00:00Un immense comédien de théâtre, de cinéma et de télévision avec notamment, pas seulement, un César du meilleur acteur dans
00:06un second rôle en 89 pour la lectrice.
00:08Il est de retour au théâtre à Paris pour présenter ses excuses.
00:12L'infatigable Patrick Chenet dans Télématin.
00:18Bienvenue Patrick Chenet.
00:20Bonjour.
00:22L'infatigable est fatigué.
00:24Parce qu'il est tôt.
00:26Parce qu'il est tôt.
00:27On entend Pauline Croce sur votre entrée. C'est vous qui avez choisi cette chanson ?
00:31Oui, oui. C'était une très belle chanson auxquelles je suis très sensible parce que c'était la chanson qui
00:36avait été chantée par les amis de mon fils.
00:40Quand il est parti.
00:42Très belle chanson.
00:43Oui.
00:44J'évoquais un souvenir tout à l'heure, 1989, ce César pour la lectrice.
00:48Je n'ai pas réussi à trouver une photo d'archive.
00:51Et pour cause, vous n'étiez pas allé chercher le trophée cette année-là ?
00:54Non, non, non. Parce que je jouais en province et c'est le metteur en scène, Michel Deville, qui est
01:01allé le chercher.
01:02Vous l'avez récupéré depuis ?
01:02Et qui a eu ce discours fleuve. Il a pris le César, il a dit merci pour lui. Puis il
01:07est reparti.
01:08Il l'a gardé, le César ? Le vôtre César ?
01:10Non, il m'a donné.
01:12Patrick Chenet au Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris, dans Lettres d'excuses. On en parle juste après l'interview.
01:20Encore un matin.
01:22C'est le petit questionnaire, questions courtes, réponses courtes, pour mieux vous connaître au réveil. Patrick, combien d'heures de
01:28sommeil cette nuit ?
01:29Six heures. Cinq heures et demie, six heures.
01:32L'humeur du jour ?
01:34Plutôt pas trop mal. Mais il ne faut pas me chercher non plus.
01:39Qu'est-ce qui est susceptible de vous réveiller la nuit ?
01:43Quelques petites douleurs. Et puis surtout l'envie de pisser.
01:48Vous dormez à droite ou à gauche du lit ? On veut tout savoir.
01:51Je dors à droite.
01:54Et dans quelle position ?
01:55Alors, je bouge beaucoup. Je suis un type qui bouge bien. Donc, j'en profite. Je bouge.
02:03Même au dormant. Votre première pensée, ce matin, elle était pour qui ?
02:09Pour Nathalie Baye.
02:14On en parlera tout à l'heure, effectivement. Que vous dites-vous quand vous regardez dans le miroir le matin
02:20?
02:21Tu peux mieux faire.
02:23Qu'avez-vous chanté sous la douche, ce matin ?
02:27J'ai chanté le sud.
02:30On dirait le miroir.
02:33Fin de l'interview. Encore un matin, vous parliez de Nathalie Baye.
02:36On y reviendra tout à l'heure avec plus de détails.
02:38Mais on a appris, effectivement, hier qu'elle nous quittait.
02:43Si vous êtes avec nous ce matin, c'est pour nous parler, Patrick Chenet, d'une pièce, d'un seul
02:48en scène, à partir du 4 mai à Paris, chaque lundi au Théâtre de Poche-Montparnasse.
02:52Ça s'appelle Lettres d'excuses. Et c'est issu d'ailleurs de votre livre. Voici ce que ça donne
02:57sur scène.
02:59Lettres d'excuses à Ferdinand, à ma mère, mémé de la garenne, Mathilde Hamet, Delphine Cyril, Naomi Watts, à moi,
03:07à ma jeunesse, à la mort.
03:11Pour la première fois, j'entends parler de mon âge. Ma grand-mère vous adore depuis qu'elle est toute
03:15petite.
03:16Le spectacle n'a pas encore commencé. Ai-je le temps d'aller aux toilettes ?
03:20Je chuchote. C'est encore loin de l'entracte ?
03:23La réponse me parvint au creux de l'oreille. Terrible, inhumaine. Il n'y a pas d'entracte.
03:32Vous passez toutes là, bande-là.
03:35C'était des lettres d'amour à la base et c'est devenu des lettres d'excuses.
03:40Oui, c'est ça.
03:42Oui, c'était mon éditeur d'époque à l'Archipel, qui est parti de l'Archipel, et moi aussi d
03:47'ailleurs.
03:48On est bien contents.
03:50Qui m'avait proposé de faire des lettres.
03:53Et puis moi, je trouvais que c'était un peu convenu.
03:58Voilà, un peu par bateau.
04:00Donc j'ai rajouté le concept des excuses, qui fait que ça musclait un peu le jeu.
04:06Et ça musclait un peu le rapport avec la personne auprès duquel je m'excusais.
04:11Pas simplement la personne, c'est aussi des dates, des endroits, des situations.
04:16Je m'excuse auprès du soleil, auprès du jazz.
04:18De la mort.
04:18Auprès de la mort.
04:19Auprès de vous.
04:20Auprès de la vie.
04:23Auprès de...
04:23En en parlant justement.
04:25Auprès de Ferdinand également, vous avez évoqué votre fils, qui est décédé dans un accident de la route en 2006.
04:32Vous lui aviez déjà consacré un livre.
04:34Est-ce que c'est un moyen de lui parler encore, en quelque sorte, que de l'évoquer sur scène
04:38?
04:41C'est-à-dire que c'est un livre, évidemment, c'est une lettre d'excuses, mais c'est aussi
04:45une forme d'autobiographie.
04:47Donc je ne peux pas parler de ma vie, des séquences de ma vie, des aventures de ma vie, artistiques
04:52ou humaines,
04:53sans qu'à un moment ou à un autre, il soit là, évidemment.
04:56Mais ce n'est pas un livre qui lui est consacré, non, non.
04:59C'est la lettre qui a été la plus difficile à écrire ?
05:05Non, non, parce que c'est difficile comme réponse.
05:13Il y a une espèce de, pas de jubilation, mais d'envie, de besoin d'écrire et de lui parler.
05:22Et donc, ça fait un peu du bien.
05:24Alors une lettre peut-être plus facile à écrire pour le coup, c'est celle que vous adressez à Jack
05:28Nicholson.
05:29C'est quoi l'histoire avec Jack Nicholson ?
05:31Non, ben, Jack Nicholson, on était invité pour représenter le festival de Cannes à Los Angeles, aux Oscars.
05:39Et j'avais sympathisé avec un producteur de la Fox, un jeune type que je sympathisais,
05:45qui m'a emmené voir un tournage à Jack Nicholson, qui était un plan-séquence,
05:49où il avait beaucoup de mal à aller jusqu'au bout, parce qu'il y avait des problèmes de mémoire,
05:52des problèmes de tout un tas de problèmes.
05:54Donc j'étais sur le plateau, à côté de Jack Nicholson.
05:59Et au moment où il allait enfin parvenir au bout de la séquence,
06:03pour la première fois depuis 15 jours où il essayait de la tourner, il n'y arrivait pas,
06:08il s'est retourné vers sa partenaire, vers moi qui était dans son axe,
06:11il s'est mis à faire du Jack Nicholson, une espèce de comme ça,
06:15et j'ai éclaté de rire.
06:18Alors que ça tournait.
06:19Tout s'est arrêté, j'ai entendu « Cut ! »
06:23Et Jack Nicholson qui m'a regardé, avec un mélange de deux N.
06:31Il n'y avait pas de mélange, c'était que de la N d'ailleurs.
06:34Il y a vrai qu'il y a plein de stars dans votre seule en scène,
06:38puisque vous présentez aussi vos excuses à Noemi Watts.
06:41Oui, ça ne va pas être très bien reçu dans les chaumières,
06:47mais j'étais assis à un dîner au Festival de Cannes en face de Noemi Watts,
06:52et on avait bu un petit peu des très grands crus,
06:55et je la trouvais tellement charmante, pardon,
07:00que avec mon copain, un metteur en scène brésilien,
07:04je ne me suis laissé aller à quelques compliments sur son physique.
07:08Voilà, sur ses épaules, sur ses yeux, etc.
07:13Et je pensais qu'elle ne parlait pas un mot de français.
07:16Erreur.
07:18Elle vous a répondu ?
07:20Est-ce que je peux me passer un peu de pain, s'il vous plaît, monsieur ?
07:24En plus, elle l'a faite avec délicatesse.
07:26Oui, avec beaucoup d'élégance, bien sûr.
07:28Patrick, on a appris une triste nouvelle hier.
07:31La comédienne Nathalie Baye, décédée à l'âge de 77 ans,
07:34elle avait remporté quatre Césars pendant sa carrière,
07:37vous aviez joué avec elle, au théâtre et au cinéma.
07:41Quel souvenir vous gardez d'elle ?
07:42C'était une amie, quelqu'un qui avait du caractère,
07:50qui avait une force, qui avait du courage,
07:53qui s'est toujours battue.
07:55C'est quelqu'un de déterminé, en même temps de généreux.
07:59Ça me fait beaucoup de peine, cette histoire,
08:00parce que c'est partie de ma vie, enfin, ma vie artistique aussi.
08:06On était amis, puisqu'on était à l'Ile-de-Rey,
08:09on se voyait pendant les vacances très souvent.
08:12On dînait ensemble, on se marrait ensemble.
08:15C'est vrai que depuis quelques années,
08:18ça a été un peu diminué.
08:20Quelque chose n'avait pas physiquement.
08:23Et voilà.
08:24Et on pense bien sûr à ses proches et à sa famille.
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