- il y a 12 heures
Après la crise Covid, le vélo a connu un boom. Les ventes sont passées de 2,5 millions d’unités en 2015 à 4,8 en 2020. Et les usages se sont transformés, passant du sport au mode de transport urbain. Les pouvoirs publics ont dû adapter les infrastructures et les acteurs du secteur ont dû innover rapidement. Nos invités décrivent ces mutations à l’occasion du salon Prodays qui se tient à Paris du 5 au 7 juillet.
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00:04Smart Trends, avec cette question, le business du vélo est-il en train de changer de modèle ?
00:09On a choisi ce thème à l'occasion du salon Vélo Pro Days.
00:11Bonjour Aurore Briscadieu, bienvenue.
00:13Vous êtes la présidente de ce salon professionnel de référence du cycle en France.
00:18Olivier Cantet, bonjour et bienvenue.
00:20Vous êtes le président de Moustache Bikes.
00:23Et j'accueille également Mathias Coste, bonjour.
00:26le directeur de Sub de Vélo et Vélo Factory, groupe Cycle Lab.
00:32C'est bien ça.
00:32Quelques chiffres, tiens.
00:3325e édition du salon, plus de 6700 visiteurs pro attendus,
00:38autour de 1000 marques présentes, 250 stands, 36 000 m² d'exposition.
00:43Et quel objectif, quelle mission pour ce salon Vélo Pro Days ?
00:47Alors le rôle du salon Vélo Pro Days, c'est de regrouper tous les professionnels
00:51pendant trois jours, des rendez-vous business
00:53entre les marques qui présentent leur nouvelle gamme pour les marques de vélo.
00:58Il y a aussi des accessoires, du service, des financements, il y a un peu de tout.
01:01Et qui viennent rencontrer les magasins qu'on laisse au centre de la chaîne de consommation
01:09pour le vélo et qui viennent prendre les commandes pour l'année N plus 1.
01:16Donc les commandes qui seront prises seront sans doute en magasin pour le grand public début 2027.
01:22Oui, on reviendra sur les enjeux de ce salon pour vous.
01:25Mais présentation de Moustache Bikes, 180 collaborateurs, 4000 vélos produits par mois,
01:3040 000 vélos vendus par an.
01:32Voilà les derniers chiffres qu'on a trouvés.
01:34Avec quel positionnement ? Plutôt vélo haut de gamme, moyenne gamme ?
01:37Vous êtes situé où ?
01:38On est moyen, haut de gamme.
01:39On a à cœur de rendre le vélo accessible à tous.
01:43Et donc depuis, c'est une entreprise jeune qui a 15 ans et qui a beaucoup grossi,
01:49qui est un peu l'une des pépites françaises dans ce secteur-là.
01:52Vous pouvez dire ça.
01:53Qui existe dans toute l'Europe.
01:55Donc on a un succès aussi hors de France.
01:57Et dont la vocation, c'est vraiment de mettre un maximum de gens sur le vélo
02:02et d'avoir le sourire.
02:03Et le vélo électrique, pour ça, c'est fantastique.
02:05D'ailleurs, c'est la première question que vous m'avez tous les trois posée
02:08quand on a été arrivé.
02:09Et vous ? Est-ce que vous faites du vélo ?
02:12Ben non, je suis un dinosaure.
02:13Je joue dans une vieille hybride.
02:15Mais peut-être que j'ai déjà fait du vélo dans Paris.
02:17Peut-être que ça reviendra.
02:18Cyclolab, en quelques mots, Mathias Coste.
02:20Donc il y a Sub de Vélo, Vélo Factory.
02:22C'est quoi votre activité, votre périmètre ?
02:24L'activité, c'est compléter les services du groupe Cyclolab,
02:28qui sont la distribution.
02:29On a 160 magasins aujourd'hui au travers de trois enseignes.
02:33Culture Vélo, Bouticycle et Vélostation.
02:36Et Sub de Vélo, il y a 16 ans, en fait, est né de l'émanation des magasins
02:41qui cherchaient des centres de formation pour pouvoir former leurs salariés.
02:44Et l'idée, ça a été d'introduire ce centre de formation
02:47au sein du groupe.
02:49Car l'éducation nationale a arrêté les formations techniciens cycle
02:53dans les années 90.
02:55Du coup, les branches professionnelles ont repris le lead là-dessus.
02:59Et on a aidé la branche professionnelle à structurer un petit peu un cursus
03:03de CAP à Bac plus 2.
03:05Tout sur le vélo.
03:06Comment va le marché ?
03:07Première question, Aurore Brice Callieu,
03:09sur ces deux dernières années.
03:11C'est un peu fluctuant, comment il va ?
03:12Alors, il y a eu un magnifique boom pendant et juste après le Covid.
03:17Beaucoup de personnes se sont mis au vélo.
03:19Un boom avec le VAE aussi.
03:22Vélo à assistance électrique, c'est ça ?
03:23Voilà, vélo à assistance électrique,
03:24qui a permis de faire évoluer le marché considérablement.
03:27Et là, on revient depuis deux ans sur un marché plus stabilisé,
03:31qui a été compliqué pour les acteurs du vélo,
03:35parce que forcément, un engouement voulait dire aussi beaucoup de stocks,
03:38que l'envie des magasins de répondre à toute cette demande.
03:41Et soudainement, parce qu'une grande partie de la population,
03:43c'est quand même vite équipé,
03:45et maintenant, la technologie fait qu'un vélo,
03:47on ne le remplace pas tous les ans,
03:49donc ça permet aussi de faire en sorte de la...
03:51Moustache peut en parler du bon matériel.
03:54Donc oui, forcément, une moins faible production
03:58et du coup, volume de vente aussi ces deux dernières années.
04:00Mais un marché qui reste là,
04:02il n'y a jamais eu autant de Français sur de vélo
04:04que depuis ces dernières années.
04:05Vous le voyez à Paris.
04:06On peut dire qu'on est sur un palier haut.
04:08Olivier Canté, vous l'avez ressenti, vous, ce petit coup de mou,
04:12ou pas forcément ?
04:13En fait, c'est assez paradoxal,
04:15parce que ce que je vais vous dire n'arrange pas forcément mes affaires.
04:18En fait, la pratique n'a jamais autant augmenté.
04:21Dans les magasins français,
04:22il n'y a jamais eu autant de vélo à réparer et à entretenir.
04:25On ne voit jamais autant de gens sur les pistes cyclables.
04:27Dans la pratique, elle continue.
04:29Après, c'est un réservoir qui grandit année après année,
04:32sauf que là, on l'a rempli très, très vite en l'espace de 2, 3, 4 ans.
04:36Donc en fait, si on regarde les ventes de vélos neufs,
04:39ça a beaucoup reculé ces deux, trois dernières années.
04:42Mais on en avait vendu énormément.
04:44Pour autant, le nombre de pratiquants augmente.
04:47Pour autant, il y a sans doute aussi des vélos d'occasion.
04:50Parce que nous, l'occasion, ça ne participe pas à notre business,
04:53mais on a à cœur de faire des beaux vélos fabriqués avec soin dans les Vosges,
04:57de qualité, qui sont réparables et faciles à entretenir dans les magasins,
05:01et donc qui sont revendables aussi.
05:03Donc il y a vraisemblablement un marché de l'occasion
05:05qui vient compenser ce marché du neuf.
05:08Donc on est dans une transformation du marché,
05:11en tout cas de la vente de vélos,
05:12sur un parc de pratiquants qui, lui, continue à augmenter.
05:16Mais Mathias Coste, est-ce qu'on est sur ce palier ?
05:19Et qu'est-ce qu'il faut faire pour le dépasser,
05:22pour que ce ne soit pas un plafond de verre, d'une certaine façon ?
05:24Pas un plafond de verre, puisque dans les magasins aujourd'hui,
05:26ce qui fait vie, c'est la réparation.
05:27Puisque post-Covid, on a vendu énormément de vélos,
05:31sur des catégories de personnes qui, aujourd'hui,
05:33vont garder les vélos 5, 10 ans.
05:34Et c'est vrai que l'exploitation des magasins, aujourd'hui,
05:37tient sur la réparation.
05:38Un peu moins de ventes, mais beaucoup, beaucoup d'ateliers.
05:41Et donc c'est vrai que la formation continue à progresser là-dessus,
05:44parce qu'on a besoin de techniciens, de vendeurs,
05:47de managers de magasins, par rapport à cette demande.
05:50Qu'est-ce qu'il faut faire pour convaincre les dinosaures ?
05:53De faire du vélo ?
05:54Oui.
05:55Essayez, si vous n'avez pas.
05:57Essayez, c'est la devenue au Proday, vous allez voir,
05:59il y a une piste d'essai, et donc ça sera très intéressant.
06:02Il y a le poids des infrastructures.
06:04C'est déterminant.
06:06On voit qu'aujourd'hui, en France, au quotidien, à peu près,
06:10on est passé de 2-3% des déplacements quotidiens en vélo à 4-5%.
06:16Par contre, on voit dans des villes qui ont vraiment fait un effort,
06:19comme Paris, comme Bordeaux, comme Grenoble, et j'en oublie,
06:22que tout à coup, à partir du moment où les infrastructures sont là,
06:25les parkings sont là, on passe à 15, 20, 25%.
06:27Et c'est des scores qui sont comparables à des pays qui ont déjà fait cette investissement-là
06:32depuis très longtemps, comme la Belgique, l'Allemagne.
06:34Donc les infrastructures, elles sont déterminantes.
06:37Si vous voulez aller en vélo avec vos enfants sur un vélo moustache,
06:40il faut que vous vous sentiez en sécurité.
06:42Et ça, c'est un des freins.
06:44Et on voit que dès que ce frein-là est levé, c'est spectaculaire.
06:48Oui, Aurore Bricciadieu, c'est dans cet ordre-là,
06:50c'est-à-dire que ce sont les infrastructures qui permettent l'accélération de la pratique ?
06:55Tout est très lié.
06:57Il y a eu un plan vélo de la part du gouvernement il y a quelques années
07:00qui a été maintenant mis à côté.
07:02C'est un autre levier.
07:04Les vélos coûtent plus cher qu'auparavant,
07:06parce que comme on le dit maintenant, l'antivol est directement intégré,
07:09il y a le GPS, il y a de la technologie,
07:11il y a des moyens de réparation beaucoup plus aussi faciles,
07:15c'est motorisé, ça a un coût que les marques prennent sur elles
07:20et qui reflètent normalement de façon logique aux consommateurs.
07:24Le plan vélo conservé aurait été une aide supplémentaire pour les acteurs du vélo
07:30et pour les personnes aussi à se mettre à vélo.
07:33Les infrastructures, pour moi l'aide au niveau gouvernemental,
07:37on parle beaucoup dans le monde du vélo d'entreprise,
07:40qui est pour nous aussi, quand on voit nos collègues européens,
07:44que ce soit l'Allemagne ou autre, la Belgique, tout le Benelux,
07:46un vrai levier à la mise en place du vélo.
07:49Et après, moi je rejoins sur la pédagogie.
07:53Montrer aux Parisiens, aux Français, ce que c'est de rouler à vélo,
07:57je pense que oui, l'essayer c'est l'adopter.
07:59Qu'est-ce que vous attendez, vous Mathias Coz, des pouvoirs publics pour réaccélérer ou pour solidifier encore un peu
08:06plus le secteur ?
08:07Une marche forcée. On l'a vu après Covid avec les pistes cyclables qui étaient éphémères.
08:11Et en fait, on n'a jamais vu autant de cyclistes sur la route.
08:14Et en fait, ça a permis à des villes de se développer et d'avoir un vrai plan de circulation.
08:19Je rejoins ce que disait Olivier tout à l'heure.
08:21C'est vrai que cette sécurisation a pas mal porté.
08:24Maintenant, juste après, certaines ont été éliminées.
08:26Les gens n'ont été plus sécuritaires pour pouvoir aller au travail
08:29et peut-être ont abandonné aussi ces chemins pour aller au travail.
08:33Et notamment avec les enfants à l'école, parce que c'est aussi un autre enjeu.
08:36Aujourd'hui, d'amener son fils ou sa fille sur un cargo,
08:40c'est aussi parce que la sécurité est importante.
08:43Alors, qu'est-ce qui porte le secteur aujourd'hui ?
08:46C'est le vélo électrique, très clairement ?
08:47Le secteur du vélo ?
08:49Oui.
08:49C'est d'abord le vélo à assistance électrique qui est...
08:51Alors, moi, je pense qu'il y a un engouement pour le vélo en général.
08:55En l'occurrence, moi, je ne produis que des vélos électriques.
08:58Mais je vois la pratique sur route qui est en gros développement.
09:03Je vois une féminisation qui est aussi extrêmement importante.
09:07Je pense que les gens, à partir du moment où au quotidien ils font du vélo,
09:10ils ont envie d'en faire aussi le week-end.
09:11Ils ont envie d'en faire pendant leurs vacances.
09:13Donc, il y a également du tourisme à vélo qui se développe.
09:16Et pour le coup, le vélo électrique sert à amener un maximum de gens.
09:21C'est-à-dire que faire du vélo pendant ses loisirs,
09:23c'était avant un peu réservé à des gens très entraînés, très en forme.
09:27Aujourd'hui, c'est pour tout le monde.
09:28Faire des vacances à vélo avec les enfants, c'est possible avec des vélos électriques.
09:32C'est prolonger la pratique aussi.
09:34C'est-à-dire que moi, j'ai pas mal d'amis qui faisaient du vélo beaucoup,
09:36qui ont passé les 70 ans et qui continuent d'en faire.
09:39Ils font les mêmes trajets qu'avant grâce au vélo électrique.
09:41Exactement.
09:42Donc, ça embarque une population beaucoup plus large qui trouve énormément de plaisir.
09:45Et comme par hasard, plus on a de plaisir, plus on a envie de continuer à faire du vélo électrique.
09:50Quand on demande aux gens urbains qui ont essayé, qui se sont mis au vélo électrique,
09:55à 80%, ils ne reviendraient jamais, ça ne leur reviendrait pas à l'esprit,
09:59à 80% de revenir à un mode de transport différent, transport en commun ou voiture.
10:05Pour eux, c'est une évidence.
10:07Ce vélo électrique, Aurore Briscadieu, à quel point il a transformé
10:12et est-ce qu'il transforme encore durablement le marché, le secteur ?
10:16Il transforme encore et je pense que la technologie fera que ça ne s'arrête pas.
10:21Aujourd'hui, on a des moteurs de plus en plus légers, de plus en plus rapides.
10:25Après, il faut savoir que le vélo électrique, en fonction de la discipline, c'est très différent.
10:29Quand on parle d'un vélo électrique urbain, on est là pour être facilité dans la ville,
10:35des poids comme le vélo cargo ou autre.
10:37Quand on parle de vélo électrique VTT, ça n'a rien à voir.
10:40Là, on est sur des moteurs où la puissance doit être plus forte, etc.
10:43Donc, ça s'adapte vraiment à la pratique.
10:45Mais oui, ça va continuer, le vélo électrique, à révolutionner le marché et à avancer de plus en plus.
10:50Après, l'humain est humain, donc on ne sait pas ce qui sera inventé demain.
10:53On ne fait qu'avancer dans tout ça.
10:55Mais je rejoins Olivier sur la pratique du gravel.
10:59Quand Olivier parlait de tout ce qui est voyage à vélo, c'est quelque chose qui a énormément progressé.
11:04Nous, on le voit au quotidien sur les demandes des consommateurs au niveau de la distribution.
11:10Le voyage à vélo est devenu presque une tendance où on peut, suite au Covid, on ne pouvait pas aller
11:17ailleurs dans les autres pays européens ou autres.
11:20On peut en fait profiter de vacances de manière très joviale et différente.
11:25Et c'est une part du marché qui a énormément progressé ces dernières années.
11:28Est-ce que, Mathias Coste, l'essor du vélo à assistance électrique a suscité un besoin de formation spécifique ?
11:35Et si oui, lequel ?
11:35Complètement.
11:36C'est, par exemple, sur l'organisme que je représente, on a créé une semaine complète de formation spécifique.
11:43Pour, soit à la sortie de la première formation de technicien vendeur cycle, où on vient renforcer les premières compétences,
11:49ou en magasin.
11:50On fait venir les techniciens qui sont en magasin pour pouvoir approfondir certains...
11:55Aujourd'hui, quand on parle de VAE et notamment de motorisation, on est sur beaucoup de motorisations qui viennent de
12:01l'automobile.
12:02On parle de Bosch, on va parler de Fazua, on va parler de très gros groupes.
12:07Et le technicien aujourd'hui qu'on connaissait dans les années 70 avec son petit tablier gris n'existe plus.
12:12C'est le technicien 2.0.
12:14Il faut savoir faire le minimum, mais en même temps, il faut savoir se connecter via une plateforme qui est
12:18dédiée par motoristes
12:19et pour faire des diagnostics, pour faire des customisations d'assistance.
12:25Donc, ça demande beaucoup de compétences.
12:27C'est vrai qu'on a créé cette formation.
12:29Et à savoir que ça reste toujours 52-54% du chiffre d'affaires national, le VAE.
12:35Donc, ça devient une branche armée du monde.
12:38Les innovations, Olivier Cantet, elles portent sur quoi ?
12:41Je reste sur les vélos électriques, plutôt sur les batteries qui continuent de progresser, sur la connectivité.
12:48Sur quoi ça porte principalement ?
12:49Je dirais que tout est en train d'évoluer, tout est en train de progresser.
12:52Il faut que ça soit au service de l'usage.
12:54Nous, c'est un peu notre créneau.
12:56C'est vraiment d'abord d'avoir des gens qui ont le sourire quand ils sont sur un moustache.
13:01Et donc, il faut que l'innovation, elle soit juste.
13:04Donc, oui, il y a des innovations sur les batteries.
13:06Alors, est-ce qu'il faut qu'elles soient, pour proposer plus d'autonomie, sachant que les gens, finalement, n
13:10'utilisent qu'une partie ?
13:11Est-ce qu'il faut qu'elles soient plus légères ?
13:12Est-ce qu'il faut qu'elles soient plus durables ?
13:13Donc, ce n'est pas une seule voie à explorer.
13:17Et l'élément aussi qui est très important, c'est qu'en fait, les consommateurs sont contents des vélos.
13:23En tout cas, ceux qui ont acheté un moustache et qu'on interroge, ils sont super contents de leurs vélos.
13:26Ils nous demandent plus de sécurisation, plus d'anti-vol, plus de sacoche, plus de protection.
13:32Donc, en fait, c'est parfois aussi l'équipement autour du vélo qui vient autant que le vélo lui-même,
13:40la puissance, la légèreté.
13:42Tout évolue, mais il faut que ça soit justement au service de l'usage.
13:45Je voudrais qu'on parle un peu du Made in France.
13:48Aurore Briscadieu, le salon Véloprodesque, quel rôle il joue justement dans cet écosystème pour la promotion des marques françaises ?
13:56Alors, si vous parlez de Made in France, il y a des sociétés françaises, européennes, internationales sur le salon.
14:03Donc, c'est un mixte un peu de tout.
14:04C'est vrai qu'on est très heureux d'avoir un salon aussi grand qui représente bien le marché du
14:10cycle,
14:11présent à Paris, qui a vocation pour beaucoup de devenir Paris un hub de rencontres B2B dans le futur.
14:19Aujourd'hui, le Made in France est de plus en plus présent dans toutes les sociétés qui sont imbriquées ici.
14:26En France, on parle d'assemblage, on parle de production en France.
14:30C'est compliqué de tout faire de A à Z, comme tous les secteurs d'activité, on ne va pas
14:35se mentir.
14:36Mais par contre, oui, le salon permet de faire rayonner des marques françaises qui viennent présenter au final à des
14:43marques d'autres internationales,
14:44des magasins même qui viennent d'Europe, d'Allemagne ou autres, des produits qui sont produits ici.
14:49Donc, c'est une fierté, oui.
14:50Mathias Coste, est-ce qu'on peut parler de réindustrialisation ou est-ce que le mot est trop fort ?
14:55On commence. On a 512 000 vélos qui sont assemblés en France aujourd'hui sur les 1,8 million qu
15:03'on vend à l'année.
15:04Donc, ça reste encore un petit pouillème.
15:07Mais la volonté est là. Dans les années 70, on a perdu tout le savoir-faire français du bassin ronalpien.
15:14Et tout est parti en Asie.
15:16Mais il y a beaucoup de volonté de la part de Moustache, notamment sur des innovations spécifiques avec le J
15:22qui a réindustrialisé un cadre en France.
15:25C'est quand même quelque chose d'important.
15:27Il n'y avait pas de cadre ?
15:28Quasiment plus. Les tubes viennent d'Europe.
15:32Mais la fabrication 100% française était difficile.
15:36Là, on a eu la chance, grâce à Moustache et le J, d'avoir un vélo en fonderie d'aluminium
15:41en France.
15:41Donc, c'est cette volonté, et notamment des marques, de revenir aussi avec un savoir-faire qui était là il
15:46y a quelques années.
15:47Alors, quel temps, quelle énergie ça demande de faire ça ?
15:50De finalement se dire, ok, nous, on est dans les Vosges, on veut faire nos vélos en France.
15:54Comment je fais pour que le pourcentage de pièces vraiment fabriquées en France augmente ?
16:00Alors, nous, on parle déjà quand même d'une base où 50% de ce qu'on achète de composants
16:05pour faire un vélo vient d'Europe.
16:07C'est déjà pas mal.
16:09On achète tous nos moteurs chez Bosch en Allemagne, toutes nos batteries chez eux, des sels en Italie, un certain
16:16nombre de composants qui viennent d'Europe.
16:17Mais il est vrai qu'il y a d'autres choses qui, depuis très longtemps, sont parties en Asie.
16:21Nous, ce qu'on pense, c'est que c'est la double dose de travail.
16:23Parce que si vous essayez d'industrialiser en France quelque chose qui est déjà fait en Asie, pour être compétitif,
16:31ça ne marche pas.
16:31Donc, il faut concevoir quelque chose de différent qui va être industrialisé en France et qui ne l'est pas
16:38encore en Asie.
16:40Et ça existe, ça ?
16:41Oui, parce que, typiquement, le cadre du J et maintenant du X3FS, au lieu d'être des tubes qui sont
16:49assemblés, en fait, c'est des pièces qui sont injectées sur un moule en aluminium.
16:54Et ça ne se faisait pas dans le vélo.
16:55C'est des technologies qui existent dans l'aéronautique ou dans la voiture.
16:59Et nous, on a constitué deux pièces qui viennent s'assembler avec un pivot et qu'on peut, comme ça,
17:06injecter en aluminium.
17:07Et donc, on a retourné le sujet.
17:09Mais même sur un sujet comme ça, l'Asie réagit très vite.
17:13Et l'exigence de prix du consommateur pousse aussi à ce qu'on regarde toutes les possibilités.
17:22Donc, ce n'est pas du tout une bataille gagnée.
17:23Il faut constamment avoir un temps d'avance.
17:26Vous vous dites jusqu'où on pourrait aller dans la relocalisation de la production, on va dire en Europe ?
17:36Honnêtement, je ne sais pas.
17:38Parce que c'est un combat work in progress, c'est un combat qui n'arrête jamais.
17:42Oui, qui n'arrête jamais.
17:43Et puis, je pense qu'il y a d'autres enjeux.
17:46Typiquement, chez Moustache, on ne va pas réduire nos ventes pour acheter plus de composants en France.
17:53Moi, ma mission première, c'est que j'ai 200 personnes dans la boîte, dans les Vosges, qui sont contents
17:58de venir bosser tous les matins.
17:59Et s'ils pouvaient être 400, ça serait une excellente nouvelle.
18:02Même en vendant des vélos dont les pièces sont majoritairement à la vie.
18:07Et on sait que dans les magasins, on aimerait pouvoir en vendre plus.
18:11Je pense qu'il y a une grosse partie de l'économie qui est dans l'entretien, qui est dans
18:16la conception, qui est dans les vélos d'occasion.
18:19Enfin, il y a plein d'autres métiers dans la formation, parce que les gens ne savent plus faire de
18:23vélo, dans les écoles.
18:25Enfin, il y a un écosystème qui est beaucoup plus large que juste de se dire, est-ce qu'on
18:28est capable de faire une chaîne en France mieux que ce que fait Shimano depuis 30 ans au Japon ?
18:34Oui, effectivement.
18:35Quel rôle vous jouez, vous, avec vos entreprises, vos centres de formation dans le développement de la filière française aujourd
18:42'hui ?
18:43On essaie d'être un acteur à un autre niveau.
18:47Déjà, d'apporter des professionnels au travers de sub de vélo, d'essayer d'assembler, parce que la Vélo Factory,
18:54c'est cet assemblage avec les startups françaises, qui veulent aussi assembler en France.
18:58On parle d'assemblage, parce que beaucoup de choses viennent d'Europe ou d'Asie.
19:04Mais voilà, il y a quand même cette volonté.
19:07Et donc, si chaque acteur met un petit peu d'énergie, en tout cas, c'est la volonté même de
19:12l'État.
19:12Je pense que sur le fabriqué français, il y a aussi un élément qui est déterminant que vous évoquez là.
19:18C'est qu'en fait, la fabrication en France, elle a aussi un avantage, c'est qu'on est beaucoup
19:22plus réactif pour produire.
19:25En fait, moi, je produis quasiment à 80% dans le mois les vélos qui sont livrés et reçus dans
19:31le mois.
19:32Alors, j'ai des composants que je stocke.
19:34Donc, c'est vraiment le montage final qui est fait à ce moment-là.
19:36Et je pense que le fabriqué en France ne marche que si on a une proximité avec les détaillants et
19:42une réactivité extrêmement forte.
19:43Si c'est fabriqué en France sur les mêmes délais que ce qu'on a en Asie, ce n'est
19:48pas la peine.
19:49Et c'est vrai qu'on a aussi, nous, en magasin, des gens qui sont fans de moustache, qui sont
19:54venus dans les Vosges,
19:54qui connaissent l'entreprise, qui connaissent parfois des gens qui bossent dans la boîte,
19:57qui ont été sur les chaînes de montage en disant « Ah, vous le faites comme ça ! »
20:00« Ah ben, nous, quand on doit le réparer, on comprend mieux ! »
20:03Et donc, c'est cette alchimie-là, cette proximité du marché,
20:06qui peut faire qu'entre les marques et les magasins, on tienne le choc et on valorise le Made in
20:13France.
20:13Il y a un super exemple sur ça l'année dernière, sur les Pro Days, la marque Look.
20:18Je ne sais pas si vous vous souvenez, pour X raisons, je pense que juste avant le Tour de France,
20:226 vélos disparaissent.
20:23Ah oui, c'est vrai, ils se sont volés les vélos.
20:25On est lors du montage du magasin, donc nous, l'équipe Look est sur place,
20:29c'est un peu comment, qu'est-ce qui va se passer ?
20:30Le Tour de France démarrait deux jours après.
20:33Je crois que deux jours après, le début du salon, le dimanche matin,
20:38ils annoncent que les vélos avaient été refaits à Nevers, chez Look.
20:42Et en effet, cette rapidité-là, impossible de la faire si le vélo venait de la planète.
20:47Je voudrais qu'on parle du lien avec les consommateurs,
20:50et à quel point un salon comme le vôtre peut être une vigie des tendances.
20:56Par exemple, les vélos cargos, on les a vus débarquer, il y en a de plus en plus dans nos
21:00villes.
21:01Est-ce que vous l'avez anticipé sur un salon comme le vôtre, ou pas d'ailleurs ?
21:06En fait, ce qui est magnifique dans les salons, c'est qu'il y a tellement de discussions.
21:11Et c'est là où les professionnels se passent le mot de le magasin,
21:15ils disent « moi j'ai beaucoup de demandes sur cette tendance-là ».
21:18Et c'est un peu ces moments-là où les marques viennent aussi capter ce qui se passe en magasin,
21:22que les magasins partagent aussi les difficultés qu'ils ont vis-à-vis des marques sur le service après-vente
21:27et autres.
21:28Donc l'urbain anticipé, je pense que petit à petit, les marques l'ont vu venir quand même, on ne
21:34va pas se mentir.
21:34Nous, on le voit depuis 5-6 ans maintenant, où le salon se transforme.
21:38Il y avait normalement beaucoup plus de VTT, de vélos de route, de vélos gravel.
21:44Enfin, le gravel encore, c'est quand même naissant, mais il y avait ce qu'on appelait des cyclos sportifs
21:48avant.
21:49Donc ce n'est pas tout nouveau non plus.
21:51Mais oui, je pense qu'on arrive à l'anticiper.
21:54C'est aussi le consommateur qui crée la tendance, mais ça peut être aussi les marques.
21:58On a vu des marques qui ont bougé le système, qui ont proposé des vélos,
22:02où le consommateur se dit « ah, ça c'est ce qu'il me faut ».
22:04Donc je pense que ça va dans les deux sens.
22:06Votre avis sur cette question-là ?
22:08Qui innove le plus ?
22:09C'est le consommateur qui dit « tiens, j'ai besoin de ça »,
22:12qui fait remonter l'info à une marque comme la vôtre ?
22:15Ou c'est vous qui anticipez la demande ?
22:18Alors nous, on anticipe et les salons sont justement le moment
22:21où on confronte tous les possibles avec toi qui es au contact du consommateur, de l'acheteur.
22:27T'en penses quoi ? C'est une bonne idée, pas une bonne idée ?
22:30Donc il y a besoin aussi de cette confrontation en chambre
22:34avec les détaillants.
22:35Les salons servent beaucoup à ça, parce que des idées, on en a plein.
22:38Parce que des choses à inventer, on en a plein, on en a plein les tiroirs.
22:42Oui, mais alors il y a quelques cimetières des bonnes idées aussi.
22:44Parfois on a des superbes, et c'est comme ça, il faut tester,
22:47et on ne peut pas toujours réussir.
22:49Oui, je reviens vers vous juste après.
22:50Allez-y, Aurore.
22:51Nous justement, on fait deux événements, nous exactement.
22:54On fait le Festival Vélo in Paris,
22:56qui est un événement de B2C qui a lieu fin avril.
22:59Il y a des marques, des magasins qui viennent justement capter le public.
23:03Et deux mois après, on se retrouve au Pro Days,
23:04qui a lieu là ce dimanche, et il y a ces discussions-là.
23:07Et en fait, c'est justement d'avoir ces deux événements
23:11qui sont complémentaires vachement sur le retour d'expérience et les échanges,
23:15qui font la richesse aussi des salons et l'innovation chez les marques.
23:20Mathias, Coss ?
23:21Il y a l'association Mea Vélo aussi,
23:23qui pendant le mois de mai en France,
23:25partout, dans tous les territoires,
23:28essaye de confronter le consommateur aux différentes pratiques.
23:32Et on parle de communauté.
23:33C'est vrai que les communautés cyclistes sont très importantes,
23:36entre le cycliste sur route, le cycliste VTT, VTTiste,
23:39et puis après aujourd'hui, on a le commuting, le voyage,
23:42où là, c'est une grosse part aujourd'hui de l'économie,
23:45où les gens vont au travail en vélo,
23:46et ça demande aussi une adaptation du matériel, des accessoires.
23:51Ils sont demandés.
23:51Des casques connectés aujourd'hui, comme en moto,
23:53on peut parler aussi, et quand on a les enfants derrière,
23:56c'est assez fou, et c'est une société française qui fait ça,
24:00où on a un petit micro, c'est vraiment top.
24:04Et alors, donc, ma question suivante, elle est logique et naturelle.
24:08Qu'est-ce qui va tirer le marché dans les prochaines années ?
24:11Est-ce que c'est le vélo d'entreprise dont on parlait tout à l'heure ?
24:13Quelle tendance vous voyez, Olivier Canté ?
24:15Alors, nous, il y a deux, trois petites choses,
24:19parce que souvent, quand on voit l'innovation, on se dit,
24:20il y a un nouveau moteur de batterie.
24:22En fait, il y a, par exemple, tout ce qui est ne plus avoir de vitesse à changer.
24:29Les gens, sur un vélo, ils ne savent pas quand est-ce qu'il faut changer les vitesses.
24:34J'ai toujours l'impression de prendre la mauvaise vitesse,
24:35c'est plus efficace quand j'ai fait mon changement de vitesse.
24:38Donc, les gens, ils veulent monter sur un vélo et puis pédaler.
24:41Et quand ça monte fort, ils pédalent comme avant,
24:43parce qu'ils ont l'assistance électrique.
24:45Et quand ça descend, ils vont plus vite.
24:46Voilà, donc le changement automatique de vitesse
24:48ou la gestion du changement de vitesse, c'est un truc essentiel.
24:52La sécurisation.
24:53Aujourd'hui, on a des moteurs Bosch qu'on peut neutraliser
24:56et donc empêcher la revente ultérieure.
25:01Donc, ça aussi, c'est des choses qui sont parfois invisibles sur le vélo,
25:04mais qui font une différence absolue.
25:07On pense que la tendance, elle est là, elle est partie.
25:11Moi, ce qui m'enchante le plus, c'est que quand je vois dans toutes ces villes de France
25:17où vous avez des parcs de vélos qui sont disponibles pour pas cher
25:22et notamment pour les jeunes, c'est qu'aujourd'hui, pour un jeune dans,
25:25je ne sais pas si c'est 100 ou 200 villes de France,
25:27c'est plus cool d'avoir un vélo que d'avoir un scooter.
25:30Et honnêtement, je n'étais pas persuadé de ça il y a 4-5 ans.
25:34Ça va vite quand même.
25:34Ça va super vite. Aujourd'hui, pour les jeunes qui ont entre 15 et 25 ans,
25:39la liberté, ce n'est plus le scooter, c'est l'accès à ces vélos.
25:42Ils font tout et c'est des gens, ils sont piquousés au vélo
25:45et ils sont forcément des clients pour nous demain.
25:48Qu'est-ce qui tire le secteur à l'usure ?
25:50Je ne sais pas ce que disait Olivier.
25:52Par exemple, en région Occitanie, la région a mis depuis deux ans
25:55des vélos à disposition de lycéens pour aller au travail.
25:59En fait, dans les lycées en Occitanie, quand vous rentrez en seconde,
26:02on vous donne un ordinateur rouge depuis des années
26:04qui vous permet d'arriver jusqu'en terminale avec un ordinateur
26:07et tout le monde a la même chance.
26:08C'est un peu la même chose qui est mise en place depuis deux ans
26:11en se disant maintenant, on va vous donner un vélo.
26:14C'est gratuit, toute une année, pour pouvoir faire les déplacements maison-lycée.
26:20Et si jamais ça revient après, on crée des futurs consommateurs,
26:23des futurs pratiquants.
26:24Et là, on commence à mettre le pied à l'étrier.
26:26Mais c'est depuis le Covid, avec le SRAV aussi, le vélo est revenu à l'école
26:30en se disant qu'on va réapprendre aujourd'hui aux enfants à faire du vélo.
26:35Parce que la natation, c'est très bien, ça a été le point culminant pendant quelques années
26:39et le vélo a été complètement oublié.
26:41Nos grands-parents ont appris à faire du vélo, je pense, en avant,
26:44parce qu'il fallait arriver à l'école en vélo.
26:47Et aujourd'hui, on a ça.
26:48Les associations se battent avec le SRAV.
26:49Allez, 40 secondes pour conclure sur le moteur, le tracteur du marché.
26:54La note positive, les vélos d'enfants.
26:57Cette dernière année, on a eu plus de 4%, je pense, sur les vélos d'enfants.
27:00Et en fait, les enfants qui sont actuellement dans les vélos cargo le matin
27:03pour conduire par papa ou maman, je pense qu'ils prennent l'habitude
27:06et ce sera les prochains qui diront, c'est bon, moi je peux pédaler par moi-même,
27:09j'y vais par moi-même.
27:10Je pense que là, c'est là où il faut que les villes suivent.
27:12Parce que les infrastructures, les parents donneront la dépendance d'aller à l'école
27:17pardon, à vélo comme ça, que s'il y a cette sécurité-là.
27:21Mais oui, le vélo d'enfant, c'est le futur.
27:23Et bien voilà, merci beaucoup à tous les trois d'avoir participé à ce Smart Trends.
27:27Bon, salaud Vélo Pro Days, donc 5 au 7 juillet, Porte de Versailles à Paris.
27:32A bientôt, merci à toutes et à tous de votre fidélité à la chaîne des audacieuses et des audacieux.
27:36Allez, c'est promis, je vais m'y remettre.
27:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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