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  • il y a 11 heures
Alice Da Luz, actrice, pour son role dans “Hanami” au cinéma le 8 juillet.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Voilà, Laphne Burki et sa nouvelle tête.
00:02Eh oui, évidemment qu'on est prêts.
00:05Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Alice Dalouz.
00:08Elle est comédienne.
00:09Je répète son nom, Alice Dalouz, parce que je dépose un billet sur cette table.
00:12Vous allez beaucoup entendre ce nom ces prochaines années.
00:15Charline, tu peux même parier ton joli petit foulard de l'autre jour que j'aimais beaucoup.
00:19Je ne dis pas ça au hasard.
00:21Juste en regardant son parcours, elle a été révélée dans Twist à Bamako de Robert Guédiguiant,
00:25la série Carême aux côtés de Benjamin Voisin,
00:27ou encore mercredi prochain, Anami, le très beau premier film de Denis Fernandez.
00:32Dans la vraie vie, Alice Dalouz devait devenir avocate.
00:35Vous savez, les études de droit, le grand classique, pour rassurer les parents,
00:39glisser son destin sous un très beau tapis très épais de la maison, au cas où.
00:44Bonjour Alice Dalouz, bienvenue sur France Inter.
00:47Bonjour Daphné.
00:48Alors vous faites donc partie de ce club des enfants qu'on repère très jeunes
00:52pour faire un métier d'artiste, mais qui commence quand même par des études de droit
00:56parce que les artistes ne mangent pas, bien évidemment.
00:59Je crois que vous vouliez devenir avocate avec tout le décor qui va avec.
01:03Je vous propose de m'appeler votre honneur pendant toute cette interview,
01:06si ça peut vous faire du bien.
01:07N'importe quoi.
01:10Entre Simon Apcariant qui s'appelait mon général et Daphné Burki qui s'est appelé votre honneur.
01:15Je suis bien.
01:16Avouez que quand même, il y avait la robe et de pouvoir dire très fort votre honneur.
01:22Très fort votre honneur et les talons qui font clac clac.
01:25Voilà.
01:26Ça c'est dans les séries américaines.
01:27Oui, effectivement.
01:29En France, on ne dit pas votre honneur.
01:31Ça c'était Ali Bakby.
01:33On va passer complètement dans une autre ambiance parce que mercredi sort ce très très beau film qui s'appelle
01:38Anami.
01:39Premier film de Denise Fernandez.
01:41C'est l'histoire d'une petite fille qui grandit sur une île volcanique du Cap Vert,
01:44un endroit où presque tout le monde rêve de partir.
01:47Sa mère l'a quitté à sa naissance et en grandissant,
01:49elle avance dans un modèle où le réel se mêle au rêve.
02:11Alors vous, vous parlez le créole capverdien.
02:14À la maison, en tout cas Alice, vous parliez le créole capverdien.
02:17Mais vous avez découvert le Cap Vert qu'à 17 ans ?
02:20Oui, on parlait créole capverdien à la maison, portugais, depuis tout petit.
02:25Des fois c'était une petite honte parce qu'on est en France et on ne veut pas que nous
02:28parlons.
02:29Mais je ne sais pas, alors qu'aujourd'hui je suis très très contente de pouvoir parler cette langue.
02:32Et pour préparer ce film, vous êtes partie là-bas ?
02:35Vous avez vécu deux mois sur place avec votre grand-mère ?
02:37Exactement, oui.
02:39J'ai demandé à la production et à Denise d'aller un peu plus tôt
02:42pour ne pouvoir vraiment pas arriver comme une parisienne sur ce film,
02:45mais arriver comme une badia sur ce film.
02:48C'est quoi une badia ?
02:49Alors il y a deux catégories ethniques au Cap Vert, les badias et les sympaïudes.
02:53Mes parents sont des badias.
02:54Et alors je suis allée quelques temps ressourcer avec ça,
02:58avoir vraiment l'accent de là-bas et pas arriver comme une parisienne
03:02avec des tannons qui font clac.
03:05J'imagine qu'on ne revient pas tout à fait la même d'un tournage comme celui-ci.
03:09Ah non, ça nous construit.
03:11Enfin, je pourrais dire que tous mes projets m'ont construit,
03:13mais celui-là c'est vraiment un projet qui me tient beaucoup à cœur.
03:15C'est un petit film avec une économie pas très très grande,
03:18mais voilà, on se ressource avec l'origine de nos parents, de mes parents,
03:24ma langue, mon pays, des îles qu'on ne connaît pas,
03:27qu'on commence à connaître avec la coude du monde en ce moment.
03:29On va regarder le match de vendredi soir.
03:31Je le dis très fort.
03:32D'ailleurs, on va entendre le son de votre enfance.
03:40Et s'écoutait quand ce son ?
03:42Dans la voiture, pendant les longs voyages avec mes parents,
03:45pour aller au Portugal ou pour aller chez des cousins.
03:47et on se réveille quand on sait qu'on est arrivé à la maison.
03:53Alors pour votre carte blanche, c'est un tout autre son que vous avez choisi.
03:56Vous avez choisi un texte du grand dramaturge français Jean-Luc Lagarce.
04:01Ce texte, il s'appelle « J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne ».
04:05Et on va voir que l'air de rien, il résonne avec ce film.
04:08Alors le micro de France Inter est tout à vous Alice.
04:14J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne.
04:17Je regardais le ciel comme je le fais toujours, comme je l'ai toujours fait.
04:21Je regardais le ciel et je regardais encore la campagne qui descend doucement
04:23et qui s'éloigne de chez nous.
04:25La route qui disparaît au détour du bois, là-bas.
04:29Je regardais, c'était le soir et c'est toujours le soir que je regarde,
04:32toujours le soir que je m'attarde sur le pas de la porte et que je regarde.
04:35J'étais là, debout, comme je le suis toujours, comme je l'ai toujours été.
04:39Et j'imagine cela, j'étais là, debout.
04:41Et j'attendais que la pluie vienne, qu'elle tombe sur la campagne.
04:44Les champs et les bois, ils nous apaisent.
04:46J'attendais.
04:48Est-ce que je n'ai pas toujours attendu ?
04:51Et dans ma tête, encore, je pensais cela.
04:53Est-ce que je n'ai pas toujours attendu ?
04:55Et cela me fit sourire, de me voir ainsi.
04:58Et là encore, peut-être, je me suis mis, une fois de plus, à sourire de moi-même,
05:01de me voir ainsi, de m'imaginer ainsi, de voir et de sourire ainsi de moi-même,
05:05me mena au bord des larmes.
05:07Et j'eus peur d'y sombrer.
05:09Toutes ces années que nous avions vécu à attendre et perdu encore, à ne rien faire d'autre qu'attendre
05:14et ne rien pouvoir obtenir jamais et être sans autre but que celui-là.
05:18Et je songeais en ce jour précis, oui, autant que j'aurais pu passer loin d'ici déjà à m
05:23'enfuir.
05:24Autant que j'aurais pu passer dans une autre vie, un autre monde, l'idée que je m'en fais,
05:29seule, sans vous, les autres là, sans vous, toutes.
05:32Tout ce temps que j'aurais pu vivre différemment, simplement, à attendre, à ne plus attendre, à bouger de moi
05:39-même, j'attendais la pluie.
05:42J'espérais qu'elle tombe.
05:46Merci d'avoir choisi ce texte.
05:48Je me demande si c'est la dernière carte blanche de l'année, ce n'est pas la plus belle
05:52de toute la semaine.
05:53Vous n'étiez pas sûre d'arriver au bout de la lecture de ce texte ?
05:56Et j'y suis arrivée d'avouer.
05:57Pourquoi vous n'étiez pas sûre d'y arriver ?
06:00Parce que peut-être qu'il nous manquait de temps, mais je me suis dit, et comme on s'est
06:04dit un peu avant,
06:06l'écriture de la garce, on peut l'arrêter quand on veut.
06:08C'est un peu un leitmotiv.
06:11Et je tiens à dire que c'est très étrange.
06:13Je l'ai choisi parce que ce texte me parle énormément.
06:16C'est un texte que j'aurais même voulu jouer, que je voudrais jouer.
06:19Et en fait, le titre du film que je viens de faire, Hanami, en japonais, c'est un peu l
06:24'éclosion des fleurs de cerisier au Japon.
06:26Donc du coup, pendant la période des moissons.
06:28Et au Cap Vert, quelque chose que les vieux vous diront, ou même mes parents, ou tous les parents vous
06:33diront.
06:33Alors pourquoi t'es parti du Cap Vert ? Pourquoi t'es parti ?
06:36Et ils diront qu'il n'y avait pas de pluie.
06:38Et on attendait la pluie.
06:40Et même si ce texte me parle pour beaucoup d'autres raisons, tellement.
06:44Mais vraiment, il y a des gens qui s'assoient au Cap Vert le matin et qu'ils attendent que
06:49la pluie vienne.
06:51Tout est aligné.
06:52Tout s'est passé là, en quelques heures, à ce choix de cette carte blanche, de ce texte.
06:57Merci encore une fois de l'avoir amené ce matin au micro de France Inter.
07:01Mais puisqu'on parle de ce qui nous construit, on va quand même faire un petit flashback.
07:05Parce que ça vous va bien, la scène et le cinéma.
07:06Et je parie vraiment ton foulard, Charlie.
07:09Vous allez beaucoup entendre parler d'Alice dans les prochaines années.
07:11Mais vous étiez en terminale.
07:13Lorsqu'une directrice de casting vous a proposé de tourner dans le prochain film de Robert Guédille.
07:18Vos parents refusent immédiatement.
07:19Ça ne va pas ou quoi ? C'est l'année du bac.
07:21Elle ne va évidemment pas aller tourner.
07:23La production ne lâche pas l'affaire et finit par retrouver votre adresse mail.
07:27Et vous avez passé le casting en cachette ?
07:29Oui.
07:30On peut le dire maintenant.
07:32Ah oui, maintenant on peut le dire.
07:33Maintenant qu'il est sorti.
07:35Oui, mes parents ne m'ont pas prévenu pendant genre trois mois.
07:38Parce que c'était l'année du bac.
07:39Et bon, j'ai eu beaucoup de chance.
07:41Beaucoup, beaucoup de chance.
07:42C'était l'année du Covid.
07:43Alors vous êtes la seule.
07:44Parce que tout le monde a suivi le Covid.
07:45Mais il se trouve que vous, ça a fait sauter le bac à l'époque.
07:48Et donc vous avez pu tourner ce film pendant quatre mois.
07:51Et très beau film d'ailleurs, que je conseille.
07:54J'ai pu aller pendant quatre mois au Sénégal tourner ce premier film.
07:57Mais voilà, c'est des étoiles qui se sont alignées.
07:58J'ai fait semblant d'aller faire du droit.
08:01Alors que mes parents voulaient que je devienne mecs.
08:04Mais bon, j'ai peut-être réussi un peu mon tour.
08:06Mais bien sûr, vous n'arrêtez pas depuis ce film.
08:08Encore une fois, Twist à Bamako.
08:10La série Carême.
08:11Et puis, ce seul en scène avec l'amant de Marguerite Duras.
08:15Pourtant, vous avez une grande phobie.
08:16Ce n'est pas de rater un casting.
08:17Ce n'est pas de plus tourner.
08:19Votre plus grande peur, c'est qu'un jour, ce métier vous désensibilise.
08:23Oui.
08:24J'ai très peur de ne pas plus m'épater.
08:26Mais j'ai peur de me désensibiliser de ce que je fais moi-même.
08:29J'ai peur de ne plus être émerveillée par ce monde.
08:33Parce que c'est fou tout ce qui nous arrive.
08:35Même d'être sur ce plateau aujourd'hui.
08:37Moi, j'ai écouté ça à la radio.
08:38Hier, j'ai dit à un ami d'écouter la radio.
08:40Il m'a dit, mais je n'ai pas de voiture pour écouter la radio.
08:41Je lui ai dit, mais tu es malade.
08:42Je n'ai pas de voiture.
08:44C'est la meilleure.
08:45C'est la meilleure.
08:57C'est la chanson qui vous représente le mieux en ce moment.
09:00Si je devais vous présenter Alice Dalouze, je suis QLF.
09:04C'est un titre de PNL.
09:05Vous aviez envie de faire une dédicace particulière.
09:08Il se trouve que cette chanson parle de la famille, la fratrie.
09:11Absolument.
09:11Ma famille, ma vie, ma vie.
09:13Alors, je voudrais faire dédicace très, très important à mes parents.
09:17Mes parents.
09:18Et à Yana, JJ, ACA, DOS.
09:24C'est une vraie dédicace.
09:26Les gens vont se reconnaître.
09:27Bien sûr, c'est secret, mais ils vont se reconnaître.
09:29Lily, Emanuela et ma meilleure amie, Clara.
09:33Sans qui ?
09:35L'interview aurait été autrement aujourd'hui.
09:37Merci beaucoup.
09:37Ça s'appelle un ami de Denise Fernandez avec Alice Dalouze.
09:41Et ça sort en salle mercredi prochain.
09:43Voilà.
09:43Et la désensibilité, on en est loin.
09:46Rassurez-vous.
09:46Très, très loin.
09:47Je pense qu'elle ne vous menace pas.
09:48Jusqu'à ce qui vient de se passer.

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