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  • il y a 6 semaines
Patrick Martin, président du Medef, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce jeudi 27 août. A l'occasion de cette journée spéciale, consacrée entièrement à la Rencontre des entrepreneurs de France, ils ont évoqué le pessimisme de la majorité des patrons sur l'avenir économique de la France et les réformes budgétaires et fiscales qu'il attend de l'exécutif, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien.
00:30Il y a une chose évidemment importante.
00:32Que ces candidats viennent d'ici.
00:34On va beaucoup insister pour qu'ils ne parlent que d'économie.
00:36Que d'entreprise.
00:37Mais enfin ça reste un événement entrepreneurial.
00:40Il y a une dimension, j'allais dire, une saveur politique.
00:43Liée aux échéances électorales prochaines.
00:45On est quand même 20 000 chefs d'entreprise.
00:48Je vais être un peu taquin à l'égard des politiques eux-mêmes.
00:51Je ne connais pas beaucoup d'organisations qui soient capables de réunir autant de monde.
00:55On a l'impression d'un dialogue de sourds entre vous.
00:57Entre les politiques et les chefs d'entreprise.
00:59Vous demandez toujours la même chose.
01:01Baisse de la fiscalité, baisse des chiages, moins de bureaucratie.
01:04Comme si rien n'avait été fait depuis 10 ans.
01:07Il n'y a rien à mettre au bilan côté positif pour Emmanuel Macron ?
01:10Je l'ai dit dans mon discours hier.
01:12J'ai salué l'efficacité de la politique de l'offre.
01:15Et je l'ai fait évidemment de bonne foi.
01:17C'est largement partagé dans nos rangs.
01:19Ce qu'on déplore c'est lié à la dissolution.
01:22Et donc à la fragmentation du paysage parlementaire.
01:25Parce que c'est l'Assemblée nationale, 14 groupes.
01:27C'est non seulement une forme de glaciation.
01:31Mais c'est une forme de régression sur cette politique de l'offre.
01:34Et ça, ça nous inquiète beaucoup.
01:35Parce que dans le même temps, le monde avance.
01:38Donc dans l'absolu et relativement, la France régresse.
01:41Je voudrais vous interroger sur deux propositions.
01:43Vous les entendrez sûrement cet après-midi.
01:45C'est celle d'Edouard Philippe.
01:47Lui propose un deal, 50 milliards.
01:49Donc baisse d'impôts, baisse des aides.
01:52Est-ce que ça, ça vous séduit ?
01:53Vous vous dites que c'est bien pour les chefs d'entreprise.
01:56Alors je ne vais pas me livrer à une querelle en paternité.
01:59Mais enfin il n'a pas pu vous échapper.
02:01que cette proposition dite d'effacement parallèle,
02:04c'est précisément une des propositions du MEDEF.
02:07Une des propositions qui avait formulé notre front économique.
02:10Que j'avais coprésidé avec Philippe Aguillon.
02:13Moi je me réjouis, c'est vrai de la part d'Edouard Philippe.
02:16J'espère bien que ça le sera de la part des autres intervenants ce soir.
02:19que peut-être lié, certainement lié à cet événement REF,
02:24un certain nombre d'entre eux se dévoilent et fassent des propositions.
02:28Ce qu'a annoncé Edouard Philippe, c'est assez conforme je dirais
02:32à nos demandes, à nos exigences.
02:35Donc c'est de bonne augure.
02:37Et puis il y a cette proposition de Bruno Retailleau.
02:39Lui il dit, il faut mettre fin aux 35 heures.
02:42Vous dites oui ?
02:44Oui c'est important.
02:46J'ai eu l'occasion d'en parler avec Bruno Retailleau.
02:48Ce qui nous paraît plus important encore,
02:51c'est de remettre en place une réforme des retraites.
02:56C'est de faire travailler beaucoup plus et beaucoup mieux tous ces jeunes.
03:01La principale anomalie et le principal handicap d'ailleurs
03:04du financement de notre protection sociale,
03:05c'est ce taux d'emploi si faible,
03:07ce taux de chômage si fort des jeunes en France
03:10qui est complètement atypique par rapport à ce qu'on observe dans les autres pays.
03:13Donc si on fait travailler plus longtemps en reportant l'âge de la retraite,
03:17ce qui est une évidence,
03:18et en parallèle si on fait travailler beaucoup plus les jeunes,
03:21les entreprises sont prêtes à les accueillir beaucoup plus largement.
03:24Si on nous implique plus dans les formations et l'orientation,
03:27on règle autant et plus que par les 35 heures ce sujet de financement.
03:32Et puis au-delà du sujet de financement,
03:34le taux d'emploi c'est un déterminant de la croissance.
03:37Alors vous avez en plus écrit Génération Empêchée,
03:40c'est votre livre qui va sortir le 17 septembre prochain.
03:43Mais on a envie de vous retourner l'appareil et de vous dire finalement,
03:45est-ce que ce n'est pas les entreprises qui n'embauchent pas suffisamment de jeunes ?
03:49Peut-être parce qu'ils ne sont pas suffisamment productifs,
03:51peut-être parce qu'il y a l'IA, peut-être parce qu'il y a les robots aussi qui
03:53arrivent.
03:54Et est-ce qu'il y a une inquiétude à avoir de ce point de vue-là ?
03:56Et puis est-ce que les plus âgés finalement, au-delà de 55 ans,
04:02on n'est plus tellement le bienvenu dans l'entreprise ?
04:04Est-ce que ce n'est pas aussi aux chefs d'entreprise de faire un effort de ce point de
04:07vue-là ?
04:07Alors je cite les bons auteurs, moi-même.
04:10Dans mon discours d'ouverture hier,
04:13j'ai rappelé que l'entreprise n'était pas un service public de l'emploi.
04:17Donc l'entreprise n'embauche que si elle a de l'activité et des perspectives d'activité.
04:21Premier point, s'agissant des seniors,
04:23on a quand même signé deux accords nationaux interprofessionnels ces derniers mois
04:28qui permettent de renforcer le taux d'emploi des seniors.
04:33Mais à nouveau, le vrai sujet, c'est de reporter l'âge égal de maître en oeuvre
04:37pour commencer la réforme borne.
04:38S'agissant des jeunes, je me suis exprimé à l'instant, je le redis,
04:43il faut, comme ça existe dans tous les autres pays,
04:46en tout cas les autres pays performants,
04:48il faut beaucoup plus rapprocher l'enseignement et l'entreprise.
04:51Ils ont fait déjà beaucoup de choses, mais je voudrais citer un exemple.
04:54Celui de la Suisse.
04:55Le taux de chômage en Suisse, le taux de chômage des jeunes, est de 3,2%.
04:59Il est en France.
05:00La France n'est pas très éloignée de la Suisse.
05:02Moi qui suis originaire d'un département frontalier de la Suisse, je peux en témoigner.
05:05Taux de chômage des jeunes en France, 22% dorénavant.
05:09Oui, mais en Suisse, vous avez 70% de chaque classe d'âge qui passe par l'apprentissage.
05:13En France, on avait une amorce, une très belle amorce, de décollage de l'apprentissage.
05:18On a réduit les montants.
05:18Et puis pour des raisons, les stupidement budgétaires,
05:21et au motif de corriger quelques effets d'aubaine ou abus qui ont pu exister et qu'il faut corriger,
05:26on remet en cause.
05:27C'est stupidement budgétaire.
05:28On est quand même, face à un déficit budgétaire qui explose,
05:32on va avoir du mal à le contenir à 5%.
05:33On a une dette qui est à 3 500 milliards.
05:35Donc il faut bien trouver de l'argent quelque part.
05:37Je cite de nouveau les bons auteurs, en tout cas le MEDEF.
05:40On a fait des propositions très argumentées, comme toujours de la part du MEDEF,
05:45précisément pour redresser les finances publiques, pour réduire la dépense publique.
05:49Mais aller chercher des économies de bout de chandelle sur des dépenses actives,
05:53c'est-à-dire des dépenses qui préparent l'avenir,
05:55des dépenses qui contribuent à l'insertion des jeunes,
05:58des dépenses qui contribuent à la croissance et au taux d'emploi, c'est absurde.
06:04Est-ce que dans le même temps, on va chercher des économies sur certaines évidences ?
06:08Moi, je vois qu'il y a eu 6 trimestres d'affilée d'augmentation du chômage dans le secteur privé.
06:13Dans le même temps, on continue à créer des emplois dans les secteurs publics,
06:17ça résonne globalement.
06:18Donc il ne faut pas nous faire prendre des vessies pour...
06:21En fait, vous dites, nous, les entreprises, on fait le boulot,
06:24mais le problème, c'est l'état des faillances, ce que vous disiez hier lors de votre discours.
06:27Vous savez quelle est la proportion d'apprentis qui sont dans les entreprises privées ?
06:30Dites-moi.
06:3198,5%.
06:32Les entreprises privées, le secteur privé, c'est 75% de l'emploi.
06:36Donc on pulvérise notre cote-part, je dirais.
06:39A contrario, ça veut dire que le public qui représente 25% de l'emploi en France,
06:43qui est beaucoup trop, n'a employé que 1,5% des apprentis.
06:47Que chacun balaye devant sa porte,
06:48mais plus sérieusement, qu'on ne vienne pas chercher de mauvaises économies,
06:52il y en a tellement de bonnes affaires.
06:53Alors évidemment, le sujet de la retraite,
06:55il sera au cœur de l'élection présidentielle et sûrement de votre débat.
06:58Aujourd'hui, vous avez dit qu'il faut rétablir la réforme borne.
07:00Pour vous, il ne faut pas aller plus loin.
07:03Bruno Le Maire, par exemple, a dit qu'il faudrait aller à 65 ans.
07:05Et puis, avant, on entendait Edouard Philippe dire 67 ans.
07:09Bon, pour l'instant, on n'entend plus.
07:10Vous, votre avis ?
07:11Je dirais que c'est le minimum.
07:13J'ajoute, pardon d'être un peu précis.
07:15Le minimum, c'est quoi ? 65 ?
07:16C'est la réforme borne.
07:18C'est la réforme borne.
07:18Qui, je le rappelle, comportait des avancées sociales remarquables,
07:22en particulier pour les femmes dont les carrières sont hachées.
07:26Mais il y a eu un angle mort dans les discussions,
07:29et moi, je suis un peu peiné pour tout vous dire,
07:32qu'on ait fait porter au MEDEF et à son président
07:35la responsabilité de l'échec du fameux conclave.
07:37C'est qu'il y avait un angle mort sur les carrières longues.
07:40Il y a des trucs débiles, disons les choses.
07:42Il y a des gens qui peuvent partir avant l'âge légal,
07:44au motif qu'ils ont commencé jeunes.
07:47Pourquoi sont-ils considérés comme ayant commencé jeunes ?
07:49Parce que suivant des études dans des grandes écoles publiques,
07:52ils ont été payés dès le premier jour de leur scolarité.
07:55Alors, vous voyez à qui je pense.
07:57Il y a aussi des jeunes qui commencent à travailler très tôt.
08:01Mais ceux-là peuvent bénéficier du dispositif dit carrière longue.
08:06Enfin, j'ai un infini respect pour eux,
08:08d'autant qu'il y en a beaucoup dans nos rangs.
08:09Enfin, les polytechniciens ou les normaliens,
08:11en moyenne des cas, n'exercent pas des métiers éprouvants.
08:15Est-ce qu'on s'en sortira sans passer par des hausses d'impôts ?
08:18Celui qui le dit, c'est Bruno Le Maire.
08:20Il a été en responsabilité et il est plutôt de droite.
08:24Vous approuvez ?
08:25Non, il faut du courage.
08:27Écoutez, comme je l'ai dit encore,
08:30c'est très présomptueux de me citer sans cesse,
08:33on a atteint notre seuil de douleur.
08:35Enfin, c'est absurde que dans le pays,
08:37qui d'une manière générale supporte les prélèvements obligatoires les plus élevés du monde,
08:41et singulièrement les entreprises.
08:43Enfin, vous avez vu l'étude de l'OCDE sur les 145 pays analysés par l'OCDE.
08:47La France est la première ou la dernière.
08:49En tout cas, c'est celle qui, pour les entreprises,
08:51pour le coup, a la fiscalité la plus élevée.
08:53Alors, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
08:56Ce qui doit arriver, arrive.
08:57À un moment donné, quand les entreprises n'ont plus suffisamment d'argent pour investir,
09:00pour embaucher, pour augmenter les salaires,
09:02ou quand elles se doivent de faire des arbitrages entre la France et des pays étrangers,
09:06et bien, elles passent à l'acte.
09:08Vous attendez quand même à ce que la surtaxe d'IS soit reconduite dans le prochain budget ?
09:13Je le crains.
09:14J'entends qu'elle pourrait être, malgré tout, un peu réduite.
09:18Mais c'est une absurdité totale,
09:19quand on voit le taux d'imposition de ces grandes entreprises,
09:22qui, comme par enchantement, si j'ose dire,
09:24sont les plus mobiles internationalement,
09:26qui, pour beaucoup d'entre elles, ont un actionnariat majoritairement étranger.
09:30Que voulez-vous ?
09:30Vous ne pouvez pas attendre d'un actionnaire japonais, saoudien ou américain,
09:35qu'il soit un patriote français.
09:37On joue avec le feu.
09:38Est-ce qu'il faut mettre à contribution les retraités aisés
09:41et ceux qui ont des méga-héritages ?
09:44On entend ça, ce débat qui monte sur il faut taxer les gros héritages.
09:49Raphaël Glucksmann dit qu'il peut récupérer 15 milliards là-dessus.
09:52Oui, il faut commencer par marteler
09:53qu'on ne mettrait pas, en tout cas, autant les retraités à contribution
09:57si la réforme borne n'avait pas été suspendue.
09:59Quand vous prenez les chiffres du coût de cette suspension
10:01et que vous regardez ce qu'on va mettre sur le dos des retraités,
10:04c'est à peu près l'équivalent.
10:06Donc que chacun ait bien ça en tête
10:08et les mêmes qui ont défendu la suspension de cette réforme
10:11et qui maintenant poussent écrit d'orfraie
10:13parce qu'on dirait désindexer ou sous-indexer les retraites
10:17sont de mauvaise foi.
10:18Que chacun assume ses responsabilités.
10:20Ensuite, ça sera une solution par défaut
10:22parce que ça ne répond pas à ce que j'ai réévoqué,
10:25c'est-à-dire l'impérieuse nécessité
10:26de baisser les dépenses intrinsèques
10:29de protection sociale
10:30des collectivités locales,
10:32des collectivités locales.
10:33L'État est à l'os et l'État doit supporter les dépenses,
10:36l'effort de dépense de défense que l'on soutient pour le coup.
10:39Alors, ce grand rendez-vous,
10:407 candidats à l'élection présidentielle,
10:42vous les recevez ce soir.
10:44Effectivement, il y a beaucoup de tensions
10:45et il y a beaucoup de sondages
10:46qui montrent qu'il y a un duel qui se profile
10:47entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
10:50Si c'est le cas, vous votez quoi ?
10:51Non, d'abord, j'aimerais bien connaître leur programme.
10:53Ce soir, ce sera sans doute l'occasion
10:55d'améliorer notre compréhension des choses.
10:58Ensuite, il reste 7 mois.
11:00Et nous, ce qui nous importe,
11:01c'est non pas de nous conformer
11:05aux propositions de ces candidats,
11:06c'est que ces candidats entendent
11:08et mettent en œuvre nos propositions.
11:10Et je l'ai dit hier,
11:12il ne faut pas nous sous-estimer.
11:14Il ne faut pas nous sous-estimer.
11:15Je le rappelle, 20 000 chefs d'entreprise ici,
11:18240 000 chefs d'entreprise au MEDEF,
11:1912 millions de salariés portés par ces entreprises.
11:22Je ne dis pas que les 12 millions de salariés
11:24sont toujours d'accord avec leur patron.
11:25Mais il se trouve qu'à un niveau record dans l'histoire,
11:28nos concitoyens font confiance dans l'entreprise.
11:31Ce serait peut-être pas mal
11:32qu'on arrête de nous prendre pour des vaches à lait
11:34ou des variables d'ajustement.
11:35Merci Patrick Martin d'avoir été notre invité
11:37dans le grand entretien.

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