00:00Face à le chiffre, et on parle de cette nouvelle stratégie pour atteindre la neutralité carbone en 2050,
00:06ça passe notamment par une réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.
00:11Rapport, je veux dire, objectif, très ambitieux et loin de la trajectoire actuelle.
00:17Est-ce que c'est réaliste, Raphaël Legendre ?
00:19Oui, en tout cas, on s'améliore.
00:20Moi, ce qui me frappe ce matin, alors, je suis très content qu'on en parle sur l'antenne de
00:24BFM Business.
00:25Justine Vassogne vous l'a expliqué, cette stratégie nationale, bas carbone, troisième du nom.
00:29On sort quand même de la troisième canicule en six semaines, des incendies absolument démentiels.
00:36Ce qui fait la une ce matin, c'est les orages, les grêles, la sécheresse qui arrive.
00:40Je n'ai pas vu un papier dans la presse du jour sur la stratégie nationale bas carbone qui a
00:46été présentée hier.
00:47C'est absolument dingue, c'est pourtant notre feuille de route vers la neutralité carbone en 2050.
00:55Alors, pourquoi il y a du mieux ?
00:58La première stratégie, la SNBC, comme on dit, qui allait de 2015 à 2018, a été un échec total.
01:07On ne l'a absolument pas respecté.
01:09On avait des objectifs.
01:10Grosso modo, on devait faire 2% de réduction de nos émissions chaque année.
01:14On n'a fait que 1%.
01:15Les objectifs étaient trop hauts.
01:17On ne s'est pas donné les moyens.
01:18Ça n'a pas fonctionné.
01:19Bon, la deuxième qui courait de 2019 à 2023, elle était respectée.
01:27Donc, on a progressé au fur et à mesure.
01:30On a passé nos émissions carbone de 436 millions de tonnes en 2019 à 376 millions de tonnes en 2023.
01:39C'est une baisse de 14%.
01:41Alors, ça ne va pas assez vite.
01:42Ce n'est pas assez fort.
01:43N'empêche qu'on a tenu des objectifs.
01:45On a rabaissé aussi les objectifs avec la deuxième stratégie.
01:48Parce qu'on a vu que ça ne sert à rien de viser la Lune si on n'est pas
01:52capable de l'atteindre.
01:56Il y a aussi eu quelques points noirs sur les puits forestiers.
01:59Alors, on voit des incendies de partout.
02:00Il se trouve qu'on a un vrai problème avec nos forêts et que ça ne va pas aller en
02:04s'améliorant.
02:06Mais il y a eu du mieux.
02:08Ça a été un succès comptable et une vraie amélioration.
02:11Donc, là, cette troisième, elle est beaucoup plus précise.
02:14Elle est beaucoup plus pointue.
02:16Elle est plus solide.
02:18Elle est plus ambitieuse.
02:19On a une qualité de feuille de route qui s'est améliorée.
02:22Vous avez des indicateurs très concrets.
02:24On va avoir deux tiers de ventes de véhicules électriques.
02:27En 2030, c'est demain, de véhicules neufs.
02:2950% de poids lourds électriques, 700 000 rénovations performantes par an,
02:351 million de pompes à chaleur, etc.
02:36Voilà.
02:37On a des indicateurs.
02:38Franchement, on va vers du mieux.
02:39Ça ne va pas assez vite.
02:40Ça ne va pas assez loin.
02:41Mais sur la réduction carbone, on avance quand même.
02:44Emmanuel Lechip, on avance ?
02:46Non, cette feuille de route, elle est totalement dingue.
02:50Elle est complètement folle.
02:51C'est-à-dire qu'en gros, on n'est pas capable de tenir les objectifs qu'on s'est
02:54déjà fixés précédemment.
02:55Et donc, on se dit, ce n'est pas grave.
02:57On va maintenir les objectifs tels qu'on les avait prévus,
03:00mais en étant encore plus exigeants sur la trajectoire.
03:02Donc, en gros, il y a cinq ans, on nous disait,
03:04les gars, ça va être compliqué.
03:05Il va falloir escalader le Mont-Blanc avec des pâtes au gaz.
03:08Et là, on nous dit, ce n'est pas grave.
03:09Ça va être encore plus difficile.
03:11Donc, maintenant, vous allez grimper l'Everest en tongs.
03:13Sauf qu'on a respecté les objectifs pour la numéro 2.
03:17Alors, il ne faut pas passer sous silence.
03:19Ce qui serait de la mauvaise foi.
03:20La principale raison pour laquelle on a tenu nos objectifs,
03:23je vous le rappelle, c'est quand même que pendant le Covid,
03:25toutes les émissions se sont...
03:27Ah ben oui, voilà.
03:28Et donc, la réalité, c'est qu'on nous propose une destination de rêve,
03:31mais sachant que la feuille de route pour l'atteindre
03:35fait que, de toute façon, c'est le meilleur moyen de ne pas y arriver.
03:39Alors, premier point, ce qu'on nous propose,
03:41c'est une transition énergétique.
03:42On est d'accord, puisqu'on nous dit,
03:44plus de charbon en 2030,
03:46plus de pétrole d'ici 2045,
03:48plus de gaz fossiles en 2050.
03:50Alors, on va rappeler que la transition énergétique,
03:52dans l'histoire, ça n'a jamais existé.
03:54Ça ne s'est jamais fait.
03:55À chaque moment de l'histoire,
03:57on a utilisé des nouvelles énergies
03:59pour répondre aux nouveaux besoins,
04:01mais sans arrêter d'utiliser les anciennes.
04:04Donc, ça, c'est totalement irréaliste.
04:06Je vous rappelle qu'un pays comme la Norvège, par exemple,
04:09un pays comme la Norvège,
04:10qui a été le pionnier de l'électrification automobile,
04:13c'est un pays qui a massivement électrifié son économie,
04:17et qui, pourtant, ne consomme pas moins de pétrole aujourd'hui.
04:20Donc, c'est totalement irréaliste
04:23de vouloir nous imposer une suppression du pétrole
04:26à un horizon aussi court.
04:2860% de l'énergie finale consommée en France,
04:31aujourd'hui, provient encore du pétrole et du gaz,
04:33et notamment pour tout ce qui est transport et industrie.
04:36Est-ce que vous pensez que nos industriels
04:38vont s'adapter aussi vite ?
04:40Parce que vous ne décrétez pas l'arrêt du pétrole
04:42comme vous décrétez l'arrêt des pailles en plastique.
04:46Vous voyez, c'est quand même beaucoup plus compliqué que ça.
04:50Ces objectifs, ils supposent une vitesse jamais atteinte,
04:53effectivement, et ça oblige de se caler
04:54sur des rythmes qu'on a tenus
04:57à cause de circonstances exceptionnelles comme le Covid.
05:01Ensuite, l'État demande aux Français
05:03ce qu'il n'est pas capable d'organiser.
05:05Franchement, parce que pour sortir du pétrole,
05:08il faudra des dizaines, voire des centaines de milliards d'investissements.
05:11L'État n'en a pas le premier sou.
05:13Donc, cette trajectoire, c'est vraiment la quintessence
05:16de l'autosatisfaction à la française
05:19avec des beaux rapports, pleins de chiffres
05:21qui sont totalement, totalement inapplicables.
05:24C'est une catastrophe.
05:25On n'a rien appris de nos échecs passés.
05:27Merci beaucoup, Emmanuel.
05:28Le chiffre que vous êtes bavard.
05:30Là où il y a une volonté, il y a un chemin,
05:31comme disait Lénine.
05:32Merci.
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