00:00Une question, est-ce que vous croyez encore en la politique ?
00:03Non, répond une grande majorité de Français et ça ne cesse de se dégrader.
00:06Et si pour retrouver confiance, il fallait regarder du côté de nos élus locaux ?
00:10Bonjour Raphaël Rugeur.
00:12Bonjour.
00:12Merci d'être avec nous.
00:13Alors vous, vous êtes tout jeune, vous avez 25 ans, tout jeune pour moi,
00:16de mon point de vue c'est très jeune.
00:17Vous êtes le maire d'une petite commune, chez vous dans le Cher,
00:20ça s'appelle Nevis sur Baranjon, on a la carte.
00:23Et vous êtes aussi le fondateur de la Fédération des trucs qui marchent,
00:26et il y en a, ça m'a donné un livre que je montre à l'image,
00:30la Fédération française des trucs qui marchent.
00:32Donc vous sillonnez la France, vous rencontrez les élus locaux
00:35et en gros vous mettez en avant leurs initiatives, leurs solutions.
00:38Alors on a envie de savoir, est-ce que là vous avez comme ça un exemple tout récent
00:41à nous donner de quelque chose qui vous a intéressé ?
00:44Il y a quelques jours, on était à Villeneuve-Tolosanne, en banlieue de Toulouse,
00:48où le maire a par exemple imaginé un parcours culture et citoyenneté
00:52pour tous les enfants des écoles de la ville,
00:54qui leur permet de découvrir l'archéologie, les arts du cirque, les arts vivants.
00:59Et ils ont un certain nombre de séances tout au long de l'année,
01:02mais à Villeneuve-Tolosanne, en bénéficiant du musée communal,
01:05en bénéficiant d'un accès à des associations qui sont là sur le territoire.
01:09Ça coûte 66 euros par an et par enfant.
01:12Pour les 1300 élèves de la ville, c'est à peu plus de 70 000 euros.
01:16Mais c'est quand même moins cher que de, par exemple, prendre des bus et de les emmener à Bordeaux
01:20ou à Toulouse
01:21en montrant qu'on peut faire des choses extraordinaires en restant dans sa commune.
01:24Voilà donc un exemple concret.
01:26Si on devait prendre maintenant un coup de cœur, parce qu'il y en a beaucoup de ce genre d
01:29'idées dans votre livre,
01:30un exemple coup de cœur, quelque chose que peut-être vous auriez vous-même appliqué dans votre commune ?
01:34On peut parler de la beauté sauvera le monde, qui est née à Saint-Dizier en Haute-Marne,
01:38à partir de cette phrase de l'idiot de Dostoevsky,
01:41où le maire, pendant le Covid, avait eu l'idée de remplacer, pendant quelques semaines,
01:45les panneaux d'affichage publicitaire par des œuvres d'art issues des collections des musées nationaux.
01:50Ça, c'est sympa, ça.
01:51Quentin Brière, le jeune maire de Saint-Dizier, avait présenté cette initiative
01:54lors de notre grande soirée en 2022.
01:57Et quelques années plus tard, une centaine de communes ont dupliqué l'initiative,
02:01dont Nevis-sur-Baranjon, à Mont-Village.
02:03Ah, vous avez fait la même chose chez vous ?
02:04Alors nous, on n'a pas de panneau d'affichage publicitaire,
02:06mais on a des vitrines de commerce vacants,
02:09et donc on a pu afficher le bassin en Aféa de monnaie, par exemple.
02:14Ok. Et vous, vous pensez que toutes ces solutions locales-là,
02:17ça peut retisser le lien entre les Français et la politique, qui parfois se distant ?
02:22Bien sûr, l'idée, c'est de montrer qu'il y a des initiatives
02:25qui changent concrètement la vie des gens, l'image de nos villages, la dynamique de nos villes.
02:30Ce sont souvent des idées simples, qui ont cette particularité d'être duplicables,
02:34et donc des élus, au-delà de toute considération partisane,
02:37vont s'inspirer de leurs collègues, et vraiment indépendamment des couleurs politiques.
02:41Et ça, ça fait du bien.
02:42Mais est-ce qu'il n'y a pas un problème d'argent aussi,
02:44parce que ça coûte forcément un peu d'argent, toutes ces idées,
02:48alors qu'il n'y a pas forcément beaucoup d'argent dans les caisses des mairies ?
02:51On parle de 70 initiatives dans notre livre,
02:54et la moitié d'entre elles, finalement, permettent d'économiser de l'argent.
02:57Un exemple concret, en Haute-Marne, dans le pays de l'Angle,
03:01qui est un vaste territoire rural, il y avait des lignes de bus
03:03qui tournaient bien souvent à vide, qui coûtaient cher et qui polluaient.
03:06Et une maire, Sylvie Baudot, maire de Conce, 250 habitants,
03:10avait dit qu'il faut supprimer ces lignes de bus
03:12qui ne rendent service à personne pour du transport à la demande.
03:15On a remplacé 15 bus, des gros bus de 60 places,
03:18par des véhicules légers en transport à la demande.
03:21Ils ont multiplié par 4 le nombre d'utilisateurs
03:23pour un coût similaire pour la collectivité,
03:26un coût pour l'utilisateur, pareil, toujours 3 euros le trajet.
03:29On avait notamment pu monter avec Suzanne, 103 ans,
03:32qu'elle allait boire un coup de flotte avec ses copines au PMU du coin.
03:36Donc non seulement ça ne coûte pas forcément cher,
03:38mais en plus ce que vous nous dites, c'est que ça permet de faire des économies.
03:40L'autre question qu'on peut se poser, vous connaissez bien Paris,
03:42parce que je crois que vous travaillez aussi à Paris dans un cabinet de conseil.
03:46Est-ce que les solutions dont vous nous parlez,
03:48elles sont applicables de la même manière dans les petites communes
03:51que dans les grandes communes ?
03:52Complètement, on a fait des grandes villes.
03:54On a fait Le Havre, Bordeaux, on a été accueillis à Toulouse.
03:57Toulouse, par exemple, c'est la première commune qu'on a faite il y a maintenant 5 ans.
04:02Ils avaient créé des contrats entre la ville et les chambres d'agriculture
04:06de tous les départements de la région Occitanie.
04:08Jean-Jacques Bolzant, l'élu en charge du Bien Manger,
04:11c'est le nom de sa délégation, il disait le bien manger des Toulousains,
04:14c'est le bien vivre des agriculteurs de la région Occitanie.
04:16Ça marche, c'est concret, ça a un impact non seulement sur la santé
04:20de toutes celles et ceux qui fréquentent les cantines de Toulouse,
04:23mais aussi sur le pouvoir d'achat et l'attractivité de l'agriculture dans cette belle région.
04:29J'ai quand même une question, parce qu'on entend beaucoup,
04:30notamment il y a eu les élections municipales il n'y a pas si longtemps,
04:33une sorte de fatigue démocratique des élus qui disent,
04:35moi je n'y retourne pas, c'est trop compliqué.
04:38Quand on lit votre livre, on se dit tout est rose, tout est beau.
04:40Est-ce que vous avez ça aussi parfois, cette fatigue, cette lassitude ou pas du tout ?
04:43Non, c'est très difficile d'être élu dans son village ou dans sa ville.
04:47On est très sollicité, il y a énormément d'attentes.
04:50Qui plus est, on demande de plus en plus de choses aux élus,
04:52de par parfois le retrait d'un certain nombre de services publics,
04:56de par l'éloignement de certaines instances politiques.
04:59Le maire reste la figure la plus identifiée.
05:01À portée de baffe, comme on dit souvent.
05:03Oui, et puis parfois quand même apporter des remerciements.
05:06Un exemple, c'est Averteillac en Dordogne, le maire a dit,
05:09moi je ne veux pas porter la responsabilité seule de nos succès,
05:12mais surtout de nos échecs.
05:14Et donc il a demandé aux gens de s'impliquer,
05:15il a créé des comités thématiques pour que les gens puissent s'impliquer.
05:19Sur les 600 habitants, 150 font partie de comités thématiques.
05:23Nous on l'a lancé, dans mon village à Nevis-sur-Barre-en-Jon,
05:25on a lancé les inscriptions, on a déjà une soixantaine d'inscrits
05:28pour des comités thématiques qui ont dit aux gens,
05:30le village c'est un sport collectif, engagez-vous.
05:33Voilà, et peut-être aussi une solution pour lutter contre l'abstention.
05:36Merci beaucoup Raphaël Ruvier d'avoir été notre invité,
05:39fondateur donc de la Fédération française des Trucs qui marchent.
05:42Oui, il y en a, c'est la très bonne nouvelle.
05:44Merci d'avoir été notre invité aujourd'hui.
05:47Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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