Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 minutes
Sur leur « photo de famille », la question de l'héritage est au centre ! Hiam Abbass et ses filles, Lina et Mouna Soualem : le marrainage idéal pour ce nouveau programme qui interroge tout l’été les formes de transmission.

Retrouvez tous les épisodes de "Photos de famille" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/photo-de-famille

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Sur cette photo de famille, la question de la transmission est au centre, on la voit très bien.
00:05Le marénage idéal pour ce nouveau programme qui interroge tout l'été les formes de transmission.
00:11Ici nous avons la mère, Yamabas, enfant d'une famille de dix dans un petit village de Galilée en Palestine,
00:17devenue actrice à Hollywood pour Steven Spielberg, Ridley Scott ou Ginger Mouche.
00:22Elle a aussi tourné en Europe comme au Moyen-Orient avec les plus grands.
00:25Lorsqu'elle passe derrière la caméra, son film s'appelle « Héritage », naturellement.
00:28On a oublié son rôle d'épouse du patriarche dans la série Succession, évidemment.
00:34Nous avons également la première fille, Lina Soalem, qui a fait de la question de la transmission le cœur même
00:39de ses films documentaires,
00:40« L'heure Algérie », sur l'histoire de ses grands-parents paternels, absente du récit familial.
00:45Puis « Bye Bye Tibériade », César du meilleur documentaire, tressant la mémoire d'une liée de femmes palestiniennes dont
00:51elle est la première à être née en France.
00:53Et puis nous avons la seconde fille, Mouna Soalem, actrice à son tour, qui travaille elle aussi la mémoire en
00:59famille dans la série Ousekine,
01:01écrite en partie avec Lina, où elle joue avec sa mère Iam, où elle incarne la sœur justicière,
01:07en enquêtrice déterminée dans la série Cimetière Indien, hantée par les fantômes de la guerre d'Algérie,
01:12ou bientôt dans le prochain film de Guillaume Canet, Karma, ça ne s'en vante pas.
01:17Comment ce clan Mère-Fille s'est-il soudé autour des mémoires ?
01:21Comment chacune a additionné ses identités ?
01:24Comment le cinéma est devenu leur allié anti-disparition ?
01:27On a la chance de pouvoir leur poser la question.
01:30Photos de famille, Mathilde Serrel sur France Inter.
01:35Bonjour à toutes les trois.
01:37Bonjour.
01:38Je voudrais d'abord vous demander, Lina et Mouna, les deux filles, de décrire votre mère, Yamabas.
01:44Oh là !
01:44Oh waouh !
01:45Avec elle, juste à côté de nous ?
01:51Moi, c'est un peu des mots faciles, faux-folles, justicières, femmes fortes, grande sagesse, je dirais.
01:59Donc, une mère modèle.
02:01Voilà, ça c'est pour votre portrait à vous, Mouna Solem.
02:04C'est un beau portrait quand même.
02:05Lina ?
02:07Moi aussi, c'est un modèle pour moi, une référence.
02:12Quelqu'un que j'ai besoin d'appeler plusieurs fois par jour pour toutes les décisions que je dois prendre.
02:18Et elle est toujours joignable ?
02:19Toujours joignable, oui.
02:20Presque toujours.
02:22Et vous, Yamabas, comment vous me décririez vos deux filles, Mouna et Lina ?
02:26Franchement, vous me mettez dans une situation un peu émotionnelle dès le matin.
02:30Je ne m'attendais pas du tout.
02:35Alors, pareil, moi je suis vraiment très fière de Lina et Mouna.
02:39Je suis très fière de leur parcours, de ce qu'ils tracent, de ce qu'ils ont pris et appliqué
02:46dans leur vie.
02:48Donc, défi modèle, je dirais, je renvoie la balle, par rapport à une jeunesse dont je m'interroge énormément.
02:59C'est important de le dire, par rapport à...
03:01Vous voulez dire les jeunes gens aujourd'hui ?
03:02Oui, exactement.
03:03Au XXIe siècle.
03:06Absolument.
03:06Et en fait, moi je crois que ma fierté, elle est dans la facilité de le lien entre les deux
03:14générations.
03:14Je ne me sens pas séparée d'eux, même si on voit à tel point les deux générations aujourd'hui
03:21sont séparées.
03:22Les anciens et le nouveau.
03:25Pour vous, c'est très clivé aujourd'hui ?
03:27Oui, je trouve.
03:28Entre les générations.
03:28Je trouve que le clivage...
03:30Vos filles, elles ont la trentaine ?
03:31Elles ont la trentaine, mais je trouve qu'aussi le clivage, il se trouve presque tous les dix ans entre
03:36les générations de 30 ans et 20 ans, de 20 ans et 10 ans.
03:40Je crois qu'on est dans une sorte de vétesse avec tout ce qui se passe autour de nous, politiquement,
03:48réseau, tout ce qu'on veut.
03:49Que les clivages deviennent de plus en plus importants et en tout cas, ce que je trouve agréable dans la
03:57relation mère et fille, c'est qu'on a toujours un lien commun et un chemin qu'on trace ensemble.
04:04Et c'est ça que je trouve aujourd'hui pose question, en fait, de comment vraiment on peut continuer ce
04:13lien entre les générations.
04:15Et qu'est-ce qui caractérise ce lien, justement, dans votre lignée de femmes ? Je parlais de la mémoire
04:19tout à l'heure. Est-ce que ce serait un point commun, en tout cas peut-être dans vos travaux,
04:23à toutes les trois ?
04:25Oui, mais par rapport au lien dont elle parle, je pense que c'est des valeurs partagées, en fait, malgré
04:29ces décennies entre chaque génération, etc.
04:32C'est qu'on a quand même... Enfin, c'est là où on a un rapport mère-fille, mais aussi
04:36amical. Pas genre mère-meilleure amie avec sa fille, mais on a quelque chose...
04:40Il y a une complicité, en fait, qui se fait entre nous parce qu'on a quand même les mêmes
04:46valeurs, je trouve.
04:47Qui sont, Lina, pour vous, Lina Solem ?
04:50Je pense qu'on fait attention les unes aux autres. On est très présentes, on est très familles.
04:58Enfin, on a des groupes de familles où ça parle tous les jours, où il faut souhaiter les anniversaires de
05:02tout le monde.
05:02En fait, c'est peut-être valeur dans la manière dont on se lie les unes aux autres et on
05:08se lie avec nos familles.
05:09Et ça rejoint la mémoire aussi. C'est une manière de perpétuer quelque chose qui a toujours existé,
05:14qu'on a eu la chance de vivre quand on était petite, en passant du temps dans cette famille,
05:19qui nous a beaucoup transmis. Et on rend ça en continuant à essayer de transmettre au maximum
05:26et de toujours être présente, même dans les moments difficiles, même si présent, ça veut...
05:31Enfin, c'est pas du tout un scénario idéal où on est tout le temps en train de se donner
05:34des bonnes nouvelles.
05:35Présent, c'est aussi se confronter aux difficultés, se dire les choses quand ça va pas.
05:39Mais d'être dans une communication qui permet de nous...
05:43de garder quelque chose de cette communauté, ce collectif qu'on a perdu,
05:48du fait de la réalité du monde moderne, de l'exil.
05:51C'est-à-dire qu'on n'est plus dans les endroits de nos familles.
05:55Mais en tout cas, on continue à essayer de perpétuer quelque chose de cette communauté,
05:59de cette tribu, disons, pour ne pas être que des êtres éparpillés, dispersés.
06:06Alors dans votre documentaire, justement, Lina Solem, Bye Bye Tiberiat,
06:09qui a reçu de nombreux prix, dont un César, vous retrouvez la mémoire des autres femmes.
06:13de la lignée. Dans le village de votre mère, il y a Mabas à Derhana,
06:17où vous alliez, petite. Et il y a notamment cette photo de famille
06:21qu'a retrouvée votre mère. On écoute un extrait.
06:24C'est Tony Ahmad, ma mère, tu vois ? Tu vois comment elle est belle ?
06:29Elle avait toujours comme ça, quand j'étais jeune, les cheveux carrés, super sapés.
06:34C'est Tony Ahmad, ma grand-mère. Je lui ressemble, tu vois ?
06:51Et moi, je ressemble à qui, du coup ?
06:54À personne.
06:58À personne. Sur cette photo de famille, il y a toutes les femmes de la famille
07:02avant la naissance de votre sœur. Mouna, il y a votre arrière-grand-mère,
07:05Oumrali, il y a votre grand-mère, Neymat, il y a votre mère, il y a Mabas.
07:08Et vous, donc, Lina, vous vous demandez à qui vous ressemblez ?
07:11C'est ce qui vous taraude dans cette histoire ?
07:14C'est une manière de se lier aux autres. Mais du coup, elle me taquine en me disant
07:18que je ressemble à personne pour rendre mon travail peut-être plus difficile
07:23ou avec plus d'obstacles, d'essayer de recréer ou retrouver les liens qui nous unissent,
07:28qui sont toujours là. Mais c'est vrai que, pour moi, dans le film, ça, c'est le tout début
07:33du film.
07:33Donc, c'est peut-être le point de départ où, en fait, je m'accroche à des choses physiques et
07:38visibles
07:38alors que le lien, il n'est pas forcément visible. Et l'idée du film, c'est aussi de rendre
07:43visible l'invisible.
07:44Et c'est les liens qui se perpétuent malgré les exils.
07:47Je dois juste préciser quelque chose parce que je n'ai pas eu le César.
07:51Ah, vous étiez nommée.
07:52Mais j'étais nommée. Voilà. Juste pour ne pas...
07:54Mais j'aurais bien voulu.
07:55On vous l'aurait bien donné.
07:56Voilà. Et je veux remettre les choses. Mais bon, j'étais nommée dans 5.
08:00Mais bien sûr.
08:01Donc, c'était déjà extraordinaire.
08:02Vous avez le prix Alice Guy.
08:03Voilà, le prix Alice Guy qui est un prix très, très, très fort pour moi.
08:06La créatrice du cinéma.
08:07Tout à fait.
08:08C'est vrai qu'on part de ces photos de famille.
08:10C'était un trésor que vous avez retrouvé pour le film de votre fille, Yamabas.
08:14Cette valise avec des poèmes, des photos.
08:17Vous ne l'aviez pas ouverte depuis longtemps ?
08:18Oui, c'est des choses qui étaient un peu éparpillées comme ça dans des trucs que j'avais ramenés avec
08:25moi.
08:25Mais le peu de matériel vraiment que j'ai porté avec moi, en fait.
08:29Et que finalement, c'était comme la preuve de ce lien avec ce lieu et cette mémoire et cet exil.
08:37J'ai envie juste de préciser un truc sur ce que les filles ont dit parce que vraiment, j'ai
08:42écouté les deux.
08:42Et sur les valeurs et sur ce que Lina a décrit par la suite.
08:48En fait, pour moi, c'est quand même ce lien entre les générations, les deux générations et moi en tant
08:54que mère avec mes deux filles.
08:56C'est un lien qui se base justement sur la transmission.
08:59Et donc, la transmission à travers la mémoire, à travers les valeurs et surtout à travers un mot magique.
09:06Lina a dit que je voulais vraiment préciser, la communication.
09:10Et donc, je trouve que si on arrive vraiment à trouver un chemin et créer des espaces temps avec lesquels
09:18on peut exister ensemble.
09:20C'est quand toutes les difficultés de la différence et les générations et leur différence deviennent un peu minimes par
09:28rapport à une existence, en fait, corporelle et émotionnelle et spirituelle et intellectuelle.
09:36Dans laquelle, d'un seul coup, il y a un partage complètement autre qu'en fait, qui nous amène ailleurs.
09:43Oui, mais vous, comment est-ce que vous avez communiqué cette histoire à Mounamou ?
09:46Comment vous avez reçu, vous ?
09:48Je parlais donc de l'arrière-grand-mère qui doit fuir Tibériade avec son mari.
09:55Donc, elle, elle est couturière.
09:56Lui, il est éleveur de bêtes.
09:59Puis après, il y aura ce village et à nouveau ce départ qui est celui de votre mère.
10:02Puisque vous, vous allez quitter dans les années 80, il y a ma base, vous allez quitter Jérusalem.
10:08Avant, vous étiez dans ce village en Galilée.
10:11Comment est-ce que vous, on vous a transmis la lignée ?
10:13Est-ce que vous aviez la photo avant de voir le film de votre sœur, Dina Swalem ?
10:18Vous savez, moi déjà, je suis la cadette.
10:19Donc, je me pose beaucoup moins de questions que l'aînée.
10:23Et c'est elle qui a beaucoup fait ce travail-là de recherche et de questionnement.
10:28Parce que là-dessus, on est très différentes.
10:29Moi, j'aime moins remuer le passé, même si je le sens et que j'ai une connexion au passé,
10:35aux douleurs de mes ancêtres, etc.
10:37J'aime moins, je préfère regarder devant et avancer.
10:39C'est ce que ma grand-mère paternelle dit aussi souvent.
10:42Mais en fait, moi, c'est là, dans ce village, on y va depuis petite.
10:48Donc déjà, les présences de ses tantes, les présences de mes grands-parents ont fait que cette transmission s'est
10:54faite assez naturellement,
10:56sans rentrer dans une analyse vraiment intellectuelle sur qu'est-ce que était l'exil.
11:03Donc en fait, dans cette famille, c'est aussi une famille qui rit et qui pleure comme ça.
11:08Donc on peut passer de grands moments de joie, des grands moments de tristesse et on repart dans l'humour.
11:13Donc moi, c'est des choses que j'ai toujours ressenties un peu, pas avec distance, mais pas dans le
11:17questionnement, en fait.
11:18Donc j'ai toujours été témoin.
11:20Dans le vécu, oui.
11:21Oui, dans le vécu, j'ai été témoin.
11:22Donc cette transmission, je ne l'ai jamais intellectualisée jusqu'à ce que ma soeur fasse ce travail-là vraiment
11:30et que je sois aussi témoin des réponses qu'elle a trouvées.
11:43La rencontre très cinématique à l'instant du musicien voyou et du rappeur Thurie sur ce titre, Oula Hoop !
11:48Une des splendeurs de notre playlist d'été sur France Inter.
11:52Photos de famille avec Yamabas et ses filles, Lina et Mouna Solem.
11:56Je voudrais qu'on s'arrête sur une image familiale déterminante dans votre histoire puisqu'on l'évoquait juste avant.
12:01C'est la Nakba, l'exode des Palestiniens.
12:03On est en 1948, 700 000 Palestiniens, 85% de la population.
12:07Vos grands-parents, Yamabas, qui ont tout perdu, on le disait, terre, bétail.
12:11Ils s'installent à Derana, ce village non loin de la frontière libanaise.
12:15Et voilà comment en France, en 1967, on raconte cette histoire.
12:20Un réfugié, qu'est-ce que c'est ?
12:23Selon la définition adoptée par l'Office de secours et de travail des Nations Unies
12:28pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient,
12:31une roi ?
12:33Un réfugié, c'est une personne, c'est l'enfant d'une personne
12:38qui avait sa résidence en Palestine depuis au moins deux ans
12:41quand le conflit de 1948 a éclaté
12:44et qui, à la suite de ce conflit, a perdu son foyer, a perdu ses moyens d'existence.
12:491,3 million de réfugiés sont maintenant immatriculés auprès de l'Office des Nations Unies
12:57dans les quatre pays d'accueil qui sont le territoire de Gaza, la Jordanie, la Syrie et le Liban.
13:08Yamabas, comment est-ce que vous définiriez, vous, la figure du réfugié ?
13:12Ça, c'est la vision de la France en 1967.
13:15En fait, vous avez décidé vraiment de me faire pleurer.
13:18Ce matin, je ne sais pas, vous insistez.
13:22Je ne veux pas vous faire pleurer, mais je veux qu'on se replonge dans votre histoire.
13:27Absolument, mais bon, se plonger dans le passé, c'est quelque chose de douloureux.
13:31Le film de Lina le dit et effectivement, 1,3 million, aujourd'hui, à mon avis, ils sont beaucoup plus
13:40parce qu'aujourd'hui aussi, il y a la continuité de leurs enfants et les enfants de leurs enfants
13:46et cet exode énorme des Palestiniens dans ces quatre pays d'accueil.
13:52Quatre pays, Gaza, ce n'est plus un pays, donc on sait très bien tous
13:56ce qui se passe à Gaza aujourd'hui et les génocides qui suivent d'ailleurs cette Nakba
14:01depuis les pays d'Europe, d'Amérique, du monde entier.
14:07En fait, aujourd'hui, vraiment, en fait, c'était la définition de l'époque.
14:12Sauf aujourd'hui, je crois qu'aussi, ça s'est modernisé avec vraiment les difficultés
14:18et la suite des générationnels de ce terme réfugié.
14:25parce qu'aujourd'hui, les Palestiniens, ils sont dispersés un peu dans le monde entier
14:33sans... parce que ça, il faut le dire, parce que quand on donne la description
14:38et on ne donne pas ni le présent ni la solution, c'est qu'aujourd'hui, ces gens-là,
14:45ils sont suspendus dans l'air.
14:46Ils sont suspendus dans l'histoire et dans la conscience politique de tout le monde
14:53et qu'aujourd'hui, beaucoup de problèmes et beaucoup de résultats, en fait, de cette
14:59cause palestinienne, elle vient en partie de là.
15:03D'ailleurs, c'est pour ça aussi, en 1994, ça n'a été jamais discuté.
15:08Ça s'est arrêté là.
15:09Donc, le droit de retour des Palestiniens, de réfugiés palestiniens,
15:14elle n'était jamais discutée auparavant.
15:18Et donc, aujourd'hui, c'est sur la table à prendre ou à ne pas prendre
15:24par rapport à un manque vraiment de considération aujourd'hui
15:30de la conséquence de cette Nakba de 1948, exactement.
15:37Qui aussi obsède le questionnement quand même de Bye Bye Tiberiade,
15:42puisque vous le dites, Lina Solem, pour vous-même,
15:44qu'est-ce que c'est d'être la fille d'une lignée arrachée ?
15:49Justement, avec un double arrachement, un arrachement volontaire
15:52qui est celui de votre mère qui décide de partir
15:55et celui qui est subi.
15:57Et vous vous dites, comment moi je pousse et où je pousse ?
16:00Oui, et en plus, là, ce que je trouve intéressant dans cette voie,
16:05c'est qu'on voit aussi à quel point le discours des ONG,
16:10des organisations internationales, de l'Europe,
16:12a dépolitisé aussi la figure du réfugié en en faisant un être
16:16qui a perdu son foyer, qui est entre deux,
16:20sans dire pourquoi il a perdu.
16:22Qui a enlevé ? Qui a chassé ?
16:25Et je trouve que c'est malheureusement ce qu'on voit aussi beaucoup
16:28aujourd'hui dans les médias.
16:29Moi, ce que je voulais redonner aux personnes qui ont vécu la Nakba,
16:34donc les gens de ma famille et puis nous, les descendants,
16:37c'est la possibilité de parler de cette expérience en disant « je »,
16:40en repolitisant cette expérience.
16:42Et politiser, c'est pas que parler du contexte politique,
16:45mais aussi de permettre de parler dans l'intime.
16:48Qu'est-ce que ça veut dire de se faire chasser de chez soi,
16:50de perdre sa maison ? Qu'est-ce que ça veut dire pour une famille
16:52qui descend de cette histoire ?
16:54De ne pas avoir de racines,
16:56de ne pas savoir où se référer,
16:58à quelle terre se référer,
16:59et d'être dans un pays occidental.
17:02Nous, on est nés en France,
17:03on a une chance et on est privilégiés
17:04parce qu'on est françaises,
17:06on a un passeport français qui nous permet de nous déplacer.
17:09Mais c'est le hasard de l'histoire.
17:11Si nous, on a terminé ici,
17:12il y a d'autres gens de nos familles en Palestine
17:15qui ont terminé réfugiés au Liban,
17:17réfugiés en Syrie,
17:18doublement réfugiés en Syrie
17:20parce qu'après le massacre de Bachar Al-Assad
17:24dans le camp palestinien réfugié de Yarmouk,
17:27les Palestiniens réfugiés en Syrie
17:29sont devenus réfugiés doublement encore ailleurs,
17:32en Europe ou dans le monde arabe.
17:34Donc, il y avait aussi cette nécessité
17:36de revenir aussi à la source
17:37pour dire, voilà,
17:39il y a cette réalité historique et politique,
17:41ce contexte,
17:41et après les parcours individuels
17:43et le hasard de l'histoire
17:44qui fait qu'on se retrouve
17:45toutes et tous dispersés,
17:47mais on a quand même quelque chose
17:48d'un socle commun.
17:50Et vous avez d'ailleurs,
17:52plus grâce au passeport français,
17:54Yamabas allait voir cette tante
17:55qui, elle, a été séparée
17:58de votre mère, sa soeur,
18:01et qui s'est retrouvée en Syrie.
18:02Et bon, il y a cette scène très très belle
18:04où elle vous sent de partout
18:05comme si elle voulait sentir
18:07la famille entière à travers vous.
18:10Mouna, comment est-ce que vous avez ressenti,
18:12vous, vous disiez que vous étiez projetée
18:14vers l'avant,
18:16cette idée de socle déraciné à la base
18:19qu'a ressenti Lina Solem
18:22et qu'elle raconte,
18:23comment est-ce que vous,
18:23vous l'avez vécu ?
18:24Et est-ce que vous avez peut-être
18:26travaillé ça autrement ?
18:27Est-ce que ça vous a peut-être
18:28au moins pourchassé ?
18:30Non, non, ça me pourchasse tout autant,
18:32surtout que j'ai vu beaucoup de douleurs
18:33en fait dans ce documentaire,
18:35puisque la joie,
18:36je l'ai toujours vue de la famille,
18:37mais comme il y a parfois
18:38les choses douloureuses,
18:39on ne veut pas les ressasser
18:41puisque c'est aussi une responsabilité
18:44nous qu'on a en fait,
18:46ayant ce privilège-là aussi
18:47de pouvoir se déplacer autant,
18:49de pouvoir parler plus librement
18:50de certaines choses,
18:51quand on s'attaque au nœud du problème
18:54et qu'on redonne sens aux choses
18:55et quand on questionne aussi
18:57notre mère sur son déracinement,
18:58sur sa rupture avec la famille,
19:01avec la figure de la mère, etc.
19:03C'est vrai que ça nous renvoie nous individuellement
19:05par rapport à notre propre mère.
19:07Donc moi, ça m'a chamboulée,
19:10ça m'a énormément émue
19:11et puis ça me donne de la force en fait,
19:18parce que c'est ce qu'on dit
19:19dans ce déracinement,
19:20il y a eu transmission
19:20et c'est ça que je trouve aussi magnifique
19:23et je trouve que c'est une force
19:24qu'on a les Palestiniens,
19:26c'est que la transmission
19:27ne se coupe jamais,
19:28la rupture même à ses traditions,
19:30à sa culture, à ses valeurs
19:31ne se coupe jamais malgré
19:34ce désir d'invisibilisation
19:36qu'il y a autour notamment
19:37de ces termes,
19:39de ces grands mots de réfugiés
19:40où on enlève toute individualité derrière.
19:43Et puisqu'on est dans les mots,
19:44comment est-ce que vous,
19:45vous avez vécu la transmission de la langue
19:48qui est un trésor pour Yamabas,
19:50que son père surnommait Platon
19:51quand elle était petite,
19:53qui a écrit énormément de poèmes ?
19:55Vous êtes poétesse d'ailleurs peut-être toujours,
19:57vous continuez à écrire des poèmes Yamabas ?
19:59Non, pas vraiment.
20:00Non, j'ai arrêté ce métier.
20:02Vous avez arrêté ce métier.
20:05Comment vous avez transmis la langue
20:07à vos filles, Lina et Mouna ?
20:09Déjà par la parole en fait,
20:10parce que moi quand Lina est née,
20:12je ne parlais même pas français vraiment.
20:14Je communiquais avec son père
20:16pendant deux ans,
20:17avant sa naissance en anglais.
20:19Et à travers ces années-là,
20:21j'ai appris la langue.
20:22Donc d'un seul coup,
20:23c'était vraiment un jeu un peu
20:24de plaisir,
20:26de pouvoir parler avec Lina en arabe
20:29et voir Lina grandir en France
20:31et me renvoyer le français.
20:33Et donc c'est comme si moi j'ai transmis l'arabe
20:36et elle, elle m'a transmis le français
20:37avant la naissance de Mouna
20:39ou avec la naissance de Mouna,
20:41la langue enfantine, j'ai envie de dire,
20:44la langue d'enfant,
20:45à la maison ou dans le pays,
20:47était le français.
20:48C'est là où j'ai pris un peu conscience
20:50qu'il faut que je renforce un peu
20:52l'arabe pour qu'il fasse face.
20:54Pour qu'il y en ait une trace.
20:56Exactement.
20:57Et du coup, effectivement,
20:58c'était aussi par des cours privés
21:01qu'ils ont pris,
21:02que je les ai mis dans des cours
21:05aussi à l'Institut de Monde Arabe.
21:06Il y a un programme d'apprentissage
21:08de langue arabe qui est très bien.
21:11Donc j'ai insisté tout le temps.
21:13Il y a aussi à travers les histoires d'enfants
21:15que je les ai.
21:16Donc au lieu de lire un livre en français,
21:18je lisais en arabe
21:19et j'ai chanté en arabe.
21:22Donc vraiment, j'ai essayé d'injecter,
21:24on va dire, mais naturellement,
21:25pas par force,
21:26parce que ça ne se force pas,
21:28injecter comme ça la beauté de la langue,
21:30la beauté de cet héritage que moi j'ai
21:32à mes filles,
21:34mais que dans des moments de plaisir
21:36et de, comment dirais-je en fait,
21:39de partage un peu poétique.
21:44Elle représente quelque chose de particulier
21:46chez votre mère, cette relation.
21:48Quand vous vous parlez
21:50dans la langue première de votre mère,
21:52en arabe, on a...
21:53C'est une autre...
21:54C'est des secrets, quoi.
21:55On la connaît parce qu'elle est très...
21:57Elle est très multiple, Yamabas.
21:59D'ailleurs, vous changez d'accent
22:00au fil des films,
22:01même quand vous parlez en arabe,
22:03vous pouvez être avec un accent syrien,
22:04vous pouvez être avec un accent libanais.
22:06Donc elle est caméléon,
22:07très mouvante.
22:09Quel est du coup le parler,
22:10on va dire maternel en arabe ?
22:11Ça représente quelle partie de sa personnalité ?
22:14C'est tout ce qui se passe en aparté.
22:18Tout ce qui ne nous concerne que nous
22:19et qu'il ne faut pas que ce soit entendu,
22:21puisque voilà.
22:22Ça, c'est...
22:22Moi, c'est un peu ça.
22:24Comme les parents qui parlent en anglais
22:25en pensant que les Français
22:26ne vont pas comprendre
22:27quand on a des petits-enfants.
22:29Donc là, vous, c'est votre secret à tous les trois,
22:32c'est votre manière de circuler.
22:34Moi, en tout cas, c'est l'aparté pour sûr.
22:36Lina, je ne sais pas si tu le ressens comme ça.
22:38Un peu, mais...
22:39Il y a plusieurs choses.
22:39Oui, quand on veut se dire des choses devant les gens,
22:42quand on veut parler de...
22:43Si cette interview devient problématique,
22:47on va dire qu'il y a un mot en arabe.
22:49Ouais, vlague !
22:50Qu'est-ce qui va se passer ?
22:51Mais après, c'est aussi quand on est dans certains endroits,
22:54quand on est avec la famille,
22:56tout d'un coup, c'est l'arabe qui prend le dessus.
22:58Et là, il n'y a plus de...
23:00On se parle en français,
23:01alors que c'est notre langue de communication habituelle.
23:03Donc, il y a aussi, selon là où on est,
23:06c'est une autre langue qui prend le dessus.
23:08Alors, il y a une langue que vous avez en commun,
23:10toutes les trois,
23:10c'est également celle du cinéma,
23:11mais on peut le dire.
23:13Cinématographe,
23:14c'est bien une manière d'écrire les images,
23:16c'est donc bien un langage.
23:18Et on va vous écouter notamment en famille,
23:21donc, Ousekine.
23:22C'est quoi l'anniché ?
23:24L'anniché, c'est...
23:26C'est les petits chiens, maman.
23:28Les clèbes.
23:29Voilà, tu comprends ?
23:30Ils nous traitent de clèbes, de chiens.
23:32C'est bon, ça suffit, ça.
23:33Mais quoi, tu ne l'entends pas ?
23:34Elle veut comprendre.
23:35Elle ne veut pas qu'on la protège,
23:36elle veut connaître la vérité.
23:38Maman, c'est ça que tu veux ?
23:39Sarah, s'il te plaît.
23:40Maman, la vérité, c'est qu'il y a des gens
23:41qui nous en veulent d'oser réclamer justice.
23:43Et ils veulent tout faire pour nous en empêcher.
23:44C'est les mêmes gens qu'on puissait sur notre porte,
23:46les mêmes gens qu'on écrit Storchow,
23:48et c'est les mêmes gens qui s'en sont pris à Fatna.
23:49On la ferme maintenant.
23:50Oh Fatna.
23:52On vous entend, Mouna Soalem et Yamabas.
23:56On est donc dans cette série qui est aussi une série en famille,
23:59puisque vous avez, je crois, participé à l'écriture.
24:01Lina Soalem, Antoine Chevrolier, si on regarde bien,
24:04par exemple, on le retrouve au crédit du film
24:05Héritage de Yamabas en 2011.
24:08Il est déjà premier assistant.
24:10Donc, c'est vraiment un récit en famille.
24:12Et c'est un récit de cet étudiant franco-algérien
24:15qui a été tabassé à mort par des policiers en 1986.
24:19Comment ça se passe, le tournage en famille ?
24:22Comment se rejoue ce rapport dont vous nous parliez,
24:25qui est très libre entre vous,
24:27qui est une communication ininterrompue sur tous les sujets ?
24:31Comment est-ce que vous vous positionnez
24:32quand vous êtes sur un plateau,
24:33quand vous travaillez ensemble ?
24:35En fait, sur un plateau, on n'est plus mère et fille.
24:38Sur un plateau, moi, si je...
24:40Vous ne la reconnaissez plus.
24:41Non, la vérité, mais ils vous diront, par exemple...
24:44Anecdote, héritage, quand on l'appelait maman,
24:46elle ne nous répondait pas.
24:47Puisqu'elle avait écrit deux petits rôles
24:49pour jouer ses filles, qu'elle nous avait proposées.
24:52Et elle savait que moi, j'avais très, très envie
24:53d'être comédienne en plus.
24:54Donc, il y avait un peu un petit test, quoi.
24:56Mais quand je l'appelais maman,
24:58elle ne me répondait pas sur le plateau.
24:59Donc, je vais dire Riam pour qu'elle se retourne.
25:02Donc, vous avez éroné vos filles,
25:04globalement, dans le métier.
25:05Non, parce que c'est vrai que...
25:07Je ne sais pas, sur un plateau ou sur un travail,
25:10on devient en fait la personne porteuse
25:16d'une responsabilité autre,
25:18la responsabilité mère-fille.
25:19Et c'est pour ça, je trouve que le travail en famille,
25:23ce n'est peut-être pas vraiment le terme pour moi.
25:26C'est le travail des personnes qui appartiennent
25:29à la même famille,
25:30mais pour servir quelque chose de cinématographique.
25:35Donc, sur un plateau,
25:37Lina n'est pas ma fille,
25:38Mouna n'est pas ma fille,
25:39Lina est quelqu'un qui a participé
25:41à l'écriture de Sikine.
25:42Mouna est la comédienne qui joue en face de moi.
25:45Qui joue la soeur.
25:46Et qui joue ma fille.
25:48Et votre fille.
25:48Exactement.
25:49Et la soeur de Malik.
25:50Et ça s'arrête là.
25:52Et donc, notre rapport ensemble,
25:55il n'est qu'un rapport professionnel
25:56sur le plateau.
25:58Après, c'est vrai qu'aujourd'hui...
26:00En fait, j'ai envie de dire un truc.
26:02Vraiment.
26:03Alors, allez-y.
26:03Alors, je trouve que souvent,
26:06on parle de ce travail en famille
26:08sur les gens qui font du cinéma
26:10parce qu'ils sont à l'image,
26:11parce que les gens les voient,
26:12parce qu'il y a un partage direct.
26:15Mais combien de personnes
26:16dans les fermes
26:18où le fils prend après son père,
26:21si on est carpentier...
26:23En fait, l'héritage,
26:25elle se fait dans beaucoup de métiers
26:27de la même manière.
26:29Parce qu'il y a une transmission.
26:31Sauf que, quand on fait du cinéma,
26:33ça devient peut-être un truc plus...
26:35Je ne sais pas,
26:36parce que c'est plus visible.
26:38Donc...
26:38Bien sûr, mais il y a des familles
26:41dans chaque corporation.
26:42Exactement.
26:42Et je trouve ça noble.
26:43Cette transmission,
26:44je la trouve noble
26:45dans un sens où,
26:47oui, on fait de nos enfants...
26:49On transmet à nos enfants
26:51un métier.
26:52On leur transmet l'amour
26:53de quelque chose
26:54dans lequel ils vont exceller
26:56par la suite.
26:57Et que la vie fait que,
26:59des fois,
26:59on participe
27:00dans les mêmes projets
27:01parce qu'on est
27:03au service du projet.
27:04On n'est pas au service
27:05de nous-mêmes.
27:07Donc, pour moi,
27:07ce n'est pas l'entre-soi.
27:11C'est vraiment
27:12le service
27:13de cette noblesse,
27:16de cette transmission
27:17de métiers.
27:19Et de profession.
27:20Et le père de vos deux filles,
27:21Nédine Solem,
27:21et comédiens,
27:22également,
27:23pour vous,
27:24Lina Solem,
27:24le fait que ce soit
27:25très professionnel,
27:26justement,
27:26le rapport de votre mère
27:27lorsqu'elle est sur un plateau
27:29avec vous,
27:30c'est ce qui a permis,
27:31en fait,
27:31de faire Bye Bye Tiberiat.
27:32C'est parce qu'elle a
27:33cette distance
27:33qu'elle vous a répondu,
27:35finalement,
27:36à vos questions
27:36et qu'elle a accepté
27:37d'être filmée ?
27:38Oui, c'est sûr.
27:39Il y a aussi...
27:40Justement,
27:41on ne pouvait pas faire
27:42le film en tant que
27:44mère-fille,
27:45même s'il y avait
27:45un dialogue mère-fille
27:46dans le film.
27:47Pour pouvoir démarrer,
27:49il a fallu qu'on trouve
27:50notre rapport professionnel
27:52dans un cadre de tournage.
27:54En fait,
27:55c'est un peu plus complexe
27:57Bye Bye Tiberiat
27:57puisque c'est un documentaire,
27:58donc c'est filmé,
27:59et le réel.
28:00Donc,
28:00il y avait quand même
28:01cette nécessité
28:02d'être nous-mêmes
28:03mais en même temps
28:04de se consacrer
28:05au moment
28:06de filmage
28:08et au moment
28:09où on capture les choses
28:10où, en fait,
28:11il ne faut pas être
28:13que dans le rapport mère-fille.
28:14Il faut aussi un rapport
28:15filmeur-filmé,
28:17réalisatrice
28:17et personne
28:18qui devient témoin
28:20de son histoire.
28:21C'est dans ce rapport
28:21que vous avez pu poser,
28:22finalement,
28:23peut-être des questions
28:24que sans l'intermédiation
28:26finalement du plateau
28:27de la caméra
28:28et de l'objet documentaire,
28:30vous n'auriez pas pu poser ?
28:31C'est sûr
28:31parce que la caméra,
28:32quand on filme
28:33en documentaire,
28:34pour moi,
28:35elle devient
28:36un prolongement
28:36de moi-même
28:37mais en même temps
28:38une protection
28:39et en même temps
28:40un outil.
28:41Donc,
28:41les questions que je pose
28:42avec la caméra,
28:43ce n'est pas les questions
28:43que je poserai
28:44en temps normal
28:45autour d'un dîner,
28:46autour d'un café.
28:47C'est ce que j'ai vécu
28:48aussi avec leur Algérie.
28:49Mes grands-parents,
28:50j'ai passé toute ma vie
28:51à les visiter,
28:52je ne leur ai jamais posé
28:53les questions
28:54que j'ai posées
28:55le moment où j'ai fait
28:56ce premier documentaire
28:57sur leur histoire
28:59d'immigrés algériens.
29:01Et là,
29:01c'est pareil pour
29:01Maïmati Marad,
29:02c'est des questions
29:03que je n'avais jamais posées
29:04à ma mère
29:04dans un cadre
29:05où on les pose
29:07pour transmettre,
29:08pour capturer,
29:10pour aller vers un objet
29:12qui va être vu de tous.
29:13Donc,
29:13on est quand même consciente
29:15de ça
29:15quand on tourne.
29:17Mais bien sûr,
29:18il faut dans tout ça
29:19être le plus naturel,
29:20le plus spontané possible
29:21et le plus sincère.
29:22Donc,
29:22ça met du temps.
29:23D'ailleurs,
29:23il y a ma base,
29:24vous dites que vous êtes
29:25telle qu'on vous voit
29:25dans ce film,
29:26en vrai,
29:27que c'est cette femme-là,
29:29cette femme de trois,
29:31presque de trois histoires,
29:32en même temps,
29:33Londres,
29:34Paris et la Palestine.
29:35Oui,
29:36je suis ce que je suis
29:38aux yeux de Lina.
29:40Alors après,
29:40il y a beaucoup de parties
29:41qui ne sont pas là.
29:42Que vous ne lui montrez pas ?
29:43Non,
29:43évidemment,
29:44parce que ce n'est pas
29:45un dévoilage
29:45de ma vie personnelle.
29:47C'est vraiment,
29:49il y a,
29:49comme Lina l'a dit,
29:50il y a un but
29:51et le but,
29:52c'est d'arriver
29:52à faire un projet.
29:54Donc,
29:54il y a un film
29:55bien tracé dans sa tête
29:56et que moi,
29:57je devais servir
29:58à ma manière,
30:00certes,
30:01mais c'est elle
30:02qui a sorti
30:03de ce que vous avez vu,
30:04de moi.
30:05Que normalement,
30:06je ne sors pas
30:07comme ça,
30:08en temps normal,
30:09devant tout le monde
30:10et que peut-être
30:11les personnages
30:12que je joue
30:12dans les fictions
30:13vont emprunter
30:14ce qu'ils ont besoin
30:15de moi
30:16pour pouvoir sortir.
30:17Mais c'est complètement
30:19autre chose,
30:20d'ailleurs.
30:20C'est ça qui m'effrayait
30:21au départ,
30:23évidemment,
30:23parce que là,
30:24on dévoile quand même
30:25de personnel
30:26et on dévoile
30:28des parties
30:28qu'on ne dévoile pas
30:29d'habitude.
30:30Mais à certains moments,
30:32ces parties-là
30:33devenaient presque
30:34un devoir
30:35de mémoire
30:36dans l'histoire
30:38et la manière
30:39dont Lina volait
30:40tracé son histoire,
30:41donc son projet
30:42Bye Bye Tébérian.
30:43Et pour vous,
30:44Mouna Solem,
30:44la transmission,
30:45elle s'est faite
30:46sur le plateau
30:47de Munich
30:48de Steven Spielberg.
30:49Vous avez eu
30:50votre envie,
30:51vous,
30:52de rejoindre
30:53le chemin de cinéma
30:54de votre mère,
30:54de devenir actrice.
30:55À ce moment-là,
30:56Yamabas,
30:56elle est non seulement actrice,
30:57mais vous êtes également
30:59collaboratrice du film,
31:00vous coachez les acteurs
31:01auprès de Steven Spielberg.
31:02C'est quoi ce déclic
31:03à ce moment-là
31:03et cette idée
31:05de devenir
31:06à votre tour actrice
31:07avec tout ce que ça peut
31:08comporter
31:08comme réticence ?
31:10intérieur.
31:11Moi,
31:11j'avais ce désir
31:12depuis longtemps.
31:12Après,
31:13j'en ai eu plein d'autres
31:13parce que je faisais
31:14du cirque aussi jeune.
31:17J'avais envie
31:17de faire de la danse.
31:18À travers le cirque,
31:20j'avais envie
31:20d'être gymnase.
31:21Il y avait plein de choses
31:22qui se mélangeaient.
31:22Mais effectivement,
31:23j'ai toujours eu
31:23ce désir,
31:24en voyant mes parents
31:25travailler,
31:26de comprendre
31:26au plus près
31:27ce qu'était ce métier.
31:28Qu'est-ce que c'était
31:28de se lancer comme ça,
31:30bras ouverts,
31:30dans une histoire
31:31et dans la trajectoire
31:33d'une personne ?
31:35Et Munich,
31:36ça a été
31:37le point de départ
31:38énorme
31:38où d'un coup,
31:39le bureau
31:40de maman et papa
31:42qui était
31:42bureau slash maison
31:43parce qu'il y a
31:44quelque chose
31:44de très familier
31:45quand même
31:45sur les tournages
31:46est devenu
31:46un peu le mien.
31:47Je m'y suis sentie
31:49bien.
31:50Et je voulais juste
31:51revenir sur ce qu'elle
31:52disait par rapport
31:54au documentaire
31:55quand elle joue
31:55son propre rôle.
31:56Nous,
31:56dans Osekin,
31:57par exemple,
31:57on n'a pas eu
31:58ce mélange-là
32:00et on avait
32:00chacune notre partition
32:01et ces deux personnages
32:03de Sarah Osekin
32:03et de sa mère,
32:04en fait,
32:05la communication
32:05n'est pas du tout
32:06la même
32:06qu'on a dans la vie.
32:08D'ailleurs,
32:08il y a une gifle
32:09qui se balaise.
32:10Mais la gifle,
32:11je l'ai prise dans
32:11Héritage aussi.
32:12Je me prends
32:13souvent des gifles.
32:15Dans Héritage,
32:16quand je me prends
32:16cette gifle...
32:17Le film de ma mère,
32:19j'ai 16 ans.
32:21En répétition,
32:21elle ne me donnait pas
32:22vraiment la gifle.
32:23On tourne,
32:23elle me la donne.
32:24Après la scène,
32:25je dois courir
32:26en haut des escaliers
32:27et monter.
32:28Et là,
32:28tout le monde m'appelle.
32:29Mouna redescend,
32:30on va retourner.
32:31Je ne descends pas,
32:31je ne descends pas,
32:32je ne descends pas.
32:32Ma mère vient me voir
32:33et j'étais en sanglots.
32:34Parce que d'un coup,
32:35cette gifle,
32:36quand même,
32:36m'a ramenée à la réalité.
32:37Ma mère vient me gifler.
32:39Même si elle pourrait
32:40comprendre ça
32:40sur les tournages,
32:42ça restait quand même
32:42votre mère.
32:43Oui,
32:44ça,
32:44ça m'a forcément
32:45ramenée à la réalité.
32:46Ce que je vous propose
32:47dans cette transmission
32:49du cinéma
32:50dans la famille
32:51Abbas Solem,
32:52c'est de se procher
32:52dans une sorte
32:53de ciné-club.
32:54Vous allez me dire
32:54si vous reconnaissez
32:55ce qu'on va entendre.
33:06Ben oui,
33:07qu'est-ce que tu veux
33:07que je fasse ?
33:08Je ne sais pas moi
33:09que diable ouvre les yeux.
33:10Et quand je les aurais
33:11bien ouverts,
33:12tu t'apercevras peut-être
33:12que tu as épousé un fou.
33:14Les oiseaux !
33:16Enfin !
33:17Les oiseaux !
33:18Nous sommes sauvés !
33:21C'est craint.
33:22Je ne les voyais pas
33:23du tout comme ça,
33:24moi,
33:24les oiseaux.
33:37Alors là,
33:38combien de points
33:39vous allez marquer ?
33:41J'en ai 1 sur 4.
33:41Il y a les 7 samouraïs.
33:43Oui.
33:44Et 1 sur 4.
33:45D'accord.
33:461 sur 4.
33:46Une autre...
33:47Le roi et l'oiseau ?
33:48Oui.
33:48Oui, 2 sur 4.
33:50Ce n'est pas Pierrot le fou ?
33:51Non.
33:52Non.
33:53C'est Elia Cazan.
33:54Ah, voilà.
33:54C'est ça.
33:55Oui,
33:55mais je ne sais pas lequel.
33:57Un tramway nommé des yeux.
33:58Ah !
33:59Et la musique...
34:00A moins 0 sur 5.
34:01Moi, j'assume.
34:03Et la musique de la fin ?
34:04Et la musique ?
34:05La musique,
34:05c'est vraiment...
34:06Ça me dit quelque chose
34:06mais je n'arrive pas à trouver.
34:08Le sixième jour
34:09de Youssef Chahine.
34:10Ah !
34:10Je me suis dit...
34:12Ouais, bon.
34:12Non.
34:13Mais ce n'est pas grave.
34:14Comment est-ce que ça se passe,
34:15justement,
34:15ce rapport au trésor,
34:18à l'héritage cinématographique ?
34:19Comment vous le transmettez
34:20à vos filles ?
34:21Peut-être avec Zinedine Solem,
34:22avec le père ?
34:24Alors, il y a vraiment...
34:25Les filles,
34:26elles peuvent témoigner.
34:27Moi, peut-être,
34:28j'ai transmis plutôt
34:29par le côté réel.
34:31Ça veut dire,
34:32ils voyageaient beaucoup
34:33avec moi sur les plateaux.
34:34Donc,
34:34ils ont vu ce que je fais.
34:36Ce n'était pas étranger.
34:37Ma mère,
34:37elle part de moi
34:38et on ne sait pas ce qu'elle fait.
34:39Donc,
34:40ils sont là,
34:40ils voient,
34:41vraiment,
34:41ils témoignent.
34:42En fait,
34:42c'était plutôt physique.
34:44Mais je me souviens très bien
34:45aussi de leur père
34:47qui était pour lui
34:48presque un acharnement
34:50que ses filles
34:53participent
34:54à un truc
34:54qui s'appelait
34:55Cine Club à la maison
34:56où il a installé
34:58un projet.
34:58On a essayé de refaire.
34:59Voilà.
35:00Moi, j'aurais su...
35:01Mais en fait,
35:01on aurait dû voir
35:02parce que peut-être
35:03à l'écoute,
35:03moi, c'est...
35:04C'est possible.
35:04Ça peut s'agir au cinéma.
35:06Pour ça, je regardais
35:06un peu les écrans
35:07pour voir
35:08si je peux voir quelque chose.
35:09C'est vrai que je suis
35:10beaucoup plus visuelle,
35:12moi, en fait,
35:12même si j'adore la musique.
35:14Mais des fois,
35:16oui, les voix seules
35:16ne m'aident pas vraiment.
35:18Mais pour dire
35:19qu'il a installé
35:22un projecteur
35:23avec un grand écran
35:24à la maison
35:25et que des fois,
35:26quand je les ai appelés,
35:27ils étaient en train
35:27de voir un chaplain,
35:29un je ne sais pas quoi
35:30avec eux,
35:31avec lui.
35:31Et aussi,
35:33pour la musique,
35:34ça veut dire
35:34qu'il a mis
35:36aussi à l'intérieur d'eux
35:37un héritage musical
35:38que lui,
35:39enfant,
35:39avait reçu
35:40comme
35:42algérien
35:43et en France
35:44de ce qu'il a aimé
35:46en France,
35:47de la musique,
35:48en fait,
35:48qu'il leur a donnée.
35:50Et vraiment,
35:51j'ai adoré...
35:53Le ciné-club
35:53de Zinedine Solem.
35:54Voilà, c'est sûr
35:55que ça a créé
35:56un amour cinéphile
35:59vu qu'on se plongeait
36:00toujours dans les années
36:0030, 40, 50, 60
36:02de ce qui se faisait
36:02au cinéma,
36:03que les musiques
36:04qu'on écoutait jeunes,
36:05c'était du Brel,
36:06du Mouloudji,
36:06du Barbara.
36:08Donc, en fait,
36:09on était vraiment
36:09dans cette période
36:10qui, lui,
36:11la berçait certes,
36:12mais pour nous,
36:13ça aurait pu être
36:13un peu trop vieux,
36:15un peu trop lointain
36:16et il y a eu une transmission
36:18à cet endroit-là,
36:19il y a eu une passation aussi
36:20de la beauté poétique
36:21de ces films
36:22entre guillemets
36:23à l'ancienne
36:23et de ces musiques
36:24et qui résonnent encore
36:26énormément aujourd'hui.
36:27Donc, c'était vraiment...
36:28C'est vrai que c'était
36:29très régulier,
36:29ces rendez-vous
36:30de cinéma, quoi.
36:31Et pour vous,
36:32Lina Solem,
36:32vous avez d'abord fait
36:33des études
36:34justement plutôt
36:35sur l'histoire
36:36et les civilisations,
36:37puis vous vous êtes
36:37mise au documentaire.
36:39Qu'est-ce que ça a éveillé
36:40en vous comme cinéaste,
36:42documentariste ?
36:42Et d'ailleurs,
36:43vous allez faire
36:43un long-métrage
36:44avec Mouna Solem,
36:46qui est en préparation.
36:47Non, c'est vrai que
36:48moi, j'ai toujours été
36:50cinéphile,
36:51fan de cinéma,
36:51mais je pense que
36:53Mouna avait sa position
36:54de cadette
36:55et moi,
36:55j'avais ma position
36:56d'aînée
36:57où je sentais que,
36:58voilà,
36:59tout le monde
36:59avait déjà un pied
37:00dans le cinéma,
37:01donc je ne pouvais pas
37:01vraiment apporter
37:02quelque chose de nouveau
37:03et que mon devoir était
37:05de faire des études
37:06pour qu'il y ait
37:07au moins une personne
37:07dans cette famille
37:08qui ait un diplôme
37:09universitaire.
37:10La première femme
37:11de la vie
37:12à ne pas être née
37:13en Palestine.
37:14Elle a une licence
37:15quand même.
37:16Et on peut rappeler
37:16quand même
37:17que la mère de Yamabas,
37:18votre grand-mère,
37:19elle a juste avant
37:20la Nakba,
37:20en fait,
37:21elle a son diplôme
37:21pour devenir enseignante
37:22et elle y tient
37:23toute sa vie
37:24à être cette mère
37:25de famille nombreuse.
37:27C'est grave.
37:28Et Yamabas
37:29a son diplôme
37:30de photographe,
37:31même si vous auriez
37:32pu être avocat
37:32aux médecins
37:33vu vos résultats,
37:34mais que vous avez
37:35refusé.
37:36Alors,
37:36moi,
37:36je voudrais vous poser
37:37cette question,
37:38Yamabas.
37:38Il y a un livre
37:39qui vous a accompagné
37:40toute votre vie
37:41et enfin,
37:42dès votre,
37:43je crois,
37:43vos 12-13 ans,
37:44c'est le prophète
37:45de Khalil Gebran
37:46qui l'appelle
37:46le Victor Hugo
37:48libanais.
37:48Et il y a un des poèmes
37:49qui s'appelle
37:50Les enfants,
37:51c'est sur les enfants.
37:52Vos enfants ne sont pas
37:53vos enfants.
37:54Exactement.
37:54On va écouter
37:58la version française
38:00et après,
38:00je vais me dire
38:01ce que ça a joué
38:02dans votre partition,
38:03dans l'éducation
38:04de vos filles.
38:04Vos enfants ne sont pas
38:06vos enfants.
38:07Ils sont les fils
38:08et les filles
38:08de l'appel de la vie
38:09à elles-mêmes.
38:10Ils viennent à travers vous,
38:12mais non de vous.
38:14Et bien qu'ils soient
38:14avec vous,
38:15ils ne vous appartiennent pas.
38:17Vous pouvez leur donner
38:18votre amour,
38:18mais non point vos pensées,
38:19car ils ont
38:20leurs propres pensées.
38:21Vous pouvez accueillir
38:22leur corps,
38:23mais pas leur âme,
38:24car leur âme
38:25habite la maison de demain,
38:26que vous ne pouvez visiter
38:28pas même dans vos rêves.
38:29Vous pouvez vous efforcer
38:31d'être comme eux,
38:32mais ne tentez pas
38:33de les faire comme vous.
38:34Car la vie
38:35ne va pas en arrière
38:37ni ne s'attarde
38:38avec hier.
38:40Message universel
38:41par tous les parents.
38:42Je vous en prie.
38:43Écoutez ce poème
38:44et vivez-le.
38:46Ça a été votre poème
38:47de chevet
38:47pour l'éducation
38:47de vos deux filles.
38:48Pas une partie.
38:50Oh, pardon.
38:51Oui, non, oui, oui.
38:51Une partie, une partie.
38:52Oui, oui, non.
38:54En fait, franchement,
38:55je n'ai rien à rajouter
38:56à cette parole magnifique
38:59de vraiment
39:00d'une liberté totale
39:01de la manière
39:02dont on voit la vie.
39:03En fait, c'est presque
39:04la notion
39:04de la liberté.
39:06Et qu'est-ce que c'est
39:07la liberté ?
39:07Aujourd'hui,
39:08on fait des enfants,
39:09mais on a l'impression
39:10qu'on fait des enfants
39:11pour faire des modèles
39:12qui correspondent
39:13à nous, parents.
39:14Alors que,
39:15normalement,
39:16on fait des enfants,
39:17comme elle le dit,
39:18ils viennent de travers nous
39:19pour aller vers la vie
39:22et le au-delà.
39:23Donc, ils sont là
39:24pour tracer leur chemin.
39:26Leur âme,
39:26ils parlent de leur âme.
39:28Leur âme ne nous appartient pas.
39:29Leur appartient.
39:30Et on n'est là
39:31que pour soutenir,
39:33pour peut-être diriger
39:35quand ils sont jeunes.
39:36Comme Lina l'a dit,
39:38elle m'appelle pour des choses.
39:39Je suis toujours disponible,
39:41mais je suis disponible
39:42comme un écho,
39:46en fait,
39:46de réflexion.
39:47Et je ne donne pas,
39:49genre, mon avis,
39:50oui, fais ça,
39:51Lina, fais ça.
39:52Non, on ne discute.
39:52Contrairement à ce que vous avez
39:53pu vivre, vous ?
39:54Exactement.
39:55Alors,
39:56et c'est peut-être,
39:58justement,
39:58c'est ce que j'allais dire.
40:00Non, c'est exactement
40:01ce que je me suis battue
40:02contre quand j'étais jeune,
40:04que je ne peux pas
40:06appliquer différemment.
40:07Ça veut dire que
40:08je suis née
40:09dans une société
40:10où la tradition
40:11avait son poids
40:12sur les dos
40:13de mes parents et moi,
40:15qui n'a pas permis
40:16cette façon
40:17de transmission
40:19et de me lancer
40:21dans la vie
40:22avec mon âme
40:23et ma liberté
40:24et de ce que je voulais être.
40:26J'ai dû me battre pour ça.
40:28Aujourd'hui,
40:28en tant que mère,
40:30ou quand je décidais
40:31d'être mère,
40:31je ne pouvais pas
40:32appliquer autre chose
40:33que cette croyance
40:35de ce que c'est vraiment
40:36le rapport
40:37parent-enfant.
40:39Aujourd'hui,
40:39vous êtes dans un film
40:40également
40:41qui va saisir
40:42le Liban
40:43au bord
40:44presque de l'effondrement
40:46de Daniel Harbide.
40:46Elle a voulu saisir
40:47même la ville libanaise
40:49dans toute sa vie
40:51encore présente.
40:53Qu'est-ce que c'est
40:54pour vous le Liban ?
40:55Ça sonne comment pour vous
40:56dans la période actuelle ?
40:58C'est une tristesse
41:00abyssale en fait.
41:01Vraiment,
41:01le Liban d'aujourd'hui,
41:03à travers les années,
41:04depuis les années 70
41:07jusqu'à aujourd'hui,
41:08il n'a connu
41:08que des guerres
41:09et que de la destruction
41:11mais sans cesse
41:12et qu'aujourd'hui,
41:14vraiment,
41:14c'est le pays
41:14où Israël s'acharne
41:16mais sans cesse
41:18en fait
41:19et que la population
41:21n'en peut plus.
41:22Et si on parle
41:24de Daniel Harbide,
41:25donc on parle
41:25de la même manière
41:27dont il y a
41:28une transmission
41:29entre mère et fille.
41:30Elle est révisière,
41:30elle aussi.
41:31Elle,
41:31elle a un amour
41:31absolu entre elle-même
41:33et son pays d'origine
41:34et qu'elle essaye
41:36tout le temps
41:36à travers cet amour
41:38de relever des histoires
41:40qui relèvent
41:41de la difficulté
41:42sociale et politique
41:43et la réalité
41:44vraiment très complexe
41:45de ce pays
41:46à travers ses films.
41:47Seuls les rebelles,
41:49c'est sorti en France
41:50le 24 juin.
41:51Séquence Madeleine de Proust
41:52dans Photos de Famille.
41:57Nous sommes donc
41:58avec Yamabas,
42:00oui,
42:01et ses deux filles,
42:02Lina et Mouna Soalem.
42:03Vous avez entendu
42:04un petit bout
42:04de notre générique
42:05Madeleine de Proust
42:06à table.
42:07C'était comme ça
42:08chez vous ?
42:08On hurlait à table
42:09ou pas ?
42:10Des fois,
42:11s'il le faut.
42:12En général,
42:12on s'est précipité
42:14pour manger
42:15avant qu'on n'était
42:16jamais.
42:17Sauf Mouna
42:17qui traînait souvent
42:18et Mouna !
42:20Je venais avec grand plaisir.
42:22Mouna !
42:22Je t'ai dit à table !
42:23C'est vrai.
42:25Elle faisait autre chose.
42:26Elle était toujours
42:28un peu dans sa tête,
42:29Mouna,
42:30on va dire.
42:31À partez.
42:33Exactement.
42:33Qu'est-ce qui vous réunit ?
42:36Qu'est-ce qui vous ramène ?
42:37Parce que la princesse
42:38de la Madeleine de Proust,
42:39c'est la réminiscence,
42:40c'est-à-dire la réactivation
42:41par les goûts,
42:42les odeurs,
42:43d'un souvenir du passé.
42:44Qu'est-ce qui vous ramène
42:45sur le plan comme ça,
42:47culinaire,
42:47directement dans le passé,
42:49dans l'enfance ?
42:50Je crois qu'il y a
42:50les aubergines à l'ail
42:52pour vous,
42:53Lina Soalem.
42:54Pour vous,
42:54Yama Bass ?
42:55Je crois qu'avec Mouna,
42:57on va dire le même plat,
42:58c'est le makloubé.
42:59Moi, j'ai dit makloubé,
43:00et j'ai dit
43:00je l'ai mis aussi,
43:02Mouna.
43:02Quand vous dites
43:03j'ai dit, j'ai mis,
43:04c'est parce qu'on a
43:04un questionnaire
43:05qu'on propose aux invités.
43:07Merci de révéler
43:07toutes les coutures.
43:08Ils ont introduit
43:08ces plats.
43:10C'est vrai qu'ils sont
43:11nos deux plats préférés.
43:12Alors, c'est quoi ?
43:12Présentez-moi le makloubé,
43:14par exemple.
43:14Alors, présente-toi le makloubé,
43:15parce qu'il est plus complexe.
43:16Le makloubé,
43:17non, il n'est pas complexe,
43:18c'est juste des oignons frits
43:21par-dessus des choux-fleurs
43:23ou d'aubergines frits,
43:24par-dessus de poulet
43:26qui est bien travaillé
43:28avant,
43:29avec du riz
43:30et on laisse cuire
43:31tout en même temps.
43:32Après, ça s'appelle
43:33makloubé,
43:33ça veut dire la retourner
43:35parce qu'on la retourne.
43:36Donc, on retourne le plat
43:37et du coup,
43:38le riz est en bas,
43:39le poulet,
43:40les choux-fleurs
43:41et les oignons par-dessus
43:43et après,
43:44on parsumme comme ça
43:45avec quelques amandes grillées
43:48et on le mange
43:49avec une salade
43:49ou avec...
43:50Oui.
43:51Et ça, c'est le plat
43:52palestinien,
43:53par exemple.
43:53Traditionnel.
43:54Traditionnel.
43:54Traditionnel.
43:55Surtout du nord
43:55du Galilée, en fait.
43:57Et salade très important,
43:58petit concombre,
43:59jus de citron,
44:00huile d'olive,
44:01sel de poivre
44:02et servi dans des bols
44:03du yaourt grec
44:04qu'on appelle la banne
44:05et avec lequel on...
44:06En fait, on mange tout le riz,
44:08on l'accompagne
44:08de ce yaourt.
44:09Et vous le faites,
44:10vous,
44:11Mouna Solem ?
44:12Moi, je ne suis pas du tout
44:12cuisinière,
44:13mais est-ce que j'adore
44:14quand ma mère le fait ?
44:15Mouna Solem.
44:15Moi, je ne le fais pas,
44:16Malou,
44:17mais parce que c'est...
44:18Mes tantes le font tellement bien
44:19que je serais trop déçue.
44:22Je me suis toujours dit
44:23qu'il faut que je fasse
44:24un atelier cuisine
44:25avec...
44:25J'ai une de mes tantes
44:26qui, vraiment, pour moi,
44:27mais je n'irai pas la quête
44:28parce que sinon...
44:30Il y en a combien ?
44:31Sept, je crois.
44:32Elles font toute la cuisine
44:33très, très, très, très bien.
44:35Elles ont toutes leurs spécialités,
44:36mais j'en ai une
44:37dont j'aime particulièrement
44:38le Mahalo.
44:39Mais on ne peut pas dire qui.
44:41On n'a pas dit seulement.
44:42Parce que ça va, oui.
44:43Ça va créer des problèmes.
44:43Vous disiez tout à l'heure,
44:45Mouna Solem,
44:45qu'il y a des questions
44:45que vous ne posiez pas à table,
44:47que vous avez pu poser
44:48à travers la caméra
44:49à votre documentaire
44:50Bye Bye Tiberiade.
44:51En revanche,
44:51quelles sont les questions
44:52que vous vous posiez à table ?
44:54Quels sont les échanges,
44:55les discussions
44:56entre Mouna Solem,
44:57Lina Solem,
44:58Yama Abbas
44:59et à l'époque
45:00où vous étiez
45:00avec Zinedine Solem,
45:03ça parle de quoi ?
45:04La question du jour,
45:05vraiment.
45:06Quand ils étaient jeunes,
45:07c'est l'école,
45:07les devoirs,
45:08les trucs,
45:08les machins,
45:09les voyages,
45:10qu'on va faire
45:10le prochain film
45:11pour lequel je devais partir.
45:15Oui,
45:15comment on va faire
45:16pour les vacances,
45:18les activités musiques.
45:20C'était en Auvergne
45:20ou en Palestine,
45:21les vacances, c'est ça ?
45:22Exactement.
45:23En Auvergne,
45:23c'est beaucoup pour faire du cheval
45:25parce que vraiment,
45:25je pensais que c'était
45:27très important
45:27qu'ils suivent
45:29quelque chose
45:29de physique aussi
45:30et pour voir la grand-mère
45:33et pour voir la tante.
45:35J'ai une sœur
45:35qui habite en Auvergne aussi,
45:37dans le même ville
45:38que les grands-parents
45:40paternels
45:41de Lina et Mouna.
45:43Sinon, vraiment,
45:44pour moi,
45:45c'est...
45:46Donc,
45:47l'essentiel se disait
45:48en dehors,
45:50si je vous suis bien.
45:51Oui,
45:51à table,
45:52c'était très souvent
45:53des parties de plaisir.
45:54Moi,
45:55je me souviens
45:55de beaucoup de rires
45:56où mon père se levait,
45:57faisait le clown,
45:58mi-mère,
45:59revenait d'un coup
46:00avec une perruque
46:00et des fausses dents.
46:02Donc,
46:02c'était vraiment...
46:03Moi,
46:03je ne me souviens pas
46:04vraiment de conversations
46:06sérieuses.
46:06sérieuses,
46:07c'était beaucoup
46:07de rigolades
46:09et de fou rire
46:10jusqu'aux larmes.
46:15Et oui,
46:16on a débarrassé
46:17la table
46:18et on a vraiment
46:19des bruiteurs
46:19incroyables
46:20ici à France.
46:21C'est cette débauche
46:22de moyens
46:22sur le service public.
46:24Je voudrais qu'on termine
46:25par une question
46:26à vous trois.
46:27Il y a cette valeur,
46:29puisqu'on en parle
46:29en tout début d'émission,
46:30qui revient beaucoup
46:31quand on vous lit
46:32les unes les autres
46:33dans les interviews,
46:34c'est la question du pardon.
46:37Comment est-ce qu'il est présent
46:40chez vous aujourd'hui ?
46:41Qu'est-ce que ça représentait
46:42d'abord pour vous ?
46:43Il y en a pas ?
46:44Est-ce que ça vient,
46:44je crois,
46:45de votre mère en premier ?
46:47D'ailleurs,
46:47ça vient vraiment
46:48de ma grand-mère maternelle
46:50avant tout.
46:50Donc déjà avant.
46:51Exactement.
46:52Et qu'est-ce que c'est ?
46:55C'est pour moi aujourd'hui,
46:56si je veux l'analyser,
46:57ça veut dire que
46:57quand on est né
46:58dans un conflit
46:59où on est né
47:00avec la personne
47:01qui a causé
47:02ou les personnes
47:03qui ont causé
47:05à la base
47:06cet exode
47:08et cette difficulté
47:09et cette Nakba.
47:10Celle des Palestiniens, donc.
47:12Et qu'il faut
47:14à un moment,
47:15comme ma grand-mère dit,
47:16regarder le devant
47:17et avancer.
47:18Donc on regarde
47:19dans le devant
47:21et avancer,
47:22qu'est-ce qu'on fait
47:23avec ces personnes ?
47:25Qu'est-ce qu'on fait
47:26avec nos centémos ?
47:29Comme je le dis
47:30quand j'étais ado,
47:31j'aurais pu tomber
47:33dans les cercles
47:34de la haine,
47:35de l'amertume,
47:36de la...
47:37Mais, en fait,
47:38j'ai dépassé ça
47:39peut-être par cet héritage
47:41de ce qu'on appelle
47:42pardon
47:42pour pouvoir vraiment
47:43avancer
47:44d'une manière
47:45beaucoup plus positive,
47:46au moins par rapport
47:47à la manière
47:48dont je construis
47:49ma personne
47:50pour pouvoir
47:52inclure
47:52toutes les difficultés
47:53et les obstacles,
47:54pour pouvoir faire face,
47:55mais pas avec la violence
47:57et pas avec la haine.
47:58Mouna Solem,
47:59la place du pardon
48:00dans votre vie aujourd'hui,
48:01peut-être que c'est pas
48:01sur ces sujets géopolitiques,
48:03peut-être que c'est ailleurs
48:04qu'elle se loge ?
48:05Oui, surtout que moi,
48:05la question du pardon,
48:06elle est un peu plus difficile.
48:08Pour moi,
48:08il y a beaucoup de pudeur
48:09autour de ça.
48:10J'ai beaucoup de mal
48:10à demander à quelqu'un
48:11de me pardonner
48:11puisque j'ai beaucoup de mal
48:14à accepter d'avoir fait du mal
48:15aux gens que j'aime.
48:16Donc je sais que les fois
48:17où j'ai pu énerver ma mère,
48:19ce qui est très rare,
48:20et la voir...
48:22Très rare...
48:22On a l'impression qu'elle...
48:23En aparté !
48:24Voilà !
48:25Mais voilà !
48:26Le très rare signifiant,
48:27voilà,
48:28toute autre chose.
48:29Ou dès qu'on cherche
48:29un petit peu même
48:30dans des sujets quelque chose
48:31et qu'on arrive dans de la douleur,
48:35moi, c'est un sentiment
48:36qui est très difficile.
48:37Donc au-delà du pardon,
48:38je vais surtout essayer
48:39d'éviter, d'inquiéter
48:41les gens autour de moi
48:42pour justement ne pas avoir
48:43à leur demander
48:44de me pardonner.
48:45On finit avec vous,
48:46Lina Solem,
48:47puisque c'est aussi
48:49en filigrane
48:50dans Bye Bye Tiberiat,
48:51cette question du pardon.
48:52Moi, le pardon,
48:53je le prends à l'envers.
48:54Ce n'est pas me faire pardonner,
48:55c'est comment pardonner
48:57plutôt aux gens
48:58ou à ce qui se passe.
48:59J'avoue que moi,
49:00je n'y suis pas encore.
49:01Je suis plutôt
49:01quelqu'un qui a le seum.
49:06Mais mon idéal,
49:07c'est d'arriver au pardon.
49:08Donc j'ai un bon exemple
49:09à suivre.
49:11J'essaye toujours
49:11de calmer mon seum
49:14et ma rage
49:14et voilà,
49:16de tant d'injustice,
49:18de tant de choses
49:19aussi sur lesquelles
49:20on n'a pas de maîtrise
49:21et on se sent impuissant.
49:23et donc j'essaye toujours
49:24de me dire
49:25au pire,
49:26qu'est-ce que je peux voir
49:27de positif dans ça
49:28pour ne pas rester enfermée
49:30dans un sentiment négatif.
49:32Et je pense que mes films
49:33viennent de cette nécessité aussi
49:34de transformer une mémoire
49:35qui est vécue
49:36comme un poids,
49:38comme une colère,
49:39comme une injustice,
49:40comme traumatique,
49:41en quelque chose
49:42qu'on peut partager positivement
49:43pour aussi
49:45réparer des choses.
49:47Ce n'est pas du tout
49:47de l'ordre
49:48de la thérapie individuelle
49:49parce que ça,
49:49ça ne m'intéresse pas.
49:50C'est des choses
49:51que les gens font en privé
49:52mais pour moi,
49:53c'est plutôt une réparation
49:54collective.
49:56D'ailleurs,
49:57vous allez bientôt,
49:57je crois,
49:58retrouver les archives
49:59parce qu'on ne l'a pas dit
50:00mais il y a beaucoup
50:01de Super 8,
50:01deux inédits,
50:02une soleme,
50:02votre père,
50:03qui sont dans vos films
50:04et c'est un matériau
50:05avec lequel vous fabriquez.
50:06Je crois des Super 8
50:07à Gaza en 1990
50:09sur lesquels vous travaillez.
50:10Également,
50:10un long métrage
50:11avec votre sœur,
50:12Mona Solem.
50:13Merci beaucoup
50:14d'avoir été avec nous,
50:15Lina Solem.
50:16Merci à Yamabas,
50:17Seuls les rebelles
50:18de Daniel Arbitre.
50:19Je rappelle,
50:19c'est en salle en France
50:20depuis le 24 juin
50:21et vous serez bientôt
50:22dans l'Arabe
50:23de Malik Ben Smile.
50:24C'est librement adapté
50:25de Meursault contre enquête
50:26de Kamel Daoud.
50:28Quant à vous,
50:29Mona...
50:29Oui ?
50:30Je rajoute l'apaisement
50:31de Reed Vendik
50:34qui était à Cannes
50:36à la quinzaine.
50:36Et qui sera présenté
50:38donc bientôt en France.
50:39Exactement.
50:39Dans les salles françaises
50:40et ailleurs.
50:41Vous avez Mona Solem
50:42à vos côtés.
50:43Mona Solem,
50:44vous allez jouer
50:44dans le prochain film
50:45de Guillaume Canet
50:46Karma ?
50:47Oui.
50:48Ce sera quoi ?
50:49Je ne l'ai pas vu encore
50:51malheureusement.
50:52Je n'ai pas pu aller le voir
50:53mais c'est un thriller
50:54vraiment très intense
50:55donc j'ai hâte
50:56de le découvrir.
50:57Avec Marion Cotillard
50:58et donc aussi
50:59dans le prochain film
51:00de votre entreprise.
51:01il y a un premier long métrage
51:03d'un réalisateur canadien
51:04qui s'appelle
51:04Polsch Kordov
51:05que j'ai tourné
51:07en Serbie
51:08il y a un mois.
51:09Merci d'avoir été
51:10toutes les trois
51:11avec nous.
51:11Merci pour les apartés
51:13que vous nous avez offerts
51:15comme ça
51:15à la France entière
51:16et au micro
51:17de France Inter.
51:18Merci.
51:19Merci.
51:19Merci.
Commentaires

Recommandations