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00:08Joe Gilling, 11 ans, a disparu.
00:11Ce garçon populaire, qui est atteint de la mucoviscidose, n'est pas rentré chez lui après l'école.
00:19Le lendemain matin, à 10h30, le corps du petit Joe est découvert à Whitehead Park.
00:24Il a été frappé et poignardé à mort.
00:26Son meurtrier s'appelle Michael Hammer et il fréquentait le même collège que sa victime.
00:34Je travaille avec des enfants depuis plus de 25 ans et au cours de ma carrière, j'ai pénétré dans
00:39l'intimité de centaines de familles.
00:43Je connais bien la psychologie des adolescents, leurs comportements et les difficultés qu'ils posent à leurs parents.
00:49Et pour moi, les mots « monstre » et « enfants » ne devraient jamais être associés.
00:54Alors comment une personne aussi jeune peut-elle commettre un acte aussi monstrueux ?
01:02Dans l'affaire d'aujourd'hui, qu'est-ce qui a poussé un adolescent à tuer un camarade d'école
01:07?
01:21On ressent toujours un sentiment d'horreur quand on apprend que le corps d'un enfant a été retrouvé dans
01:27un parc.
01:27On s'interroge sur le pourquoi et le comment.
01:30On se demande comment un drame aussi effroyable a pu se produire.
01:36Et plus on s'intéresse à cette affaire, plus on lit de choses dessus,
01:39et plus il est difficile de comprendre comment un adolescent tel que Michael Hammer a pu faire une chose pareille.
01:45Que s'est-il passé pour qu'il en arrive à s'en prendre à un garçon aussi vulnérable que
01:50Joe Gilling et le tuer d'une façon aussi violente ?
01:54Le 16 octobre 2006, Michael Hammer a été reconnu coupable du meurtre de Joe Gilling.
02:00Il a été condamné à une peine de prison à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 12 ans.
02:07Cette tragédie a ébranlé toute une communauté et brisé une famille.
02:15Croyez-moi quand je vous dis que je sais à quel point les adolescents peuvent être frustrants.
02:19Mais au cours de toutes ces années où j'ai côtoyé des enfants, je n'en ai rencontré aucun qui
02:24soit capable de commettre un meurtre.
02:27Alors Michael Hammer est-il né avec un instinct de tueur ?
02:30Ou est-ce la société qui a transformé cet adolescent de 14 ans en tueur d'enfants ?
02:37Kim Corbett a fréquenté la même école que la victime et son meurtrier.
02:44Que pouvez-vous me dire sur Michael Hammer ?
02:46C'était un garçon très effacé, en retrait je dirais.
02:56Il était souvent harcelé à l'école.
02:59Il avait une drôle de personnalité.
03:03Il était seul la plupart du temps.
03:06Et il dévisageait les gens qui passaient devant lui.
03:12C'était quelqu'un de très bizarre.
03:15Son visage était toujours impassible.
03:18Quand il traînait dans les couloirs, il vous regardait passer, mais son visage n'avait aucune expression.
03:27Je n'aimais pas le croiser en fait.
03:31À cette époque.
03:33Michael Hammer est né le 9 mai 1991 à Burry, dans le comté du Grand Manchester.
03:42Le père de Michael Hammer est parti avant même sa naissance.
03:46Et je pense que cet événement a façonné sa personnalité et en a fait quelqu'un de solitaire très tôt.
03:52Il ne s'entendait pas très bien avec sa mère et il avait des problèmes à l'école.
04:00Quand un enfant est rejeté par l'un de ses parents, voire par les deux, cela peut avoir des conséquences
04:06dramatiques sur son avenir.
04:08Il pourra penser qu'il ne vaut rien, mais aussi développer un comportement antisocial.
04:13L'enfant s'isole.
04:14Il a une piètre estime de lui-même.
04:18Quand un enfant vit ce genre d'expérience et qui plus est, à un très jeune âge, les effets peuvent
04:24être dévastateurs sur la façon dont il va se construire.
04:31Son père l'a abandonné, donc il a certainement souffert de troubles de l'attachement.
04:35Dans sa petite enfance, il n'a pas créé un lien sécurisant avec l'adulte qui prenait soin de lui.
04:40Les relations avec notre mère et notre père sont très importantes pour façonner nos interactions futures avec les autres.
04:47Un manque à ce niveau-là peut affecter la personnalité à long terme.
04:52Au collège, Michael est persécuté par ses camarades.
04:57Les élèves avaient tendance à le tyranniser.
05:00Ils lui volaient par exemple l'argent de son déjeuner.
05:03Ils lui donnaient des surnoms péjoratifs.
05:07Comment l'appelaient-ils ?
05:09Il lui donnait des surnoms méchants pour se moquer de sa façon d'être.
05:14Il me faisait de la peine.
05:18Mais lui aussi parlait mal aux gens.
05:21En fait, il aggravait la situation par son comportement.
05:24Il était souvent à l'origine de querelles à l'école.
05:27Je vois.
05:30Il attirait l'attention sur lui en se disputant avec ses camarades de classe, par exemple.
05:40Si vous êtes persécuté à l'école pendant plusieurs années, ça peut être dévastateur sur votre développement.
05:46Vous pourrez peut-être devenir à votre tour un tyran parce que vous essaierez d'inverser les rôles pour reprendre
05:53le contrôle qu'un tyran avait sur vous.
05:58Quelles sont les conséquences du harcèlement à l'école sur un enfant ?
06:03Ce qui est au cœur du cas Michael Emmer en particulier, c'est qu'il avait honte de lui-même.
06:08Ce sentiment trouve son origine dans le départ de son père, qu'il a abandonné.
06:14Ça a été renforcé par l'environnement scolaire où les autres élèves le persécutaient.
06:19Ils s'en prenaient à lui parce qu'il était différent.
06:22C'était leur bouc émissaire.
06:27Partout, il se sentait rejeté. Dans sa famille, à l'école, par ses camarades.
06:32Il n'a jamais trouvé un endroit où il se sent à sa place, où il puisse s'intégrer.
06:41Nous savons que le harcèlement à l'école a des effets à très long terme sur les victimes.
06:46Des neuroscientifiques ont mené des recherches sur le sujet et ont suivi des enfants de leur naissance à leurs 50
06:51ans.
06:53Ils ont constaté que ceux qui avaient été persécutés enfants avaient une santé physique et psychologique moins bonne que les
06:58autres.
07:00C'est très fréquent que des victimes de harcèlement deviennent des persécuteurs à leur tour.
07:05Ça peut avoir des conséquences désastreuses.
07:08Joe Gilling a 11 ans et il est en sixième.
07:11Ce garçon qui a trois ans de moins que Michael et meurt, est plein de vie et très apprécié.
07:19Joe représentait tout ce que Michael n'était pas.
07:23Il avait six ans quand on lui a diagnostiqué sa mucoviscidose et il n'a jamais laissé sa maladie gouverner
07:28sa vie.
07:29C'était un garçon joyeux, drôle.
07:31Ses professeurs l'aimaient beaucoup, sa famille l'adorait.
07:34Son petit frère était en admiration devant lui.
07:37Kim Corbett avait 11 ans et rentrait souvent de l'école avec son ami Joe.
07:44Quels souvenirs gardez-vous de Joe ?
07:49Je sais qu'en dehors de l'école, il faisait de la moto tout terrain.
07:54Du motocross ?
07:56Oui, le motocross, c'était son truc. Il adorait ça.
07:59Je crois qu'il participait à beaucoup de compétitions.
08:04C'était sa passion.
08:08Il faisait partie de ces personnes qui sont tellement sympathiques que vous les aimez tout de suite.
08:16Quand on le rencontrait la première fois, on se disait « Il est tellement gentil. Il était tellement drôle. Il
08:22était vraiment spécial. »
08:25Il nous faisait rire. Il était très populaire à l'école aussi. Il avait beaucoup d'amis.
08:30Il vous faisait rire ?
08:31Oh oui, beaucoup. Il était très drôle. Il était adorable.
08:35Il faisait tout le temps le pitre pour nous faire rire.
08:38C'était un garçon de 11 ans comme les autres.
08:42Il faisait l'idiot.
08:45Il disait des bêtises.
08:51Joe Geeling était donc l'opposé de Michael Hammer.
08:55Il y avait d'un côté un garçon sociable, heureux et enjoué.
08:58De l'autre, un adolescent renfermé, solitaire et harcelé par ses camarades.
09:06Michael était comme attiré par Joe parce qu'il représentait tout ce qu'il n'était pas.
09:10Il était populaire, il aimait le football, il faisait tout ce que les jeunes de son âge font.
09:16Donc il l'admirait ?
09:18Je pense que quelque part, il l'admirait et il voulait être comme lui.
09:23Mais parallèlement, il était encore plus complexé.
09:28Donc il ressentait des émotions contradictoires.
09:31Je suis attiré par les gens à qui j'ai envie de ressembler et en même temps, à cause d
09:36'eux, je m'aime encore moins.
09:44Le mercredi 1er mars 2006, Michael Hammer, 14 ans, et Joe Geeling, 11 ans, se trouvent tous les deux au
09:51collège.
09:53Michael nourrit une réelle obsession pour Joe et il a mis au point une stratégie pour se rapprocher de lui.
10:02Michael traînait avec des élèves plus jeunes que lui.
10:06Beaucoup d'élèves de 6e.
10:08Je vois.
10:10Ils n'avaient pas de copains de son âge et ils étaient tous beaucoup plus jeunes que lui.
10:15Joe était en 6e.
10:17Vous l'avez vu avec Joe ?
10:18Oui.
10:20Plein de fois.
10:20Ils étaient amis ?
10:24J'en avais l'impression, oui.
10:27En fait, je trouvais ça bizarre qu'un ado de 14 ans passe du temps avec un gamin de 6e,
10:32ou avec un tas d'élèves de 6e au collège.
10:41Michael était socialement inadapté et s'est lié d'amitié avec des garçons beaucoup plus jeunes que lui.
10:46Ça peut s'expliquer ?
10:49Il pouvait avoir un QI très bas, il a pu souffrir d'un retard de développement, ce qui l'a
10:54poussé à chercher la compagnie d'enfants qui étaient au même niveau que lui, qui auraient les mêmes activités que
10:58lui.
11:00Ça peut être une explication.
11:02Il pouvait aussi y avoir une dimension sexuelle.
11:05L'origine de l'attirance qu'il avait pour ces jeunes n'est pas bien établie.
11:11Il n'avait pas les aptitudes sociales lui permettant d'être au même niveau que les adolescents de son âge.
11:17Il n'arrivait pas à gagner leur respect, à être accepté par les jeunes de son âge.
11:22Et donc, quand un adolescent n'arrive pas à se lier d'amitié avec des gens de son âge, il
11:27arrive qu'il se tourne vers des enfants plus jeunes.
11:30Il sait que ces personnes plus jeunes vont l'admirer tout simplement parce qu'il est plus âgé.
11:37Michael Emmer a clairement ciblé Joe Gilling.
11:41Il devait trouver un moyen de l'attirer en dehors de l'école, de l'éloigner de ses parents, afin
11:46de pouvoir faire ce qu'il avait prévu.
11:50Ce jour-là, à l'école, tout se joue avec une lettre que Michael a donnée à Joe à l
11:55'heure du déjeuner.
11:55Et ce document était un faux, un subterfuge.
11:58Elle était censée venir du proviseur adjoint.
12:01Elle demandait à Joe, après l'école, d'accompagner un élève plus âgé jusqu'à chez lui, que la lettre
12:06désignait en l'occurrence comme étant Michael.
12:10Sa mère le retrouverait là-bas à 16h30.
12:13Il lui donnerait l'adresse et elle le rejoindrait chez cet élève.
12:17Et cet élément, c'était très malin de sa part.
12:20Joe était rassuré parce qu'il était prévu que sa mère le rejoigne là-bas.
12:26C'est un plan mûrement réfléchi, qui a demandé beaucoup d'organisation à Michael.
12:32En fait, ça ne m'étonne pas du tout, parce qu'il passait beaucoup de temps seul dans sa chambre.
12:37Il était seul avec ses pensées, il ruminait, il planifiait.
12:42Il n'y avait pas d'obstacle à ses pensées, il n'avait pas de filtre, parce qu'il ne
12:46parlait à personne de ses sentiments.
12:48Il tournait en boucle dans son esprit.
12:52Une professeure a entendu Joe parler de la lettre à ses amis et a demandé à la lire.
12:58Elle a tout de suite vu que c'était un enfant qui l'avait écrite, et elle en a parlé
13:02à Joe.
13:04Elle lui a conseillé d'aller jusqu'au bureau du proviseur et d'attendre de pouvoir lui parler pour lui
13:09montrer la lettre.
13:11Et elle a beaucoup insisté sur le fait qu'il devait rentrer directement chez lui,
13:15et surtout ne pas aller chez Michael, comme s'était demandé dans la lettre.
13:21Plus tard dans l'après-midi, des élèves ont vu Joe qui attendait devant le bureau du proviseur adjoint.
13:28Mais finalement, il n'y est jamais entré.
13:32Michael a réussi à l'embobiner pour qu'il ne parle pas au proviseur adjoint.
13:36Et encore un peu plus tard, sa professeure les a vus tous les deux dans un couloir et est allé
13:41les voir.
13:44Elle sentait que Michael était mal à l'aise, et elle a commencé à lui poser des questions.
13:49Mais soudain, l'alarme incendie a retenti, et tous les élèves et professeurs ont dû évacuer l'établissement rapidement.
13:56C'était une fausse alerte.
13:58Mais si elle ne s'était pas déclenchée, et si cette professeure n'avait pas été interrompue,
14:03Joe Gilling serait-il toujours en vie ?
14:06Les cours se sont terminés à 4h10.
14:09Michael Emmer est passé par Dalton Street pour rentrer chez lui.
14:13Et plusieurs élèves ont vu Joe le suivre en traînant des pieds, plusieurs mètres derrière lui.
14:21J'ai vu Joe devant l'école.
14:24Je l'ai regardé s'éloigner.
14:29Et ça m'a paru bizarre parce qu'il habitait à côté de chez moi, de l'autre côté.
14:35D'habitude, il ne partait pas par là.
14:37Il n'habitait pas dans la direction qu'il a prise.
14:41Mais je me suis simplement demandé où il allait, et je ne me suis pas inquiétée de le voir partir
14:46par là.
14:48Pourquoi je ne suis pas allée le voir ?
14:53J'aurais pu lui demander où il allait.
14:55Parce que si je l'avais fait, j'aurais peut-être compris qu'il se tramait quelque chose.
15:03Est-ce que cette pensée vous a travaillé pendant longtemps ?
15:08Oui.
15:13Mais ni Kim ni personne n'auraient pu prévoir ce qui allait se passer ensuite.
15:24Joe Gilling a ignoré le conseil de sa professeure,
15:27et a suivi Michael Emmer chez lui.
15:37Cet adolescent était constamment tyrannisé à l'école.
15:41Il avait une vie de famille compliquée.
15:43Il ne savait pas très bien qui il était.
15:46Les autres élèves le dominaient,
15:49et ils ne pouvaient rien faire pour se défendre.
15:51Voilà en gros le contexte dans lequel il est passé à l'acte.
15:55C'est peut-être ce qui explique qu'il ait eu envie à son tour de dominer quelqu'un de
15:59plus jeune,
15:59pour lui faire subir ce que lui endurait.
16:04Nous ne saurons jamais pourquoi Joe a suivi Michael chez lui.
16:07Mais sa maison deviendra la scène de crime du meurtre de ce garçon de 11 ans.
16:13Ils sont arrivés chez Michael à 16h15,
16:16et sa mère était censée arriver à 16h30.
16:19En fait, à 16h30, il était déjà mort.
16:23On apprendra plus tard que Michael a fait des avances à Joe
16:26et que celui-ci l'a repoussé.
16:30Joe lui aurait dit « mettez au mot »,
16:32puis il aurait ajouté qu'il le dirait à tout le monde au collège le lendemain.
16:38Furieux, humilié et terrifié à l'idée que les autres élèves apprennent ce qui s'est passé,
16:42Michael craque et s'empare d'une poêle.
16:46Il l'a frappé tellement fort que le manche de la poêle s'est cassé.
16:49Ensuite, il a descendu les escaliers en courant,
16:52a saisi deux couteaux de cuisine et est remonté.
16:54Et il a poignardé Joe frénétiquement, 16 fois au total.
17:00Dans cette affaire, le meurtrier aurait pu s'arrêter.
17:04Pendant l'aller-retour dans les escaliers,
17:05il aurait pu se dire « non, je n'irai pas plus loin ».
17:09Mais il a décidé de remonter et de finir ce qu'il avait commencé.
17:17La plupart des gens qui commettent un meurtre sont horrifiés quand ils prennent conscience des conséquences de leur acte,
17:23d'avoir ôté la vie.
17:26Ils se sentent tellement mal qu'ils n'arrivent plus à réfléchir.
17:30Certains sont choqués et se mettent à paniquer.
17:33Mais Michael a agi avec calme et détachement.
17:37Parce qu'il ne s'est pas dit « oh mon Dieu, je viens de tuer quelqu'un ».
17:42Lui a vu un problème auquel il devait trouver une solution.
17:45Le corps du garçon était dans sa maison, il fallait qu'il s'en débarrasse.
17:49Alors il l'a mis dans la poubelle pour pouvoir le sortir.
17:55Il a traîné Joe dans les escaliers et il l'a mis dans une poubelle qui avait des petits trous.
18:02Ensuite il l'a sorti de la maison et s'est dirigé vers le parc.
18:07Il a emprunté des petites rues et des ruelles.
18:11La mère de Joe était censée venir le chercher à 16h30.
18:16Mais à ce moment-là, son corps a été transporté dans le parc,
18:19puis abandonné dans un fossé, dans une zone boisée.
18:33Michael a tué sauvagement le petit Joe et a dissimulé son corps à Whitehead Park.
18:39Mais a-t-il prémédité son acte ou a-t-il cédé à un accès de rage ?
18:46Il a réfléchi à la façon dont il allait pouvoir l'attirer chez lui.
18:50On a affaire à quelqu'un qui ne connaît pas les normes sociales.
18:53Il veut que ce garçon vienne chez lui pour pouvoir lui faire des avances.
18:57Mais il ne sait pas comment approcher ce garçon d'une façon qui serait socialement acceptable.
19:02C'est pour ça qu'il a mis au point ce stratagème.
19:06Mais il a été rejeté et a réagi d'une façon totalement disproportionnée.
19:13Il y a une théorie qui dit qu'au cours de l'adolescence,
19:16le système limbique, la partie du cerveau qui gère les émotions,
19:19est arrivé à maturité et est très actif.
19:22Il est en ébullition, en quelque sorte,
19:24alors que le lobe frontal, lui, ne s'est pas encore entièrement développé.
19:27Donc il ne peut pas le contrôler.
19:29Freiner ses pulsions.
19:30Exactement.
19:30Il n'est pas capable de contrôler les émotions
19:32et un adolescent peut avoir un comportement dangereux et impulsif.
19:37En termes de préméditation, il ne peut s'agir que de quelques secondes.
19:41L'intention de faire du mal à quelqu'un
19:43n'a pas nécessairement besoin d'être apparu des jours ou des semaines auparavant.
19:46Ça peut arriver sur le moment.
19:51Quand, à 17h30, Joe n'est toujours pas rentré de l'école,
19:55ses parents préviennent la police.
19:57D'importantes recherches sont immédiatement lancées à Burry
19:59pour retrouver le jeune garçon.
20:07Il y avait quatre agents de police de la brigade synophile
20:11avec leurs chiens et deux chiens de l'équipe de recherche
20:16et de sauvetage en montagne.
20:19Il y avait également des membres de la famille et des voisins.
20:24Des habitants de la région étaient aussi présents.
20:27Ils ne connaissaient pas forcément la famille,
20:30mais ils ont eu envie d'aider à retrouver Joe.
20:33C'était très inhabituel qu'on soit appelé en renfort
20:36pour rechercher un garçon de 11 ans.
20:39J'ai des enfants, alors je pouvais me mettre à la place de sa famille
20:42et comprendre ce qu'elle endurait.
20:45Mais tout le monde ressentait la même chose.
20:47On voulait tous retrouver Joe et le retrouver vivant.
20:52Après s'être débarrassé de Joe,
20:54Michael retourne chez lui sur la scène de crime.
20:58Il y avait du sang du petit garçon partout,
21:01dans la chambre, dans les escaliers, sur le tapis.
21:04Il fallait tout nettoyer.
21:06Il avait une heure et demie pour tout faire disparaître
21:08avant que sa mère rentre.
21:11Alors il s'y est mis tout de suite.
21:14Quand sa mère est arrivée,
21:16elle a remarqué une tache rouge sur le tapis
21:18et elle a demandé à son fils ce que c'était.
21:20Il a simplement répondu que son stylo rouge avait fui.
21:25Ça a été son explication.
21:28Alors que la nuit tombe et que la température chute,
21:31Joe n'a toujours pas été retrouvé.
21:36C'est le genre de mission qui nous ébranle,
21:38qui nous marque.
21:40Quand la victime est aussi jeune,
21:42on tient absolument à la retrouver vivante.
21:46Et c'est frustrant de chercher en vain pendant des heures.
21:52C'est une affaire très troublante.
21:54Parce que même si son geste n'était pas prémédité,
21:56il a réussi à ne pas perdre son sang-froid
21:58après l'avoir tué.
22:00Il a menti à sa mère et à tout le monde.
22:03Face à une telle attitude,
22:05on est déconcerté et on se pose beaucoup de questions.
22:08Il est difficile de savoir s'il a une personnalité psychopathique,
22:12mais c'est vrai que dans l'ensemble,
22:14il n'a pas montré de remords.
22:19Un peu plus tard,
22:20il a pris un bain,
22:22certainement pour se débarrasser
22:23des dernières gouttes du sang de Joe.
22:27Après, il a terminé ses devoirs
22:30qui, ironiquement, portaient sur les dix commandements.
22:33Le sixième étant,
22:34« Tu ne tueras point ».
22:42Le 1er mars 2006,
22:44alors que la nuit tombe sur la petite ville de Burry,
22:47des centaines de personnes sont à la recherche
22:49de Joe Gilling, 11 ans.
22:51Il a disparu après l'école.
22:56L'un des éléments qui a rendu ces recherches inhabituelles,
23:00c'est l'implication des services de secours
23:02et des pompiers de Manchester.
23:03En particulier, la brigade de pompiers de Burry.
23:07C'était exceptionnel.
23:09En fait, c'était même inédit.
23:12Ils y ont participé
23:13parce que parmi la brigade de pompiers de Burry,
23:17il y avait des membres de la famille
23:19de Joe Gilling,
23:21l'enfant qui avait disparu.
23:27Je crois que dès le début,
23:29il y a eu un sentiment d'urgence,
23:30aussi bien dans sa famille
23:31que dans la communauté.
23:33ils avaient conscience
23:34qu'il fallait retrouver Joe
23:35le plus rapidement possible.
23:37Les nuits étaient très froides.
23:40Et s'il avait été séquestré,
23:41enlevé, fait un malaise,
23:43il fallait le retrouver au plus tôt.
23:45C'était un jeune garçon à la santé fragile
23:48et c'était l'hiver.
23:53Alors que les recherches se poursuivent,
23:55Michael Hammer se trouve dans sa chambre,
23:57occupé à faire ses devoirs.
23:59Puis, il se met tranquillement au lit,
24:02toujours dans cette même chambre
24:03où seulement quelques heures auparavant,
24:05il a tué Joe Gilling.
24:10Il était sur pilote automatique.
24:12Il a suivi sa routine
24:14parce qu'il n'a aucune réaction émotionnelle
24:16après son passage à l'acte.
24:17Il a été confronté à un problème,
24:19la présence d'un cadavre chez lui
24:21et il s'en est débarrassé.
24:22Il a donc réglé le problème
24:23et tout est rentré dans l'ordre.
24:28On a cherché jusqu'à 3 heures du matin
24:30puis on nous a dit de rentrer chez nous
24:32pour dormir un peu.
24:35En fait, de nombreux membres
24:37de l'équipe de recherche, comme moi,
24:38avaient travaillé toute la journée
24:40puis cherchaient le garçon
24:41pendant toute la nuit.
24:43Ce qui m'a le plus marqué,
24:44c'est cette détermination à le retrouver.
24:49Mais ils ne retrouveront pas Joe vivant.
24:52Il a été tué par Michael Hammer
24:54qui a dissimulé son corps
24:56sous des branches et des coussins abandonnés
24:58dans Whitehead Park.
25:03Le lendemain, le jeudi 2 mars,
25:06Michael part à l'école
25:07comme s'il ne s'était rien passé.
25:09Il arrive à l'heure
25:10pour la première sonnerie.
25:15Le lendemain, en classe,
25:17il y avait une affiche
25:18avec la photo de Joe
25:19et en dessous, il était écrit
25:20« Avez-vous vu Joe Geeling ? »
25:24Je me suis dit
25:26« Oui, je le connais, je l'ai vu. »
25:29Alors j'ai levé la main et j'ai dit
25:31« Je le connais, je rentre de l'école avec lui. »
25:35Du coup, mon professeur m'a dit
25:37« Il faut que tu ailles voir le proviseur
25:39pour lui en parler. »
25:41Donc je me suis rendue jusqu'à son bureau
25:45et j'ai attendu dans le couloir
25:47et j'ai attendu dans le couloir
25:48de pouvoir lui parler.
25:51Michael et meurs étaient assis à côté de moi
25:54et il attendait aussi
25:55pour voir le proviseur.
25:57« Qu'est-ce que vous vous êtes dit ? »
26:00À ce moment-là, je n'ai rien pensé de spécial.
26:02Mais Michael m'a parlé
26:04et il m'a dit
26:04« Est-ce que tu as vu Joe hier soir ? »
26:10Et encore aujourd'hui,
26:12ça me donne la chair de poule.
26:13Je lui ai répondu
26:14« Oui, et toi ? »
26:15Et il a dit « Oui. »
26:19Le fait de lui avoir parlé
26:21à ce moment-là,
26:24quand il m'a adressé la parole,
26:26son visage ne laissait transparaître
26:27absolument aucune émotion.
26:31Alors qu'il avait tué quelqu'un la veille,
26:34ça me fait froid dans le dos.
26:37Ça me travaille toujours.
26:39Je n'ai pas encore réussi à l'oublier.
26:50Pensait-il avoir dupé tout le monde ?
26:52Je ne sais pas s'il était aussi perfide.
26:55Il vivait plutôt dans le moment présent.
26:57Il a dû se dire « Jusqu'ici, tout va bien. »
26:59Il ne pensait pas aux conséquences de ses actes,
27:01à la douleur des proches de Joe.
27:03Il avait fait ce qu'il avait fait,
27:04c'était du passé.
27:05Maintenant, il fallait avancer.
27:10C'est cette même matinée
27:11que les recherches de Joe prennent fin.
27:16On venait d'arriver sur le site
27:17quand on a reçu plusieurs messages urgents
27:19sur nos beepers.
27:21Et je me souviens de l'un de ces messages
27:23qui disait de faire attention
27:24à ce qu'on disait à la radio.
27:27La famille se tenait au courant.
27:29Elle était présente.
27:31Alors elle pouvait entendre nos échanges.
27:34Il y a eu comme un silence radio.
27:38Puis on nous a ordonné d'arrêter les recherches.
27:43On a tous compris qu'il y avait du nouveau.
27:46Que le garçon avait dû être retrouvé.
27:48Et que les nouvelles étaient mauvaises.
27:52Et c'est comme si une chape de plomb
27:55s'était abattue sur toutes les personnes présentes.
27:57Les secouristes sauveteurs,
27:59les pompiers,
28:00et surtout la famille.
28:05A 10h30,
28:07un chien de la brigade Sinophil
28:09trouve le corps de Joe Gilling
28:10dans Whitehead Park.
28:12A peine une heure plus tard,
28:14la police vient chercher Michael au collège
28:16pour le conduire au poste de police
28:18en vue d'un interrogatoire.
28:19Il est soupçonné du meurtre
28:21de son camarade d'école.
28:27Même si Michael Emmer
28:28était leur principal suspect,
28:30il était très calme.
28:31Calme quand ils lui posaient des questions.
28:33Calme quand ils sont allés le chercher au collège.
28:36Il a tout nié en bloc
28:38jusqu'à 22h30.
28:42Là, son avocat a appelé la police
28:44pour dire que son client
28:45avait envie de parler.
28:46Et il a tout avoué.
28:50Après son arrestation,
28:52il n'a pas tenu très longtemps
28:53avant de passer aux aveux
28:55et de reconnaître le meurtre.
28:57Les preuves qu'ils avaient recueillies
28:58étaient de toute façon
29:00très compromettantes.
29:02En revanche,
29:03il y a un élément
29:03qu'il n'a pas reconnu.
29:05C'est la dimension sexuelle.
29:07Il n'a pas du tout été honnête là-dessus.
29:09Cet aspect,
29:10les enquêteurs l'ont découvert
29:12plus tard chez lui
29:13grâce à une lettre
29:14qu'il avait écrite
29:15puis gribouillée
29:16et déchirée.
29:19Durant la fouille
29:20de la chambre de Michael,
29:21la police découvre
29:22la lettre au-dessus d'une armoire.
29:24Celle-ci évoque son désir
29:26d'avoir des relations sexuelles
29:27avec Joe.
29:29Toute la communauté
29:31est profondément choquée
29:32par le meurtre de Joe.
29:34Ce garçon enjoué
29:35et plein de vie
29:36a été tué par un adolescent
29:37à peine plus âgé que lui.
29:40Burry est envahi
29:41par les journalistes.
29:45Ça a attiré les médias
29:46mais il y avait aussi
29:47un sentiment d'impuissance.
29:49Comment un tel drame
29:50avait-il pu se produire ?
29:52Dans ce contexte,
29:53c'était normal
29:53que les habitants
29:54soient en colère.
29:55Et puis comment la famille
29:56Gilling pouvait accepter
29:58une telle horreur ?
29:58Comment un parent
29:59peut-il comprendre
30:00que son enfant meurt
30:01dans ces circonstances ?
30:02C'est tout simplement
30:03inconcevable.
30:08C'était une famille
30:10très unie.
30:11Ses parents l'adoraient
30:12et son petit frère
30:12était en admiration
30:14devant lui.
30:15Ils ne verront plus jamais
30:16cette lueur
30:16dans les yeux
30:17de leur enfant.
30:19Son père disait
30:20d'ailleurs de lui
30:21qu'il vivait sa vie
30:22à 100 à l'heure.
30:25C'est vraiment tragique.
30:27Ce dont je me souviens
30:29plus particulièrement
30:30c'est à quel point
30:31ces nuits étaient froides.
30:33Et pour ajouter
30:34à la douleur des parents
30:35pour permettre
30:35à la police scientifique
30:36de faire son travail,
30:38le corps de Joe
30:39est resté là
30:40où il était
30:40deux nuits de plus.
30:42Pour les parents,
30:43ça a été une épreuve
30:43supplémentaire à surmonter.
30:45C'était terrible.
31:08Quand avez-vous appris
31:10la nouvelle tragique
31:11de la mort de Joe ?
31:14Je crois que c'était
31:16le vendredi,
31:19deux jours après sa disparition.
31:22Je regardais les informations
31:24à la maison.
31:26À la télévision,
31:27ils ont confirmé son décès.
31:30C'était horrible.
31:35Le samedi 4 mars 2006,
31:38Michael Emmer
31:39est inculpé
31:39du meurtre
31:40de Joe Gilling.
31:42Le procès
31:43est prévu
31:43pour le mois d'octobre.
31:47En vue du procès,
31:49des psychologues
31:49s'entretiennent
31:50avec l'accusé
31:51pour essayer
31:52de découvrir
31:52ce qu'il s'est passé
31:53dans l'esprit
31:54de cet adolescent
31:55de 14 ans.
31:59Il n'était pas
32:00particulièrement intelligent
32:02et souffrait
32:02de plusieurs problèmes
32:03comme l'isolement
32:04et le harcèlement
32:05à l'école.
32:06Et il n'arrivait pas
32:07à nouer de relations
32:08avec les gens.
32:10On lui a diagnostiqué
32:11un trouble
32:12de l'adaptation.
32:15Un trouble
32:16implique
32:16qu'un comportement
32:17est en dehors
32:18de la norme
32:18ou qu'il est suffisamment grave
32:20pour avoir
32:20des répercussions
32:21très néfastes.
32:22Mais je dois dire
32:23que le trouble
32:24de l'adaptation
32:25est beaucoup plus flou
32:27que d'autres maladies
32:28ou diagnostics
32:29que l'on peut poser
32:32comme la psychose,
32:34l'autisme
32:35ou la psychopathie.
32:41L'enterrement
32:42du petit Jogeling
32:43a lieu le vendredi
32:4531 mars 2006.
32:48Toute la ville
32:49de Burry
32:49est unie
32:50dans le chagrin.
32:57Le cercueil
32:58a été transporté
32:59jusqu'au collège
33:00juste avant
33:01l'enterrement.
33:03Tous les élèves
33:05se sont alignés
33:05devant l'école
33:08et le cercueil
33:10est arrivé.
33:11Il était
33:12tellement petit.
33:15Plusieurs hommes
33:16le portaient.
33:17On a tous
33:18lâché nos ballons
33:19dans les airs
33:20pendant que le petit
33:20cercueil
33:21passait devant nous.
33:25après
33:25ils ont fait
33:26demi-tour
33:26pour retourner
33:27à l'église.
33:29C'était
33:29tellement triste.
33:33Ce cercueil
33:34était tellement petit.
33:36Je n'arrive pas
33:37à m'enlever
33:37cette image
33:38de la tête.
33:39C'était horrible.
33:48ça a été
33:49une période
33:50très difficile
33:51à vivre.
33:52Il m'a fallu
33:52plusieurs mois
33:53pour m'en remettre.
33:57Comme tout le monde
33:58je pense.
33:59Quel était
34:00le sentiment général
34:01au collège ?
34:03C'était bizarre.
34:05C'était horrible.
34:07Mais
34:09à Saint-Gabriel
34:10c'était le collège
34:11où on allait.
34:13Le personnel
34:13et les professeurs
34:14nous ont beaucoup soutenus.
34:16Ils ont été là pour nous.
34:17Ils ont été géniaux.
34:19Vraiment.
34:22Le procès
34:23s'ouvre
34:24le 16 octobre 2006.
34:29D'après mes souvenirs
34:30c'est certainement
34:31la personne
34:31la plus jeune
34:32que j'ai poursuivi
34:33pour meurtre.
34:34Mais ce n'est pas
34:35pour ça
34:35que c'est une affaire
34:36que je n'oublierai jamais.
34:37C'est aussi
34:38l'une des plus
34:39bouleversantes
34:39de ma carrière.
34:42La raison
34:43c'est que
34:43Joe était un garçon
34:44vulnérable.
34:46C'était un enfant
34:46adorable
34:47qui se battait
34:47contre la mucoviscidose
34:49dont il était atteint.
34:50Même si je suis
34:51un magistrat
34:52en tant qu'être humain
34:53ce dossier
34:54m'a vraiment
34:55ébranlé.
35:00En octobre 2006
35:02Michael Emmer
35:0314 ans
35:04est jugé
35:05pour le meurtre
35:05de Joe Gilling
35:06un camarade d'école.
35:09Alistair Webster
35:10est le procureur
35:11en charge
35:11de l'affaire.
35:13Il y a
35:14beaucoup d'appréhension
35:15quand on juge
35:16ce genre d'affaires.
35:18Il y a
35:19une grande tension
35:19nerveuse
35:20dans le tribunal
35:21parce que c'est
35:22un événement
35:23très important
35:23pour beaucoup de gens.
35:25par exemple
35:26on sait
35:26que les familles
35:27des victimes
35:27vont entendre
35:28des choses
35:29qui provoqueront
35:30leur haine
35:30et leur désir
35:31de vengeance
35:32et c'est beaucoup
35:33leur demander
35:33d'arriver
35:34à se contenir.
35:35Mais la famille
35:36Gilling
35:36s'est montrée
35:37incroyablement digne
35:38et a très bien
35:39géré ses émotions
35:40pendant le procès.
35:43J'ai assisté
35:44au procès
35:44et ce qui m'a
35:45le plus marqué
35:46c'est la dignité
35:47dont a fait preuve
35:48la famille
35:48de Joe Gilling.
35:50Vu ce qu'ils enduraient
35:51c'était extraordinaire.
35:53Tout le monde
35:53s'accorde à dire
35:54qu'ils ont vraiment
35:55été d'un calme
35:55et d'une dignité
35:56remarquable.
35:59Le premier jour
36:00du procès
36:01le lundi 16 octobre
36:02Michael Emmer
36:04plaide coupable
36:04du meurtre
36:05de Joe Gilling
36:0611 ans.
36:09Dans notre système
36:10judiciaire
36:11on ne prend pas
36:12uniquement l'acte
36:12en compte
36:13on s'intéresse aussi
36:14à la responsabilité
36:15mentale
36:15de l'accusé.
36:16Quand on est face
36:17à un meurtre
36:17aussi déconcertant
36:18parce que le coupable
36:19est jeune
36:20et que sa victime
36:21était particulièrement
36:22vulnérable on se demande
36:23comment une telle tragédie
36:25a pu se produire.
36:26Inévitablement la défense
36:28allait vouloir explorer
36:28les capacités
36:29et l'état mental
36:30de l'accusé.
36:31Dans ce dossier
36:32Michael Emmer
36:34était un adolescent
36:35solitaire et isolé.
36:36Il était socialement
36:37inadapté.
36:39Il était victime
36:40de harcèlement
36:40à l'école
36:41et donc certains aspects
36:42devaient être examinés.
36:45Mais le rapport psychiatrique
36:46a conclu
36:47qu'il n'était pas fou
36:48et qu'il n'avait pas
36:49une responsabilité
36:50diminuée.
36:52Même s'il souffrait
36:53de troubles
36:53de la personnalité
36:54il était apte
36:56à être jugé
36:56et condamné.
36:59Michael Emmer
37:00est condamné
37:00à perpétuité
37:01avec une peine
37:02minimale
37:02d'emprisonnement
37:03de 12 ans.
37:05Cette sentence
37:06provoque la colère
37:07des parents
37:07de Joe Gilling.
37:10Immédiatement
37:10après la condamnation
37:11j'ai informé
37:12monsieur et madame
37:13Gilling
37:13et le ministère public
37:14que selon moi
37:15la sentence
37:17était trop légère.
37:19Il fallait
37:19qu'on étudie
37:20de nouveau
37:21le dossier
37:21et qu'on le soumette
37:23à la cour d'appel
37:23par l'intermédiaire
37:24du procureur général.
37:27C'est ce que j'ai conseillé
37:29et c'est ce qui s'est passé.
37:33La cour d'appel
37:34décide d'allonger
37:35sa peine minimale
37:36qui passe à 15 ans.
37:41Malcolm,
37:42Michael Emmer
37:43était un solitaire.
37:45Est-ce que ce drame
37:46aurait pu être évité ?
37:48Je vais être franc.
37:50Oui, cela aurait pu être évité.
37:52Ce genre de cas
37:53n'est pas sans précédent.
37:57Il y a des jeunes gens
37:58qui ont déjà commis
37:59de tels actes
38:00et des enfants
38:01en sont morts.
38:02Un examen sérieux
38:04du dossier
38:05devrait étudier
38:06la façon
38:06dont les différents organismes
38:08qui se sont occupés
38:09de Michael
38:09ont géré son cas.
38:11Est-ce qu'ils le connaissaient
38:13vraiment ?
38:13Que savait-il de lui
38:15à cette époque ?
38:18Ils n'ont pas accordé
38:19assez d'attention
38:20à cet adolescent
38:20et à ses besoins.
38:21Et la conséquence,
38:23c'est qu'un enfant
38:23a perdu la vie
38:24de la plus horrible
38:25des façons.
38:27Il pourrait être libéré
38:28en 2021.
38:29Quelqu'un comme lui
38:30peut-il se réinsérer ?
38:32Oui, il peut se réinsérer
38:34si les institutions
38:35s'en occupent correctement.
38:38Est-ce que ces cas difficiles
38:39devraient être réinsérés ?
38:40Oui, absolument.
38:42C'est pour ça
38:43que la société
38:44doit se donner
38:44les moyens
38:45de les aider
38:46du mieux qu'elle peut.
38:47Ce sont des enfants
38:47qui ont commis
38:48les crimes les plus graves
38:49et ils finiront
38:50par sortir
38:50un jour de prison.
38:52Alors,
38:53on doit être vigilant
38:54et proactif.
38:55Ils doivent ressortir
38:56moins dangereux
38:57qu'ils ne l'étaient
38:57en arrivant.
38:58Pas davantage.
39:00Il faut s'assurer
39:01que s'ils retrouvent
39:02la liberté
39:02et emménagent
39:03à côté de chez moi
39:04ou de chez vous,
39:05ils se conduiront bien,
39:06qu'ils ne représenteront
39:08plus un danger
39:08et qu'ils ne récidivront pas.
39:13Presque 15 années
39:14se sont écoulées
39:15depuis le meurtre
39:15de Joe Gilling
39:17et une question demeure.
39:19Pourquoi Michael Hammer
39:20l'a-t-il tué ?
39:22Malheureusement,
39:23beaucoup d'enfants
39:23sont harcelés à l'école
39:24mais peu réagissent
39:25de cette façon.
39:26Là, cet adolescent
39:27voulait explorer sa sexualité
39:29et son stratagème
39:30s'est soldé par un rejet
39:31et par la peur
39:32d'être démasqué.
39:33Mais le calme
39:34avec lequel
39:35il s'est débarrassé
39:36du corps
39:36et tout ce qu'il a fait
39:37après fait vraiment
39:38froid dans le dos.
39:39Tout à fait.
39:44Ce dont je n'arrive pas
39:45à me défaire
39:46dans cette histoire
39:47et que les policiers
39:48et les journalistes
39:49qui ont couvert l'affaire
39:50ont aussi ressenti,
39:51c'est cet immense
39:52sentiment d'injustice.
39:54Ce garçon adorable
39:55ne méritait pas de mourir.
39:56Il avait tellement
39:57de choses à accomplir.
40:04Quel est le meilleur
40:05souvenir que vous gardez
40:07de lui ?
40:08Rentrer de l'école
40:09avec lui.
40:11Rire avec lui.
40:13Oui.
40:14Je n'oublierai jamais
40:15ces moments partagés.
40:18Vous aimeriez refaire
40:20ce chemin avec lui ?
40:21J'adorerais.
40:23Vraiment.
40:39M. et Mme Gilling
40:40ont été remarquables.
40:42Ils ont entrepris
40:43des actions très positives.
40:44Ils ont créé
40:45une association caritative
40:46et ont recueilli
40:47des dons en mémoire
40:48de Joe.
40:48Mais pour eux,
40:50ce sera extrêmement difficile
40:51quand on leur dira
40:53que le meurtrier
40:53de leur fils
40:54va sortir de prison.
40:56Si ça arrive, bien sûr.
40:57Ils doivent vivre
40:58avec ça
40:58pour le reste de leur vie.
41:08Pour bénéficier
41:09d'une libération conditionnelle,
41:11il faut avoir exprimé
41:11des remords.
41:12Et pour regretter,
41:13il faut avoir
41:13une réaction émotionnelle.
41:15Si vous ne ressentez rien,
41:16ça devient incroyablement difficile.
41:18Tant que vous ne regrettez
41:19pas votre geste,
41:21vous ne pouvez pas
41:22être libéré.
41:24Il est certain
41:25que Michael Hammer
41:26n'a pas eu
41:27une enfance heureuse.
41:28Le départ de son père
41:30et le rejet
41:30des enfants de son âge
41:31l'ont profondément affecté
41:33en grandissant.
41:35Il était persécuté
41:37et est devenu persécuteur.
41:39Aux prises
41:39avec ses émotions
41:40d'adolescent
41:41et ses désirs sexuels,
41:42ce dernier rejet
41:43l'a fait basculer
41:44et a scellé son destin.
41:47On ne saura jamais
41:48si Michael Hammer
41:49a tué Joe Gilling
41:50parce qu'il voulait
41:51être lui
41:52ou être avec lui.
41:54C'était peut-être
41:55une combinaison des deux.
41:57Dans tous les cas,
41:58son obsession
41:59pour ce garçon
42:00de 11 ans
42:00a mené
42:01à un meurtre violent
42:02et en fin de compte,
42:03la vie d'un enfant
42:04a été brisée
42:05et la vie d'un autre
42:06a été gâchée.
42:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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