron.
11:25Mais il se trouve qu'à un niveau record dans l'histoire,
11:28nos concitoyens font confiance dans l'entreprise.
11:31Ce serait peut-être pas mal
11:32qu'on arrête de nous prendre pour des vaches à lait
11:34ou des variables d'ajustement.
11:35Merci Patrick Martin d'avoir été notre invité
11:37dans le grand entretien.