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Lundi 13 juillet 2026, retrouvez Medhi Houas (Président, Numeum) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:05Le syndicat patronal Numéum, première organisation des professionnels du numérique en France,
00:11a élu un nouveau président début juillet 2026.
00:14Bonjour Médiouas.
00:15Bonjour.
00:16Merci beaucoup d'être avec nous.
00:18Merci pour votre invitation.
00:20Vous n'êtes pas un petit nouveau chez Numéum, vous étiez administrateur de l'organisation depuis 9 ans.
00:26Votre nomination par le conseil d'administration, est-ce que c'est le signe qu'on reste finalement dans une
00:32continuité de la stratégie de Numéum ?
00:35Ou alors vous arrivez avec de nouvelles ambitions, de nouvelles propositions ?
00:40Les deux. Une nouvelle ambition mais dans la continuité.
00:43C'est-à-dire que le travail qui a été fait par Véronique Turner, la présidente sortante,
00:48ces trois dernières années est un formidable travail qui a consisté à réellement ancrer trois piliers
00:54sur lesquels on va et je vais essayer de m'appuyer.
00:58Le premier de ces piliers, c'est ce qu'elle appelait rayonner.
01:01Numéum, notre syndicat, n'était pas connu, on n'était pas reconnu dans l'écosystème.
01:05Et aujourd'hui, on est connu, on est visible, on est reconnu, on est invité à toutes les manifestations
01:12qui parlent du numérique et de la tech et pas uniquement en spectateur, en acteur.
01:16C'est-à-dire qu'on nous demande notre avis, on nous demande notre vision.
01:18Et ça, c'est remarquable. Donc, premier pilier.
01:22Le deuxième pilier, c'est celui de fédérer.
01:26C'est-à-dire que le numérique, certes, n'a pas de frontières.
01:29Le numérique ne peut pas se faire uniquement en France.
01:32Et le numérique doit embrasser tous les acteurs qui touchent à ce secteur d'activité-là.
01:37Et ça a donné lieu à la création de l'équipe de France du numérique,
01:41dont je porte le badge l'année dernière, qui réunit 70 organisations en France.
01:46Et l'idée aussi, c'est de s'appuyer sur ce pilier pour, pourquoi pas, créer l'équipe d'Europe
01:53du numérique.
01:53Parce que la France, toute seule, va avoir du mal à imposer une troisième voie.
01:58Il y a d'autres associations, vous savez, qui travaillent ça au niveau européen, effectivement.
02:02Et donc, toutes les fédérer pour avoir une voie qui porte et qui soit plus forte.
02:07Je vais terminer rapidement ce troisième pilier, mais on va détailler des choses plus précisément après.
02:11D'accord. Le troisième pilier, c'est qu'on a une filière qui est verticale et qu'il va falloir
02:17qu'on horizontalise.
02:18C'est-à-dire qu'elle doit assumer la responsabilité d'accélérer la transformation de tous les secteurs d'activité
02:23par cette technologie transformante.
02:27Alors, vous avez dit que désormais, vous étiez une organisation reconnue, invitée.
02:32Et donc, pas plus tard que mercredi dernier, vous étiez invitée par Anne Le Hénanf à venir dans son cabinet.
02:39De quoi avez-vous discuté avec la ministre ?
02:42Alors, ça fait une année qu'on travaille avec la ministre, depuis qu'elle a pris ses fonctions.
02:48Donc, on s'est inscrit dans la continuité.
02:50Je lui ai expliqué les bases à partir desquelles j'allais décliner mon plan sur les trois prochaines années.
02:58que nous étions un syndicat, donc qu'il fallait qu'on défende aussi notre profession et nos adhérents.
03:03Mais que ce syndicat-là devait avoir un dialogue le plus fluide et le plus transparent avec son ministère de
03:11tutelle.
03:12Et c'est ça qu'on est en train d'essayer de construire ensemble.
03:14Et alors, elle est venue... Enfin, elle vous a plutôt invité pour vous écouter ou elle est venue, elle aussi,
03:19avec des messages à faire passer ?
03:21Je pense qu'il y a les deux. Je pense qu'il faut qu'on instaure un dialogue.
03:25Et j'ai passé mes messages, elle m'a passé les siens.
03:28Et d'ailleurs, quand j'entends l'interview, son interview, on est assez accordé.
03:36Alors, son interview, juste pour remettre le contexte pour ceux qui ne regardent que cette séquence où on est ensemble.
03:42Donc, l'interview qu'on a réalisée avec Anne Le Hénanf à l'occasion de son déplacement au Congrès des
03:47villes de France,
03:48où elle appelle l'ensemble des Français, et même les élus, et même les petites villes et les moyennes,
03:54à se mobiliser sur l'intelligence artificielle, principalement.
03:56Ce n'est pas le seul sujet abordé, mais c'est là-dessus que vous vouliez rebondir ?
03:59Oui, et on a une vision et une ambition commune, celle de ne pas être obligé d'adopter une des
04:06voies américaine ou chinoise,
04:08américaine qui repose sur la loi du plus fort, chinoise qui repose sur le côté liberticide et intrusif.
04:15On a envie de construire une troisième voie, et cette troisième voie, elle s'appuie sur les valeurs qui sont
04:19les nôtres,
04:19les valeurs universelles, les valeurs de respect, les valeurs d'inclusion, les valeurs d'ouverture,
04:24respect aussi de l'environnement et de la planète.
04:26Et à ce niveau-là, on doit revoir la chaîne de valeurs de nos interdépendances,
04:33de nos dépendances, pour reconstruire une souveraineté et maîtriser nos interdépendances.
04:38Ça, c'est ce que vous portez, vous, comme conviction ?
04:42C'est ce qu'on porte ensemble.
04:43C'est ce que vous portez ensemble.
04:44Est-ce qu'elle est venue, elle aussi, vous demander des choses, ou vous interroger sur des points spécifiques ?
04:49Elle a besoin de notre industrie pour pouvoir construire une alternative au modèle américain, au modèle chinois.
04:57Et donc, notre industrie a besoin des pouvoirs publics et a besoin d'elle pour pouvoir faire en sorte que
05:03cette industrie puisse éclore.
05:07Donc, on a besoin l'un de l'autre.
05:09Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, cette industrie n'est pas suffisamment puissante, cette industrie française du numérique ?
05:16Oui, oui, il faut faire le bon constat.
05:18Il faut faire le bon constat.
05:18On a des pépites, mais nous avons pris du retard, nous avons perdu un certain nombre de batailles,
05:23mais nous n'avons pas encore perdu la guerre.
05:25On peut récupérer notre retard, on peut accélérer, mais aussi en changeant de paradigme, en changeant aussi de braquet et
05:30de levier.
05:31Quand les Américains investissent par centaines et que les Chinois investissent par dizaines,
05:35on ne peut plus, pour rester dans le game, pour rester dans le jeu, investir à l'unité.
05:39Donc, il faut que nous aussi, on multiplie nos investissements.
05:43Et ces investissements, si on veut les multiplier, il faut agrandir notre territoire.
05:47de la France passée à l'Europe.
05:49Et moi, ma vision, c'est de me dire de l'Europe aussi, à arrimer l'Afrique.
05:53Parce que si l'Europe a 500 millions d'habitants, 500 millions de consommateurs, 500 millions d'utilisateurs,
05:58l'Afrique peut en emmener un milliard et demi.
06:00Et à nous deux, nous pouvons avoir un terrain de jeu qui va permettre aux technologies que nous développons,
06:07réellement, de mettre en avant des services à valeur ajoutée,
06:12qui auront eu des terrains de jeu complexes,
06:15et donc qui pourront être beaucoup plus musclées, beaucoup plus fortes que celles que nous opposent aujourd'hui les Américains
06:21ou les Chinois.
06:22Parce que vous le connaissez bien, ce continent africain,
06:25pour avoir été ministre du commerce et du tourisme en 2011, je crois, en Tunisie ?
06:29Absolument, après la Révolution. Il faut toujours préciser que c'est après la Révolution.
06:32Après la Révolution, après le printemps arabe, tout à fait.
06:35Moi, j'ai l'avantage d'être français, d'être tunisien, d'être européen, d'être africain,
06:39et donc de pouvoir être ce trait d'union entre ces deux continents qui ont une histoire qui, aujourd'hui...
06:43Sur la tech et le numérique, il n'y a pas d'histoire commune, aujourd'hui ?
06:46Pas encore, pas encore, mais il y a tout à écrire.
06:49Donc, ça veut dire qu'on n'a pas forcément de problème à régler,
06:53et que tout est devant nous, et que l'avenir peut être heureux si on le décide.
06:57Mais comment vous l'imaginez ?
06:58Parce qu'on est effectivement pris en étau, comme ça, entre les États-Unis et la Chine.
07:03Alors, certains parlent d'une autre voie qui serait avec la Corée du Sud, avec le Japon.
07:08Vous nous dites avec l'Afrique, ok, mais comment est-ce qu'on crée vraiment ce lien entre des continents
07:16?
07:16Il y a énormément de pays avec lesquels nous pouvons créer des relations fortes.
07:20Vous parliez de la Corée du Sud, on peut parler aussi du Canada.
07:25Mais il y a un continent avec lequel on a déjà une histoire, avec lequel on partage une culture,
07:30on partage des langues aussi communes.
07:33le continent africain parle le français, parle l'anglais, parle le portugais, parle naturellement l'arabe,
07:38et ces langues-là sont des langues que l'on maîtrise.
07:41Ça sera beaucoup plus facile de créer des relations rapides avec ce continent
07:47que de créer des relations avec des pays qui sont déjà avancés.
07:51Mais ce serait pour des développements, on va dire, à l'international, pour le business ?
07:54Pas forcément pour des développements à la business.
07:56Vous savez, il n'y a aucun champion américain ou chinois qui n'a réussi à devenir un champion
08:02sans l'aide de la commande publique.
08:04Et la commande publique, ce n'est pas de l'argent.
08:06Les Américains, les grandes latex américaines ne vont pas chercher de l'argent quand il s'agit de chercher.
08:11Vous voulez dire, ce n'est pas de l'argent, ce n'est pas du financement ?
08:13Non, le financement, ils l'ont parlé.
08:15C'est la capacité de pouvoir résoudre un problème complexe.
08:19Et c'est la commande publique qui donne cette capacité-là.
08:21Et cette capacité-là, elle vous permet de descendre votre courbe d'expérience beaucoup plus rapidement,
08:26de vous muscler et de rendre, entre guillemets, fade tous les problèmes que vous aurez à résoudre pour les entreprises.
08:32Ça veut dire qu'il faut avoir un terrain de jeu complexe.
08:34Le terrain de jeu européen est certes compliqué, mais pas complexe.
08:37Le terrain de jeu africain est très complexe.
08:39Si on mixe la technologie européenne avec le terrain de jeu africain,
08:44on a la capacité à rattraper le retard que l'on a pris par rapport aux Chinois ou par rapport
08:48aux Américains.
08:49C'est ça le New Deal qu'il faut qu'on arrive à construire entre les deux continents.
08:55Vous l'avez dit, c'est déjà complexe au niveau européen.
08:59C'est compliqué, j'ai dit.
09:00Donc, il y a compliqué et complexe.
09:01Le compliqué est plus facile à résoudre que le complexe.
09:04Le complexe nécessite un petit peu plus de travail,
09:07mais le complexe, si vous y arrivez, vous muscle et vous permet d'être...
09:13Ça passe par des décisions politiques, ça ?
09:16Obligatoirement.
09:17Il faut que le politique et le privé travaillent main dans la main,
09:23mais pour travailler main dans la main, il faut qu'on ait une vision commune.
09:25Vous savez, sur les derniers modèles entraînés,
09:29OpenAI et Anthropik ont utilisé 15 fois plus de puissance que Mistral.
09:34Il n'y a pas de mystère.
09:38Si vous avez la puissance, vous avez la capacité naturellement à pouvoir avoir des modèles qui vont beaucoup plus vite.
09:45Alors, il y a la puissance de calcul qui est une chose,
09:47et puis il y a les données et les terrains de jeu.
09:49L'Afrique ne va pas porter de puissance de calcul, quoique on a aussi un problème d'énergie.
09:54L'IA, c'est les algorithmes, la puissance de calcul, les datas,
09:59mais c'est aussi l'énergie.
10:00C'est très énergivore.
10:01Et en Afrique, vous savez qu'il y a 70% de notre soleil qui est là-bas.
10:05Donc, on peut très bien identifier des petits data centers, par exemple,
10:09qui seraient interconnectés et qui seraient alimentés par l'énergie solaire.
10:13Et de l'autre côté, parce qu'il faut aussi que l'Afrique trouve son compte dans cette alliance.
10:17Là, je vous entends beaucoup parler de comment la tech européenne pourrait se développer sur ce continent.
10:23Et inversement, ça fonctionnerait ?
10:25C'est plus qu'inversement.
10:27Qu'est-ce que c'est que cette tech ?
10:28C'est un accélérateur de transformation.
10:29L'Afrique a besoin d'accélérer sa transformation.
10:32Donc, si on met notre technologie à disposition de l'Afrique
10:34et qu'on l'utilise pour accélérer sa transformation,
10:37l'Afrique va y gagner l'accélération de sa transformation.
10:40Et nous, on va y gagner le fait d'avoir des services à valeur ajustée qui sont éprouvés.
10:43On ne doit pas être les seuls à draguer certains pays africains.
10:47Pour le moment, ceux qui draguent les pays africains
10:50sont intéressés par les ressources minières, les terres rares.
10:53Donc, on a la chance de pouvoir venir construire un dialogue
10:56qui soit différent et qui soit win-win en disant
10:58« Voilà, on vous respecte, on respecte vos compétences. »
11:03Et puis, n'oubliez pas, l'Afrique a un milliard et demi d'habitants.
11:05Dans 30 ans, il en aura un milliard de plus.
11:07Ça veut dire qu'il y a un enjeu colossal, sociétal, important,
11:13des défis à relever.
11:14Et je pense que si aujourd'hui, on dit que l'Afrique a besoin de l'Europe,
11:17l'Europe a besoin aussi de l'Afrique, à partir du moment où on se met dans une logique de
11:22cercle vertueux,
11:24d'égal à égal, en respect, où on s'entraide.
11:28Et ça, ce discours à Anne-le-Hénanf, où le gouvernement y est déjà sensible ?
11:32Je le lui ai dit, elle y est sensible.
11:35Je l'ai dit à pas mal de personnalités politiques.
11:38Aujourd'hui, on a aussi une responsabilité, c'est d'éclairer tous les candidats à l'élection présidentielle.
11:43On est dans une année phare.
11:46La technologie peut être...
11:47Là, votre arrivée à la présidence, ça se situe vraiment à un moment clé,
11:50parce que vous allez vivre la campagne présidentielle 2027.
11:54Et là, c'est le moment de jouer de toute son influence.
11:56Absolument.
11:57C'est une responsabilité que j'ai acceptée d'assumer.
11:59Et donc, il va falloir qu'on assume.
12:01Il va falloir qu'on explique, qu'on éclaire.
12:03Vos thèmes de campagne, Mehdi.
12:06Donc, ce sera l'Afrique, quoi d'autre ?
12:09Non, c'est d'abord la France, c'est l'Europe et c'est l'Afrique.
12:12C'est dans cet ordre-là.
12:14C'est-à-dire que mon prisme, c'est la France.
12:16Nous sommes le syndicat patronal français.
12:19Et donc, ma responsabilité, c'est de faire en sorte que l'économie du numérique soit prospère.
12:24Pour être prospère, il faut qu'on améliore notre compétitivité.
12:28La compétitivité vient de la productivité.
12:30La productivité peut s'améliorer grâce à l'utilisation des technologies.
12:35Productivité, compétitivité entraînera la croissance.
12:37On reviendra dans le jeu.
12:38On pourra avoir de nouveaux marchés et la croissance génèrera de l'emploi.
12:42Donc ça, c'est une chaîne qu'il va falloir que l'on fortifie et que l'on démontre vis
12:47-à-vis de tous les acteurs politiques
12:49qui ambitionnent de devenir président de la France, que la technologie va pouvoir aider.
12:55Il faut qu'on retrouve une compétitivité parce qu'on est dans un monde où la compétition est forte
13:00et où on a pris du retard par rapport à nos deux grands challengers que sont les Américains et les
13:08Européens.
13:08Il vous semble qu'aujourd'hui, on n'a pas adressé le sujet de manière correcte.
13:13Parce que quand on écoute justement Anne Luenor dire, nous, on a déjà apporté nos soutiens,
13:18on apporte encore notre soutien à la tech française,
13:20notamment à travers les programmes France 2030, à travers la mission French Tech.
13:26Elle parle aussi évidemment de la commande publique où elle reconnaît qu'il y a un problème aujourd'hui de
13:34commande publique
13:35et que même la direction du numérique de l'État doit revoir son cap et changer ses réflexes.
13:41Mais ces sujets sont adressés aujourd'hui.
13:44On a l'impression qu'il y a une prise de conscience politique.
13:46Est-ce que vous attendez des actes un peu différents de ce que vous avez vu jusqu'ici ?
13:50Oui, je vais le dire de manière différente.
13:51Ces sujets sont identifiés.
13:53Est-ce qu'ils sont adressés de manière correcte ?
13:55La réponse, elle est non.
13:57Et ils doivent être adressés dans la continuité avec un plan long terme.
14:01France 2030, par exemple, c'est un plan long terme.
14:04Est-ce que 4 ans, c'est long terme pour vous ?
14:08Donc, est-ce qu'on n'a pas besoin d'avoir une vision un petit peu plus longue
14:15avec, naturellement, des étapes, avec des milestones, mais une vision beaucoup plus longue ?
14:19Donc, est-ce qu'ils sont identifiés, la réponse est les oui ?
14:21Est-ce qu'ils sont adressés ?
14:22On va voir si, réellement, on a pris la mesure des enjeux auxquels on doit faire face.
14:30Première chose, c'est éclairer.
14:31La deuxième chose, c'est prévenir des risques.
14:33C'est-à-dire, quels risques on a à ne pas faire ?
14:36Oui.
14:36Et donc, il va falloir que le candidat l'assume s'il ne fait pas.
14:39Et qu'est-ce qu'on peut gagner à faire ?
14:41Et si on doit gagner à faire, quels sont les investissements que l'on doit mettre en place pour pouvoir
14:47y arriver ?
14:48Parce qu'on n'est pas dans une technologie d'amélioration continue, on est dans une technologie de rupture.
14:53Ça veut dire que c'est une technologie qui ne va pas vous permettre de mieux faire ce que vous
14:57faisiez hier.
14:58Elle va vous permettre de faire différent.
15:00Et donc, il faut que chacun accepte de sortir...
15:03Vous parlez de l'IA, là ?
15:03Je parle, en l'occurrence, de l'IA.
15:05Et l'IA n'est que la partie visible de l'iceberg.
15:08Les infrastructures qui conditionnent notre souveraineté sont la partie cachée
15:12et sont la partie sur laquelle il faut aussi avoir une stratégie.
15:17Donc, la compétitivité, le premier axe.
15:19La résilience.
15:20Résilience, c'est autonomie, c'est maîtriser ses interdépendances.
15:25On ne pourra pas être indépendant.
15:28Ça n'existe plus.
15:29Par contre, dans la chaîne de valeur des interdépendances,
15:32il faut qu'on maîtrise les maillons les plus faibles
15:34et qu'on ait la capacité de ne pas être à la merci d'un président américain lunatique
15:39qui, à un moment donné, est capable d'appuyer sur le bouton on-off sans nous demander l'autorisation.
15:44La technologie est présente dans notre vie au quotidien.
15:48Elle va l'être de plus en plus.
15:49Ça n'est pas un mal.
15:50C'est vraiment un bien parce qu'elle va inclure,
15:53elle va permettre de faire des choses qu'on ne savait pas faire.
15:55Mais ça veut dire qu'on doit maîtriser le bouton marche-arrêt.
15:58Vous avez déjà des choses très concrètes à amener comme ça aux futurs candidats à l'élection présidentielle
16:06en leur disant ça, vous dites oui, vous dites non.
16:10Voilà l'impact, le risque si vous dites non.
16:12Est-ce que vous avez des propositions ?
16:14On est en train d'y travailler et on s'est engagé à proposer 4-5 grands axes, pas plus,
16:25à mi-octobre.
16:26Et pour le moment, on est en train d'auditionner tous les candidats
16:29qui se sont déclarés à la présidence de la République.
16:32Vous pensez, comme la ministre Le Hénonf le disait dans l'interview qu'on a écouté juste avant ensemble
16:38sur notre plateau, qu'il y ait un risque de décrochage de la France ?
16:42Bien sûr, bien sûr.
16:43Le risque, il existe.
16:45Après, est-ce qu'on va décrocher ?
16:46Je pense qu'aujourd'hui, il y a une prise de conscience qui est générale.
16:50Donc, on a compris qu'il ne fallait pas qu'on décroche.
16:53Est-ce qu'on mesure réellement les efforts qu'il va falloir faire pour ne pas décrocher
16:58et puis aussi pour retrouver notre place de leader ?
17:01Ça, c'est notre responsabilité d'éclairer.
17:03Dire, super, vous avez fait le bon constat.
17:06Maintenant, si vous voulez rattraper le terrain, c'est pas par unité, par milliards d'euros,
17:11c'est plutôt par centaines de milliards d'euros qu'il va falloir investir.
17:15Alors, on nous dit qu'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'argent, il
17:17n'y a plus d'argent.
17:18Il n'y en a plus, il n'y en a.
17:19Il n'y en a plus dans le public, mais il y en a énormément dans le privé.
17:22On n'a jamais eu autant d'épargne en France.
17:27Par contre, cette épargne, on a du mal à l'actionner parce qu'on n'a pas encore retrouvé
17:33la confiance à donner à ceux qui ont épargné pour qu'ils investissent dans notre économie.
17:38Et ça, c'est quelque chose qu'il faut qu'on fasse, c'est-à-dire qu'il faut qu
17:41'on leur explique
17:42que cette technologie va nous permettre de récupérer notre retard,
17:45va nous permettre de redevenir compétitifs, va nous permettre de générer de la croissance
17:49et donc que leur investissement, eh bien, il va être bon.
17:55Vous avez aussi présidé l'association Talents du numérique.
18:00Ce sujet de l'éducation au numérique, vous avez l'impression qu'on le prend par le bon bout en
18:04France ?
18:04Non.
18:04Parce qu'on est en plein dans ces débats sur les jeunes face aux écrans, l'accès aux réseaux sociaux.
18:11On travaille beaucoup sur la question des risques.
18:14Oui, et pas les opportunités, pas de ce qu'il y a à faire.
18:16Moi, je suis triste de constater chaque année que l'on recule dans le classement mondial de l'éducation.
18:23On était un phare, on avait les meilleures écoles, on avait les meilleures formations,
18:28les mathématiques tentent à disparaître et le sujet ne démarre ni au collège ni au lycée,
18:34il démarre à l'école primaire et il démarre réellement à partir du CP ou du CE1.
18:40Et il va falloir réellement, là aussi, qu'on fasse une rupture et qu'on change la façon dont on
18:46éduque nos enfants.
18:47La mixité aussi est un sujet.
18:49On est en train de réinventer un monde.
18:51Est-ce qu'il est raisonnable de réinventer un monde avec un genre dominant ?
18:55Non, fatalement, ça va créer des biais.
18:57Or, aujourd'hui, dans la tech, on a 80% d'hommes et 20% de femmes.
19:01Ce n'est pas purement français, ça.
19:04Ce n'est pas un problème français.
19:05C'est un problème de riches.
19:07Quand on est dans les pays en voie de développement, on s'aperçoit que c'est équilibré.
19:11En Tunisie, par exemple, on a 52% de femmes qui sortent diplômées des écoles d'ingénieurs.
19:17Pourquoi ? Parce qu'elles considèrent que c'est une voie d'émancipation.
19:20C'est la voie qui leur permet d'être valorisées, non pas par leur être ou leur paraître, mais par
19:24leur savoir.
19:26Dans les pays évolués, les femmes sont conditionnées pour aller vers des sciences molles.
19:32Et c'est dommage.
19:33C'est dommage.
19:34Et ça, il faut le rectifier pour que l'on puisse avoir un équilibre
19:38et avoir des systèmes et des technologies qui sont conçues sans biais.
19:43Et cette majorité numérique, vous en pensez quoi ?
19:45Cette majorité numérique à 15 ans.
19:48Après, il y a des sujets qui sont politiques, il y a des sujets qui sont populistes.
19:54Je veux dire, nous, notre profession, elle n'est pas de prendre parti ou de se positionner sur un sujet
19:59de ce type.
20:00Ce n'est pas un sujet sur lequel...
20:02Ce n'est pas un sujet sur lequel on a forcément une légitimité pour prendre une position.
20:06Notre légitimité, elle est d'expliquer en quoi cette technologie est puissante,
20:11en quoi cette technologie peut accélérer les transformations,
20:14et en quoi on peut rattraper le retard que l'on a pris en faisant des investissements intelligents et en
20:21se groupant.
20:21Et vous entendez aussi les voix qui disent
20:23« Oh là, mais on y va peut-être un petit peu trop vite, justement, avec l'intelligence artificielle. »
20:28On n'écoute pas assez la société civile qui a peur, qui s'inquiète, qui se demande si ça vaut
20:33le coup,
20:34qui parle effectivement de l'impact environnemental.
20:36Alors, on est dans une course mondiale.
20:38Ça veut dire que si on ralentit et que nos compétiteurs ne ralentissent pas,
20:41on va encore perdre un petit peu plus de terrain.
20:43Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas répondre aux préoccupations de nos concitoyens
20:48qui ont raison de s'inquiéter, qui ont raison d'avoir peur.
20:52Et une des façons de les rassurer, c'est de leur expliquer.
20:54Et c'est pour ça qu'il y a 18 mois, on avait fait un tour de France de l
20:58'IA,
20:58où on avait visité une trentaine de villes en France
21:02pour acculturer la population à ce que l'intelligence artificielle peut apporter,
21:09pour aussi leur montrer les dangers de cette intelligence artificielle.
21:13On ne se voile pas la face et on essaie d'être transparent, sincère, sans mentir.
21:19Cette année, nous allons entamer le tour de France de la résilience
21:22pour expliquer aussi qu'est-ce que la résilience, qu'est-ce que l'autonomie,
21:26qu'est-ce que l'interdépendance, qu'est-ce que la cybersécurité,
21:29en quoi c'est important de s'y investir et quels sont les dangers à ne pas faire.
21:34Donc oui, ça va vite, mais est-ce qu'on peut ralentir
21:36pendant que nos compétiteurs accélèrent ? Je ne pense pas.
21:38Merci beaucoup Mehdi Ouas d'avoir été notre invité dans la grande interview de Smartech.
21:43Je rappelle que vous êtes le nouveau président de Numé.
21:46Merci à tous de nous avoir suivis.
21:47C'était Smartech, votre rendez-vous sur l'innovation et ses débats qui traversent le numérique.
21:53On se retrouve très vite sur la chaîne Bsmart, notamment jeudi prochain.
21:56On sera en direct à 10h45.
21:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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