00:00Bonjour Camille !
00:01Bonjour Eva Roch !
00:02Eva fait un bébé tout !
00:04Non, non !
00:06Eva fait un bébé tout !
00:08Est-ce que chaque jour, Eva a le droit sa petite chanson sur son nom ou son prénom ?
00:14Ça y est, vous avez fini ?
00:15Ça y est, j'ai terminé !
00:16Vous aviez envie encore d'une petite vibe ?
00:19Alors, moi c'est vrai que j'adore la nature et j'ai cette chance d'avoir un petit jardin.
00:24Tous les matins, j'ouvre ma baie vitrée, tout est paisible,
00:27j'entends les bourdonnements, les cigales, les « habille-toi, les voisins vont te voir à poil ! »
00:32Et ça, c'est magnifique !
00:35Surtout en ce moment, toutes ces abeilles qui butinent comme ça, de fleur en fleur,
00:39quelle chance !
00:40Parce que moi, je m'assois sur le même gros tournesol depuis 15 ans !
00:43Oh non !
00:44Je suis fatiguée !
00:45Non, je suis très heureuse d'avoir mon petit jardin,
00:47mais malheureusement, pour moi, c'est trop de charge mentale.
00:50Parce que c'est vrai que vivre au quotidien avec mes plantes, moi, ça me prend beaucoup d'énergie.
00:54Alors vous, les ethno-botanistes, compliqué à dire quand même votre nom,
00:59je vous aime bien, parce que vous passez aussi du temps à humaniser les plantes.
01:03Et moi, ça me rassure, parce que ça veut dire que je ne suis pas la seule à parler à
01:06un être vivant qui ne me répond pas.
01:08Les ethno-botanistes, vous le faites avec un ficus, moi, avec mon mari, je me régale.
01:13Alors, tout me touche dans mon jardin.
01:15Par exemple, mon abricotier a fait un seul abricot.
01:19Tout seul, sur sa branche.
01:20Et j'ai envie de lui dire, c'est très gentil de ta part d'être venu malgré tout.
01:23Mais je ne peux pas le manger alors que je l'ai vu grandir, vous voyez, c'est compliqué.
01:26Moi, c'est un abricotier du Roussillon.
01:29Et les abricots, ils ont une petite particularité, c'est qu'ils ont des petits points sur leur peau.
01:33Et moi, j'ai l'impression que cet abricot, il a la varicelle.
01:35Et je sais que c'est sa variété, mais moi, je ne sais pas pourquoi, ça me fait de la
01:39peine.
01:39Et la dernière fois, je me suis approchée de lui et je l'ai un peu gratté.
01:43Le pire, c'est que tout est vrai, malheureusement.
01:45Alors, dans mon jardin, il y a aussi un citronnier où les citrons ont poussé verts.
01:49Alors, non, ce n'est pas des citrons verts, Eva.
01:51Je vois me juger, je sais très bien ce que c'est un citron vert.
01:54Ce sont juste des citrons qui ne sont pas passés à la couleur.
01:57Et tous les jours, je leur dis, vous n'excusez pas, ça arrive à tout le monde.
02:01Au Biocop, ils ont aggravé mon cas.
02:03La dernière fois, je vais faire des courses.
02:05Et là, je vois des citrons jaunes verts comme les miens avec une petite pancarte.
02:08Je suis verts, mais je suis quand même un citron jaune.
02:11Faites un zeste vers moi.
02:13J'en dis, oh putain, ne faites pas parler les citrons, putain, ça me fourre l'air.
02:18Et en plus, un citron qui zozoote, mais je peux mourir en fait.
02:21Il n'arrive même pas à dire qui il est.
02:23Je suis un citron.
02:24J'ai dit, t'imagines la violence de la crise identitaire.
02:27Je cherche ma moitié, même un demi-quartier.
02:30Je me chauffez pas, je vais partir avec la cagette en fait.
02:32Bon, je suis partie avec toute la cagette.
02:34Et le problème, c'est que ça ne s'arrête pas au citron.
02:36Je fais ça avec tous les végétaux, les ananas par exemple.
02:39Moi, ils me font penser à des tortues.
02:41Sous leur coque, il y a un petit cœur tout mou.
02:43Malgré ma carapace, je suis si tendre à l'intérieur.
02:47Un physique qui veut dire, faut apprendre à me connaître.
02:50C'est plus des ananas, c'est des mecs de 45 ans sur Tinder.
02:53La dernière fois, j'ai donné une tranche d'ananas à mes tortues.
02:56Et j'ai eu l'impression qu'elles mangeaient leur mère.
02:59Je crois que ce qui me touche chez les plantes, c'est leur côté tragique.
03:03Et pour moi, la plante la plus tragique, celle qui me fait le plus de peine, c'est les racines.
03:08En fait, les racines, elles me font de la peine.
03:09J'ai l'impression que ce sont des bras sans petites mains.
03:12Et moi, j'ai l'impression que mes racines, elles auraient un peu la voix de Jeanne Moreau.
03:16J'en ai connu, putain.
03:18J'en ai connu, moi.
03:19J'ai jamais vu le soleil avant mes cinq ans.
03:22Quand on m'a sorti en me tirant les cheveux.
03:25Dame Vador, plutôt.
03:27Elles ont la voix roque, comme Eva.
03:29Merci.
03:30À force, cette maladie est devenue malheureusement héréditaire.
03:35Je l'ai transmise à mon fils.
03:37Mon fils est très touché par la nature de manière générale.
03:39Bon, à la base, il avait un bon terreau.
03:41Sans mauvais jeu de mots.
03:43Dans mon jardin, il y a un érable du Japon.
03:45Et c'est celui que ma grand-mère avait planté à l'époque.
03:48Ma grand-mère s'appelait MeToo.
03:49Bon, elle avait le nom d'un hashtag.
03:51MeToo, parce qu'elle me disait, parce que je m'appelais Marie-Thérèse.
03:54Ce qui n'avait donc aucun rapport.
03:56Évidemment, très vite, vous vous doutez bien, cet arbre est devenu ma grand-mère.
04:00Quand même, j'y pense parfois.
04:01J'ai envie de mettre une petite laine sur ses branches.
04:03Bref.
04:04La dernière fois, mon fils joue au foot.
04:06Il casse une branche de l'arbre.
04:07Et il commence à pleurer.
04:09Oh non !
04:09J'ai cassé les bras de MeToo !
04:12Et on était là, tous les deux, à ramasser ses membres.
04:15À ce moment-là, j'ai compris que la transmission était réussie.
04:19Bon, il va passer un peu de temps chez son psy, évidemment.
04:21Mais est-ce qu'on en meurt ?
04:22Ben non.
04:22On fait juste le pitre sur France Inter, comme dirait mon beau-père.
04:26Je vous le dis franchement, si toutes les chroniques de la semaine sollicitent autant mon émotivité,
04:31à la fin de la semaine, je vais avoir besoin de doubler mes séances.
04:34Ah non, mais vous êtes une hypersensible, Camille.
04:36Je le découvre au fur et à mesure de la semaine.