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Claire Hédon, Défenseure des droits, est notre invitée à 8h20. L'ancienne présidente d'ATD Quart Monde quitte ses fonctions dans deux semaines, après six ans de mandat pour protéger et promouvoir les droits des citoyens français. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-dimanche-05-juillet-2026-5556968

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00:00L'invité du Grand Entretien ce matin est une institution républicaine et une vigie.
00:04Sa mission, protéger les droits mais aussi les promouvoir,
00:07qu'il s'agisse de relations avec le service public, de droits des enfants,
00:10de déontologie des forces de sécurité ou de lutte contre les discriminations,
00:14une lourde tâche qu'elle exerce depuis 6 ans et pour quelques jours encore,
00:17puisqu'elle va quitter dans un peu plus de 2 semaines son poste de défenseur des droits.
00:21Bonjour Claire Hédon.
00:22Bonjour Marion Lourdes.
00:23Ancienne présidente d'ATD Quart Monde et défenseur des droits depuis 2020 et pour quelques temps encore.
00:28Posez-lui vos questions chers auditeurs.
00:30On les attend, 01, 45, 24, 7000 et sur l'application Radio France.
00:35Alors Claire Hédon, fragiliser les droits des uns menace ceux de l'ensemble de la communauté nationale.
00:40Ça c'est une de vos dernières déclarations, c'était devant la commission des lois au Sénat.
00:45Est-ce que vous estimez au terme de votre mandat de 6 ans que les droits sont fragilisés ?
00:49Oui et ce que je constate c'est que l'institution du défenseur des droits face à cette augmentation
00:54des difficultés d'accès aux droits est de plus en plus utile.
00:58Oui, je vois une aggravation dans tous les domaines.
01:01Vous avez cité les différents domaines de compétences, le cinquième qui est aussi la protection et l'orientation des lanceurs
01:05d'alerte.
01:06Dans tous ces domaines, nos réclamations ont augmenté.
01:09C'était moins de 100 000 quand je suis arrivée dans l'institution.
01:11On sera très probablement à 200 000 à la fin de l'année.
01:14Donc ça a doublé.
01:15C'est énorme.
01:16C'est énorme.
01:17Je ne crois pas que ce soit lié à la notoriété de l'institution mais bien à des difficultés d
01:22'accès aux droits.
01:22Et je dirais particulièrement sur le domaine des droits des usagers de services publics.
01:26En fait on est saisi sur quoi ?
01:28Une personne retraitée qui ne touche plus de pension de retraite.
01:31Une personne qui est en arrêt maladie qui a des difficultés pour toucher ses indemnités journalières.
01:36Des problèmes qu'il peut y avoir aussi avec des APL, des aides au logement ou du RSA.
01:41Des problèmes avec les titres de séjour, le renouvellement des titres de séjour dans les préfectures.
01:45Ça c'est beaucoup.
01:46Voilà, ça c'est une énorme partie.
01:47En fait c'est 90% de nos réclamations.
01:50C'est problème de droits d'usagers de services publics.
01:52Et qu'est-ce qui nous frappe ?
01:54C'est en fait des difficultés à avoir des réponses.
01:56Des difficultés à avoir un agent dans le service public qui traite le dossier et qui peut répondre à votre
02:02question.
02:02Et quand je dis tout ça, je n'ai pas de critique contre les agents dans ces services publics, ni
02:07tous ces services publics.
02:08Mais bien le fait qu'il faut des agents dans ces services publics pour répondre en fait aux usagers, pour
02:12que leurs droits soient respectés.
02:13Mais donc si je vous comprends bien, vous dites que ce n'est pas parce qu'on connaît mieux le
02:16défenseur des droits qu'on m'alerte plus.
02:17C'est simplement que la situation des droits s'aggrave.
02:19Mais comment vous l'expliquez alors ?
02:20Alors on l'explique, nous vous savez, on voit une partie des difficultés.
02:24Je ne vois, je dirais, que ce qui ne va pas.
02:26Mais je ne vois qu'une partie des difficultés d'accès aux droits.
02:28Et donc on a besoin à la fois du travail des associations pour nous enseigner, de la recherche, puis aussi
02:34des enquêtes.
02:34On a relancé notre enquête axée aux droits dans tous nos domaines de compétences.
02:38Une enquête IPSO sur plus de 5000 personnes.
02:40Donc c'est du solide, vous savez que les enquêtes, elles sont souvent plutôt sur 1000 personnes.
02:44Et là, je vais vous donner trois chiffres.
02:46Six personnes sur dix disent être en difficulté avec les démarches administratives.
02:50C'était quatre sur dix en 2016.
02:52Donc on est bien sur une aggravation.
02:54Je vais y venir.
02:55Non, démarches administratives en général.
02:57Le deuxième chiffre, plus d'une personne sur deux d'y être en difficulté pour faire des démarches numérisées seules.
03:03Là, on en vient au numérique.
03:05Et c'est très intéressant parce qu'on a beaucoup parlé d'électronisme.
03:08Mais la réalité, vous voyez bien, quand on est à plus d'une sur deux,
03:11on est bien au-delà de personnes âgées en difficulté, de précaires, d'étrangers ou de personnes en situation de
03:16handicap.
03:17C'est bien plus large que ça.
03:18Et le troisième chiffre qui m'inquiète beaucoup, une personne sur quatre renonce à un droit auquel elle pourrait avoir
03:24accès à cause de la complexité de ces démarches.
03:26Et qu'est-ce que nous recommandons par rapport à ça ?
03:29Les recommandations que l'institution fait depuis déjà de nombreuses années, c'est en fait l'accès omnicanal aux services
03:35publics.
03:35Ça veut dire quoi ?
03:36On garde le papier.
03:37Exactement.
03:37On peut, et moi je dis que le problème n'est pas de numériser les démarches, c'est d'en
03:42faire la seule porte d'entrée.
03:43Vous avez un très bon exemple avec les impôts.
03:45Je ne sais pas si vous savez qu'il y a encore 10% de déclarations papier.
03:47Et quand vous appelez, vous pouvez avoir quelqu'un qui a accès à votre dossier ou avoir un rendez-vous.
03:52Et c'est juste ce qu'on préconise sur l'ensemble des services publics.
03:54Et nous avons deux contre-exemples.
03:57L'ANA avec MaPrimeRénov', c'est intégralement dématérialisé, avec un site internet qui rencontre des difficultés.
04:03Un certain nombre d'allers-retours aussi dans la législation.
04:05Exactement.
04:06En plus, oui c'est ça, on rouvre, on referme.
04:08Plus, et l'autre cas c'est l'ANEF, l'administration numérique des étrangers en France.
04:12Et où là c'est intégralement dématérialisé sur les demandes de titres.
04:16Il faut que vous sachiez que c'était 10% de nos réclamations en 2019, c'est 41% en
04:212025, c'est 47% sur les premiers mois de l'année.
04:24Et là-dessus, 80%, si ce n'est 90% de ces réclamations, c'est des renouvellements de titres de
04:30séjour.
04:30C'est-à-dire des personnes parfaitement intégrées, qui ne posent aucun problème, qui ont un emploi, qui sont mises
04:34en situation irrégulière par l'administration.
04:37Là-dessus, aucune critique contre les agents en préfecture, ni contre les préfets.
04:40Ce n'est pas de la mauvaise volonté ?
04:42Non, c'est un manque de personnel.
04:43Et là-dessus, vous voyez, on a utilisé tous nos modes d'intervention.
04:46La médiation, il faut savoir que dans toutes les réclamations que je vous ai citées, dans 80% des cas,
04:50on part en médiation, qui aboutit dans les trois quarts des cas.
04:52Donc notre quotidien, c'est vraiment de régler des problèmes, qui pourraient vous paraître des petits problèmes, mais pour l
04:56'usager, ça change leur vie, la façon dont on résout les problèmes.
05:00Donc on a fait de la médiation, on a fait un rapport sur l'ANEF, où on a dit tous
05:04les dysfonctionnements.
05:04Mais nous, on ne fait pas que dire ce qui ne va pas, on fait des recommandations.
05:08Recommandations du nombre d'agents supplémentaires en préfecture et du renouvellement automatique de l'API.
05:13Vous savez qu'il y a l'attestation de prolongation d'instruction, qui en fait vous laisse en situation régulière.
05:17Et puis il y a eu un recours des associations devant le Conseil d'État.
05:20Le Conseil d'État nous demande des observations et la décision du Conseil d'État va dans notre sens.
05:23Et le ministre de l'Intérieur annonce 500 postes supplémentaires et le renouvellement automatique de l'API.
05:29Je vous expliquais tout ça pour vous montrer...
05:31Ça veut dire que vous avez été entendue ?
05:31Exactement.
05:32C'est-à-dire qu'on arrive à la fois par la médiation des décisions que nous rendons portant recommandations
05:37à obtenir des résultats,
05:38mais aussi quand on demande des réformes, à ce qu'elles aient lieu.
05:42Parce que l'institution, clairement, vous avez dit les domaines de compétences, mais là-dessus elle a deux missions.
05:46Protéger les droits, donc traiter les réclamations, mais aussi promouvoir les droits et les libertés.
05:50Et c'est intéressant parce que ça veut dire que le législateur, dès le début, a pensé que nous n
05:54'étions pas là que pour résoudre des cas individuels,
05:56mais bien pour dire ce qu'il faudrait faire pour que les droits soient mieux respectés.
05:59Et on en a quand même un exemple avec la NEF.
06:01Alors je dois vous dire que nous ne voyons pas pour autant, en ce moment, encore baisser les réclamations dans
06:06ce domaine.
06:06Je pense qu'il va falloir un peu plus de temps.
06:07Mais alors là, vous donnez un exemple où vous avez été écouté.
06:10En six ans, il y a eu 1500 décisions, dont 1300, vous en parliez, portent des recommandations.
06:15Quel est le pourcentage d'écoute ? Est-ce qu'on vous a entendu sur vos 1300 recommandations ?
06:19Non, bien sûr, et vous avez raison de le dire.
06:21Mais on a aussi des victoires.
06:22Je pense aux EHPAD.
06:24Vous savez, on a beaucoup dénoncé les maltraitances en EHPAD.
06:26On a fait un rapport sur ce sujet-là.
06:28On a rendu des décisions.
06:29Et on y pense encore plus en ce moment avec la chaleur.
06:30Exactement. Et il y a quand même deux choses dans la loi Bien Vieillir qui sont importantes.
06:34C'est la question du respect du droit de visite comme une obligation.
06:38On ne peut pas interdire à la famille de rendre une visite.
06:41Et la deuxième, c'est l'obligation de dénoncer les situations de maltraitance.
06:46J'ai d'ailleurs une petite inquiétude là-dessus parce qu'on est encore saisis sur des situations de maltraitance
06:50en EHPAD.
06:51Et on a beaucoup de réclamants qui se désistent.
06:53C'est-à-dire les familles, quand on les appelle en voulant commencer à traiter le dossier, nous disent
06:56« Écoutez, j'ai trop peur des représailles. Je préfère finalement ne rien faire. »
06:59Ce qui évidemment nous inquiète.
07:01Mais vous voyez, on a eu des avancées, mais pas complètement.
07:03Enfin, la question du taux d'encadrement dans les EHPAD de 8 sur 10, on le réclame depuis des années.
07:08On est encore à 6 et demi.
07:10Et il y a un moment, la bientraitance, elle passe par un nombre suffisant de personnel.
07:15On a aussi, vous savez, sur les questions de protection de l'enfance qui sont particulièrement sensibles,
07:19rendu une décision cadre, fait des recommandations.
07:21Là, je dois vous dire que pour le coup, ça n'avance pas du tout suffisamment vite.
07:24Il y a des victoires, mais il y a encore de nombreuses choses à gagner.
07:28Et les réclamations qui ont augmenté en matière de protection de l'enfance entre 2024 et 2025 de 8%.
07:34Parmi ces missions, il y a donc la protection de l'enfance.
07:37Et une de vos dernières missions, sans doute, c'est votre saisine dans le cadre des violences du périscolaire.
07:41À Paris, où 132 animateurs ont été suspendus, 52 pour suspicion de violences sexistes et sexuelles.
07:47Vous avez lancé une enquête, c'était mi-avril, c'est tout récent.
07:50Est-ce qu'elle a déjà avancé ? Quel est le calendrier ?
07:53Évidemment, il faut laisser l'enquête se poursuivre.
07:55Et vous imaginez bien que je ne peux rien dire pour l'instant.
07:57Sur la question du droit des enfants, c'est en gros 3500 réclamations tous les ans
08:01qui se répartissent en un tiers protection de l'enfance,
08:04un tiers tout ce qui est scolarisation et justement le périscolaire et la petite enfance,
08:08et un tiers sur les questions d'enfants en situation de handicap.
08:11Ce qu'il faut comprendre sur la question du périscolaire à Paris,
08:14c'est que nous n'allons pas aller sur le pénal.
08:16C'est la justice qui va faire ce travail-là.
08:17Nous, ce qu'on va essayer de comprendre et d'enquêter,
08:20c'est en fait quelle a été la réaction de l'institution
08:23à partir du moment où il y a eu des dénonciations de faits,
08:25la façon dont l'enfant a été entendu.
08:27Cette question de l'écoute de la parole de l'enfant,
08:29elle est centrale dans toutes les affaires en ce moment.
08:31Comment l'enfant a été entendu ?
08:33Comment l'enfant a été protégé derrière ?
08:35C'est-à-dire la mise à l'écart de certains personnels.
08:37Comment les parents aussi ont été tenus informés ?
08:40Et donc nous allons enquêter sur toute cette partie-là.
08:42L'enquête est en cours.
08:44Une fois que l'enquête est terminée,
08:45on fait ce qu'on appelle nous une note soumise aux contradictoires,
08:47c'est-à-dire qu'on dira à la mairie de Paris
08:48les constats qu'on pourrait faire,
08:50à elle de nous répondre sur ce qui a pu avancer
08:53ou des choses sur lesquelles ils ne sont pas forcément d'accord
08:55et on rendra une décision.
08:57Et nos décisions...
08:59Écoutez, il faut plusieurs mois là, très clairement.
09:00Donc vous ne serez plus là ?
09:01Non, je ne serai plus là.
09:02Ce sera mon successeur.
09:03Mais vous savez, l'institution, elle est forte.
09:06Je veux dire, 260 agents,
09:08majoritairement au siège, majoritairement des juristes,
09:10nos 660 délégués territoriaux sur le terrain.
09:13Et vraiment, à la fin de ce mandat, je veux leur rendre hommage
09:15parce que c'est eux qui font l'institution.
09:18Il y a une autre affaire qui suscite l'émotion.
09:19On l'a vu encore hier avec les manifestations.
09:22La mort de la petite Liana,
09:23qui a été violée et retrouvée morte il y a un mois dans le Gers.
09:27Elle avait 11 ans.
09:28Le principal suspect, il avait fait l'objet de plusieurs plaintes,
09:30dont une en août 2025, dont on a beaucoup parlé,
09:33qui n'avait pas vraiment été traitée en réalité.
09:36En réalité, la mère de la petite fille concernée vient de déposer plainte à nouveau,
09:41cette fois contre les magistrats du parquet d'Auches et de Toulouse
09:44et contre le directeur d'enquête à la brigade de police de Lecture dans le Gers.
09:48Ça, c'est le signe que certaines plaintes ne sont pas prises et traitées comme elles le devraient.
09:53D'abord, toutes mes pensées vont à la famille de Liana
09:56et aux familles des victimes aux alentours.
09:58Mais honnêtement, personne ne découvre le problème.
10:01On est face à une hypocrisie collective par rapport à ça.
10:05Nous avons dénoncé, nous avons dit les risques,
10:08les difficultés d'écoute de la parole de l'enfant, de la prise en charge.
10:11Les associations le font depuis longtemps.
10:13La civise a fait un certain nombre de recommandations.
10:15Donc, on ne peut pas dire qu'on découvre le problème.
10:17On est dans un dysfonctionnement et dans des manques de moyens
10:20qui sont absolument massifs.
10:22C'est systémique.
10:23Est-ce que le président de la République dit qu'on ne manque pas de moyens dans la justice ?
10:25Dans la justice, on manque de moyens.
10:27On manque de moyens dans les forces de sécurité pour écouter les personnes.
10:30On manque de moyens dans les associations pour accompagner.
10:33On manque de moyens en santé mentale, en santé psy.
10:36On manque de moyens à tous les niveaux.
10:37Qu'est-ce que ça dit quand même ?
10:39Quels moyens nous sommes prêts à mettre pour protéger les enfants ?
10:42Parce que c'est quand même cette question-là et pour protéger les droits des enfants.
10:45Ce que disent les associations, c'est 3 milliards d'euros pour une loi intégrale par exemple.
10:48La question d'une loi intégrale, elle est importante.
10:51Je pense qu'il faut prendre les violences sexuelles dans leur ensemble.
10:54Je ne pense pas qu'il faille se limiter sur ces questions-là aux mineurs.
10:57Parce que je suis désolée, la différence entre 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, il faut prendre dans
11:02la globalité, femmes et hommes.
11:04Parce que les hommes peuvent être aussi victimes de violences sexuelles.
11:08Et je pense effectivement qu'il faut une révolution globale.
11:11Mais un, la question de la parole de l'enfant, de l'écoute de l'enfant, de le croire, ça
11:15me paraît le premier point.
11:16Deuxièmement, il faut travailler sur la prévention.
11:18Les cours EVARS, les cours d'éducation à la sexualité.
11:21Tout ce qu'on peut dire à un enfant le plus tôt possible sur mon corps et mon corps, on
11:25ne peut pas y toucher.
11:26Évidemment que c'est un moyen de prévention.
11:28Il faut aussi travailler sur la pédocriminalité et sur la prise en charge médicale, psychologique des pédocriminels.
11:36Mais notre santé mentale est en immense difficulté.
11:40La psychiatrie.
11:42Et on a besoin, et on le voit dans tous les domaines en ce moment, en protection de l'enfance,
11:46les difficultés de prise en charge en santé psy, c'est ce qui génère énormément de problèmes.
11:51Donc il faut évidemment se donner les moyens par rapport à ça.
11:54Mais je voudrais vraiment insister sur la question de la prévention, parce que c'est un point absolument essentiel.
11:58Et donc c'est cours d'EVARS.
11:59On a un ministre qui est volontariste et qui est en train vraiment de rétablir ces trois heures de cours.
12:03Mais maintenant, il faut les cranter.
12:05Il faut qu'il y ait des heures dédiées.
12:07Il faut qu'il y ait des personnels dédiés.
12:08On ne peut pas tout laisser à la bonne volonté de l'enseignant, qui ne va pas faire, qui sera
12:12plus ou moins à l'aise, qui sera face à la réaction des parents.
12:15Mais ça, c'est indispensable, parce qu'on sait que c'est un moyen de prévention et un moyen de
12:19libération de la parole.
12:20Ce sont beaucoup de moments où les enfants commencent à dire ce qui se passe à tel endroit, dans le
12:24club de sport, ou chez moi, ou à l'école, ce n'est pas tout à fait normal, et qu
12:27'ils commencent à en parler.
12:28Je vous entends beaucoup parler de moyens, Claire Edon.
12:29Vous voyez bien que ce n'est pas d'actualité.
12:31Là, on est plutôt en train de chasser les économies, parce que les budgets sont en diminution.
12:36On considère que les droits des enfants passent au second plan.
12:39Pour moi, c'est la primauté des primautés, l'intérêt supérieur de l'enfant.
12:43Il faut prioriser ça.
12:44Mais même si on fait un calcul financier, au bout d'un moment, ça coûtera plus cher.
12:49Donc, on a tout intérêt à tout mettre en œuvre.
12:52Mais vous avez tout à fait raison de dire.
12:53En fait, on a une confrontation sur la question des moyens et du respect des droits.
12:57Mais dans une démocratie, on doit se donner les moyens de respecter les droits des personnes.
13:01Il y a beaucoup d'autres thèmes dans vos attributions, Claire Edon, et notamment les relations avec la police, les
13:07relations de la population avec la police.
13:09Dans une enquête récente, une personne sur cinq, contrôlée par les forces de l'ordre, disait avoir subi des comportements
13:15non professionnels.
13:16On parle de quoi, là ?
13:17On parle de questions qui sont posées, de propos qui sont tenus, de façon de fouiller.
13:23Le tutoiement, par exemple.
13:25Ce qui me frappe d'abord sur ces questions, nous sommes le contrôle externe de la déontologie des forces de
13:29sécurité.
13:30Il y a d'abord évidemment un contrôle interne.
13:32Le contrôle de la déontologie, il se fait d'abord par les pairs.
13:34Il se fait ensuite par l'encadrement.
13:35Il y a l'IGPN et l'IGGN.
13:36Donc la police des policiers.
13:38Et c'est normal qu'il y ait un contrôle interne.
13:40Et il y a un contrôle externe et indépendant qu'est l'institution du défenseur des droits.
13:44Ce qui me frappe dans ce domaine de compétence, c'est que quand nous demandons des poursuites disciplinaires,
13:50nous ne sommes pas suffisamment suivis par le ministre de l'Intérieur.
13:54Vous en avez demandé, notamment dans l'affaire Michel Zéclair, ce producteur en 2020 qui a été frappé.
14:00Alors vous avez fait une enquête, 29 coups de poing et de matraque en 4 minutes, alors qu'il n
14:03'a absolument pas répliqué.
14:05Vous avez demandé des poursuites disciplinaires au ministre de l'Intérieur.
14:08Même chose sur les policiers qui ont été impliqués dans la mort du jeune Naël Merzou,
14:12qu'on s'en souvient en 2023, qui a été tué lors d'un contrôle de police.
14:17Et vous n'êtes pas entendu.
14:19Et que vous dit le ministre de l'Intérieur ?
14:20Alors en gros, ces affaires-là sont au pénal, donc il attend la décision du pénal.
14:25Or le Conseil d'État a déjà, il y a plusieurs années, dit qu'il pouvait tout à fait y
14:29avoir des sanctions disciplinaires.
14:31C'est-à-dire que la procédure administrative pouvait suivre son cours en parallèle de la procédure pénale.
14:35Et je pense que c'est vraiment important qu'il y ait des sanctions,
14:38parce que ça contribue à rétablir la confiance dans la police.
14:41Parce que, je veux dire, évidemment que l'ensemble des policiers ne se comportent pas comme ça.
14:44Eux-mêmes sont horriblement choqués.
14:46Et donc, il faut montrer à la population que quand il y a des comportements
14:49qui ne sont pas respectueux des personnes,
14:51qui sont contraires à la déontologie des forces de sécurité,
14:54c'est indispensable d'avoir des sanctions.
14:55Donc ça existe, les violences policières ?
14:57Dans l'affaire Zéclair, les policiers ont menti tout au long de la procédure.
15:01Alors qu'il y a des vidéos de surveillance.
15:02Exact.
15:02Et heureusement qu'il y avait des vidéos dans le studio de Michel Zéclair.
15:07Autrement, là, les policiers n'avaient pas déclenché leur caméra.
15:09Il y a aussi quelque chose d'important.
15:10Il faut absolument que les forces de sécurité déclenchent systématiquement les caméras.
15:14Ça les protège, eux aussi.
15:16Il y a un sujet français du maintien de l'ordre qu'on n'arrive pas à régler ?
15:20J'échange beaucoup avec nos homologues.
15:22En Europe, entre autres, et à l'étranger.
15:23Vous avez des équivalents un peu partout.
15:24Exactement.
15:25Et je trouve qu'en Allemagne et en Grande-Bretagne,
15:28on avance un peu plus sur la question de la désescalade de la violence,
15:32qui me paraît un des points importants.
15:34Et puis, vous signalez que nous rendrons d'ailleurs la semaine prochaine la décision sur Sainte-Solines.
15:37Mais pour l'instant, évidemment, je ne peux rien.
15:39Les bassines de stockage d'eau et où il y avait eu des manifestations, on s'en souvient.
15:43Jean-Louis est au Standard de France Inter.
15:45Bonjour Jean-Louis.
15:46Oui, bonjour Marion.
15:47Vous avez une question pour Claire Edon ?
15:50Tout à fait.
15:51Et je fais une parenthèse.
15:52Bravo pour tout ce que vous avez fait pour le 6-9.
15:54Mais vous n'êtes pas...
15:55Merci.
15:55Oh ben c'est gentil.
15:56Je pensais que vous félicitiez Claire Edon, mais qui mérite également d'être félicité.
15:59Je la salue et je la félicite pour tout ce qu'elle a fait.
16:03Bonjour Madame Edon.
16:04Bonjour.
16:04J'avais une question, effectivement.
16:06On a parfois l'impression que les plus fragiles sont ceux que la République protège le moins bien.
16:13Selon vous, le sentiment d'injustice n'est-il pas la cause principale, ou du moins une des causes principales,
16:19de la crise de confiance démocratique que nous connaissons ?
16:23Vous avez tout à fait raison.
16:24Moi je suis frappée de ce que c'est la vulnérabilité des personnes qui créent la possibilité d'atteinte au
16:29droit.
16:30On a parlé tout à l'heure des personnes âgées et dépendantes, on en a parlé des enfants, on peut
16:34parler des personnes précaires.
16:36Cette vulnérabilité crée la possibilité d'atteinte au droit.
16:39Et dans une démocratie, on a envie justement qu'on protège plus particulièrement les personnes vulnérables.
16:43Et vous avez raison de dire qu'on sent une forme de tension, d'énervement, de colère, entre autres sur
16:49le fait de ne pas réussir à joindre les services publics.
16:52Et ça, nos délégués territoriaux nous disent beaucoup, parce que vous savez, notre grande force, c'est que nous on
16:55est accessible par tous les moyens,
16:57dont celui physique, d'avoir un rendez-vous avec un délégué.
16:59Vous pouvez arriver avec votre pile de dossiers, il va vous écouter.
17:03Et il y en a un peu partout en France.
17:07Et nos délégués, comme nos agents qui ont aussi en ligne les réclamants, disent qu'ils sentent une forme de
17:12tension,
17:13avec l'impression de ne pas être entendus, de ne pas comprendre pourquoi ils n'ont pas accès à des
17:17droits, pas d'explication non plus.
17:20Et donc oui, je pense que c'est ce qui crée de la tension.
17:23Et nous, du coup, quand on rétablit les personnes dans leurs droits, en fait, on contribue à la cohésion sociale
17:27et à l'apaisement.
17:28Vous êtes une super héroïne.
17:30C'est nos délégués et nos agents qui sont des super héroïnes.
17:33On vous entend depuis tout à l'heure parler de la fragilisation des droits.
17:37Et c'est vrai que la présidentielle approche, donc le contexte est tout à fait particulier.
17:40On est à moins d'un an.
17:42Est-ce que vous avez l'impression que la défense des droits dans ce contexte est un sujet ?
17:45Je vous pose la question parce qu'on a entendu notamment il y a quelques années un candidat, Bruno Retailleau,
17:49ex-ministre de l'Intérieur,
17:51qui avait déclaré que l'état de droit n'était pas un dogme immuable.
17:54Je pense que c'est vraiment très important d'expliquer, de réexpliquer ce qu'est une démocratie.
17:59Je trouve qu'on devrait le faire dès l'école primaire, collège, lycée et à l'université.
18:04La démocratie, c'est évidemment l'élection au suffrage universel.
18:07Mais ce n'est pas que ça.
18:08C'est la séparation des pouvoirs.
18:10C'est le respect de l'état de droit, de la hiérarchie des normes.
18:13C'est aussi le respect de certains droits fondamentaux, de la dignité des personnes.
18:17Le respect de la dignité, c'est ce qui nous différencie des régimes autocratiques.
18:20Et puis c'est un certain nombre de libertés.
18:22La liberté associative, la liberté de manifester, la liberté de la presse.
18:25Donc c'est tout ça qui fait une démocratie.
18:27Et on s'est mis quelques garde-fous, je dirais, en 1945, dans un contexte bien particulier.
18:32C'est qu'on s'est bien dit qu'il fallait se protéger.
18:35Et protéger les droits, ce n'est pas aller à l'encontre de l'opinion générale.
18:41Au contraire, c'est se permettre de protéger chacun.
18:43Et vous avez démarré en disant, justement, quand on commence à toucher les droits de certains...
18:47Je vous citais.
18:48Oui, vous me citiez.
18:49Mais justement, ça touche très vite l'ensemble de la population.
18:52Mais on le voit dans les difficultés d'accès aux services publics.
18:55On le voit bien dans les questions de discrimination.
18:57Nous le voyons aussi sur les questions de déontologie des forces de sécurité, de droits des enfants.
19:02Vous voyez bien ce qui se passe dans le périscolaire en ce moment.
19:04Donc en fait, nous voyons bien que défendre les droits de chacun, c'est défendre les droits de tous.
19:10Je voulais juste parler de votre succession, Claire Edon, parce qu'il est possible que soit nommé à votre place,
19:14en tout cas c'est le favori, l'ancien ministre et sénateur François Noël Buffet.
19:17Et sa nomination fait question.
19:19Je sais que vous ne voulez pas faire de commentaire sur ce sujet parce qu'il sera nommé par le
19:22président de la République s'il l'est.
19:23Et que vous n'en êtes pas responsable et que vous n'avez pas de commentaire.
19:26Mais est-ce qu'on peut, comme il l'a fait manifester contre le mariage pour tous et être défenseur
19:30des droits,
19:31vouloir réduire l'aide médicale d'État au sans-papier et être défenseur des droits ?
19:34Est-ce qu'on peut soutenir une proposition de loi bannissant les femmes voilées des compétitions sportives et être défenseur
19:39des droits ?
19:39C'est une nomination du président de la République, vous le savez, et après un vote en commission des lois
19:44à l'Assemblée nationale et au Sénat.
19:45Ce que je sais, c'est qu'il y a urgence à ce que le nom sorte et qu'il
19:49y ait une nomination,
19:50parce que le passage en commission des lois, le dernier serait le 15 juillet,
19:53et qu'il ne peut pas y avoir chez nous de vacances de poste, parce qu'il n'y a
19:56pas de vice-président,
19:57il n'y a pas quelqu'un qui peut prendre la suite.
19:58Ce que je peux vous dire, c'est que le ou la défenseur des droits qui me succédera aura une
20:03chance extraordinaire
20:04d'être à la tête d'une institution remarquable, avec des gens qui sont motivés, qui sont excessivement compétents.
20:10Les différents organes de la République nous reconnaissent à la fois une connaissance du terrain,
20:15une expertise juridique et une façon de résoudre les problèmes.
20:17Vous ne m'avez pas vraiment répondu, mais soit.
20:20Claire et donc, défenseur des droits, encore jusqu'au 21 juillet prochain, vous faites quoi après ?
20:24Je ne sais pas.
20:25Merci beaucoup de nous avoir répondu sur France Inter, bonnes vacances donc.
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