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  • il y a 2 jours
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Télématin reçoit Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision à l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). 

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Transcription
00:00Grands rouleurs et travailleurs modestes, ce sont les nouveaux candidats aux aides du gouvernement annoncés hier pour faire face à
00:04la hausse des prix du carburant.
00:06Les réactions sont contrastées ce matin. Bonjour Mathieu Plannes.
00:09Bonjour.
00:09Vous êtes directeur adjoint du département analyse et prévisions de l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques.
00:14Près de 3 millions de Français seraient concernés par ce nouveau paquet d'aides ciblées.
00:19Grands rouleurs, travailleurs modestes, on le disait, les taxis VTC devraient aussi être aidés.
00:24On est toujours dans cette logique d'aides sur mesure ou à petits pas plutôt qu'un chèque généralisé.
00:29Oui, tout à fait. Clairement ciblées, voire même très ciblées, pour des raisons budgétaires.
00:37C'est-à-dire qu'on voit qu'il y a quand même des effets d'annonce assez marquants, mais
00:42la réalité c'est que l'enveloppe budgétaire affectée est quand même assez limitée.
00:46Et ce serait très différent de baisse généralisée, par exemple avec des remises carburant ou des baisses de taxes.
00:52Il est chiffré d'ailleurs ce nouveau paquet d'aides ciblées ou pas encore ?
00:55Oui, il y a des chiffres qui tournent comme 170 millions d'euros.
00:59Mais pour vous donner les ordres de grandeur, de l'autre côté le gouvernement parle de faire 6 milliards d
01:04'économies.
01:04C'est ça, on donne d'un côté et on reprend de l'autre.
01:06Et si vous faites le rapport, 170 millions qui sont donnés, 6 milliards qu'il faut retrouver, c'est un
01:10rapport de 1 pour 30.
01:12Donc ça reste quand même très très limité.
01:13On est très très loin de ce qui avait été fait lors de la guerre en Ukraine et justement du
01:19bouclier tarifaire, la remise en carburant qui s'était chiffré en plusieurs dizaines de milliards d'euros.
01:23Donc on est sur des annonces ciblées avec des effets qui seront assez limités.
01:28Parce que même si vous prenez là pour les gros rouleurs, on parle d'une remise de 20 centimes par
01:35litre.
01:36En gros, pour être éligible, il faut faire à peu près, je crois que c'est plus de 8000 kilomètres
01:40par an.
01:40Ça revient, voilà.
01:41Si vous faites par exemple 200 kilomètres par semaine, c'est-à-dire que si vous êtes à 20 kilomètres
01:45de votre travail, je faisais le calcul, sur un mois la remise, ça sera 10 euros.
01:50Donc vous allez bénéficier de 10 euros, sur trois mois ça vous fait 30.
01:53Voilà, donc c'est pas négligeable mais c'est pas massif.
01:56Donc ça va peut-être limiter dans certains cas la situation de profession ou de personne, enfin de la dégradation.
02:02Mais on est très loin de mesure.
02:04Et puis c'est pas pour tout le monde parce que les aides ciblées, ça veut dire qu'il y
02:05a le risque d'oublier certaines personnes.
02:07On entend beaucoup les infirmiers libéraux depuis hier et leurs syndicats qui demandent évidemment une aide plus importante.
02:14Donc ça va forcément faire des mécontents.
02:15Oui, il y a toujours des mécontents.
02:17Et puis vous savez qu'en fait du ciblage, forcément il faut choisir votre cible.
02:21Et donc si vous êtes à côté de la cible, vous n'êtes pas content.
02:24Et donc c'est clair.
02:26Là, déjà sur ces fameux gros rouleurs, grands rouleurs, je ne sais pas comment il faut dire, il y a
02:31deux conditions.
02:32C'est une condition de distance, si j'ai bien compris, il faut être au moins à 15 kilomètres de
02:36son travail.
02:36Voilà, c'est ça.
02:38Et une condition de ressources.
02:39Et après une condition de ressources.
02:41Et condition de ressources, là il y a 3 millions de personnes qui pourraient être éligibles.
02:44En France, il y a plus de 30 millions de ménages.
02:46Donc ça veut dire qu'il y aura des seuils aussi, à mon avis, qui sont assez bas pour être
02:49éligibles.
02:51Donc une fois de plus, ce n'est pas négligeable.
02:52C'est toujours mieux que rien.
02:54Mais ça ne change pas radicalement la situation.
02:58Le Premier ministre a laissé entendre que si la crise se poursuivait, il y aurait d'autres annonces.
03:02Ça veut dire qu'à votre avis, le gouvernement, il en a encore un peu sous le pied.
03:04Il sait qu'il a mis un peu de côté au cas où ?
03:07Oui, je pense.
03:08Alors après, je ne vais pas lire dans une boule de cristal, mais c'est un peu le but.
03:14Mais la réalité, c'est que je pense que le gouvernement est un peu en position « wait and see
03:18».
03:18C'est-à-dire que comme on ne sait pas comment le conflit va évoluer, pour le moment, il garde
03:22quelques cartouches, sachant qu'il n'en a pas beaucoup.
03:26Contrairement à d'autres pays où, effectivement, la situation budgétaire est meilleure.
03:33Vous avez raison, il y a l'Allemagne, par exemple, mais l'Espagne a déjà mis 5 milliards.
03:37Donc nous, on parle de 200 millions versus 5 milliards.
03:41Donc ce n'est pas du tout la même chose.
03:43Par contre, si la situation continue, voire se dégrade, le gouvernement sera obligé d'agir certainement plus.
03:49C'est pour ça qu'il est quand même très prudent, à la fois sur les mesures qu'il annonce,
03:53et puis aussi sur les questions budgétaires, en disant « voilà, il n'y a pas beaucoup d'argent,
03:57on va faire 6 milliards tout de suite d'économies parce qu'il faut compenser le coût de la crise
04:01».
04:02Mais clairement, si les choses durent et se durcissent, je pense que d'autres mesures pourraient arriver.
04:08Et jusqu'au chèque généralisé ?
04:10C'est inévitable ou c'est totalement impensable au regard de la situation budgétaire de la France ?
04:15Le chèque généralisé serait quand même assez compliqué.
04:17Ça serait assez compliqué, mais aller un cran plus loin sur certaines mesures.
04:24Les distributeurs, par exemple, disent qu'on peut utiliser les recettes du certificat d'économie d'énergie.
04:29On rappelle ce que c'est, ça permet aux ménages de financer les travaux de rénovation.
04:34Et ces recettes-là, elles n'entrent pas dans le cadre du budget.
04:38Donc c'est quelque chose qui pourrait être simple à faire, disent les distributeurs.
04:41Simple à faire, mais par contre, du coup, vous n'avez plus le financement pour la rénovation,
04:46notamment thermique des bâtiments.
04:47Et ça représente autour de 15 centimes par les deux carburants.
04:51Donc peut-être que si vraiment la situation ne s'améliore pas,
04:55ils pourraient dire qu'on ne fait que la moitié de ces certificats d'économie d'énergie.
05:01Et donc, ça pourrait baisser de quelques centimes le prix du carburant.
05:05Après, il n'y a pas de formule miracle.
05:07C'est-à-dire qu'on a parlé de plafonner les marges des distributeurs.
05:10Les distributeurs sont entre 1 et 3 centimes de marge.
05:13Donc ça ne changerait pas radicalement les choses.
05:14Il y a la question des raffineries aussi, qui font quand même beaucoup de marge pour le coup.
05:17Mais c'est très difficile de les contraindre parce qu'elles peuvent aller vendre leur diesel ailleurs.
05:22C'est un marché mondial.
05:23Et après, c'est soit vous allez faire des ristournes sur les taxes.
05:27Mais là, ça coûte très vite, très cher.
05:29Et en plus, ça bénéficie à tout le monde.
05:30Y compris à des gens qui n'en ont pas besoin ou qui ne font pas d'efforts pour réduire
05:34leur consommation de carburant
05:35ou qui vont partir en vacances avec des grosses voitures.
05:38Donc, il faut faire attention à ça et de ne pas non plus arroser le sable.
05:41C'est-à-dire qu'au bout d'un moment, vous risquez de subventionner des énergies fossiles
05:44à des gens qui n'ont pas forcément besoin de ces remises-là.
05:48On entend Michel-Édouard Leclerc qui dit que l'essence ne va pas baisser de si tôt.
05:52On entend le patron de l'agence de l'énergie qui dit qu'on mettra deux ans à s'en
05:56remettre.
05:57Ça veut dire que les perspectives sont assez sombres ?
05:59Elles ne sont pas terribles.
06:01Elles ne sont pas terribles, je ne vais pas vous mentir.
06:03Après, des fois, on noircit peut-être un peu le tableau, y compris pour préparer les esprits,
06:07en disant voilà, la situation est grave, elle est grave.
06:11Maintenant, il y a tellement d'incertitudes que la réalité, c'est que personne n'en sait rien.
06:15Ça dépend de M. Trump, d'une part, et de comment il va se lever ce matin ou demain matin.
06:21Donc, les choses peuvent évoluer assez vite, dans un sens ou dans l'autre.
06:25Alors, dans un sens, ça ne sera jamais extraordinaire parce qu'effectivement,
06:28il y a eu quand même des dégâts importants et que l'année 2026 va être quand même compliquée.
06:33Maintenant, il y a des scénarios un peu catastrophes.
06:35On pourrait avoir une escalade avec des prix du carburant qui continuent à augmenter
06:38et un choc généralisé sur l'économie extrêmement fort, comme un choc pétrolier.
06:43Pour le moment, on est dans un scénario intermédiaire.
06:45D'ailleurs, ce qui est un peu paradoxal, c'est que le gouvernement a révisé sa prévision de croissance,
06:49mais seulement de 0,1%.
06:50Donc, quelque part, il déclare que la situation est dure et difficile.
06:54La prison de croissance, elle est passée de 1 à 0,9%, ce qui n'est pas un scénario catastrophe.
06:59Merci, Mathieu Plaine.
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