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  • il y a 2 heures
Mercredi 8 juillet, Stéphanie Coleau a reçu Wilfrid Galand, directeur stratégiste de Montpellier Arbevel, dans l'émission La Grande Interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le 18-19 sur BFN Business.
00:05Ça bouge donc sur le marché obligataire.
00:08Les investisseurs semblent de nouveau inquiets face au regain de tension au Moyen-Orient.
00:12Ce matin, l'ensemble des taux d'emprunt des grands pays européens étaient fortement à la hausse.
00:17Les bourses européennes terminent ce soir en nette baisse.
00:19Moins de 2% à Paris comme à Francfort, moins 1,6% à Londres.
00:23Bonsoir Wilfried Galland.
00:24Bonsoir Stéphanie.
00:25Vous êtes directeur stratégiste pour Montpensier Arbevel.
00:28Le taux à 10 ans de la France a atteint son plus haut depuis 2009 ce matin à 3,9
00:33% contre 3,79% hier.
00:37Est-ce que c'est là la conséquence du regain de tension dans le golfe entre l'Iran et les
00:42Etats-Unis ?
00:42Il y a beaucoup de choses en fait dans cette poussée qui effectivement est assez forte, il ne faut pas
00:49le nier.
00:50Il y a d'abord la toile de fond de la compétition pour l'épargne mondiale.
00:54Pendant très longtemps, on a eu des années où il n'y avait pas beaucoup de projets,
00:57il y avait beaucoup d'épargne, donc les taux d'équilibre étaient très bas.
01:00Ça n'est plus le cas.
01:01On a énormément d'investissements, en particulier dans la technologie,
01:04donc tout le monde se bat pour avoir de l'épargne.
01:06Et effectivement, les taux sont plutôt en train de monter.
01:08Et donc, les Etats doivent se battre comme les autres pour avoir accès au financement.
01:12Le deuxième élément, c'est que ça fait un certain temps, effectivement,
01:17qu'en particulier le cas français,
01:19et je mets de côté tout ce qui se passe au Moyen-Orient,
01:22mais le cas français inquiète un peu les marchés au sens où le budget 2027 est sous pression.
01:28On sent bien qu'il y a véritablement un sujet.
01:31Donc, ça fait un certain temps que l'écart de taux entre la France et l'Allemagne grandit.
01:36Donc là, effectivement, on a eu une poussée liée au stress supplémentaire lié au Moyen-Orient.
01:41Il est aussi très probable que le fait que le candidat désormais du RN pour l'élection présidentielle soit Marine
01:51Le Pen,
01:52et donc une candidate qui a toujours mis véritablement très très loin dans ses priorités
01:58les problématiques d'équilibre budgétaire et de respect des engagements européens,
02:02c'est vraiment pas le cœur de son programme.
02:05Là aussi, ça n'était pas probablement dans les scénarios de marché qui étaient privilégiés.
02:09Et donc, il faut remettre les scénarios au goût du jour.
02:14Il faut redonner un prix.
02:15Une fois de plus, le marché donne des prix.
02:18Et ils nous disent, tout ceci cumulé à tous ces facteurs,
02:22ça veut dire que vous allez payer, pour vous financer globalement en tant qu'économie,
02:26vous allez payer un peu plus cher.
02:28Il n'y a pas encore de drame.
02:30Il n'y a pas de drame du tout.
02:31Mais quand on est à 85 points de base,
02:35donc 0,85% d'écart avec l'Allemagne,
02:38on est quand même très loin des niveaux dits de temps calme
02:41qui sont autour de 50-55.
02:43Donc, ça veut vraiment dire qu'on commence à avoir un certain malaise.
02:48Il n'empêche, Wilfried, le mouvement qu'on a vu ce matin sur les taux,
02:52il est européen.
02:54Est-ce que les investisseurs craignent un retour de l'inflation
02:56avec ce qui se passe dans le Golfe,
02:58avec une croissance flat, quasiment à Tônes ?
03:01Je pense que la vraie crainte en Europe,
03:04c'est plutôt une crainte de récession,
03:06plutôt qu'une crainte d'inflation.
03:09Évidemment, compte tenu de la remontée des cours du pétrole,
03:12qui est quand même assez modérée,
03:13compte tenu de ce qu'on entend quand même d'opérations militaires,
03:19ça ne va pas aider la Banque Centrale Européenne
03:23à prendre enfin conscience que ça ne sert à rien
03:24d'essayer de contrecarrer un choc d'offres en posant sur la demande.
03:30Mais il y a cette inquiétude qui est là.
03:32L'inquiétude numéro un, c'est qu'effectivement,
03:34ça n'aide pas à redonner un élan de croissance pour les économies.
03:39Et donc, ça va peser sur les capacités de financement.
03:41Donc, il y a un risque sur, globalement,
03:45les équilibres financiers de la zone euro.
03:47Et ce risque-là, il se matérialise avec un prix du risque plus important.
03:50C'est tout à fait normal, c'est le rôle des marchés.
03:52Alors, vous l'avez dit, la particularité de la France,
03:55c'est sa situation budgétaire.
03:57Une dette publique qui dépasse les 3 500 milliards d'euros au premier trimestre,
04:02sans plus de 117% du PIB.
04:05Et surtout, l'objectif de 5% de déficit d'ici à la fin de l'année,
04:10qui sera difficile à atteindre, nous a dit le gouvernement hier.
04:14Est-ce que ça, c'est de nature à inquiéter aussi les marchés ?
04:18Ce qui inquiète profondément les marchés,
04:20c'est qu'en termes de capacité fiscale,
04:23on a quasiment atteint un plafond.
04:26Et donc, il reste les leviers qui sont difficiles à activer.
04:29Donc, baisser les dépenses, en particulier les dépenses sociales,
04:31et augmenter la quantité de travail générale dans l'économie.
04:34On sait que c'est très difficile en France.
04:36Et donc, effectivement, résoudre cette équation-là,
04:39ça paraît très compliqué aujourd'hui.
04:41Et donc, ça veut dire que le nœud coulant,
04:43dont on parle depuis longtemps,
04:44il est en train de se resserrer de plus en plus.
04:46Les marchés nous disent, faites très attention.
04:49Le problème de l'économie française, on le sait,
04:52c'est que nous n'avons pas la croissance potentielle nécessaire
04:54pour supporter le niveau de dépense sociale
04:56que souhaitent nos compatriotes.
04:58Abordez ce sujet de façon frontale.
05:01Sinon, progressivement,
05:03l'étau va se resserrer.
05:04Et donc, vous ne serez plus capable
05:05de supporter les dépenses que vous voulez supporter,
05:08vous, en tant que peuple souverain.
05:09Donc, la souveraineté a un prix.
05:11On parle beaucoup de souveraineté.
05:12La souveraineté a un prix
05:14et les marchés sont en train de nous le donner.
05:15Donc là, c'est la crédibilité de la France
05:17qui est en jeu de la signature de la France.
05:20Pour autant, les marchés continuent à nous faire confiance aujourd'hui,
05:22même si on paye légèrement plus tard.
05:23Il n'y a pas de sujet aujourd'hui de financement
05:25au sens de volume de financement.
05:27On arrive tout à fait à lever de la dette
05:28dans de bonnes conditions.
05:30Mais on sent que le prix à payer
05:32est de plus en plus important.
05:34Et donc, ça ne veut pas dire
05:35qu'il y aura un accident de crédit.
05:37Ça veut dire que, globalement,
05:39on va aller de plus en plus
05:40vers un service de la dette
05:41qui sera de plus en plus important
05:42et qui va prendre sur nos capacités.
05:45Aujourd'hui, le service de la dette...
05:46On est à 77 milliards.
05:47Voilà, c'est un petit peu en dessous de 80.
05:49Le chiffre de 100 milliards
05:51sera probablement atteint autour de 2029,
05:53selon les dernières projections.
05:56Certainement pas avant.
05:57Mais ça veut dire que
05:59la marge de manœuvre
06:01pour des dépenses non contraintes,
06:04donc les dépenses, en fait,
06:05que nous choisissons
06:06en tant que peuple souverain
06:08au sein des élections,
06:10devient de plus en plus restreint
06:12ou en tout cas coûte
06:13de plus en plus cher.
06:14Ça, c'est quand même un sujet
06:15qu'il va falloir aborder
06:16de façon frontale.
06:18C'est pas un sujet
06:19qui est très agréable
06:20à aborder pour les candidats
06:21en situation d'élection.
06:25Mais effectivement,
06:25les marchés nous disent
06:26qu'il n'y a plus beaucoup de temps aujourd'hui.
06:283,9%.
06:29Il n'y a pas de...
06:31À partir de quand il faut s'inquiéter ?
06:32Jusqu'où ça peut durer,
06:33cette confiance ?
06:34Le vrai...
06:35Le seuil que tout le monde
06:37guette,
06:38c'est le seuil de 5%,
06:39qui est véritablement un sujet,
06:40qui sera un sujet
06:41de très très forte inquiétude.
06:43On en est très loin aujourd'hui.
06:44Mais déjà, effectivement,
06:45si on franchit le seuil
06:46de la barre des 4%,
06:47ça veut dire qu'il y aura
06:50cette espèce
06:50de petit aiguillon
06:53qui fait que...
06:54Vous savez,
06:55le marché de la dette
06:56est un marché
06:56qui est très lent à bouger.
06:59Ceux qui possèdent de la dette,
07:01les investisseurs obligataires,
07:03sont contraints
07:04par des règles extrêmement strictes
07:06et donc ils vendent très peu.
07:08Ce n'est pas comme
07:09le marché actions,
07:09ils vendent très très peu.
07:10Il faut qu'il y ait des événements
07:11qui les contraignent à vendre.
07:12Donc parmi les contraintes,
07:13ce serait par exemple
07:14qu'on soit dégradé
07:15en termes de notes
07:16à une catégorie
07:17qui ne soit plus
07:17la catégorie investissement.
07:18On en est très loin,
07:19on est trois crans au-dessus.
07:20Mais dans ce cas-là,
07:22effectivement,
07:22là,
07:24les teneurs de comptes
07:25n'auraient pas le choix,
07:26ils seraient obligés
07:26par leur politique d'investissement
07:28de vendre.
07:29Avant, en fait,
07:29ils ne vendront pas.
07:30Donc les mouvements
07:31sont forcément des mouvements
07:33qui sont faibles.
07:34On parle aujourd'hui,
07:34effectivement,
07:35de montée de 10 points de base,
07:379 points de base.
07:38En l'absolu,
07:39ce n'est pas énorme.
07:39Mais pour le marché obligataire,
07:41ça veut vraiment dire
07:42qu'il se passe quelque chose.
07:44Ça veut dire
07:44qu'il y a un véritable risque
07:48si le prochain locataire
07:50de l'Elysée
07:52est élu sur des promesses
07:55de déficit qui se creusent,
07:57une retraite,
07:59un âge légal de départ
08:00à la retraite qui recule.
08:01Est-ce que ça veut dire
08:03que là, concrètement,
08:04on rentre dans une période
08:04où les investisseurs
08:06s'attendent à énormément
08:08de mouvements
08:10parce que les candidats
08:12qui se présentent sont...
08:15On voit Marine Le Pen,
08:16par exemple,
08:17qui se maintient
08:19et qui l'a annoncé hier soir,
08:21qui parle d'une retraite
08:22à 62 ans.
08:23Est-ce que ça,
08:24c'est une matière
08:25à faire fuir les investisseurs
08:26ou à inquiéter ?
08:27Oui, tout à fait.
08:28C'est véritablement...
08:29En tout cas,
08:30les marchés ne sont ni inquiets
08:33ni émotionnels.
08:35Les marchés font ce qu'ils savent faire.
08:37Ils donnent des prix.
08:38Ils donnent le prix du risque
08:39et le prix du temps.
08:40Ils nous disent simplement
08:41que tous les choix démocratiques
08:42sont des choix légitimes.
08:44Il n'y a aucun problème.
08:45Simplement,
08:46on doit vous donner l'information
08:47que ne vous donnent pas,
08:48parfois,
08:49des candidats.
08:50C'est les choix.
08:51Tout choix a un prix.
08:53Et donc,
08:53si vous faites le choix
08:54d'avoir, par exemple,
08:55la retraite à 60 ou 62 ans,
08:57ça veut dire que vous allez être
08:58beaucoup plus contraints
09:00sur énormément d'autres choses
09:01parce que le prix sera extrêmement élevé.
09:04Vous pouvez faire ce choix-là.
09:06Il n'est pas impossible.
09:07Mais est-ce que vous êtes prêts
09:08à payer ce prix
09:09pour tout le reste de l'économie
09:10avec les conséquences
09:11que ça implique ?
09:12C'est-à-dire probablement
09:13un appauvrissement généralisé
09:15du pays
09:16dans les années qui viennent.
09:17Est-ce que c'est quelque chose
09:18avec lequel vous êtes à l'aise ?
09:20Et ça peut être quelque chose
09:21avec lequel, collectivement,
09:22nous sommes à l'aise.
09:22Mais au minimum,
09:23il donne cette information-là.
09:25C'est utile
09:26et je pense très important
09:27pour le débat
09:27de l'entendre, tout simplement.
09:29Sachant que là,
09:30on entre en campagne présidentielle,
09:32en année présidentielle
09:34et qu'il y a un budget 2027
09:35à boucler par ailleurs avant.
09:38On a la double lame.
09:38Voilà, c'est la double lame.
09:41Exactement.
09:41Ça veut dire qu'aujourd'hui,
09:42on sait qu'on a
09:43une instabilité politique
09:45qui fait que c'est difficile
09:46de trouver des équilibres budgétaires
09:47au sein du Parlement
09:49parce qu'il faut que le Parlement valide.
09:51Il y aura probablement
09:52quand même
09:52un compromis,
09:54moi j'y crois en fait,
09:55qui sera trouvé.
09:56Personne n'a intérêt
09:56véritablement à une crise
09:57juste avant l'élection.
10:00Mais probablement pas,
10:01évidemment,
10:02de réformes majeures
10:03pour résoudre
10:04ce fameux problème
10:04de croissance potentielle
10:06et de dépense sociale.
10:06Toujours ces deux volets.
10:08Augmenter la croissance potentielle
10:09ou diminuer
10:10le volet de dépense sociale.
10:12Et donc,
10:12ça doit être au cœur
10:13de la campagne électorale
10:15et les marchés
10:16suivront ça.
10:16Je me souviens
10:17de la campagne,
10:18par exemple,
10:18de 2017.
10:19Celle de 2022
10:20était très particulière,
10:21mais celle de 2017
10:21où les taux d'intérêt
10:23en particulier
10:24évoluaient,
10:25voire l'euro également,
10:26évoluaient au fur et à mesure
10:27des sondages
10:29sur le premier
10:29et le deuxième tour
10:30de l'élection française
10:31en disant,
10:32est-ce qu'on va remettre
10:33en cause
10:33un mode de fonctionnement
10:34qui est notre mode
10:35de fonctionnement
10:36sur lequel on a
10:36beaucoup de confort ?
10:37Est-ce qu'on va
10:39casser un certain nombre
10:39de mécanismes européens,
10:40casser un certain nombre
10:41de mécanismes de la zone euro ?
10:42C'est effectivement ça
10:43qu'il va falloir suivre
10:44dans les semaines,
10:45dans les mois qui viennent.
10:46On aura beaucoup
10:46de choses à commenter.
10:47Il va y avoir de quoi faire.
10:48Il va y avoir de quoi faire.
10:50Merci beaucoup,
10:51Louis de Gallon.
10:51Je rappelle que vous êtes
10:52directeur de la stratégie
10:53pour Montpensier.
10:54Arbevelt.
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