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  • il y a 3 jours
Récolter l’épargne de particuliers et d’institutionnels pour donner accès au foncier à des jeunes agriculteurs, c’est la mission de FEVE. Les projets installés doivent être responsables et tournés vers la transition écologique.

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Transcription
00:06L'invité de ce Smart Impact c'est Simon Bestel, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le cofondateur de FEV, vous l'avez créé il y a 6 ans avec Marc Batty et
00:14Vincent Croce.
00:16FEV pour Ferme en Vie, de quoi s'agit-il ?
00:19Ferme en Vie est une société de l'économie sociale et solidaire dont l'objectif est d'installer des jeunes
00:24agriculteurs
00:26sur des exploitations qu'on va financer pour les aider à reprendre ces fermes
00:31et à effectuer une transition de l'agriculture vers des modèles plus résilients, plus robustes, plus sains
00:36pour à la fois l'environnement et la santé.
00:38Alors pourquoi vous l'avez créé il y a 6 ans et pourquoi le choix de l'économie sociale et
00:43solidaire ?
00:45L'idée initiale était vraiment d'aider l'agriculture à effectuer cette transition.
00:48On avait tous des convictions à la fois écologiques et le souhait, parce qu'on connaissait bien le milieu agricole,
00:55le souhait de pouvoir aider les agriculteurs.
00:56Donc on s'est dit que le meilleur moyen, c'était d'aider les jeunes à pouvoir s'installer.
01:01Et donc très naturellement, on s'est orienté vers l'économie sociale et solidaire,
01:04parce que c'était l'objet en fait de cette société.
01:07Oui, il ne s'agissait pas forcément de faire du profit ou de l'argent.
01:11Non, vraiment, c'était d'avoir de l'impact et d'aider la conversion ou la reconversion de l'agriculture.
01:16Et alors, quelles difficultés, quels écueils rencontrés par les agriculteurs vous cherchez à résoudre et comment ?
01:24Alors, un des principaux freins pour l'installation d'un jeune, bien évidemment, c'est l'accès aux fonciers,
01:30le financement d'une exploitation agricole.
01:33Une exploitation moyenne, ça va être en France 60-70 hectares.
01:38Si on doit acheter des bâtiments, des terres, du matériel, investir dans l'exploitation,
01:43ça peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros, voire plus d'un million d'euros.
01:48Donc c'est inaccessible pour la plupart des jeunes.
01:51Donc FEV va intervenir pour aider le financement sur le foncier, ainsi faciliter le démarrage de l'activité.
01:57Et alors, comment ça marche ?
01:59Alors en fait, on collecte de l'épargne auprès de particuliers et d'institutionnels.
02:04Et cette épargne va ensuite permettre d'acheter des fermes qu'on aura, nous, évaluées,
02:08qu'on va ensuite louer à l'agriculteur qui s'installe avec une option d'achat.
02:12C'est-à-dire qu'il n'aura pas à rembourser le capital de l'exploitation, il va juste être
02:16en location.
02:17Et le jour où il le souhaite, s'il est prêt, s'il en a envie, il pourra quand même
02:20racheter l'exploitation sur laquelle il est installé.
02:23Alors ici, on va regarder à la fois le profil type des, je ne sais pas s'il y en
02:27a d'ailleurs, des agriculteurs,
02:28et puis peut-être aussi de celles et ceux qui participent des épargnants d'abord.
02:33Les agriculteurs jeunes, agriculteurs, ça c'est le principe de base.
02:37Plutôt, oui.
02:37Plutus jeunes, ça veut dire quoi d'ailleurs ?
02:38Alors la définition de jeunes en agriculture, ça va loin, c'est en général une quarantaine d'années.
02:44Jusqu'à 40 ans, on est considéré comme jeunes.
02:46Nous, il nous arrive d'installer des gens de plus de 40 ans quand même.
02:49Après effectivement, majoritairement, c'est une trentaine d'années ou un peu moins.
02:52Il faut quand même un minimum d'expérience parce que reprendre une exploitation agricole,
02:56c'est un rôle de chef d'entreprise, donc il faut avoir un certain bagage, on va dire.
03:01Et c'est aujourd'hui assez divers en termes de profil.
03:04Là, on a à la fois des gens qui sont issus du milieu agricole, des gens qui sont en périphérie
03:09du milieu agricole,
03:10qui travaillent dans des coopératives, des chambres d'agriculture et qui souhaitent s'installer.
03:13On peut passer le pas.
03:14Et puis des gens qui ne sont pas du tout issus du milieu, qui ont vraiment un coup de cœur
03:17pour l'agriculture.
03:18Là, on est très attentifs quand même à ce qu'ils aient une expérience significative sur des fermes
03:23pour être sûrs que c'est fait pour eux, parce que ce n'est pas un métier simple.
03:25Oui, parce qu'on peut un peu fantasmer le métier d'agriculture.
03:28Oui, surtout post-Covid, on a eu beaucoup de gens qui rêvaient du retour à la nature,
03:32mais voilà, ce n'est pas juste ça, l'agriculture.
03:35C'est vraiment, il y a des contraintes qu'il faut assumer.
03:37Donc voilà, on est assez attentifs à ça, mais ça permet aussi d'avoir des profils assez différents,
03:41qui ont vécu d'autres choses, qui ont vu d'autres modes de fonctionnement, d'autres activités économiques,
03:46donc qui apportent quelque chose de nouveau à l'agriculture,
03:48qui permet un peu un renouvellement aussi des modes de pensée, des modes de fonctionnement.
03:51Un agriculteur, c'est d'abord un chef d'entreprise, un, et deux, est-ce que c'est un chef
03:56d'entreprise forcément atypique ?
03:59C'est-à-dire, est-ce que son entreprise ne coche pas exactement les mêmes cases que toutes les entreprises
04:04?
04:04Alors je dirais oui et non. Dans ce qu'on cherche, nous, quand même, plutôt oui,
04:08parce qu'on est dans la transition, donc il faut inventer de nouveaux modèles agricoles,
04:13donc on va quand même rechercher des profils qui ont cette appétence pour faire différemment,
04:19chercher la nouveauté, ne pas faire comme les voisins,
04:21parce qu'il y a quand même aujourd'hui une grosse pression sociale en agriculture.
04:25Donc nous, on cherche plutôt ce profil, mais c'est effectivement en agriculture pas obligatoire,
04:28on peut tout à fait appliquer des modèles existants et ça fonctionne.
04:32Et les épargnants alors, qui rentrent dans l'aventure ?
04:37Oui, donc ils sont assez nombreux aujourd'hui, on doit être à plus de 5000 épargnants particuliers,
04:42et eux, leur premier attrait, c'est évidemment le sens que ça a d'investir
04:47pour aider des jeunes à s'installer sur des modèles agricultures biologiques, agroforesteries et autres.
04:52Donc ça, c'est vraiment le premier intérêt.
04:55Le deuxième intérêt, c'est aussi l'économie d'impôts.
04:57Comme on est une société de l'économie sociale et solidaire,
05:00ils peuvent bénéficier d'une réduction d'impôts lorsqu'ils investissent,
05:04donc il y a quand même cette attractivité.
05:08Et puis, au global, ça reste des gens intéressés par l'agriculture
05:12et les problématiques environnementales.
05:14Voilà, c'est un peu tout ça.
05:16Et leur profil, c'est aujourd'hui plutôt des urbains,
05:19avec un certain niveau de revenu qui investissent,
05:22en moyenne 5-6 000 euros,
05:24mais ça peut aller à 500 euros pour les moins fortunés, on va dire.
05:28Ça, c'est le ticket le plus bas, c'est ça ?
05:30Exactement.
05:31Et à plusieurs dizaines ou centaines de milliers d'euros pour les plus riches.
05:35Il y a aussi des investisseurs plus institutionnels ?
05:38Oui, tout à fait.
05:39On est accompagnés, par exemple, par la Banque des Territoires
05:42ou le fonds Impact Mirovin, en fait, des structures
05:46qui sont vraiment concernées par la transition qu'on doit faire,
05:52que nos sociétés doivent faire,
05:53et donc qui investissent pour supporter des jeunes entreprises
05:56qui vont dans ce sens-là et qui vont créer de nouveaux modèles,
05:59de nouveaux modes de fonctionnement.
06:00Alors, ça répond, FEV répond à deux défis majeurs de l'agriculture,
06:05la transition agroécologique, on va y revenir,
06:09et puis aussi la transmission.
06:11Alors, je ne sais pas ce chiffre, je le vois circuler un peu partout,
06:14un agriculteur sur deux va prendre sa retraite dans les…
06:16Oui, c'est ce qu'on dit généralement, dans les 10 ans.
06:1810 ans, 10-15 ans, bon, voilà.
06:20En tout cas, on est dans cet épure-là.
06:23Ça veut dire qu'il y a un enjeu presque existentiel
06:27pour l'agriculture française, là, qui se joue dans la décennie ?
06:29Existentiel, certains sont pour des modèles
06:31où l'agriculture devient très financière,
06:34et on a des très grosses exploitations,
06:35plutôt possédées par des financiers ou des industriels.
06:40Et donc, on continue de part à la retraite
06:42pour faire grandir des exploitations.
06:43Pour faire grandir des exploitations, exactement.
06:44Effectivement, il y a des pays où les exploitations
06:46sont beaucoup plus grandes qu'en France.
06:47On est plutôt dans une moyenne avec des exploitations relativement petites.
06:51Mais c'est assez contradictoire avec un modèle agroécologique,
06:55c'est-à-dire pour faire de l'agroécologie,
06:57avoir, on va dire, des pratiques qui sont assez vertueuses
07:00d'un point de vue environnemental.
07:01Il faut avoir des exploitations pas de taille trop grande
07:04parce qu'il faut beaucoup de diversité,
07:06ce qui demande quand même pas mal de main-d'oeuvre,
07:08une attention forte aux terres, aux cheptels,
07:11si on a de l'élevage.
07:12Donc voilà, il faut une grande proximité.
07:14Ce qui est assez contradictoire avec des exploitations très grandes,
07:16on va plutôt rechercher de l'économie d'échelle,
07:19donc une simplification des modèles agricoles
07:22qui ne sont pas tout à fait compatibles avec l'agroécologie.
07:25Donc nous, on ne pose pas trop vers ces modèles,
07:27ils sont viables, ils sont certainement existants dans 10, 15, 20 ans,
07:32mais il faut absolument qu'on ait à côté de ça des modèles
07:34beaucoup plus vertueux, plus résilients et plus bénéfiques
07:39pour la santé aussi des agriculteurs et des consommateurs.
07:43Bien sûr.
07:43Il y a quelques critères principaux, majeurs,
07:48dans les projets que vous accompagnez,
07:50donc derrière ce terme agroécologie,
07:52qu'est-ce que vous mettez ?
07:54Alors, l'agroécologie, il y a pas mal de choses derrière,
07:57mais en gros, c'est utiliser d'une manière très respectueuse
08:00les ressources auxquelles on a accès,
08:01et les ressources principales, ça va être la terre,
08:03donc préserver la qualité des sols,
08:05l'eau, extrêmement important,
08:07et on le voit aujourd'hui de plus en plus, malheureusement,
08:10et la biodiversité.
08:12Donc ça, c'est vraiment les trois facteurs
08:13sur lesquels l'agriculture ne peut pas fonctionner,
08:16et que l'agroécologie doit absolument préserver.
08:18Il y a plusieurs moyens de le faire.
08:20Aujourd'hui, notre choix, ça a été d'orienter en particulier
08:23vers la bio, l'agriculture biologique,
08:26qui préserve, parce qu'elle n'utilise pas d'intrants de synthèse,
08:28qui préserve les sols, qui préserve l'eau,
08:30qui préserve la biodiversité.
08:31Donc c'est aujourd'hui un des seuls labels
08:34ou une des seules pratiques qui a vraiment un impact
08:36très positif sur ces trois facteurs-là.
08:38Donc on a choisi de privilégier,
08:40mais après, il y a des gens qui font
08:42la restauration des sols,
08:43qui ont d'autres types de pratiques
08:45qui peuvent aussi être intéressantes.
08:46Sur la question de l'eau,
08:48la loi d'urgence agricole a été votée
08:50par le Sénat cette semaine.
08:53Elle est critiquée par les associations environnementales
08:55en disant qu'elle a été,
08:56allez, je simplifie,
08:57mais un peu dictée par la FNSEA.
09:00Elle prévoit notamment d'augmenter,
09:02de doubler les capacités de stockage.
09:04Donc ça repose la question,
09:05notamment des bassines et du partage de l'eau.
09:08Et puis elle prévoit une gouvernance
09:09un peu différente de l'eau,
09:12notamment dans la façon dont les agriculteurs
09:15pourraient devenir un peu prioritaires
09:17dans les instances qui gouvernent le partage de l'eau.
09:21Vous dites qu'on est à contresens
09:23avec une loi comme celle-là ?
09:26Je dirais un peu, oui, malheureusement.
09:29Alors, que l'eau soit indispensable à l'agriculture
09:31et donc à la vie de toute une population,
09:34évidemment.
09:35Le métier agriculteur, c'est de nous nourrir
09:37et de nourrir les animaux.
09:38Donc, il est assez normal que l'agriculture
09:42ait une forme de priorité sur l'accès à l'eau.
09:44Maintenant, on ne devrait pas laisser les décisions
09:46uniquement dans les mains des agriculteurs.
09:48C'est quand même une décision collective
09:50et qui doit donc être prise collectivement.
09:53Est-ce que, je reviens sur le terme méga-bassine
09:56qui est devenu une sorte de gros mot,
09:57est-ce que ce n'est pas une erreur finalement ?
09:59Parce que le cycle de l'eau s'est transformé,
10:02il faut quand même aussi pouvoir récupérer,
10:05par exemple, l'eau de pluie
10:06quand elle tombe massivement à d'autres périodes de l'année
10:08pour pouvoir peut-être l'utiliser l'été
10:10quand on n'en a plus.
10:11Tout à fait.
10:12Après, c'est sous quelle forme on le fait.
10:14Effectivement, on se dit aujourd'hui,
10:15on perd les glaciers dans les montagnes
10:18qui étaient une réserve d'eau douce pour l'été.
10:21Aujourd'hui, on perd ça.
10:22Donc, recréer des réserves d'une manière ou d'une autre
10:24n'est pas une mauvaise idée.
10:25Après, il ne faut pas faire que ça.
10:29Il ne faut pas considérer que ça répondra à tous les problèmes.
10:31Il faut avant tout consommer moins d'eau,
10:33restaurer nos sols pour que l'eau reste dans les sols
10:35et ne reparte pas à la mer.
10:37Et après, oui, on peut également aussi
10:40prévoir des rétentions d'eau sous forme de bassines
10:42ou directement dans les nappes phréatiques
10:44pour faire que l'eau aille moins vite vers les mers.
10:48Mais donc, c'est en fait une multitude de solutions
10:50qu'il faudra avoir.
10:51Il ne faut surtout pas laisser penser
10:52que les méga-bassines sont la solution magique.
10:56Ce ne sera pas le cas.
10:57Merci beaucoup, Simon Bestelé.
10:59A bientôt sur Bsmart for Change.
11:01On passe tout de suite à notre débat,
11:02le financement de l'économie sociale et solidaire au programme.
11:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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