- il y a 21 heures
Lundi 13 juillet 2026, retrouvez Anne Le Hénanff (Ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique) et Medhi Houas (Président, Numeum) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:08Bonjour à tous, la première organisation des professionnels du numérique en France, Numéum, a élu au tout début du mois
00:14de juillet, il y a quelques jours, un nouveau président.
00:18Alors, il a été d'ailleurs convié au cabinet de la ministre du numérique et de l'intelligence artificielle.
00:23Je lui demanderai quels sont ces grands sujets qu'ils ont abordés ensemble, quels sont de manière plus générale les
00:28sujets que le syndicat patronal veut mettre sur la table.
00:32Et puis, comment se porte cette filière française de la tech, du numérique, comment prépare-t-elle cette rentrée ?
00:38Vous l'avez compris, aujourd'hui, c'est la grande interview de ce nouveau président de Numéum que j'ai
00:43nommé Mehdi Ouass.
00:44Et puis, on aura évidemment un rendez-vous avec Anne Le Hénanf, que j'ai eu le plaisir de rencontrer
00:51au Congrès des villes de France.
00:54Elle y est allée pour mobiliser les élus sur l'intelligence artificielle. On va l'écouter.
01:03Smartech s'est déplacée au Congrès des villes de France. C'était il y a quelques jours pour aller découvrir
01:10ce qu'il se passe du côté des collectivités, des moyennes, des petites villes en matière d'adoption de l
01:15'intelligence artificielle.
01:16Et figurez-vous qu'évidemment, Anne Le Hénanf a fait le déplacement également et elle est même venue sur notre
01:22plateau.
01:22Alors, avec moi, Mehdi Ouass est déjà installé pour l'écouter. Président nouveau, président de Numéum.
01:29On pourra comme ça commenter ce que nous dit la ministre dans votre grande interview qui sera juste à suivre.
01:35Mais on l'écoute d'abord.
01:36On a écouté avec une grande attention, évidemment, votre discours. On a commencé d'ailleurs à le commenter, à le
01:42débriefer avec Olivier Gacker.
01:44Moi, j'ai noté surtout que vous avez terminé en disant, attention, on a besoin que chacun d'entre vous
01:49soit mobilisé, chaque élu à sa part.
01:51Parce que sinon, on va décrocher. Il y a un risque de décrocher. C'est votre conviction ?
01:56Oui, c'est ma conviction. Mais je ne pense pas que ce soit que la mienne. C'est une réalité.
02:01Le monde dans lequel on vit va très vite.
02:04Énormément de compétitions commerciales. On est coincés, nous, en Europe, entre deux continents ou deux acteurs qui sont un peu
02:13offensifs,
02:14qui sont prêts à utiliser le numérique comme une arme politique ou commerciale.
02:21Et il faut qu'on se fasse cette place dans ce monde qui va vite, qui est technologique.
02:27Et aujourd'hui, comme je dis, le numérique, c'est de la diplomatie aussi.
02:31Donc, il faut le faire avec nos valeurs, les valeurs européennes.
02:34On n'a pas les mêmes valeurs que les Américains ou les Chinois.
02:36Oui, et cette importance de s'emparer du numérique, de travailler sur les services publics.
02:41Alors là, vous avez à côté de vous le champion, puisqu'il a eu cinq aro-bases pour la ville
02:44de Béthume comme ville Internet.
02:46Voilà, c'est un bon exemple.
02:48Mais vous dites aussi, il faut être prudent, il faut travailler sa cybersécurité, il faut travailler la souveraineté, même le
02:54prisme de la résilience, en fait.
02:56Travailler son niveau de dépendance technologique.
02:59Et on a les moyens, vous dites, de travailler avec le code des marchés publics là-dessus.
03:04On ne peut pas juste se dire, on ne peut pas privilégier les techs françaises si c'est possible.
03:08Le code des marchés publics interdit d'avoir une préférence géographique, par exemple.
03:12C'est absolument illégal.
03:13Mais par contre, dans le code des marchés publics, mais ça demande effectivement d'une relecture, de le regarder finalement
03:18d'une autre manière,
03:20on a les moyens, on a des articles qui permettent, sans l'écrire directement, grâce à quelque chose, donc des
03:28critères légaux,
03:31si c'est bien analysé, bien préparé.
03:33Et je pense qu'avec mon équipe, on va le faire dans les mois qui m'en restent,
03:38c'est de mettre en avant ces articles qui permettent de privilégier une filière technologique qui est la nôtre,
03:45qui est européenne et française.
03:47Donc il faut se réinventer aussi les collectivités.
03:51Et je le dis d'autant plus que j'en suis une.
03:53Donc je parle de nous, de moi.
03:54Je suis une élue locale à Vannes, ville moyenne.
03:57Donc en fait, voilà, mais ça demande, il faut se renouveler, se remettre en cause,
04:05et puis changer nos pratiques et nos habitudes, parce qu'on est beaucoup dans les habitudes quand même.
04:10Bon, et puis vous avez reparlé du plan OSEIA, donc c'est un peu votre message ici, c'est allez
04:15-y, il faut se lancer.
04:16Vous vous dites, on peut gagner du temps, on peut même gagner de l'argent, c'est de l'efficacité.
04:22Oui, oui, oui, l'IA, on n'a pas le choix non plus de l'IA.
04:24Si nous ne prenons pas le virage de l'IA, autre facteur de décrochage,
04:30et puis surtout, ça veut dire que des acteurs en dehors de notre territoire européen vont prendre le marché de
04:38l'IA.
04:39L'IA, on ne peut pas l'arrêter.
04:41J'entendais un élu tout à l'heure dire, oh là là, il faut freiner, il faut continuer à développer
04:46l'IA comme on le fait.
04:47Mais en fait, on n'a pas ces moyens-là de les ralentir, les acteurs de l'IA.
04:54Et moi, je préfère qu'on s'engage totalement dans l'IA, en étant clair sur ce qu'on veut,
05:00sur ce qu'on ne veut pas.
05:01Parce que si nous ne le faisons pas en européen, d'autres le feront chez nous.
05:05Et dans 40 ans, on dira la même chose que pour la suite, enfin, Microsoft, la suite Microsoft.
05:12On dirait, mon Dieu, on a laissé faire pendant 40 ans notre dépendance technologique, je ne le veux pas pour
05:16l'IA.
05:17Donc, maîtrisons notre IA, imposons-la d'une manière, je dirais, concertée dans les structures, qu'elles soient publiques ou
05:25privées.
05:25Donc, c'est un travail collaboratif.
05:28C'est à piloter au plus haut niveau de la gouvernance d'une structure.
05:32Donc, c'est pour le maire, son DGS.
05:34Voilà, c'est vraiment, il faut avoir un pilotage.
05:37Il faut le mener comme un projet.
05:40Oui, un sujet, vous dites, de gouvernance, très stratégique.
05:43Essentiel.
05:43Bon, je pense que le message est bien passé.
05:45Et il faut qu'il soit safe, pas d'IA, sans qu'il soit sécurisé, évidemment.
05:48C'est la condition de la confiance des citoyens vis-à-vis de ce qu'on fait au niveau technologique.
05:53Voilà, c'était donc la ministre du Numérique et de l'Intelligence Artikel qui s'est arrêtée sur le plateau
05:59de Smartech,
06:00avec parole d'élus, un plateau que nous avions en commun sur le Congrès des villes de France.
06:04On va commenter notamment ce que nous dit la ministre avec Mehdi Ouas, président de Numéum.
06:10Je dis notamment parce que dans votre grande interview, Mehdi, on va parler plus largement de votre stratégie,
06:15puisque vous arrivez à la présidence de ce grand syndicat patronal qui représente la filière des professionnels du numérique.
06:22Donc, on a plein de sujets à aborder.
06:24C'est tout de suite après.
06:31Le syndicat patronal Numéum, première organisation des professionnels du numérique en France,
06:36a élu un nouveau président début juillet 2026.
06:40Bonjour Mehdi Ouas.
06:41Bonjour.
06:41Merci beaucoup d'être avec nous.
06:43Merci pour votre invitation.
06:45Vous n'êtes pas un petit nouveau chez Numéum.
06:47Vous étiez administrateur de l'organisation depuis 9 ans.
06:51Votre nomination au conseil d'administration, enfin par le conseil d'administration,
06:55est-ce que c'est le signe qu'on reste finalement dans une continuité de la stratégie de Numéum ?
07:00Ou alors vous arrivez avec de nouvelles ambitions, de nouvelles propositions ?
07:05Les deux.
07:06Une nouvelle ambition, mais dans la continuité.
07:08C'est-à-dire que le travail qui a été fait par Véronique Turner, la présidente sortante,
07:13ces trois dernières années, est un formidable travail
07:15qui a consisté à réellement ancrer trois piliers sur lesquels on va
07:21et je vais essayer de m'appuyer.
07:23Le premier de ces piliers, c'est ce qu'elle appelait Rayonné.
07:26Numéum, notre syndicat, n'était pas connu.
07:28On n'était pas reconnu dans l'écosystème.
07:30Et aujourd'hui, on est connu, on est visible, on est reconnu,
07:34on est invité à toutes les manifestations qui parlent du numérique et de la tech
07:39et pas uniquement en spectateur, en acteur.
07:41C'est-à-dire qu'on nous demande notre avis, on nous demande notre vision.
07:43Et ça, c'est remarquable.
07:45Donc, premier pilier.
07:48Le deuxième pilier, c'est celui de fédérer.
07:51C'est-à-dire que le numérique, certes, n'a pas de frontières.
07:54Le numérique ne peut pas se faire uniquement en France.
07:58Et le numérique doit embrasser tous les acteurs qui touchent à ce secteur d'activité-là.
08:03Et ça a donné lieu à la création de l'équipe de France du numérique,
08:06dont je porte le badge l'année dernière, qui réunit 70 organisations en France.
08:11Et l'idée aussi, c'est de s'appuyer sur ce pilier pour, pourquoi pas, créer l'équipe d'Europe
08:18du numérique.
08:19Parce que la France, toute seule, va avoir du mal à imposer une troisième voie.
08:23Il y a d'autres associations, vous savez, qui travaillent ça au niveau européen, effectivement.
08:28Et donc, toutes les fédérer pour avoir une voie qui porte et qui soit plus forte.
08:33Je laisse terminer rapidement ce troisième pilier, mais on va détailler des choses plus précisément après.
08:37D'accord. Le troisième pilier, c'est qu'on a une filière qui est verticale et qu'il va falloir
08:42qu'on horizontalise.
08:43C'est-à-dire qu'elle doit assumer la responsabilité d'accélérer la transformation de tous les secteurs d'activité
08:49par cette technologie transformante.
08:52Alors, vous avez dit que désormais, vous étiez une organisation reconnue, invitée.
08:58Et donc, pas plus tard que mercredi dernier, vous étiez invitée par Anne Le Hénanf à venir dans son cabinet.
09:05De quoi avez-vous discuté avec la ministre ?
09:08Alors, ça fait une année qu'on travaille avec la ministre, depuis qu'elle a pris ses fonctions.
09:13Donc, on s'est inscrit dans la continuité.
09:16Je lui ai expliqué les bases à partir desquelles j'allais décliner mon plan sur les trois prochaines années.
09:24Que nous étions un syndicat, donc il fallait qu'on défende aussi notre profession et nos adhérents.
09:29Mais que ce syndicat-là devait avoir un dialogue le plus fluide et le plus transparent avec son ministère de
09:36tutelle.
09:37Et c'est ça qu'on est en train d'essayer de construire ensemble.
09:39Et alors, elle est venue, enfin, elle vous a plutôt invité pour vous écouter ou elle est venue, elle aussi,
09:45avec des messages à faire passer ?
09:46Je pense qu'il y a les deux.
09:47Je pense qu'il faut qu'on instaure un dialogue.
09:50Et j'ai passé mes messages, elle m'a passé les siens.
09:53Et d'ailleurs, quand j'entends l'interview, son interview, on est assez accordé.
10:02Alors, son interview, juste pour remettre le contexte pour ceux qui ne regardent que cette séquence.
10:06On est ensemble.
10:07Donc, l'interview qu'on a réalisée avec Anne Le Hénanf à l'occasion de son déplacement au Congrès des
10:13villes de France,
10:13où elle appelle l'ensemble des Français, et même les élus, et même les petites villes et les moyennes,
10:19à se mobiliser sur l'intelligence artificielle, principalement.
10:22Ce n'est pas le seul sujet abordé, mais c'est là-dessus que vous vouliez rebondir ?
10:24Oui, et on a une vision et une ambition commune, celle de ne pas être obligé d'adopter une des
10:31voies américaines ou chinoises,
10:33américaines qui reposent sur la loi du plus fort, chinoises qui reposent sur le côté liberticide et intrusif.
10:40On a envie de construire une troisième voie, et cette troisième voie, elle s'appuie sur les valeurs qui sont
10:44les nôtres,
10:45les valeurs universelles, les valeurs de respect, les valeurs d'inclusion, les valeurs d'ouverture,
10:49respect aussi de l'environnement et de la planète.
10:51Et à ce niveau-là, on doit revoir la chaîne de valeurs de nos interdépendances,
10:59de nos dépendances, pour reconstruire une souveraineté et maîtriser nos interdépendances.
11:03Ça, c'est ce que vous portez, vous, comme conviction ?
11:07C'est ce qu'on porte ensemble.
11:09Est-ce qu'elle est venue, elle aussi, vous demander des choses, ou vous interroger sur des points spécifiques ?
11:15Elle a besoin de notre industrie pour pouvoir construire une alternative au modèle américain, au modèle chinois.
11:23Et donc, notre industrie a besoin des pouvoirs publics et a besoin d'elle pour pouvoir faire en sorte que
11:29cette industrie puisse éclore.
11:32Donc, on a besoin l'un de l'autre.
11:34Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, cette industrie n'est pas suffisamment puissante, cette industrie française du numérique ?
11:41Oui, il faut faire le bon constat.
11:44On a des pépites, mais nous avons pris du retard, nous avons perdu un certain nombre de batailles,
11:48mais nous n'avons pas encore perdu la guerre.
11:50On peut récupérer notre retard, on peut accélérer, mais aussi en changeant de paradigme, en changeant aussi de braquet et
11:56de levier.
11:56Quand les Américains investissent par centaines et que les Chinois investissent par dizaines,
12:00on ne peut plus, pour rester dans le game, pour rester dans le jeu, investir à l'unité.
12:04Donc, il faut que nous aussi, on multiplie nos investissements.
12:08Et ces investissements, si on veut les multiplier, il faut agrandir notre territoire.
12:13De la France, passer à l'Europe.
12:15Et moi, ma vision, c'est de me dire de l'Europe aussi, arrimer l'Afrique.
12:18Parce que si l'Europe a 500 millions d'habitants, 500 millions de consommateurs, 500 millions d'utilisateurs,
12:24l'Afrique peut en emmener un milliard et demi.
12:26Et à nous deux, nous pouvons avoir un terrain de jeu qui va permettre aux technologies que nous développons
12:32réellement de mettre en avant des services à valeur ajoutée
12:37qui auront eu des terrains de jeu complexes
12:41et donc qui pourront être beaucoup plus musclés, beaucoup plus fortes que celles que nous opposent aujourd'hui les Américains
12:46ou les Chinois.
12:47– Parce que vous le connaissez bien, ce continent africain,
12:50pour avoir été ministre du commerce et du tourisme en 2011, je crois, en Tunisie ?
12:55– Absolument, après la Révolution. Il faut toujours préciser que c'est après la Révolution.
12:58– Après la Révolution, après le printemps arabe, tout à fait.
13:00– Moi, j'ai l'avantage d'être français, d'être tunisien, d'être européen, d'être africain
13:04et donc de pouvoir être ce trait d'union entre ces deux continents qui ont une histoire qui aujourd'hui…
13:09– Sur la tech et le numérique, il n'y a pas d'histoire commune aujourd'hui ?
13:11– Pas encore, pas encore, mais il y a tout à écrire.
13:13– Donc ça veut dire qu'on n'a pas forcément de problème à régler
13:18et que tout est devant nous et que l'avenir peut être heureux si on le décide.
13:23– Mais comment vous l'imaginez ? Parce qu'on est effectivement pris en étau comme ça
13:26entre les États-Unis et la Chine.
13:28Alors certains parlent d'une autre voie qui serait avec la Corée du Sud, avec le Japon,
13:34vous nous dites avec l'Afrique.
13:35Ok, mais comment est-ce qu'on crée vraiment ce lien entre des continents ?
13:41– Il y a énormément de pays avec lesquels nous pouvons créer des relations fortes.
13:46Vous parliez de la Corée du Sud, on peut parler aussi du Canada.
13:50Mais il y a un continent avec lequel on a déjà une histoire, avec lequel on partage une culture,
13:55on partage des langues aussi communes.
13:58le continent africain parle le français, parle l'anglais, parle le portugais, parle naturellement l'arabe
14:04et ces langues-là sont des langues que l'on maîtrise.
14:06Ça sera beaucoup plus facile de créer des relations rapides avec ce continent
14:12que de créer des relations avec des pays qui sont déjà avancés.
14:16– Mais ce serait pour des développements, on va dire, à l'international ?
14:18Pour le business ?
14:19– Pas forcément pour des développements à la business, vous savez,
14:23il n'y a aucun champion américain ou chinois qui n'a réussi à devenir un champion
14:28sans l'aide de la commande publique.
14:29Et la commande publique, ce n'est pas de l'argent.
14:31Les Américains, les grandes latex américaines ne vont pas chercher de l'argent quand il s'agit de…
14:36– Vous voulez dire que ce n'est pas de l'argent, ce n'est pas du financement ?
14:38– Non, le financement, ils l'ont parlé, ils vont.
14:40C'est la capacité de pouvoir résoudre un problème complexe
14:44et c'est la commande publique qui donne cette capacité-là.
14:47Et cette capacité-là, elle vous permet de descendre votre courbe d'expérience
14:50beaucoup plus rapidement, de vous muscler et de rendre entre guillemets fade
14:54tous les problèmes que vous aurez à résoudre pour les entreprises.
14:57Ça veut dire qu'il faut avoir un terrain de jeu complexe.
14:59Le terrain de jeu européen est certes compliqué mais pas complexe.
15:03Le terrain de jeu africain est très complexe.
15:05Si on mixe la technologie européenne avec le terrain de jeu africain,
15:09on a la capacité à rattraper le retard que l'on a pris par rapport aux Chinois
15:13ou par rapport aux Américains.
15:15C'est ça le New Deal qu'il faut qu'on arrive à construire entre les deux continents.
15:20– Vous l'avez dit, c'est déjà complexe au niveau européen.
15:24– C'est compliqué, j'ai dit.
15:25Donc il y a compliqué et complexe.
15:26Le compliqué est plus facile à résoudre que le complexe.
15:29Le complexe nécessite un petit peu plus de travail
15:32mais le complexe, si vous y arrivez, vous muscle et vous permet d'être…
15:38– Ça passe par des décisions politiques ça ?
15:41– Obligatoirement, il faut que le politique et le privé,
15:46il faut que le public et le privé travaillent main dans la main
15:48mais pour travailler main dans la main, il faut qu'on ait une vision commune.
15:51Vous savez, sur les derniers modèles entraînés,
15:54OpenAI et Anthropik ont utilisé 15 fois plus de puissance que Mistral.
15:59Il n'y a pas de mystère.
16:04Si vous avez la puissance, vous avez la capacité naturellement
16:07à pouvoir avoir des modèles qui vont beaucoup plus vite.
16:11Alors il y a la puissance de calcul qui est une chose
16:12et puis il y a les données et les terrains de jeu.
16:14L'Afrique ne va pas porter de puissance de calcul,
16:16quoique on a aussi un problème d'énergie.
16:20L'IA, c'est les algorithmes, la puissance de calcul, les datas
16:24mais c'est aussi l'énergie, c'est très énergivore.
16:27Et en Afrique, vous savez qu'il y a 70% de notre soleil qui est là-bas.
16:30Donc on peut très bien identifier des petits data centers, par exemple,
16:34qui seraient interconnectés et qui seraient alimentés par l'énergie solaire.
16:38– Et de l'autre côté, parce qu'il faut aussi que l'Afrique trouve son compte
16:42dans cette alliance, là je vous entends beaucoup parler
16:44de comment la tech européenne pourrait se développer sur ce continent
16:48et inversement, ça fonctionnerait ?
16:50– C'est plus qu'inversement, qu'est-ce que c'est que cette tech ?
16:53C'est un accélérateur de transformation.
16:55L'Afrique a besoin d'accélérer sa transformation.
16:57Donc si on met notre technologie à disposition de l'Afrique
16:59et qu'on l'utilise pour accélérer sa transformation,
17:02l'Afrique va y gagner l'accélération de sa transformation
17:05et nous on va y gagner le fait d'avoir des services à valeur ajustée
17:08qui sont écrouvés et que l'on pourra…
17:08– On ne doit pas être les salles à draguer certains pays africains.
17:12– Pour le moment, ceux qui draguent les pays africains
17:15sont intéressés par les ressources minières, les terres rares.
17:18Donc on a la chance de pouvoir venir construire un dialogue
17:22qui soit différent et qui soit win-win en disant
17:24voilà, on vous respecte, on respecte vos compétences
17:27et puis n'oubliez pas, l'Afrique a un milliard et demi d'habitants,
17:30dans 30 ans il en aura un milliard de plus.
17:33Ça veut dire qu'il y a un enjeu colossal, sociétal,
17:38important des défis à relever
17:39et je pense que si aujourd'hui on dit que l'Afrique a besoin de l'Europe,
17:43l'Europe a besoin aussi de l'Afrique
17:44à partir du moment où on se met dans une logique de cercle vertueux
17:50d'égal à égal, en respect où on s'entraide.
17:53– Et ça, ce discours à l'énanf où le gouvernement y est déjà sensible ?
17:58– Je le lui ai dit, elle y est sensible,
18:00je l'ai dit à pas mal de personnalités politiques,
18:03aujourd'hui on a aussi une responsabilité,
18:05c'est d'éclairer tous les candidats à l'élection présidentielle,
18:08on est dans une année phare,
18:11– Là, votre arrivée à la présidence,
18:14ça se situe vraiment à un moment clé
18:15parce que vous allez vivre la campagne présidentielle 2027
18:19et là c'est le moment de jouer de toute son influence.
18:22– Absolument, c'est une responsabilité que j'ai acceptée d'assumer
18:25et donc il va falloir qu'on assume,
18:26il va falloir qu'on explique, qu'on éclaire.
18:28– J'ai envie de dire, vos thèmes de campagne,
18:31Médhi, donc ce sera l'Afrique, quoi d'autre ?
18:34– Non, c'est d'abord la France, c'est l'Europe et c'est l'Afrique.
18:37– D'accord.
18:38– C'est dans cet ordre-là, c'est-à-dire que mon prisme,
18:41c'est la France, nous sommes le syndicat patronal français
18:44et donc ma responsabilité, c'est de faire en sorte
18:46que l'économie du numérique soit prospère.
18:50Pour être prospère, il faut qu'on améliore notre compétitivité.
18:54La compétitivité vient de la productivité,
18:56la productivité peut s'améliorer grâce à l'utilisation des technologies.
19:00Productivité, compétitivité entraînera la croissance,
19:03on reviendra dans le jeu, on pourra avoir de nouveaux marchés
19:05et la croissance générera de l'emploi.
19:07Donc ça, c'est une chaîne qu'il va falloir que l'on fortifie
19:11et que l'on démontre vis-à-vis de tous les acteurs politiques
19:14qui ambitionnent de devenir président de la France,
19:18que la technologie va pouvoir aider.
19:20Il faut qu'on retrouve une compétitivité parce qu'on est dans un monde
19:24où la compétition est forte et où on a pris du retard
19:27par rapport à nos deux grands challengers
19:30que sont les Américains et les Européens.
19:34Il vous semble qu'aujourd'hui, on n'a pas adressé le sujet
19:37de manière correcte parce que quand on écoute justement
19:40Anne Luenor dire, nous on a déjà apporté nos soutiens,
19:43on apporte encore notre soutien à la tech française,
19:46notamment à travers les programmes France 2030,
19:48à travers la mission French Tech.
19:52Elle parle aussi évidemment de la commande publique
19:54où elle reconnaît qu'il y a un problème aujourd'hui
19:58de commande publique et que même la direction du numérique de l'État
20:02doit revoir son cap et changer ses réflexes.
20:07Mais ces sujets sont adressés aujourd'hui.
20:09On a l'impression qu'il y a une prise de conscience politique.
20:12Est-ce que vous attendez des actes un peu différents
20:14de ce que vous avez vu juste ici ?
20:15Je vais le dire de manière différente.
20:16Ces sujets sont identifiés.
20:18Est-ce qu'ils sont adressés de manière correcte ?
20:21La réponse, elle est non.
20:22Et ils doivent être adressés dans la continuité
20:24avec un plan long terme.
20:26France 2030, par exemple, c'est un plan long terme.
20:30Est-ce que 4 ans, c'est long terme pour vous ?
20:33Est-ce qu'on n'a pas besoin d'avoir une vision
20:38un petit peu plus longue avec naturellement des étapes,
20:42avec des milestones, mais une vision beaucoup plus longue ?
20:44Donc, est-ce qu'ils sont identifiés, la réponse est les oui ?
20:46Est-ce qu'ils sont adressés ?
20:48On va voir si réellement, on a pris la mesure
20:52des enjeux auxquels on doit faire face.
20:55Première chose, c'est éclairer.
20:56La deuxième chose, c'est prévenir des risques.
20:59C'est-à-dire, quels risques on a à ne pas faire ?
21:01Oui.
21:02Et donc, il va falloir que le candidat l'assume s'il ne fait pas.
21:05Et qu'est-ce qu'on peut gagner à faire ?
21:07Et si on doit gagner à faire, quels sont les investissements
21:10que l'on doit mettre en place pour pouvoir y arriver ?
21:13Parce qu'on n'est pas dans une technologie d'amélioration continue,
21:16on est dans une technologie de rupture.
21:18Ça veut dire que c'est une technologie qui ne va pas vous permettre
21:22de mieux faire ce que vous faisiez hier,
21:23elle va vous permettre de faire différent.
21:25Et donc, il faut que chacun accepte de sortir...
21:28Vous parlez de l'IA, là ?
21:28Je parle, en l'occurrence, de l'IA.
21:30Et l'IA n'est que la partie visible de l'iceberg.
21:33Les infrastructures qui conditionnent notre souveraineté
21:36sont la partie cachée et sont la partie sur laquelle
21:39il faut aussi avoir une stratégie.
21:42Donc, la compétitivité, le premier axe.
21:44La résilience.
21:46Résilience, c'est autonomie, c'est maîtriser ses interdépendances.
21:51On ne pourra pas être indépendant.
21:53Ça n'existe plus.
21:55Par contre, dans la chaîne de valeur des interdépendances,
21:57il faut qu'on maîtrise les maillons les plus faibles
22:00et qu'on ait la capacité de ne pas être à la merci
22:03d'un président américain lunatique
22:05qui, à un moment donné, est capable d'appuyer sur le bouton on-off
22:08sans nous demander l'autorisation.
22:09La technologie est présente dans notre vie au quotidien.
22:13Elle va l'être de plus en plus.
22:15Ça n'est pas un mal.
22:16C'est vraiment un bien parce qu'elle va inclure,
22:18elle va permettre de faire des choses qu'on ne savait pas faire.
22:21Mais ça veut dire qu'on doit maîtriser le bouton marche-arrêt.
22:23Vous avez déjà des choses très concrètes
22:27à amener comme ça aux futurs candidats à l'élection présidentielle
22:32en leur disant, ça, vous dites oui, vous dites non.
22:35Voilà l'impact, le risque si vous dites non.
22:37Est-ce que vous avez des propositions ?
22:39On est en train d'y travailler et on s'est engagé à proposer
22:464-5 grands axes, pas plus, à mi-octobre.
22:52Et pour le moment, on est en train d'auditionner tous les candidats
22:54qui se sont déclarés à la présidence de la République.
22:58Vous pensez, comme la ministre Le Ménonf le disait dans l'interview
23:01qu'on a écouté juste avant ensemble sur notre plateau,
23:04qu'il y ait un risque de décrochage de la France ?
23:07Bien sûr, bien sûr.
23:09Le risque, il existe.
23:10Après, est-ce qu'on va décrocher ?
23:12Je pense qu'aujourd'hui, il y a une prise de conscience qui est générale.
23:15Donc, on a compris qu'il ne fallait pas qu'on décroche.
23:19Est-ce qu'on mesure réellement les efforts qu'il va falloir faire
23:22pour ne pas décrocher et puis aussi pour retrouver notre place de leader ?
23:26Ça, c'est notre responsabilité d'éclairer, de dire « Super, vous avez fait le bon constat.
23:31Maintenant, si vous voulez rattraper le terrain, ce n'est pas par unité, par milliards d'euros,
23:37c'est plutôt par centaines de milliards d'euros qu'il va falloir investir. »
23:40Alors, on nous dit « Il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'argent, il
23:42n'y a plus d'argent. »
23:43Il n'y en a plus, il n'y en a.
23:44Il n'y en a plus dans le public, mais il y en a énormément dans le privé.
23:48On n'a jamais eu autant d'épargne en France.
23:52Par contre, cette épargne, on a du mal à l'actionner
23:56parce qu'on n'a pas encore retrouvé la confiance à donner à ceux qui ont épargné
24:01pour qu'ils investissent dans notre économie.
24:04Et ça, c'est quelque chose qu'il faut qu'on fasse, c'est-à-dire qu'il faut qu
24:06'on leur explique
24:07que cette technologie va nous permettre de récupérer notre retard,
24:11va nous permettre de redevenir compétitifs, va nous permettre de générer de la croissance
24:14et donc que leur investissement, eh bien, il va être bon.
24:20Vous avez aussi présidé l'association Talents du numérique.
24:25Ce sujet de l'éducation au numérique, vous avez l'impression qu'on le prend par le bon bout en
24:29France ?
24:30Non.
24:30Parce qu'on est en plein dans ces débats sur les jeunes face aux écrans,
24:35l'accès aux réseaux sociaux.
24:37On travaille beaucoup sur la question des risques.
24:39Oui.
24:40Et pas des opportunités, pas de ce qu'il y a à faire.
24:42Moi, je suis triste de constater chaque année que l'on recule dans le classement mondial de l'éducation.
24:48On était un phare, on avait les meilleures écoles, on avait les meilleures formations,
24:53les mathématiques tentent à disparaître et le sujet ne démarre ni au collège ni au lycée,
24:59il démarre à l'école primaire et il démarre réellement à partir du CP ou du CE1.
25:06Et il va falloir réellement, là aussi, qu'on fasse une rupture et qu'on change la façon dont on
25:11éduque nos enfants.
25:12La mixité aussi est un sujet.
25:14On est en train de réinventer un monde.
25:16Est-ce qu'il est raisonnable de réinventer un monde avec un genre dominant ?
25:20Non, fatalement, ça va créer des biais.
25:22Or, aujourd'hui, dans la tech, on a 80% d'hommes et 20% de femmes.
25:26C'est pas purement français, ça.
25:29C'est pas un problème français.
25:30C'est un problème de riche.
25:32Quand on est dans les pays en voie de développement, on s'aperçoit que c'est équilibré.
25:36En Tunisie, par exemple, on a 52% de femmes qui sortent diplômées des écoles d'ingénieurs.
25:42Pourquoi ? Parce qu'elles considèrent que c'est une voie d'émancipation.
25:46C'est la voie qui leur permet d'être valorisées, non pas par leur être ou leur paraître, mais par
25:50leur savoir.
25:51Dans les pays évolués, les femmes sont conditionnées pour aller vers des sciences molles.
25:58Et c'est dommage, c'est dommage, et ça, il faut le rectifier pour que l'on puisse avoir un
26:02équilibre
26:03et avoir des systèmes et des technologies qui sont conçues sans biais.
26:08Et cette majorité numérique, vous en pensez quoi ? Cette majorité numérique à 15 ans ?
26:14Après, il y a des sujets qui sont politiques, il y a des sujets qui sont populistes.
26:19Je veux dire, nous, notre profession, elle n'est pas de prendre parti ou de se positionner sur un sujet
26:25de ce type.
26:25Ce n'est pas un sujet sur lequel...
26:27Ce n'est pas un sujet sur lequel on a forcément une légitimité pour prendre une position.
26:32Notre légitimité, elle est d'expliquer en quoi cette technologie est puissante,
26:36en quoi cette technologie peut accélérer les transformations,
26:40et en quoi on peut rattraper le retard que l'on a pris en faisant des investissements intelligents et en
26:46se groupant.
26:47Et vous entendez aussi les voix qui disent, oh là, mais on y va peut-être un petit peu trop
26:50vite, justement, avec l'intelligence artificielle.
26:53On n'écoute pas assez la société civile qui a peur, qui s'inquiète, qui se demande si ça vaut
26:58le coup,
26:59qui parle effectivement de l'impact environnemental.
27:02Alors, on est dans une course mondiale.
27:03Ça veut dire que si on ralentit et que nos compétiteurs ne ralentissent pas,
27:06on va encore perdre un petit peu plus de terrain.
27:08Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas répondre aux préoccupations de nos concitoyens
27:14qui ont raison de s'inquiéter, qui ont raison d'avoir peur.
27:17Et une des façons de les rassurer, c'est de leur expliquer.
27:20Et c'est pour ça qu'il y a 18 mois, on avait fait un tour de France de l
27:23'IA,
27:23où on avait visité une trentaine de villes en France pour acculturer la population
27:31à ce que l'intelligence artificielle peut apporter,
27:34pour aussi leur montrer les dangers de cette intelligence artificielle.
27:38On ne se voile pas la face et on essaie d'être transparent, sincère, sans mentir.
27:44Cette année, nous allons entamer le tour de France de la résilience
27:48pour expliquer aussi qu'est-ce que la résilience, qu'est-ce que l'autonomie,
27:52qu'est-ce que l'interdépendance, qu'est-ce que la cybersécurité,
27:55en quoi c'est important de s'y investir et quels sont les dangers à ne pas faire.
27:59Donc oui, ça va vite, mais est-ce qu'on peut ralentir
28:02pendant que nos compétiteurs accélèrent ? Je ne pense pas.
28:04Merci beaucoup Mehdi Iouaz d'avoir été notre invité dans la grande interview de Smartech.
28:09Je rappelle que vous êtes le nouveau président de Numé.
28:11Merci à tous de nous avoir suivis.
28:13C'était Smartech, votre rendez-vous sur l'innovation et ces débats qui traversent le numérique.
28:18On se retrouve très vite sur la chaîne Bsmart, notamment jeudi prochain.
28:21On sera en direct à 10h45.
28:23Sous-titrage Société Radio-Canada
28:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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