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  • il y a 2 jours
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00:13Même s'il est évident que tout le monde a souffert, on vient du Sud.
00:23Et il y a une vieille expression du Sud qui dit « Les hommes pleurent dans le noir ».
00:31C'est comme ça. On n'en a jamais parlé. C'est pareil avec Patty. Elle n'a jamais vraiment
00:40exprimé ce que ça lui avait fait.
00:48J'ai essayé de ne plus y penser, d'oublier. Et c'est ce que j'ai fait. J'avais
00:55pas le choix.
00:58C'était plus simple de ne pas y penser, de faire comme si de rien n'était. Sinon, c'était
01:05trop dur.
01:15Je sais le mal qu'il a fait. Mais j'ai jamais compris pourquoi il avait fait ça.
01:24Il avait ça en lui-même.
01:28En fait, mon frère a fait des choses tellement horribles, tellement terribles, que ça me bouleverse.
01:44Le mal laisse des traces.
01:48On ne peut pas regarder le mal dans les yeux sans qu'il vous regarde au ciel.
02:00Sous-titrage Société Radio-Canada
02:37Cette photo a été prise à Scottsmoor, en Floride.
02:42Je suis à gauche, Gene est au milieu et Patty est à droite.
02:47Dans la fratrie, Gene est l'aîné. Je suis né un an après lui.
02:53Patty est né un an après moi.
02:55Et notre petit frère est arrivé cinq ans après.
03:01Je vois le sourire de ma sœur.
03:04Elle a un grand sourire.
03:07Tout comme Gene.
03:10J'ai toujours été proche de Gene.
03:12Il était toujours là pour moi.
03:15J'avais entièrement confiance en lui.
03:18Et je l'aimais énormément.
03:25Je regarde cette photo de Gene.
03:29Il ressemble à un ange.
03:33C'est difficile d'imaginer que le petit garçon que je vois là a fait des choses immondes.
03:40Des choses choquantes.
03:42Je veux comprendre pourquoi il a fait ça.
04:07On habitait dans une petite ville à la campagne.
04:12Quand on est arrivé, il y avait carrément une pompe à eau dans le jardin.
04:21Une pompe manuelle.
04:23C'est-à-dire que cette eau était accessible.
04:27Un jour, c'était une journée comme une autre, ma mère était contrariée.
04:34Elle avait retrouvé des baies de palmiers dans le puits.
04:37Elle pensait qu'elles étaient empoisonnées.
04:44J'adore ma mère et j'adore mon père.
04:47Mais ils n'étaient pas très bons en tant que parents.
04:51Leur solution à chaque fois qu'ils avaient un problème de discipline avec un de leurs enfants
04:56était de le frapper avec un fouet, une ceinture ou à main nue.
05:02Et cet incident l'avait vraiment mis hors d'elle.
05:12Alors, elle nous a expliqué.
05:14Je vais prendre le fouet et je vais vous frapper avec.
05:19Jusqu'à ce que l'un d'entre vous me dise qui a fait ça.
05:27Alors, l'un après l'autre, elle nous a fouetté.
05:37Et Gene a dit à ma sœur, je sais que c'est toi.
05:41Dis-le.
05:47Il pensait que je ne serais pas punie autant qu'eux, parce que j'étais une fille.
05:53Mais je lui ai dit que je n'avouerais rien, parce que je n'avais rien fait.
06:02Jean voulait la faire avouer, alors que c'était lui qui avait mis les baies dans le buis.
06:14Et finalement, Gene a dit...
06:21C'est moi.
06:27C'est moi qui ai mis les baies dans le buis.
06:33À ce moment-là, c'était terminé.
06:37Tout ce que ma mère voulait, c'était des aveux.
06:41Je lui en ai voulu.
06:44Parce qu'il m'avait déçu en tant que grand frère.
06:48J'aurais voulu qu'il me protège.
06:52Mais quand je regardais mon frère, quand on était enfant,
06:55je ne voyais pas quelqu'un de méchant.
07:10Quand on était enfant,
07:13on avait des jeux violents.
07:16Parce qu'on avait une éducation violente.
07:20La violence faisait partie de notre quotidien.
07:24Quand on s'ennuyait, on finissait par jouer au jeu des oreillers.
07:28Et on était tout contents.
07:31On adorait ça.
07:33On prenait tous les draps, les oreillers et les couettes,
07:37et on les mettait tous sur un lit.
07:41Ensuite, on se glissait sous cette énorme pile d'oreillers et de draps,
07:46pendant que l'un d'entre nous restait dehors.
07:52En général, c'était Gene qui restait à l'extérieur.
07:56Il voulait être le responsable.
08:01Donc, il prenait une ceinture,
08:04et il frappait la pile avec.
08:06C'était plutôt amusant.
08:19Mais il repérait une partie plus fine entre les oreillers et les couettes,
08:24et il voyait qu'on était juste en dessous des draps.
08:29Et à ce moment-là,
08:31il frappait de toutes ses forces.
08:36Et ça faisait un mal fou.
08:40C'était douloureux.
08:43En termes de violence, Gene était toujours un cran au-dessus.
08:49Même quand on était enfant,
08:51on a toujours su que Gene était au niveau supérieur.
08:55De ce point de vue,
08:56il a toujours été différent.
09:10Notre maison était le point de ralliement des autres enfants.
09:16Ils venaient tous chez nous pour s'amuser.
09:20Et de tous les jeux un peu fous auxquels on jouait,
09:24dès qu'on faisait quelque chose,
09:26c'était Gene qui inventait les règles.
09:29Il y avait une petite fille qui habitait dans notre rue.
09:32Elle jouait avec Gene.
09:35Ils étaient dans un placard,
09:37et ils jouaient à un jeu qui s'appelait
09:39Tuer la sorcière.
09:42Au cours du jeu,
09:43mon frère mettait ses mains
09:45autour du cou de la petite
09:47pour l'étrangler.
09:48Il faisait semblant de tuer la sorcière.
09:57Personne ne trouvait ça bizarre.
09:59On était juste des enfants
10:01qui s'amusaient dans la maison.
10:06Et je suis sûr qu'après avoir fini
10:08de jouer à ça avec Gene,
10:11deux secondes plus tard,
10:13elle allait dans la chambre
10:14pour jouer à la poupée avec ma soeur.
10:20Mais des années plus tard,
10:23mon frère m'a expliqué
10:24que quand il faisait semblant
10:25de l'étrangler,
10:26il ressentait une immense sensation
10:29de plaisir.
10:31Presque de l'excitation.
10:33En tant qu'adulte,
10:35quand on entend ça,
10:37ça interpelle.
10:38C'est dangereux et inquiétant
10:41à un point qui est même difficile
10:42à concevoir.
10:43Vu comme il en parlait,
10:45Gene savait ce que ça voulait dire.
10:48Ça faisait de lui
10:51un monstre.
10:53Et il le savait.
10:55Il l'avait compris.
11:13Un jour, je cherchais des affaires
11:15et au fond du placard,
11:18cette chose était cachée.
11:20Mon frère n'était pas Hannibal Lecter,
11:23mais il n'en était pas loin.
11:31Mon frère n'était pas Hannibal Lecter,
11:33mais il était fasciné par la mort
11:35et la décomposition.
11:41Un jour, on a vu un animal
11:45qui avait été heurté par une voiture.
11:49Il souffrait.
11:53C'était terrible.
11:55Je ne savais pas comment réagir.
11:59J'étais perdu.
12:04Mon frère Gene
12:06s'est approché de l'animal.
12:13Il l'a pris par les pattes arrière,
12:15il l'a soulevé au-dessus de sa tête
12:17et l'a fracassé contre le sol
12:20plusieurs fois,
12:21jusqu'à ce qu'il meure.
12:23La façon dont il a tué cette bête
12:25était tellement violente
12:27que je n'en revenais pas.
12:31Je ne le quittais pas des yeux.
12:34J'étais choqué
12:35par ce que j'étais en train de voir.
12:38Et puis, il l'a jeté
12:39sur le bas-côté.
12:46On n'a rien dit.
12:51Gene est resté stoïque.
12:55Aucune émotion.
12:57Et on est partis en silence.
13:01On n'a jamais...
13:05On n'en a jamais reparlé.
13:25Un jour, au lycée,
13:27un ami commun
13:30de Gene et moi
13:31m'a demandé
13:32de lui rendre un service.
13:40Il m'a dit
13:41« Ton frère a acheté mon âme
13:44et je veux la récupérer. »
13:52Alors, je lui ai dit
13:55« Comment ça Gene a acheté ton âme ? »
14:01Et il m'a dit
14:02qu'il discutait avec Gene
14:04et que Gene lui avait demandé
14:06s'il croyait avoir une âme.
14:10Et il avait répondu
14:11« Non, l'âme n'existe pas. »
14:15Alors, mon frère lui a dit
14:16« Donc, si tu n'y crois pas,
14:18tu ne verras pas d'inconvénient
14:19à me la vendre. »
14:22Ensuite, il a rédigé un contrat
14:25que le jeune homme a signé
14:29pour lui vendre son âme.
14:32Juste le faire, OK ?
14:34OK, bien sûr.
14:36Merci.
14:41Je pensais
14:43qu'il s'était simplement moqué de lui.
14:48Mais plus j'en apprenais,
14:50plus c'était tordu.
14:55J'ai fini par demander à Gene
14:57ce qu'il faisait.
14:58Et il m'a dit
14:59« Le jour où j'irai en enfer,
15:02je réunirai toutes les âmes
15:04que je possède.
15:06J'en ferai une échelle
15:07que j'escaladerai
15:08pour fuir les flammes. »
15:18Quand j'y repense,
15:19il était en train de changer.
15:21Sa transformation avait débuté.
15:24Et il le sentait.
15:31Il savait qu'il allait mal finir.
15:33Et il se disait
15:33qu'il ferait bien
15:34d'arriver en enfer
15:35avec une monnaie d'échange.
15:36« Tell him to keep his money. »
15:39À l'époque,
15:41je me disais
15:42que c'était
15:42juste une façon
15:44d'arnaquer les gens,
15:46qu'il s'amusait avec eux.
16:03Gene était un artiste talentueux.
16:07Ces dessins étaient accrochés
16:09dans la chambre.
16:10Un jour,
16:11j'étais dans la salle de bain
16:12que je partageais avec lui.
16:14Je cherchais quelque chose.
16:15Et au fond du placard,
16:18j'ai vu des feuilles de papier.
16:21Je les ai prises
16:22et j'ai vu
16:22qu'il s'agissait de dessins.
16:29Le dessin dont je me souviens
16:31représentait une femme
16:34dont la tête
16:36était maintenue
16:37sous l'eau.
16:42Et l'homme,
16:44sur le dessin,
16:46lui faisait l'amour
16:47tout en l'étranglant.
16:50C'était un dessin
16:52d'une violence rare.
16:55et il y avait
16:56de nombreux détails
16:57sur ce dessin.
16:58Mais la femme
16:59n'avait pas de visage.
17:01La victime
17:02n'était pas humaine.
17:04Elle était déshumanisée.
17:06C'était son oeuvre
17:07la plus choquante
17:08et la plus dérangeante
17:09que j'avais jamais vue.
17:12Je ne savais pas quoi faire.
17:14Alors,
17:16je l'ai remise à sa place
17:20pour que Gene
17:22ne sache pas
17:23que je l'avais vue.
17:26Je ne lui en ai jamais parlé.
17:30Je me disais
17:32que ce serait humiliant.
17:37Mais à ce moment-là,
17:39je ne m'imaginais pas
17:40qu'il puisse y avoir
17:41un problème.
17:42C'était impensable.
17:54C'est une photo
17:56de famille classique.
18:00C'est ma famille.
18:04Gene était beau garçon.
18:06Il plaisait aux filles.
18:08Il a eu beaucoup de copines,
18:09mais sur cette photo,
18:11Gene est arrivé
18:11à un point dans sa vie
18:13où il a un air renfrogné.
18:16J'avais 19 ans.
18:17Gene en avait 20.
18:20On n'habitait déjà plus
18:21chez nos parents.
18:23Gene vivait avec sa femme
18:24et sa fille
18:25qui n'avaient que quelques mois.
18:27Je pensais que
18:29tous ces épisodes bizarres
18:31n'avaient été que temporaires
18:33et que c'était terminé.
18:35Et que désormais,
18:36il aurait une vie bien rangée.
18:40C'est ce que je me disais.
18:50Je peux vous dire
18:52qu'aujourd'hui encore,
18:54elle ne sait sûrement pas
18:57à quel point
18:58elle a échappé
18:59à une mort atroce.
19:10Ça faisait longtemps
19:10que je n'avais pas vu
19:11cette photo.
19:13C'est du passé.
19:15On était très proches
19:16quand on était petits.
19:18Gene pouvait être adorable
19:19quand il voulait.
19:23Il pouvait être gentil.
19:26Je ne comprends pas
19:27comment ça a pu changer.
19:28Je sais qu'il a mal agi.
19:31Je sais tout le mal
19:32qu'il a fait,
19:33mais c'est mon frère.
19:37Ce sera toujours mon frère.
19:53C'était il y a très longtemps
19:54à Scottsmoor.
19:58cette photo a été prise
19:59un an avant que je commence
20:00à faire du stop.
20:06Je faisais du stop
20:07dans les années 70.
20:09Tout le monde
20:10en faisait pour se déplacer.
20:12Je n'avais pas peur.
20:15Personne n'avait peur.
20:18Mais un jour,
20:19j'étais sur le bord
20:20de la route
20:21avec le pouce levé.
20:24et un policier
20:26s'est arrêté.
20:27Il m'a dit
20:28que ce n'était pas prudent.
20:34Il m'a dit
20:35que vous devriez faire attention
20:36quand vous faites du stop.
20:40Le corps d'une fille
20:41avait été retrouvé
20:42à Scottsmoor.
20:44Il avait été abandonné
20:46au bord d'une route.
20:47Quelqu'un tuait
20:48les filles
20:48qui faisaient du stop.
20:50Il m'a proposé
20:51de m'emmener là
20:51où je voulais aller.
20:53Mais j'ai refusé.
21:00Comme tout le monde,
21:02je n'ai pas écouté.
21:06J'ai continué
21:07à faire du stop.
21:09J'étais jeune
21:10et bête
21:10et
21:11je n'avais pas peur.
21:25un jour
21:26je demandais
21:27à Jean
21:27de m'emmener
21:28au cinéma.
21:32Il y avait une fille
21:33qui faisait du stop
21:33sur la route.
21:35Il s'arrête,
21:36elle monte,
21:37elle était très belle.
21:39Elle était
21:40vraiment superbe.
21:47En roulant,
21:49on discute
21:49avec elle.
21:56Et je vois clairement
21:58qu'il est attiré
22:00par elle.
22:08On arrive au carrefour
22:10pour aller au cinéma
22:12alors il s'arrête
22:13sur le bas-côté,
22:14elle sort de la voiture
22:16et il m'amène au cinéma.
22:24Là,
22:25je regarde
22:25les affiches de films
22:28et
22:29je ne vois rien
22:30qui me plaît.
22:34Alors je me dis
22:36si je me dépêche,
22:37je peux retourner
22:37sur le parking
22:38avant que Jean
22:38ne soit reparti.
22:41et là,
22:42surprise,
22:43il était encore
22:43sur le parking.
22:44Sa voiture
22:45ne démarrait plus.
22:47Et il essayait
22:49de la faire démarrer.
22:50Il était énervé.
23:03si je devais le décrire,
23:05je dirais
23:07l'eau qui boue.
23:09On sentait
23:11la colère
23:12émaner de lui.
23:15Sur le moment,
23:17j'ai simplement pensé
23:18qu'il était énervé
23:19de devoir s'occuper
23:20de son frère
23:21alors qu'il aurait préféré
23:23faire autre chose.
23:26Et soudain,
23:27la voiture a démarré.
23:31Et on est parti.
23:38J'avais l'impression
23:39que sa colère
23:40était disproportionnée.
23:42Je lui ai dit
23:43que j'étais désolé
23:43d'être un poids pour lui,
23:44mais il n'était pas seulement
23:45remonté contre moi,
23:46mais contre la situation.
23:49Je ne comprenais pas.
23:52Des années plus tard,
23:53je lui ai rendu visite
23:54en prison.
23:55Il m'a dit
23:55« Tu te souviens
23:57du jour où je t'ai emmené
23:58au cinéma
23:58et qu'on avait pris
23:59une autostoppeuse ? »
24:01Il m'a expliqué
24:02qu'elle lui avait
24:03tellement plu
24:04qu'à ce moment-là,
24:06il comptait retourner
24:08sur la route
24:08le plus vite possible
24:11pour la kidnapper.
24:12Elle aurait été
24:13l'une de ses victimes.
24:17Mais le fait
24:18que sa voiture
24:18ne démarre pas
24:19et que je ne trouve
24:21pas de film
24:22à aller voir,
24:23ces deux choses-là
24:24ont sauvé
24:25la vie de cette fille.
24:30Aujourd'hui encore,
24:33elle ne sait sûrement pas
24:34à quel point
24:36elle a échappé
24:38à une mort atroce.
24:43Cette femme
24:44qui a survécu,
24:46j'espère qu'elle a eu
24:48une vie heureuse.
24:52C'est
24:54la seule
24:55qui a survécu.
25:06Un jour,
25:08Gene était chez moi.
25:12Et avant de partir,
25:17il m'a dit
25:17« Ça t'embête
25:19de garder ça ? »
25:21Il travaillait
25:21souvent le cuir.
25:23et il avait
25:24un petit sac
25:26plein de lanières
25:28en cuir.
25:30Je l'avais vu
25:32avec ce genre
25:32de choses
25:33plusieurs fois.
25:36Ce qui était bizarre,
25:37c'est qu'il avait
25:38une maison
25:38où il ne manquait
25:40pas de place.
25:43Alors,
25:45pourquoi me demander
25:46de garder ça
25:46chez moi ?
25:54À l'époque,
25:55son comportement
25:56n'avait rien
25:56de suspect.
26:02Quand il me les a laissés,
26:05je suis allé
26:06dans la cuisine,
26:07je les ai mis
26:08dans un placard
26:10et...
26:12je n'y ai plus pensé.
26:26Un soir,
26:27Gene m'appelle.
26:29Il était en voiture
26:30sur un chemin
26:32et il s'était embourbé.
26:40ça devait être
26:42à un kilomètre
26:43et demi
26:44de chez lui,
26:44peut-être même moins.
26:50Il faisait nuit noire
26:52et il n'y avait
26:53que les phares
26:54de la voiture
26:55pour nous éclairer.
27:01normalement,
27:02dans un cas pareil,
27:04Gene aurait fait
27:04des blagues.
27:06On se serait mis
27:06au travail
27:07et on aurait rigolé.
27:11Mais pendant
27:12tout le temps
27:12qu'il nous a fallu
27:13pour dégager la voiture,
27:15il n'y a pas eu
27:15un moment léger.
27:19Il était très nerveux.
27:21Il était
27:22anormalement stressé.
27:24Le genre de stress
27:25qui vous fait regarder
27:27par-dessus
27:27votre épaule.
27:43En fait,
27:44c'était une scène
27:44de crime.
27:55Tout le temps
27:56qu'on a passé là,
27:59il y avait
27:59le corps
28:00d'une jeune femme
28:02juste à côté.
28:08Il y avait
28:10des cadavres
28:11enterrés
28:12sous mes pieds
28:13et je n'en savais
28:15rien.
28:18On a désembourbé
28:20la voiture
28:20et on est parti.
28:29Je venais
28:30de permettre
28:30à un tueur
28:31en série
28:33d'éviter
28:34de se retrouver
28:35coincé
28:35sur une scène
28:36de crime.
28:37Mais je ne le savais pas.
28:44parfois on se retrouve
28:45au milieu
28:46de quelque chose
28:47et on n'a
28:48aucune idée
28:49de ce qui se passe
28:50vraiment.
29:03Un jour,
29:04je suis allée
29:04rendre visite
29:05à Gene
29:05chez lui.
29:06Il m'a proposé
29:08d'aller faire
29:08une balade.
29:09On a marché
29:10le long
29:11d'un chemin
29:11à travers
29:12les Orangers.
29:13On s'est baladé
29:14à un moment
29:14en discutant.
29:20Il m'a demandé
29:21si je connaissais
29:22un magasin
29:22ou acheter
29:23des munitions.
29:28Je lui ai dit
29:29que je n'en connaissais pas.
29:31J'ai trouvé
29:31sa question bizarre.
29:33Je me demandais
29:34pourquoi il avait
29:35besoin de munitions
29:36un dimanche.
29:37Sur quoi
29:38voulait-il tirer ?
29:40Je me suis dit
29:41qu'il était bizarre.
29:43Oui,
29:43c'était étrange.
29:47Il y avait
29:48des corps
29:48là-bas
29:49mais je ne le savais pas.
29:52Quand on s'est baladé,
29:53il y avait
29:54des corps
29:54un peu partout
29:55dans le rangeret.
29:57Mais
29:58il faisait
29:59comme si
29:59de rien n'était.
30:01Et moi,
30:02je ne le savais pas.
30:03Je suis rentrée
30:04ce soir-là
30:04sans me poser
30:05de questions.
30:07Pourquoi
30:07je m'en serais posée ?
30:16C'est la photo
30:17d'une scène
30:18de crime
30:18au milieu
30:19des orangés
30:19où des corps
30:20ont été retrouvés.
30:25C'est le rangeret
30:26où on s'est baladé.
30:29Je ne savais pas
30:31qu'il avait déposé
30:32des corps
30:32à cet endroit.
30:35Pourquoi
30:35il a fait ça ?
30:36Pourquoi
30:37il m'a emmenée
30:38là où il avait
30:38caché ses victimes ?
30:41Je ne sais pas.
30:58Une après-midi,
31:00la femme de Jean
31:01est venue chez moi.
31:05Elle était bouleversée.
31:11On n'avait que
31:12peu de détails.
31:13Elle m'a dit
31:14qu'il était question
31:14d'une fille.
31:16J'ai compris
31:17que Jean
31:19avait de graves
31:20ennuis.
31:21Il avait été
31:22arrêté.
31:25Elle m'a tendu
31:26un sac noir
31:27et elle m'a dit
31:28qu'elle avait trouvé
31:29quelque chose.
31:34La femme de Jean
31:35m'a montré
31:36ce qu'il contenait.
31:38La première chose
31:39que j'ai vue,
31:39c'était une veste
31:40à capuche.
31:43Il y avait aussi
31:44des câbles électriques
31:45et du ruban adhésif.
31:50Et je savais
31:51que Jean
31:52avait laissé
31:53un sac
31:54chez moi.
31:59J'ai presque
32:01Jusqu'alors,
32:02ce n'était
32:02que des lanières
32:03de cuir.
32:05Mais ensuite,
32:07dans mon esprit,
32:08j'ai vu ça
32:09comme quelque chose
32:09de beaucoup plus grave.
32:11Quelque chose
32:12qui pouvait servir
32:13à ligoter quelqu'un.
32:15Merci, buddy.
32:17Oui,
32:17même temps.
32:20Peu de temps après,
32:22la police est arrivée
32:23chez moi
32:23avec un mandat
32:24de perquisition.
32:26Alors,
32:26j'ai conduit
32:27les policiers
32:27dans la cuisine
32:28et je leur ai dit
32:29« Voici ce que
32:30vous recherchez. »
32:33C'est là
32:33que j'ai compris
32:34qu'il se passait
32:34quelque chose
32:35de grave.
32:37Ça n'allait pas
32:38s'avérer
32:38être une erreur.
32:41Non,
32:42c'était quelque chose
32:43de très sérieux.
32:49Il avait semé
32:50des corps
32:50absolument partout.
32:52Comme la plupart
32:52des tueurs en série,
32:54on lui a donné
32:54un surnom.
32:57le tueur
32:58de l'orangeret.
33:07Quand Gene
33:08a été arrêté,
33:10on n'a eu
33:11que peu
33:12de détails.
33:14Mais très rapidement,
33:17ses actes
33:18ont été rendus
33:19publics.
33:21dès qu'ils l'ont
33:24arrêté,
33:24il a avoué.
33:29Il avait enlevé,
33:32violé
33:32et tué des femmes.
33:39Il semait
33:41des corps
33:41absolument partout.
33:44Et tout ça
33:45sans raison
33:46apparente.
33:49Il semblerait
33:50qu'il soit
33:53retourné
33:54sur les lieux
33:56des meurtres.
33:58Ce qui rend
33:58tout ça
33:59encore plus glauque.
34:01il a fait
34:02des choses
34:03qui ne peuvent
34:04être décrites
34:08que comme
34:10monstrueuses.
34:17C'est la photo
34:19qui a été prise
34:19par la police.
34:23Quand il a été
34:24arrêté,
34:25il venait
34:25de prendre
34:26deux autostopeuses.
34:27Il a essayé
34:28de les violer
34:29et de les tuer
34:30toutes les deux
34:30en même temps.
34:33Mais elles se sont
34:33enfuies.
34:35Elles ont réussi
34:35à s'échapper.
34:36Et une heure plus tard,
34:37il a été arrêté.
34:39Pendant tout le temps
34:40où j'ai côtoyé
34:41mon frère,
34:42je n'ai jamais vu
34:43ce que je vois
34:44sur cette photo.
34:46Et s'il y a bien
34:48une photo
34:48qui représente
34:49la tristesse
34:50de Gene,
34:52c'est celle-ci.
34:53Je ne l'ai jamais vue
34:54avec un regard
34:55aussi triste.
34:58cela ne fait
34:59aucun doute
34:59dans son esprit
35:02que c'est terminé.
35:15Gene a tué
35:16quatre femmes
35:17et ce sont
35:19les photos
35:19de trois d'entre elles.
35:24Il y a eu
35:25une période
35:25de ma vie
35:26où il m'était
35:27impossible
35:28de regarder
35:28ces photos.
35:31Ça m'aurait
35:31fait trop mal.
35:36Elles étaient
35:37au mauvais endroit
35:38au mauvais moment.
35:40Et elles ont
35:41vécu
35:41quelque chose
35:42d'horrible.
35:44je ne comprendrai
35:45jamais
35:47comment il a
35:48pu leur ôter
35:48la vie.
35:52Elle est privée
35:52de l'avenir
35:53qu'elles avaient
35:54devant elles.
35:56Elles n'ont pas eu
35:56droit à la paix
35:57dans cette vie.
36:00J'espère
36:01qu'elles l'ont
36:02trouvé
36:02dans la suivante.
36:21La réclusion
36:22à perpétuité
36:23c'est mérité.
36:25C'est mérité.
36:26Il a tué.
36:27Il ne doit plus
36:28pouvoir vivre.
36:29C'est normal.
36:30Je suis désolée.
36:32Je l'aime
36:33et ça me fait mal.
36:35Mais il a
36:35choisi son destin.
36:37Alors il faut
36:38assumer.
36:39Pourtant,
36:41je l'aime encore.
36:43Les gens
36:43ont du mal
36:44à le comprendre.
36:44Ils pensent
36:45que je devrais
36:46le détester.
36:47Il avait
36:47tellement de potentiel.
36:49Il était intelligent.
36:50C'était un artiste
36:51extraordinaire.
36:53Il aurait pu
36:53faire tellement
36:54de choses.
36:55Mais il a choisi
36:56de tout gâcher.
36:57Encore une chose
36:58que j'ai du mal
36:58à comprendre.
37:00Pourquoi ?
37:01Il y a des questions
37:02qui restent
37:03sans réponse.
37:04Il faut l'accepter.
37:05Certaines choses
37:06ne s'expliquent pas.
37:07Alors mieux vaut
37:10les garder
37:11à distance
37:12pour éviter
37:12de trop souffrir.
37:14Vous voyez ?
37:20J'ai besoin
37:21de faire une pause.
37:36d'une certaine manière,
37:39j'aime encore
37:39mon frère.
37:41Je l'aimerais toujours,
37:42mais quand il a été
37:43condamné,
37:46il y a une partie
37:46de moi qui s'est dit
37:47c'est terminé.
38:01Je lui ai rendu visite
38:02parce que je voulais
38:03le voir.
38:05C'était toujours
38:06mon frère.
38:08Je suis entré
38:09dans la pièce,
38:10je me suis assis
38:11et je m'attendais
38:12à voir quelqu'un d'autre.
38:14Le monstre.
38:17Mais tout ce que j'ai vu,
38:19c'était Jean.
38:24La même voix,
38:26le même sens
38:27de l'humour,
38:29c'est pas possible.
38:35Je me disais,
38:38mais il est où
38:39l'autre type ?
38:40Il est où ?
38:42Il faut que tu m'expliques.
38:44Qu'est-ce qui s'est passé ?
38:47Dis-moi ce qui t'est passé
38:48par la tête.
38:49Comment t'as pu faire ça ?
38:51Explique-moi.
39:03Il m'a dit,
39:05pense à un vampire.
39:10Un vampire
39:11qui a soif de sang
39:12et qui ne peut pas
39:13s'arrêter de boire.
39:17Il m'a dit,
39:19vois les choses
39:20sous cet angle.
39:23J'étais comme possédé.
39:28J'ai continué
39:30d'aller le voir
39:30pendant 25,
39:3230 ans.
39:34Ça a duré longtemps.
39:37Mais ça me pesait.
39:41C'était comme vivre
39:42dans une tombe.
39:44Et je me suis rendu compte
39:45qu'il était en prison
39:47depuis tellement longtemps
39:48qu'il avait davantage
39:50de choses en commun
39:51avec les autres détenus
39:54qu'avec moi.
39:55On ne partageait plus
39:57aucun souvenir récent,
39:59aucune expérience récente.
40:04et j'ai senti
40:06qu'il était temps
40:07de rompre ce lien.
40:09Et c'est ce que j'ai fait.
40:13Ça a été une décision difficile.
40:16Mais j'ai réalisé que
40:22le frère que j'avais connu
40:24avait disparu depuis longtemps.
40:27le garçon avec lequel
40:29je m'amusais,
40:29le frère que j'aimais tant,
40:32c'était du passé.
40:37Il est en prison
40:38depuis plus de 40 ans.
40:41Ça devait être
40:42il y a 15 ans
40:42la dernière fois
40:43que je l'ai vu.
40:54Il est vraiment affreux
40:55sur cette photo.
40:58Il a l'air sans vie
41:00là-dessus.
41:01Ses yeux
41:02semblent morts.
41:04C'est une coquille vide.
41:07On dirait qu'il n'a même
41:08plus envie de vivre.
41:11Et après avoir passé
41:1240 ans en prison,
41:15je ne vois pas
41:16comment il pourrait
41:16en être autrement.
41:20C'est un vieil homme
41:21désormais.
41:26Je me demande
41:27à quoi il pense
41:29quand il est tout seul.
41:33Peut-être qu'il aurait dû
41:34accepter la peine de mort.
41:37Ça aurait été plus simple
41:39que ça.
41:40Que toutes ces années
41:41sont nées en prison.
41:43Dans son regard,
41:44on voit qu'il en a assez.
41:47La dernière fois
41:48que je l'ai vue,
41:48c'était il y a 6 ans.
41:50Je ne pense pas
41:51que je le reverrai.
41:54Je crois qu'on n'a plus
41:55grand-chose à se dire
41:55maintenant.
41:59Mais je l'aime, oui.
42:01Pourtant,
42:01on n'a plus rien à se dire.
42:06la culpabilité
42:07que ressentent
42:09les membres
42:09de la famille
42:10d'un meurtrier.
42:16On sait
42:17qu'il s'agit
42:18d'un sentiment
42:20irrationnel.
42:22J'ai toujours su
42:24que je n'aurais
42:25rien pu faire
42:26pour sauver
42:27qui que ce soit.
42:31mais ça ne suffit
42:32pas
42:33pour aller mieux.
42:35Des gens sont morts.
42:37Ils ont connu
42:38une mort atroce.
42:42Et ce sentiment
42:43de culpabilité
42:44est toujours là.
42:49On le ressent encore.
42:52Je l'ai toujours ressenti.
42:57Il est toujours là.
43:01La plupart du temps,
43:03la douleur
43:04se transforme en chagrin.
43:05Un immense chagrin.
43:13Peut-être qu'un jour,
43:16quand on sera
43:18tous les deux
43:19très, très vieux,
43:22qu'on tiendra
43:23à peine debout
43:24et que la tombe
43:27sera tellement proche
43:30peut-être
43:31qu'on se retrouvera
43:32dans la même pièce
43:32une dernière fois.
43:34Deux vieillards
43:35qui se disent au revoir.
43:38Mais sinon,
43:40je ne pense pas
43:41que je le reverrai.
43:50Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires
Philippe Laboulais
Créateur
Homicide Crime

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