00:00L'édito politique, bonjour Patrick Cohen.
00:02Bonjour Florence.
00:02Pourquoi la question du pluralisme dans les médias est un enjeu démocratique ?
00:07Il faut prendre au sérieux la tribune de Maxime Saada, le patron du groupe Canal+,
00:10paru la semaine dernière dans le Figaro.
00:12Un texte en forme de bras d'honneur au régulateur, l'Arcom,
00:16qui venait de mettre en demeure la chaîne CNews, de respecter ses obligations de pluralisme.
00:20« Je ne me soumettrai pas, dit en substance le lieutenant de Vincent Bolloré,
00:24la décision que vous avez prise est politique et elle n'a qu'un seul objectif,
00:27nous faire taire et nous faire disparaître », réaction relayée ainsi par la tête d'affiche de CNews, Pascal Praud.
00:34Ils veulent nous fermer, c'est clair.
00:38Ils veulent fermer CNews.
00:39Emmanuel Macron veut fermer CNews.
00:41Voilà.
00:42CNews qui, comme souvent, se pose en victime, sans rien changer à la ligne éditoriale qui a fait son succès.
00:47Je cite le constat de l'Arcom, un traitement univoque de l'actualité,
00:51par un même courant de pensée et d'opinion, où les faits sont brièvement évoqués,
00:55avant de faire l'objet de prises d'opposition particulièrement engagées,
00:59sans contradiction, dans 90% des cas.
01:02En clair, nous dit l'autorité de régulation CNews, ne fait plus de journalisme.
01:06Elle est devenue une chaîne d'opinion sur le modèle de Fox News, opinion au singulier.
01:10Et ça, normalement, ça n'est pas permis.
01:12Les patrons de médias le répètent depuis toujours.
01:14Fox News, la chaîne câblée la plus regardée d'Amérique,
01:16qui a tant fait pour l'élection de Trump en 2016,
01:19Fox News ne serait pas possible en France.
01:22C'était clair pour tout le monde.
01:24Depuis 1986, depuis la loi sur la liberté de communication,
01:27dite loi Léotard, qui porte aussi la signature de son secrétaire d'État de l'époque,
01:31Philippe de Villiers, aujourd'hui visage de CNews,
01:34s'est même gravée dans le marbre depuis 82,
01:37depuis que l'exigence de pluralisme a été consacrée
01:40comme un objectif de valeur constitutionnelle par le Conseil du même nom.
01:44Ce qui veut dire que la liberté d'expression n'est pas absolue.
01:47Le Conseil constitutionnel a pour référence l'article 11
01:49de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.
01:52La libre communication des pensées et des opinions
01:55est un des droits les plus précieux de l'homme.
01:57Mais les sages considèrent que cette liberté ne serait pas effective
02:00si le public ne pouvait disposer, je cite,
02:03de programmes qui garantissent l'expression d'avis différents
02:06dans le respect de l'impératif d'honnêteté de l'information.
02:09Le respect de ce pluralisme, est-il encore écrit,
02:12est une des conditions de la démocratie.
02:15Mais si le paysage est pluraliste, si les chaînes sont de tendance différente…
02:19Mais qui pourrait le garantir ?
02:20Le marché ? Les puissances d'argent ?
02:22C'était le débat de l'époque.
02:24Est-ce que la libre concurrence empêcherait que toutes les chaînes
02:27soient acquises aux mêmes opinions ?
02:28Non.
02:29La liberté d'expression sans exigence de pluralisme,
02:31c'est celle du renard libre dans le poulailler libre
02:34qu'à l'orée d'une présidentielle.
02:36Le renard, Fox en anglais, continue de s'ébrouer
02:39en clamant qu'il ne sortira pas du poulailler,
02:41signe la visée politique, ouvertement politique, d'un groupe de médias
02:45qui désormais défie la loi et l'autorité chargée de la faire appliquer.
02:49Patrick Cohen, merci.