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  • il y a 2 mois
Budget 2027 : faut-il mettre les retraités aisés à contribution ? La semaine dernière, le ministre de l'Economie Roland Lescure a ouvert la voie à un gel partiel de leurs pensions de retraite afin de réaliser des économies. Pour en parler, Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Stéphane Boudsocq du 20 août 2026.

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Transcription
00:00Stéphane Boutsoc, RTL Matin.
00:03La trêve estivale n'est pas encore terminée, que déjà commence la bataille autour du budget de l'Etat pour
00:082027.
00:09Pour rester dans une imagerie guerrière, c'est une levée de bouclier qui a accueilli l'hypothèse du gel partiel
00:14des pensions de retraite.
00:15Hypothèse soulevée par le ministre de l'économie, Roland Lescure.
00:18Pour en parler avec nous ce matin sur RTL, Mathieu Plannes, bonjour, bienvenue.
00:23Bonjour.
00:23Vous êtes économiste, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques.
00:30En clair, vous êtes un spécialiste, ça tombe bien, on a besoin d'y voir clair.
00:34D'abord, cette idée, Mathieu Plannes, du gouvernement, gelée partiellement les pensions.
00:38On précise que ce sont les retraités considérés, je mets des guillemets, comme les plus aisés qui seraient concernés.
00:46Oui, alors, on n'a pas encore tous les détails, bien sûr, mais c'est effectivement des pistes qui circulent.
00:52L'idée serait de ne pas geler l'ensemble des retraites et donc revaloriser la plupart des pensions de retraite
00:59comme l'inflation.
00:59C'est ce qui est fait normalement chaque année.
01:01Et donc, geler uniquement, on va dire, les pensions de retraite les plus élevées.
01:06Et le bruit circule que le montant serait à partir de 3 000 euros de retraite brute que vous pourriez
01:12avoir un gel de votre pension.
01:14Donc, ça veut dire que toutes les retraites en dessous de 3 000 euros continueraient à être indexées.
01:18Et donc, j'allais dire, l'effort budgétaire porterait uniquement sur les pensions de retraite les plus élevées, c'est
01:23-à-dire au-delà de 3 000 euros.
01:24Et on sait ce que ça représenterait pour les personnes qui sont concernées, justement ?
01:30Alors, si on est sur le seuil des 3 000 euros, alors il faut savoir, il faut peut-être juste
01:34rappeler les choses.
01:35C'est-à-dire que chaque année, les retraites sont revalorisées comme l'inflation qui est observée à la fin
01:41de l'année précédente.
01:42Et donc, imaginons qu'on sera peut-être autour des 2 %, c'est à peu près la prévision d
01:48'inflation.
01:48Normalement, si vous voulez que les retraités ne perdent pas de pouvoir d'achat, ce qui se passe, c'est
01:53que l'ensemble des retraites est revalorisé l'année suivante de 2 %.
01:57Et donc là, la question, c'est est-ce que pour les personnes qui sont concernées, donc là, au date
02:01de 3 000 euros, est-ce qu'on gèle complètement leur retraite ?
02:05C'est-à-dire qu'on ne revalorise pas. Et donc, si on fait 0 % au lieu de 2
02:08%, elles perdent 2 % de pouvoir d'achat sur leur retraite.
02:11Donc, si vous avez globalement 3 000 euros de retraite par mois, on voit que les montants seraient à peu
02:18près de 60 euros par mois de perte de pouvoir d'achat,
02:22si c'est l'ensemble des retraites, parce que c'est compliqué. Il y a les retraites de base et
02:26les retraites complémentaires.
02:27Et pour les complémentaires, ce n'est pas aussi évident. Bref, ce qu'on voit, c'est qu'on est
02:31sur des montants qui sont autour de l'année entre 400 et 500 euros
02:35pour ce début des retraites qui seraient au-delà de 3 000 et 4 000 euros, ce qui n'est
02:40pas négligeable.
02:40C'est-à-dire que c'est quand même une perte de pouvoir d'achat assez conséquente pour ces personnes
02:45-là.
02:46Mathieu Plannes, est-ce qu'à l'inverse, ça veut dire que la mesure, qui est toujours hypothétique, pourrait favoriser
02:51les pensions les plus modestes ?
02:54Non, ce n'est pas ce qui est souligné. En tout cas, moi, je ne l'ai pas vu circuler.
02:59Là, on peut peut-être rappeler aussi le contexte, c'est-à-dire que le gouvernement est face à une
03:03problématique budgétaire assez importante.
03:06On a un déficit qui est légèrement supérieur à 5 %. Le gouvernement souhaite effectivement que ce déficit ne dérape
03:14pas, voire qu'il baisse légèrement,
03:16même si on voit que le contexte politique rend les choses difficiles et donc il va falloir faire des efforts
03:21budgétaires.
03:21Et donc, on sait que la première dépense publique, ce sont les dépenses de retraite.
03:28Dans leur ensemble, si on prend l'ensemble des dépenses, on est pratiquement à 400 milliards par an.
03:31Et donc, à chaque fois que vous ne revalorisez pas, à l'équivalent de l'inflation, l'ensemble des retraites
03:36ou une partie des retraites,
03:38vous faites des économies budgétaires assez conséquentes.
03:40Là, on est sur des montants, par exemple, on parle de 750 millions d'euros pour un point d'inflation,
03:49quelque chose comme ça pour les retraites, si on ne valorise pas de 1 %, si on est 2 %,
03:54on est à plus de 1 milliard.
03:55Donc, c'est des montants qui sont assez significatifs.
03:59Et donc, l'idée aujourd'hui, il me semble, ce n'est pas ce que le gouvernement veut faire,
04:03ce n'est pas de faire de la redistribution.
04:04Ce n'est pas de dire qu'on prend au plus aisé pour donner au plus modeste.
04:07Et on prend surtout au plus aisé pour réduire le déficit.
04:11Alors, économiquement, on entend l'argument du ministre de l'économie.
04:15Politiquement, est-ce que tout ça est audible à 8 mois d'une présidentielle ?
04:20Ça va être toute la difficulté du débat budgétaire.
04:25On voit que les déficits, c'est toujours un exercice compliqué.
04:30C'est-à-dire qu'il faut soit faire des économies, soit sur de la dépense sociale,
04:35soit sur certains ministères, soit sur des collectivités locales,
04:39ou alors il faut augmenter les impôts, que ce soit sur les ménages ou les entreprises.
04:44Donc, ce n'est jamais sympathique.
04:46Et donc, il faut trouver, j'allais dire, des mesures qui soient consensuelles.
04:51Or, aujourd'hui, vous avez raison, le problème, c'est qu'il n'y a pas de consensus,
04:54il n'y a pas de compromis sur les bonnes mesures à prendre.
04:57Et donc, en fait, quand vous faites des économies budgétaires,
05:00vous augmentez des prélèvements, il y a toujours des perdants derrière.
05:03Et donc là, la piste, c'est de dire, bon, on va prendre, pas l'ensemble des retraités,
05:08mais les retraités les plus aisés, qui représentent, je crois qu'ils sont 1,4 milliard, 1,5 milliard à
05:14être concernés,
05:151,4 milliard, pardon, 1,4 milliard, 1,5 milliard, pardon, 1 million,
05:18sur un peu plus de 17 millions de retraités.
05:21Donc, je crois que c'est 8% des retraités qui pourraient être concernés.
05:24Donc, 92% des retraités ne sont pas concernés, mais symboliquement, effectivement,
05:29ça laisse penser que les retraités vont être certainement mis à contribution.
05:34Et on sait que, bien sûr, les retraités, c'est une catégorie sociale qui est importante,
05:39plus de 17 millions de personnes en France, et c'est des personnes qui votent.
05:43Oui, mais ils votent beaucoup.
05:44Ce n'est pas forcément le cas des jeunes.
05:45Et donc, il y a un poids politique important.
05:48Et donc, la question, c'est, est-ce que ça va passer ?
05:51Et puis, est-ce que, politiquement, la plupart des partis politiques vont accepter cette mesure,
05:55sachant que, oui, ces mesures-là sont rarement populaires,
05:58parce que c'est en face des pertes de pouvoir d'achat pour les retraités concernés ?
06:02Justement, Mathieu Plannes, côté réaction, les Insoumis rejettent l'idée du gel des pensions.
06:07C'est le cas aussi du Rassemblement National.
06:09Chez les socialistes, on a entendu Jérôme Gage,
06:11qui ne ferme pas tout à fait la porte,
06:13en demandant que ça s'intègre dans un effort plus large.
06:16Est-ce que ce sera, d'après vous, un thème majeur de la prochaine campagne,
06:21quels que soient les partis ?
06:23Oui, alors, pour la prochaine campagne,
06:26on va se rapprocher assez vite, d'ailleurs, à la rentrée,
06:29à la fois le budget, mais très vite,
06:31on va arriver sur le début de la présidentielle.
06:34La grande question, c'est comment on redresse nos comptes publics.
06:38Et, j'allais dire, la prochaine personne qui sera à l'Elysée,
06:43à l'Elysée, aura un gros sujet là-dessus.
06:46C'est-à-dire, il va falloir trouver, dans les prochaines années,
06:50une centaine de milliards d'euros pour réduire les déficits
06:54et commencer à stabiliser notre dette publique.
06:56Et donc, la question, c'est comment faire ?
06:58Comment faire ?
06:59Et puis, pour ça, il faut une majorité.
07:01Et, comme je vous disais, redresser les comptes publics,
07:04ça veut dire faire des efforts budgétaires,
07:07c'est augmenter les prélèvements, c'est faire des économies.
07:10Il y a rarement des impôts ou des économies magiques.
07:13Donc, derrière, il y a souvent des perdants.
07:15Et donc, il faut trouver une espèce de compromis autour de ça,
07:18parce que c'est aussi une nécessité.
07:19C'est-à-dire qu'on ne peut pas rester avec ce niveau de déficit.
07:21Et donc, la question des retraites va revenir sur la table,
07:24parce qu'on sait que les retraites, c'est une masse extrêmement importante.
07:28On va dire, pratiquement la moitié de la dépense publique en France,
07:30c'est les retraites et la santé.
07:31Donc, forcément, il y aura un sujet très fort sur cette question-là.
07:35Mais comme on vient de l'évoquer, c'est rarement populaire et c'est difficile à faire.
07:40Donc, c'est comment mettre à contribution l'ensemble des retraités,
07:43mais l'ensemble des Français pour réduire les déficits,
07:45mais tout en gardant un esprit de justice, en fait.
07:48Et ne pas faire qu'on ait une catégorie, pas l'autre, etc.
07:51D'autant, Mathieu Plannes, d'un mot,
07:54qu'on sait que ce problème de la dette, il est absolument crucial,
07:57mais que les Français, ils veulent plus de médecins,
07:59ils veulent plus de pompiers, ils veulent plus de policiers et de professeurs.
08:02Donc, on a l'impression qu'entre le bon sens,
08:05faire des économies et ce que réclament les Français,
08:08il y a quand même une vraie marge.
08:10Oui, c'est là où ça va être très difficile,
08:13parce qu'on voit bien qu'une campagne présidentielle,
08:15elle se gagne plutôt sur des promesses,
08:18j'allais dire, de nouvelles mesures,
08:20de pouvoir d'achat, d'éducation, de santé,
08:23ce que vous avez, OK, de sécurité,
08:25plutôt que de dire, en fait, il va falloir serrer la ceinture.
08:28Donc, il risque d'y avoir une gueule de bois,
08:30c'est ce que j'aurais tendance à dire.
08:32C'est-à-dire que si le ou la présidente,
08:36la future présidente, est élue sur un programme assez ambitieux,
08:40budgétairement, comme on disait,
08:41de pouvoir d'achat ou de dépenses supplémentaires,
08:43ou de baisse d'impôts,
08:44la question, c'est comment on fait ?
08:46C'est-à-dire comment on fait pour trouver une trajectoire
08:49de finances publiques, qu'il soit crédible ?
08:51Comment on fait pour réduire nos déficits ?
08:52Comment on fait pour stabiliser notre dette ou réduire notre dette ?
08:55On voit que les charges d'intérêt sont en train d'augmenter de façon massive,
08:58qui est en train de réduire aussi notre espace budgétaire
09:01et la capacité d'intervention.
09:03Et donc, la question, c'est comment on réconcilie aujourd'hui
09:05cette possibilité, aujourd'hui, de l'économie française,
09:09de continuer à avoir de la croissance,
09:10de continuer à investir, de continuer à faire des efforts
09:12et des dépenses, effectivement, sur l'éducation, la sécurité,
09:14tout en réduisant les déficits.
09:16Donc, il faut un vrai programme politique, cohérent.
09:18Et ça, ça va être la grande, à mon avis, difficulté de la présidentielle.
09:23Éclaircissement signé.
09:24Mathieu Plannes, merci à vous.

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