00:00C'est Edouard Vieilleton qui est avec moi dans le Grand Entretien,
00:02directeur général de la Caisse Centrale de Réassurance.
00:04Bonjour.
00:05Bonjour.
00:05Merci d'être avec moi dans la matinale de l'économie.
00:07Vous êtes réassureur public chargé du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles.
00:12Vous conseillez aussi les pouvoirs publics en matière de prévention et d'adaptation.
00:16Évidemment, on a cette situation cet été.
00:20Trois canicules en deux mois.
00:22La sécheresse qui suit, les inondations qui arrivent après au mois de septembre,
00:27même si on ne les a pas encore vécues, mais ça devient cyclique.
00:31Des conséquences sur les humains, sur l'agriculture, sur les bâtiments.
00:37Ensuite, est-ce qu'on a déjà peut-être une estimation de ce que tout ça vous coûtait
00:40rien que sur l'année 2026 ?
00:43Déjà, la priorité, c'est évidemment l'humain, c'est la vie.
00:47Et quand on voit ce qui s'est passé, notamment à Mérignac hier,
00:50et qui est absolument dramatique, c'est la priorité absolue.
00:53Après, c'est vrai que le réchauffement climatique, les canicules,
00:56ça a un effet sur beaucoup de choses.
00:57C'est un effet sur les hommes, sur les animaux, sur l'agriculture et sur les biens.
01:02Alors, CCR, la Caisse centrale de réassurance, s'occupe des biens.
01:05Nous regardons des choses qui sont en lien avec les dommages.
01:08Alors, les dommages aux maisons, les dommages aux appartements,
01:10les dommages aux biens professionnels.
01:13Et donc, aujourd'hui, je n'ai pas de chiffres à vous donner,
01:15mais par exemple, dans notre domaine,
01:16qui vise principalement la sécheresse au sens, vous savez,
01:19les fissures des maisons, le fameux retrait gonflement des argiles,
01:22on pense que ça va être, franchement, une mauvaise année
01:25qui risque de ressembler à 2022
01:27et qui se comptera en milliards d'euros et pas en centaines de millions d'euros.
01:30Donc, c'est une année très importante
01:32qui aura des conséquences matérielles,
01:34des conséquences sur l'agriculture,
01:35des conséquences sur la vie humaine,
01:37mais aussi des conséquences, dans un deuxième temps,
01:39sur les biens dont nous avons la charge, en quelque sorte,
01:42en matière de réassurance publique.
01:43Les dommages assurés liés aux catastrophes naturelles
01:46pourraient croître de l'ordre de 60% d'ici 2050.
01:50Là, on est finalement dans des actions tous les ans
01:54et en matière d'assurance, un petit peu de réaction.
01:58Comment passer à un système,
02:00et comme dans la santé, on en a besoin,
02:01à un système de prévention ?
02:04Alors, CCR s'occupe principalement
02:06du régime catastrophe naturelle de 1982,
02:08qui marche très bien d'ailleurs.
02:09Donc, la chance qu'on a en France,
02:11et c'est souvent envié dans d'autres pays,
02:13c'est qu'on a un régime d'indemnisation,
02:15d'assurance qui marchait.
02:16Il faut insister là-dessus,
02:17parce que ce n'est vraiment pas le cas partout,
02:19ce n'est pas le cas en Allemagne, etc.
02:21En revanche, c'est vrai qu'en France,
02:23mais dans tous les domaines,
02:24on est souvent moins bon en prévention
02:26que dans l'action.
02:27On le voit d'ailleurs, dans votre émission juste avant,
02:29les pompiers font un travail extraordinaire,
02:31la sécurité civile également,
02:33quand il faut passer à l'action.
02:34Mais en amont, on est souvent beaucoup moins bon en France,
02:36de façon générale.
02:38Alors, oui, les dommages liés aux catastrophes naturelles,
02:41aux risques naturelles, vont augmenter.
02:43Aujourd'hui, on est à peu près à 2 milliards d'euros
02:46par an de dommages sur les très grands risques.
02:48Les inondations, le retrait et gonflement des argiles
02:51dont je viens de parler,
02:52les cyclones, les tremblements de terre,
02:54c'était 1 milliard d'euros en 1982
02:56lors de la création du régime.
02:58Donc déjà, c'est fois 2.
02:59Et on pense qu'effectivement,
03:01à un horizon de 2050,
03:02on va en avoir pour environ 60% de plus.
03:04Donc 3 milliards, 3 milliards 2,
03:06peut-être 3 milliards 5,
03:07ça dépend un peu des hypothèses
03:08et de la tendance du réchauffement climatique.
03:10Donc, ça veut dire que ça va coûter un peu plus cher.
03:12C'est clair que les primes vont un petit peu augmenter,
03:15que la fameuse surprime cadenade
03:16va continuer d'augmenter un petit peu,
03:18pas beaucoup,
03:19parce qu'elle a augmenté nécessairement fortement
03:21à partir de l'an dernier, en 2025.
03:23Oui, de 12 à 20%.
03:25Voilà, mais ce qui va tuer le coût, en fait,
03:26ce qui va permettre que le coût n'augmente pas,
03:28voire soit flat,
03:29c'est tout simplement la prévention.
03:30Et on sait aujourd'hui que quand on met 1 euro
03:32dans la prévention,
03:34aujourd'hui,
03:35typiquement quand on fait des ouvrages hydrauliques,
03:37quand on fait des digues,
03:38des zones de débordement,
03:39quand on aménage au niveau intercommunal
03:42tel ou tel village ou tel ou tel bourg de bonne façon,
03:45l'efficacité est extraordinaire.
03:46C'est des ratios de 1 pour 3,
03:47de 1 pour 4, etc.
03:49Donc, tout euro mis dans la prévention
03:50permet d'économiser beaucoup de choses,
03:53d'éviter des dommages,
03:54d'éviter des sinistres pour les gens également
03:56et donc de payer beaucoup moins cher à la fin.
03:58Pour le moment,
03:59la majorité de nos habitations sont assurées.
04:02On estime seulement 1 000 communes
04:04qui sont dans une situation un peu plus embêtante
04:07sur les 35 000 communes existantes.
04:09Est-ce qu'on peut imaginer, peut-être,
04:11dans les prochaines années,
04:13un régime qui va finalement fixer ses prix
04:16et ses remboursements
04:18en fonction des efforts qui sont faits
04:20par les collectivités, par les ménages,
04:22par les entreprises sur les territoires ?
04:24Alors, sur la référence à ce petit millier de communes
04:27qui provient de notre rapport de l'Observatoire
04:30que j'ai remis au ministre de la Transition écologique
04:32et des Finances, donc le 15 juin dernier,
04:35en fait, on parle d'un petit millier de communes
04:36sur 35 000 quasiment.
04:38Donc, ça fait moins de 3 %,
04:40où effectivement, il y a des tensions assurantielles.
04:41Alors, ce n'est pas l'assurabilité
04:43ou l'assurance des communes elles-mêmes,
04:44c'est l'assurance des maisons qu'on a analysées.
04:47Donc, 1 000 sur 35 000, ce n'est pas beaucoup.
04:49Ça veut dire qu'on peut s'assurer à peu près partout en France
04:52ou presque partout à la maille communale.
04:54Donc, ça, c'est la très bonne nouvelle.
04:55Mais dans ce millier de communes,
04:57il y a quand même des signes de tension.
04:59C'est-à-dire qu'on a une carte
05:00qui est disponible sur notre site,
05:01sur le site de CCR.
05:03Et quand on clique sur une commune,
05:04on voit de quelle couleur elle est.
05:05Il y en a un petit millier
05:06qui est un petit peu plus tendu,
05:08c'est-à-dire avec moins d'assureurs que la normale.
05:10Alors, ça va, mais il faut surveiller.
05:12Et donc, un, il faut surveiller.
05:14Et puis, deux, il faut prendre des mesures.
05:15Et là, je réponds à votre question directement.
05:17Oui, en France, le sujet que nous avons,
05:19c'est que dans le régime Catenat,
05:20nous avons un dispositif dans la loi
05:22qui explique comment l'indemnisation doit fonctionner,
05:24comment CCR doit fonctionner.
05:26Mais il n'y a pas beaucoup de détails
05:27sur la prévention à faire.
05:28Donc, de quoi avons-nous besoin ?
05:30D'abord, on a besoin de cartes
05:31ou d'une carte globale pour dire ce qu'est le risque.
05:34Et ça, ça ne peut être que l'État qui le dit.
05:36Il y a déjà beaucoup de choses qui sont accumulées,
05:38mais il faut les synthétiser.
05:39C'est prévu dans le plan national
05:40d'adaptation au changement climatique
05:42qui a été publié il y a deux ans.
05:44Et ensuite, quand vous connaissez le risque,
05:45quand vous connaissez la carte,
05:47eh bien, il faut dire
05:48quelles sont les obligations de prévention
05:50à tel ou tel endroit.
05:51Et il faut toujours les deux.
05:52C'est-à-dire qu'il faut des obligations,
05:54des incitations à la prévention
05:55pour les communes,
05:56pour les particuliers,
05:57pour les entreprises.
05:58Mais en échange, évidemment,
06:00il faut aider.
06:01C'est-à-dire qu'il faut de l'argent public
06:03pour contribuer à la réduction de cette prévention.
06:05On le fait déjà pour la prévention collective
06:07à travers un fonds qui est très connu,
06:09c'est le fameux fonds Barnier.
06:10qui a été créé en 1995
06:12dans la loi éponyme, la loi Barnier.
06:14Et donc, on est très, très bon en France,
06:16en fait, et c'est pas connu,
06:17pour la prévention collective.
06:19C'est-à-dire vraiment la prévention,
06:20les grands barrages, etc.
06:22En revanche, et tous les ouvrages hydrauliques,
06:23en revanche, sur la prévention individuelle,
06:25où il faut aller chercher, entre guillemets,
06:26la prévention à la maille de la maison,
06:28des particuliers,
06:29c'est beaucoup plus compliqué
06:30parce qu'il faut avoir accès
06:32à chaque particulier,
06:33à chaque propriétaire
06:34ou occupant de maison.
06:35Et donc, c'est un problème de distribution.
06:37Et c'est là que nous avons
06:38un très gros progrès à faire
06:40dans les mois qui viennent.
06:41Alors justement,
06:42comment peut évoluer ce rapport
06:44plutôt que ce particulier
06:46qui attend la catastrophe
06:47pour finalement être indemnisé,
06:51qu'il soit plus proactif ?
06:52À quoi réellement va ressembler ce rapport
06:54dans les 5-10 ans ?
06:55À quoi va ressembler l'assurance
06:57dans 10 ans finalement ?
06:58Sur quoi vous travaillez ?
07:01En fait, le sujet principal,
07:03c'est la prévention,
07:04on vient de se le dire.
07:05Et donc, il faut lier les deux.
07:06De toute façon,
07:07quand on a de très grands risques,
07:08qu'ils soient technologiques
07:09comme le cyber,
07:10qu'ils soient industriels
07:11ou qu'ils soient naturels,
07:12un très grand risque sans prévention,
07:14on n'arrive plus à l'assurer à la fin.
07:15Donc aujourd'hui,
07:16le point de départ est très bon
07:17puisqu'on arrive à financer
07:19un régime catenatte
07:20finalement avec peu d'argent,
07:21avec un prélèvement,
07:22une surprime qui est assez basse.
07:24Mais on sait que la courbe
07:25va être croissante
07:26dans les années qui viennent.
07:27Donc ce qui compte,
07:28c'est pour le risque principal aujourd'hui
07:30qui est le plus fort en France,
07:31qui est ce fameux retrait
07:32gonflement des argiles.
07:33C'est 12 millions de maisons,
07:3560% des maisons françaises.
07:37Et si on fait par exemple
07:38une réparation moyenne
07:39à 30 000 ou 40 000 euros,
07:40vous voyez que c'est un dossier
07:41à 500 milliards d'euros
07:42dans les dizaines d'années,
07:44dans les 50 ou les 100 années
07:45qui arrivent.
07:46Donc pour gérer ça,
07:47ça ne se gère que par la prévention.
07:49Et donc il faut entrer
07:50dans un partenariat public-privé
07:52entre l'État, les assureurs,
07:53la CCR, etc.
07:54de telle façon
07:55qu'il y ait cet alignement d'intérêts.
07:57Alors ça veut dire quoi ?
07:58Ça veut dire qu'il faut
07:58des financements publics,
07:59qu'il faut des financements privés,
08:00mais que sur la distribution
08:02de cette aide
08:03qui existe déjà
08:04mais qui aujourd'hui
08:04n'est que collective
08:05et qui n'arrive pas
08:06à atteindre la maison individuelle
08:08pour le RGA en métropole
08:10et aussi pour les cyclones
08:12dans les territoires ultramarins,
08:13il faut cette distribution.
08:14En pratique, ça veut dire quoi ?
08:15Ça veut dire qu'un particulier
08:16doit pouvoir appeler quelqu'un,
08:17par exemple son assureur,
08:18en disant
08:18est-ce que je suis éligible ?
08:20Est-ce que je peux voir quelque chose ?
08:21Et même,
08:22est-ce que vous pourriez
08:22vous en occuper ?
08:23Parce que la démarche administrative
08:24est évidemment extrêmement complexe
08:26et lourde.
08:26C'est ça l'objectif.
08:27Peut-être que ce qu'on a vu
08:28ces dernières semaines
08:29effectivement dans nos médias
08:30va convaincre les gens
08:31de faire appel
08:32de façon plus tôt
08:34finalement dans le processus
08:36à ces dispositifs.
08:38Merci beaucoup
08:38Edouard Vieilfond
08:39d'être venu ce matin
08:40dans la matinale
08:42de l'économie,
08:42directeur général
08:43de la Caisse centrale
08:44de Réassurance.
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