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  • il y a 11 minutes
Édouard Vieillefond, directeur général de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mercredi 22 juillet. Ils sont revenus sur les impacts de la sécheresse sur l'agriculture ainsi que la valorisation du régime Cat-Nat, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Edouard Vieilleton qui est avec moi dans le Grand Entretien,
00:02directeur général de la Caisse Centrale de Réassurance.
00:04Bonjour.
00:05Bonjour.
00:05Merci d'être avec moi dans la matinale de l'économie.
00:07Vous êtes réassureur public chargé du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles.
00:12Vous conseillez aussi les pouvoirs publics en matière de prévention et d'adaptation.
00:16Évidemment, on a cette situation cet été.
00:20Trois canicules en deux mois.
00:22La sécheresse qui suit, les inondations qui arrivent après au mois de septembre,
00:27même si on ne les a pas encore vécues, mais ça devient cyclique.
00:31Des conséquences sur les humains, sur l'agriculture, sur les bâtiments.
00:37Ensuite, est-ce qu'on a déjà peut-être une estimation de ce que tout ça vous coûtait
00:40rien que sur l'année 2026 ?
00:43Déjà, la priorité, c'est évidemment l'humain, c'est la vie.
00:47Et quand on voit ce qui s'est passé, notamment à Mérignac hier,
00:50et qui est absolument dramatique, c'est la priorité absolue.
00:53Après, c'est vrai que le réchauffement climatique, les canicules,
00:56ça a un effet sur beaucoup de choses.
00:57C'est un effet sur les hommes, sur les animaux, sur l'agriculture et sur les biens.
01:02Alors, CCR, la Caisse centrale de réassurance, s'occupe des biens.
01:05Nous regardons des choses qui sont en lien avec les dommages.
01:08Alors, les dommages aux maisons, les dommages aux appartements,
01:10les dommages aux biens professionnels.
01:13Et donc, aujourd'hui, je n'ai pas de chiffres à vous donner,
01:15mais par exemple, dans notre domaine,
01:16qui vise principalement la sécheresse au sens, vous savez,
01:19les fissures des maisons, le fameux retrait gonflement des argiles,
01:22on pense que ça va être, franchement, une mauvaise année
01:25qui risque de ressembler à 2022
01:27et qui se comptera en milliards d'euros et pas en centaines de millions d'euros.
01:30Donc, c'est une année très importante
01:32qui aura des conséquences matérielles,
01:34des conséquences sur l'agriculture,
01:35des conséquences sur la vie humaine,
01:37mais aussi des conséquences, dans un deuxième temps,
01:39sur les biens dont nous avons la charge, en quelque sorte,
01:42en matière de réassurance publique.
01:43Les dommages assurés liés aux catastrophes naturelles
01:46pourraient croître de l'ordre de 60% d'ici 2050.
01:50Là, on est finalement dans des actions tous les ans
01:54et en matière d'assurance, un petit peu de réaction.
01:58Comment passer à un système,
02:00et comme dans la santé, on en a besoin,
02:01à un système de prévention ?
02:04Alors, CCR s'occupe principalement
02:06du régime catastrophe naturelle de 1982,
02:08qui marche très bien d'ailleurs.
02:09Donc, la chance qu'on a en France,
02:11et c'est souvent envié dans d'autres pays,
02:13c'est qu'on a un régime d'indemnisation,
02:15d'assurance qui marchait.
02:16Il faut insister là-dessus,
02:17parce que ce n'est vraiment pas le cas partout,
02:19ce n'est pas le cas en Allemagne, etc.
02:21En revanche, c'est vrai qu'en France,
02:23mais dans tous les domaines,
02:24on est souvent moins bon en prévention
02:26que dans l'action.
02:27On le voit d'ailleurs, dans votre émission juste avant,
02:29les pompiers font un travail extraordinaire,
02:31la sécurité civile également,
02:33quand il faut passer à l'action.
02:34Mais en amont, on est souvent beaucoup moins bon en France,
02:36de façon générale.
02:38Alors, oui, les dommages liés aux catastrophes naturelles,
02:41aux risques naturelles, vont augmenter.
02:43Aujourd'hui, on est à peu près à 2 milliards d'euros
02:46par an de dommages sur les très grands risques.
02:48Les inondations, le retrait et gonflement des argiles
02:51dont je viens de parler,
02:52les cyclones, les tremblements de terre,
02:54c'était 1 milliard d'euros en 1982
02:56lors de la création du régime.
02:58Donc déjà, c'est fois 2.
02:59Et on pense qu'effectivement,
03:01à un horizon de 2050,
03:02on va en avoir pour environ 60% de plus.
03:04Donc 3 milliards, 3 milliards 2,
03:06peut-être 3 milliards 5,
03:07ça dépend un peu des hypothèses
03:08et de la tendance du réchauffement climatique.
03:10Donc, ça veut dire que ça va coûter un peu plus cher.
03:12C'est clair que les primes vont un petit peu augmenter,
03:15que la fameuse surprime cadenade
03:16va continuer d'augmenter un petit peu,
03:18pas beaucoup,
03:19parce qu'elle a augmenté nécessairement fortement
03:21à partir de l'an dernier, en 2025.
03:23Oui, de 12 à 20%.
03:25Voilà, mais ce qui va tuer le coût, en fait,
03:26ce qui va permettre que le coût n'augmente pas,
03:28voire soit flat,
03:29c'est tout simplement la prévention.
03:30Et on sait aujourd'hui que quand on met 1 euro
03:32dans la prévention,
03:34aujourd'hui,
03:35typiquement quand on fait des ouvrages hydrauliques,
03:37quand on fait des digues,
03:38des zones de débordement,
03:39quand on aménage au niveau intercommunal
03:42tel ou tel village ou tel ou tel bourg de bonne façon,
03:45l'efficacité est extraordinaire.
03:46C'est des ratios de 1 pour 3,
03:47de 1 pour 4, etc.
03:49Donc, tout euro mis dans la prévention
03:50permet d'économiser beaucoup de choses,
03:53d'éviter des dommages,
03:54d'éviter des sinistres pour les gens également
03:56et donc de payer beaucoup moins cher à la fin.
03:58Pour le moment,
03:59la majorité de nos habitations sont assurées.
04:02On estime seulement 1 000 communes
04:04qui sont dans une situation un peu plus embêtante
04:07sur les 35 000 communes existantes.
04:09Est-ce qu'on peut imaginer, peut-être,
04:11dans les prochaines années,
04:13un régime qui va finalement fixer ses prix
04:16et ses remboursements
04:18en fonction des efforts qui sont faits
04:20par les collectivités, par les ménages,
04:22par les entreprises sur les territoires ?
04:24Alors, sur la référence à ce petit millier de communes
04:27qui provient de notre rapport de l'Observatoire
04:30que j'ai remis au ministre de la Transition écologique
04:32et des Finances, donc le 15 juin dernier,
04:35en fait, on parle d'un petit millier de communes
04:36sur 35 000 quasiment.
04:38Donc, ça fait moins de 3 %,
04:40où effectivement, il y a des tensions assurantielles.
04:41Alors, ce n'est pas l'assurabilité
04:43ou l'assurance des communes elles-mêmes,
04:44c'est l'assurance des maisons qu'on a analysées.
04:47Donc, 1 000 sur 35 000, ce n'est pas beaucoup.
04:49Ça veut dire qu'on peut s'assurer à peu près partout en France
04:52ou presque partout à la maille communale.
04:54Donc, ça, c'est la très bonne nouvelle.
04:55Mais dans ce millier de communes,
04:57il y a quand même des signes de tension.
04:59C'est-à-dire qu'on a une carte
05:00qui est disponible sur notre site,
05:01sur le site de CCR.
05:03Et quand on clique sur une commune,
05:04on voit de quelle couleur elle est.
05:05Il y en a un petit millier
05:06qui est un petit peu plus tendu,
05:08c'est-à-dire avec moins d'assureurs que la normale.
05:10Alors, ça va, mais il faut surveiller.
05:12Et donc, un, il faut surveiller.
05:14Et puis, deux, il faut prendre des mesures.
05:15Et là, je réponds à votre question directement.
05:17Oui, en France, le sujet que nous avons,
05:19c'est que dans le régime Catenat,
05:20nous avons un dispositif dans la loi
05:22qui explique comment l'indemnisation doit fonctionner,
05:24comment CCR doit fonctionner.
05:26Mais il n'y a pas beaucoup de détails
05:27sur la prévention à faire.
05:28Donc, de quoi avons-nous besoin ?
05:30D'abord, on a besoin de cartes
05:31ou d'une carte globale pour dire ce qu'est le risque.
05:34Et ça, ça ne peut être que l'État qui le dit.
05:36Il y a déjà beaucoup de choses qui sont accumulées,
05:38mais il faut les synthétiser.
05:39C'est prévu dans le plan national
05:40d'adaptation au changement climatique
05:42qui a été publié il y a deux ans.
05:44Et ensuite, quand vous connaissez le risque,
05:45quand vous connaissez la carte,
05:47eh bien, il faut dire
05:48quelles sont les obligations de prévention
05:50à tel ou tel endroit.
05:51Et il faut toujours les deux.
05:52C'est-à-dire qu'il faut des obligations,
05:54des incitations à la prévention
05:55pour les communes,
05:56pour les particuliers,
05:57pour les entreprises.
05:58Mais en échange, évidemment,
06:00il faut aider.
06:01C'est-à-dire qu'il faut de l'argent public
06:03pour contribuer à la réduction de cette prévention.
06:05On le fait déjà pour la prévention collective
06:07à travers un fonds qui est très connu,
06:09c'est le fameux fonds Barnier.
06:10qui a été créé en 1995
06:12dans la loi éponyme, la loi Barnier.
06:14Et donc, on est très, très bon en France,
06:16en fait, et c'est pas connu,
06:17pour la prévention collective.
06:19C'est-à-dire vraiment la prévention,
06:20les grands barrages, etc.
06:22En revanche, et tous les ouvrages hydrauliques,
06:23en revanche, sur la prévention individuelle,
06:25où il faut aller chercher, entre guillemets,
06:26la prévention à la maille de la maison,
06:28des particuliers,
06:29c'est beaucoup plus compliqué
06:30parce qu'il faut avoir accès
06:32à chaque particulier,
06:33à chaque propriétaire
06:34ou occupant de maison.
06:35Et donc, c'est un problème de distribution.
06:37Et c'est là que nous avons
06:38un très gros progrès à faire
06:40dans les mois qui viennent.
06:41Alors justement,
06:42comment peut évoluer ce rapport
06:44plutôt que ce particulier
06:46qui attend la catastrophe
06:47pour finalement être indemnisé,
06:51qu'il soit plus proactif ?
06:52À quoi réellement va ressembler ce rapport
06:54dans les 5-10 ans ?
06:55À quoi va ressembler l'assurance
06:57dans 10 ans finalement ?
06:58Sur quoi vous travaillez ?
07:01En fait, le sujet principal,
07:03c'est la prévention,
07:04on vient de se le dire.
07:05Et donc, il faut lier les deux.
07:06De toute façon,
07:07quand on a de très grands risques,
07:08qu'ils soient technologiques
07:09comme le cyber,
07:10qu'ils soient industriels
07:11ou qu'ils soient naturels,
07:12un très grand risque sans prévention,
07:14on n'arrive plus à l'assurer à la fin.
07:15Donc aujourd'hui,
07:16le point de départ est très bon
07:17puisqu'on arrive à financer
07:19un régime catenatte
07:20finalement avec peu d'argent,
07:21avec un prélèvement,
07:22une surprime qui est assez basse.
07:24Mais on sait que la courbe
07:25va être croissante
07:26dans les années qui viennent.
07:27Donc ce qui compte,
07:28c'est pour le risque principal aujourd'hui
07:30qui est le plus fort en France,
07:31qui est ce fameux retrait
07:32gonflement des argiles.
07:33C'est 12 millions de maisons,
07:3560% des maisons françaises.
07:37Et si on fait par exemple
07:38une réparation moyenne
07:39à 30 000 ou 40 000 euros,
07:40vous voyez que c'est un dossier
07:41à 500 milliards d'euros
07:42dans les dizaines d'années,
07:44dans les 50 ou les 100 années
07:45qui arrivent.
07:46Donc pour gérer ça,
07:47ça ne se gère que par la prévention.
07:49Et donc il faut entrer
07:50dans un partenariat public-privé
07:52entre l'État, les assureurs,
07:53la CCR, etc.
07:54de telle façon
07:55qu'il y ait cet alignement d'intérêts.
07:57Alors ça veut dire quoi ?
07:58Ça veut dire qu'il faut
07:58des financements publics,
07:59qu'il faut des financements privés,
08:00mais que sur la distribution
08:02de cette aide
08:03qui existe déjà
08:04mais qui aujourd'hui
08:04n'est que collective
08:05et qui n'arrive pas
08:06à atteindre la maison individuelle
08:08pour le RGA en métropole
08:10et aussi pour les cyclones
08:12dans les territoires ultramarins,
08:13il faut cette distribution.
08:14En pratique, ça veut dire quoi ?
08:15Ça veut dire qu'un particulier
08:16doit pouvoir appeler quelqu'un,
08:17par exemple son assureur,
08:18en disant
08:18est-ce que je suis éligible ?
08:20Est-ce que je peux voir quelque chose ?
08:21Et même,
08:22est-ce que vous pourriez
08:22vous en occuper ?
08:23Parce que la démarche administrative
08:24est évidemment extrêmement complexe
08:26et lourde.
08:26C'est ça l'objectif.
08:27Peut-être que ce qu'on a vu
08:28ces dernières semaines
08:29effectivement dans nos médias
08:30va convaincre les gens
08:31de faire appel
08:32de façon plus tôt
08:34finalement dans le processus
08:36à ces dispositifs.
08:38Merci beaucoup
08:38Edouard Vieilfond
08:39d'être venu ce matin
08:40dans la matinale
08:42de l'économie,
08:42directeur général
08:43de la Caisse centrale
08:44de Réassurance.
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