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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Les clés d'une vie, celles de mon invité.
00:05On dit que dans l'ombre d'un homme célèbre, il y a toujours une femme.
00:09Il peut s'agir d'une épouse, mais aussi parfois d'une mère.
00:12C'est le cas de nos présidents, dont vous montrez la face cachée et très humaine dans un livre.
00:17Bonjour Béatrix de l'Ole-Noir.
00:18Bonjour Jacques.
00:19Alors ce livre c'est « Ils les ont tant aimées, les présidents et leurs mères » chez Plon.
00:24C'est vrai qu'on ne parle jamais des mères des présidents.
00:27Ça n'avait jamais été fait.
00:28Voilà, donc on va en reparler tout à l'heure, mais le principe des clés d'une vie,
00:31c'est d'évoquer votre parcours journalistique à travers des dates clés.
00:34Et la première que j'ai trouvée, c'est le 12 décembre 1981, la première de cette émission de télévision.
00:44Droits de réponse.
00:46Car vous avez participé à cette émission mythique qui est Droits de réponse.
00:50Oui, pendant 4 ans.
00:51Comment vous vous êtes retrouvée là-dedans ?
00:53Écoutez, j'étais très amie avec Catherine Siné, qui était le grand vizir de Michel Polak.
01:01J'avais fait un voyage avec elle et on s'est très bien entendus.
01:05Elle m'a fait venir avec tout le reste d'une équipe.
01:09Et ça a très bien marché.
01:10Et j'ai été pendant 4 ans...
01:13Voilà, j'étais pas sur à l'antenne, mais je préparais les émissions et c'était absolument passionnant.
01:18Parce que tout Paris défilait à Droits de réponse.
01:21C'est-à-dire que personne n'imaginait ça quand Michel Polak a créé cette émission.
01:24Je crois qu'il avait déjà eu quelques scandales avec une émission qui s'appelait Postscriptum,
01:28où il avait fait une émission sur l'inceste, ce qu'il avait valu d'être...
01:31Il aimait bien le scandale, Michel.
01:33Il aimait bien pousser ses invités jusqu'au bout.
01:36Et c'était toujours passionnant, c'est vrai.
01:38Parce que vous l'avez rencontré au départ et il vous a dit carte blanche.
01:42Bien sûr, bien sûr.
01:43Mais lui, il était formidable à l'antenne.
01:46C'était un homme de télévision, il adorait ça.
01:49Un homme de théâtre aussi, car chaque émission, c'était un spectacle.
01:52Oui, c'est vrai.
01:53Comment ça se passe ?
01:54Il fallait choisir des invités où on était certain que le scandale allait se produire ?
01:59On choisissait les invités qui aimaient parler et on les interviewait avant.
02:04Et bien sûr, il fallait qu'il y ait un débat, c'est ça qui était intéressant.
02:06Et je trouve qu'en France, ça apporte beaucoup d'avoir un débat comme ça,
02:11où des gens opposés peuvent parler et se serrer la main à la fin de l'émission.
02:15Oui, pas toujours, parce qu'il y a eu quelques incidents.
02:18La première émission, je crois, c'était la violence dans les feuilletons,
02:21avec Gérard Depardieu, Coluche et Edgar Morin.
02:24Ah oui, peut-être, oui.
02:26Mais moi, je me rappelle d'une émission avec Ersan.
02:28Il y avait un plateau qui était Robert Ersan, qui était patron du Fiaro.
02:32Un plateau qui était assez difficile.
02:35Il en est ressorti grand vainqueur de ce plateau,
02:38parce que c'était une personnalité assez exceptionnelle.
02:41Et en sortant, il a serré la main de tous les syndicalistes,
02:45de tous les membres présents, même ceux qui étaient très opposés au Fiaro et à lui.
02:51Oui, parce que Robert Ersan ne parlait jamais.
02:53Il a accepté cette émission.
02:54Absolument.
02:54Et il a tenu tête à Michel Pollack, complètement.
02:57Bien sûr, bien sûr.
02:59Et c'est vrai que moi, j'ai connu Robert Ersan.
03:01Bon, c'était un homme très droit, très sérieux.
03:03Et quand il vous regardait, il fallait faire attention.
03:05C'était un peu Citizen Kane, quand même.
03:07Il avait une vraie personnalité.
03:09Et puis, il y a eu une émission, quand même, qui a été assez étonnante.
03:11Je crois que c'est un débat sur l'interdiction de Charlie Hebdo.
03:13Je ne sais pas si vous y avez participé.
03:14Non, je n'y étais pas, celle-là.
03:16Parce qu'il y avait des insultes dans la salle, des coups de poing,
03:19Choron ivre-mort.
03:20Ça a marqué.
03:21Mais en même temps, c'était nouveau à la télévision.
03:23Mais oui, mais oui.
03:24C'était la vérité, en fait.
03:26Moi, j'assistais à tous les bouclages de Charlie Hebdo.
03:30C'était quand même extraordinaire.
03:32Tous ces talents qui étaient réunis.
03:35Rezer, Cabu, Volinsky, Choron Cavana.
03:38Oui, c'était formidable.
03:40En même temps, il y avait une sorte de folie.
03:42Une folie positive.
03:45Ça amenait toujours quelque chose.
03:46Et puis, ils étaient drôles.
03:48Ils ne se prenaient pas au sérieux.
03:50C'est ça, ce qui était bien.
03:52Mais c'est vrai que Choron avait une tendance à boire qui était forte.
03:54Oui, il montait sur les tables, il chantait.
03:57Mais ça faisait partie du jeu aussi.
03:59Ça faisait du bien.
04:00Voilà.
04:01Charlie Hebdo est arrivé parce que Ara Kiri s'est arrêté interdit.
04:05Mais le journal Bête et Méchant, c'est Choron qui a trouvé le slogan au septième numéro.
04:10Avant, c'était un journal tout à fait normal.
04:12Oui, absolument.
04:12Et c'est vrai que ça a révolutionné la presse de l'humour.
04:15Alors, c'est vrai que Pollack a été en même temps le pionnier des débats d'aujourd'hui à la
04:19télévision.
04:20Oui, absolument.
04:20Et ça passionnait les gens.
04:22Je peux vous dire qu'il y a des Français qui refusaient des dîners le samedi soir pour écouter l
04:26'émission de Pollack.
04:28Un peu comme apostrophe de Pivot.
04:30Il y avait Pivot le vendredi soir et Pollack le samedi soir.
04:33Et vous aviez quand même un travail journalistique à faire.
04:36Bien sûr.
04:36Vous aviez le côté sérieux.
04:37Bien sûr, parce qu'on définissait les sujets d'actualité.
04:40Et puis, il fallait y réunir les participants.
04:43Et il fallait que le débat s'instaure pour qu'il amène quelque chose au public.
04:48Oui, il y avait même le décor qui était important.
04:50C'était capital pour que le débat ait lieu.
04:53Et il y avait un très bon réalisateur qui s'appelait Maurice Dugovson, qui était formidable.
04:57Oui, et qui avait un côté théâtral dans son décor.
05:01Absolument, absolument.
05:02Il fallait que chaque emplacement soit prévu.
05:04Oui, c'est vrai.
05:05C'est vrai.
05:05On pouvait boire et fumer, d'ailleurs.
05:07Et il ne s'en privait pas.
05:08Non, ça faisait partie du jeu.
05:11Alors, il se trouve que vous vous êtes née loin des studios de droit de réponse.
05:15Vous êtes née dans le Nord, dans une grande famille du Nord.
05:18Je crois que votre nom complet, c'est Béatrix Ouset de l'Aulnois.
05:23Absolument.
05:24C'est des vieilles familles du Nord.
05:25Oui, on était dix enfants.
05:26J'étais la dernière.
05:27Cinq garçons, cinq filles.
05:29Et des familles discrètes.
05:30Dans le Nord, je crois que les familles sont très discrètes.
05:32Bien sûr, bien sûr.
05:33Ce sont des gens humbles.
05:34Ce sont des gens qui travaillent beaucoup, qui partent très tôt à l'usine, qui aiment
05:40travailler, qui aiment gagner de l'argent, mais qui aiment aussi faire la fête.
05:44Ce sont des gens extrêmement sympathiques.
05:46Et au départ, Béatrix Ouset de l'Aulnois, vous faites des études d'histoire.
05:49Ça n'a pas de rapport avec le droit de réponse.
05:51Non.
05:52Non, non, non, non.
05:53Mais bon, j'ai fait Sciences Po après.
05:55Et pourquoi, justement ? Qu'est-ce que vous vouliez faire au départ ? Sciences Po ?
05:59J'adorais la politique.
06:00La politique me passionnait.
06:01J'aurais voulu être secrétaire de député.
06:03Et un jour, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a dit « mais il ne faut jamais être
06:05assistante de député, il faut être député soi-même ».
06:07Bon, ce n'était pas du tout mon truc.
06:09Mais finalement, c'était le journalisme qui m'a attiré très vite.
06:13Mais en même temps, le climat politique n'était pas ce qu'il est aujourd'hui.
06:16C'était un climat plutôt calme et studieux à l'époque.
06:18Il y avait la droite et la gauche.
06:20C'était simple, chacun savait où il était.
06:22Et les débats s'organisaient comme ça.
06:24Oui, et le buzz n'était pas l'essentiel ?
06:27Non, il n'y avait pas toutes ces chaînes, tous ces réseaux sociaux en permanence.
06:34Et là, je crois que vous étiez, c'était les années Pompidou encore.
06:38Et donc, c'était des choses beaucoup plus normales.
06:40Oui, absolument, absolument.
06:42Comment ça se passait justement, dans votre souvenir ?
06:45Écoutez, c'était les Trente Glorieuses.
06:47On avait confiance dans nos dirigeants, en fait.
06:51Pompidou succédait à De Gaulle.
06:53Tout se passait bien.
06:54Et franchement, la France marchait bien à cette époque-là.
06:58On savait qu'on allait trouver du travail.
07:00C'était dur, on travaillait beaucoup.
07:02Mais en même temps, on pouvait faire ce qu'on voulait.
07:04C'était ça qui était formidable.
07:06Et Sciences Po, c'était un endroit encore très calme.
07:08Oui.
07:10Mais il y avait des professeurs absolument formidables.
07:13Il y avait Brébant, il y avait Fourastier, il y avait Duverger.
07:17François Dalle, tout ça.
07:19C'était vraiment, on se frottait, jeunes étudiants, à des intelligences extraordinaires.
07:25Et surtout, des gens qui avaient fait quelque chose, qui étaient partie prenante dans la vie.
07:28Et c'était ça qui était intéressant.
07:30Exactement.
07:30Ça manque un peu aujourd'hui.
07:31Alors, il se trouve que le bâtiment de Sciences Po, je ne sais pas si vous le savez,
07:34c'est là que le traité qui officialise l'indépendance des Etats-Unis a été signé
07:39dans l'ancien hôtel de New York, 56 rue Jacob.
07:42Je ne sais pas si vous le savez, c'est aujourd'hui, c'est le centre de recherche internationale
07:46et le centre d'histoire de Sciences Po.
07:47Ah bon ?
07:47Ça, je ne savais pas.
07:48Et l'indépendance des Etats-Unis est née là, à Paris.
07:51Ah, formidable.
07:51Vous en sortez avec un diplôme et là, vous allez vous retrouver non pas dans la politique
07:55Béatrix Zololnois, mais reporter à elle.
07:58Ça n'a rien à voir.
07:59Non, j'ai eu la chance d'entrer comme stagiaire à elle.
08:03Et je me suis tellement amusée que je me suis accrochée après.
08:07Et je n'ai plus bougé de la presse féminine.
08:10Je suis restée 43 ans dans la presse féminine.
08:12Et pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a touchée ?
08:14Écoutez, d'abord parce qu'à l'époque, elle, on menait encore des combats pour les femmes.
08:20Il y avait le combat pour l'avortement.
08:21On appelait les députés.
08:23S'ils refusaient de voter, on disait qu'on allait laisser la colonne blanche en dessous de leur nom.
08:28Et alors, aussitôt, ils nous donnaient leur avis.
08:32Et c'était passionnant.
08:33C'était passionnant.
08:34En plus, il y avait des grandes rédactrices en chef à l'époque.
08:37À elle, c'était Desi de Gallin, qui avait fait Dim Dam Dom.
08:42Il y avait Peter Knap, qui était à la maquette, directeur artistique.
08:47C'était vraiment, on rencontrait tout le monde.
08:50Les photographes avaient un carnet d'adresses mondial, presque.
08:54Toutes les stars.
08:55Il n'y avait personne qui refusait de parler pour elle.
08:58Et ça, c'était passionnant.
09:00Et vous avez ensuite travaillé, Béatrix Delolnois, pour Cosmopolitan.
09:03Oui, absolument.
09:04Le journal dont Catherine Pancol a fait ses débuts.
09:06Absolument.
09:07En faisant absolument tout.
09:08Là, c'est très différent comme esprit.
09:09Oui, mais on avait aussi une rédactrice en chef formidable,
09:12qui s'appelait Juliette Boirivo,
09:14qui était une grande, grande professionnelle,
09:16et qui laissait les gens s'épanouir dans ce qu'ils savaient faire.
09:21J'étais, par exemple, très différente de Catherine Pancol.
09:24Elle faisait certains papiers, j'en faisais d'autres.
09:25Et tout fonctionnait très bien.
09:27Il y a eu aussi Marie-Claire.
09:28Vous avez été rédactrice en chef.
09:29Oui, absolument.
09:30Marie-Claire, qui est un journal plus traditionnaliste.
09:32Oui, j'étais avec Tina Kieffer,
09:34qui était une rédactrice en chef aussi très, très, très intéressante.
09:39Mais à l'époque, la mode et la beauté étaient des sujets prioritaires ou non ?
09:43Non.
09:44Il y avait beaucoup de sociétés.
09:45C'était vraiment encore des journaux qui apportaient quelque chose aux femmes.
09:49Aujourd'hui, ça a changé parce que maintenant,
09:51qu'est-ce que vous voulez ?
09:51Une femme qui veut travailler, elle travaille.
09:54À l'époque, c'était encore compliqué.
09:57Divorcer, c'était aussi compliqué.
09:59L'éducation des enfants, les partages, quand il y avait un divorce.
10:03Tout ça, c'était des vrais combats que chacun menait avec beaucoup de bon sens.
10:07Et les journaux féminins y participaient.
10:11Et ça apportait beaucoup aux femmes à l'époque.
10:13Mais à l'époque, ça apportait aux femmes.
10:15Mais on n'imaginait pas que le féminisme et que les mouvements
10:17prendraient autant d'importance aujourd'hui.
10:19Non, non, non.
10:20Ça a peut-être un peu débordé aujourd'hui.
10:23C'est vrai que les femmes peuvent tout faire.
10:25Et bon, il faut que les hommes se défendent maintenant.
10:29Mais c'est aussi une époque, Béatrix de Lodonois,
10:32où on quittait un journal et on retrouvait un emploi dans un autre immédiatement.
10:35Oui, absolument, absolument.
10:36Moi, j'ai quitté elle et j'ai tout de suite retrouvé un Cosmopolitane.
10:39Et après, je suis passée à Marie-Claire.
10:41Et oui, c'était beaucoup plus facile.
10:43Mais il fallait travailler aussi.
10:45Moi, j'ai appris à écrire à Cosmopolitane avec Juliette Boiriveau.
10:49Vous savez, elle n'était pas facile.
10:51Elle ne laissait rien passer.
10:52Et c'est vrai qu'en sortant d'une licence d'histoire et de Sciences Po,
10:55autant dire que je ne savais pas écrire.
10:56Et que dans la presse féminine, on apprend à intéresser la lectrice sur des sujets,
11:02parfois très difficiles, très sérieux, mais qui avaient leur importance.
11:08Et elle a beaucoup évolué, cette presse féminine, depuis ?
11:11Maintenant, comme je vous disais, il y a moins de combats à mener.
11:15Donc, c'est devenu plus une affaire de mode, de beauté, des conseils,
11:20qui ne sont pas négligeables, mais qu'on peut retrouver aujourd'hui, ailleurs,
11:25chez les influenceurs.
11:27Donc, la presse féminine n'a plus le même rôle.
11:29Ça, c'est sûr.
11:30Alors, ça, c'est votre première activité.
11:32Il y en a eu d'autres.
11:33Et j'ai trouvé une date qui n'a pas de rapport, je vous le rassure, avec vous,
11:36qui est le 3 décembre 1926.
11:38A tout de suite sur Sud Radio, avec Béatrix de Lollenois.
11:42Sud Radio, les clés d'une vie.
11:43Jacques Pessis.
11:44Sud Radio, les clés d'une vie.
11:46Mon invité, Béatrix de Lollenois.
11:48Nous parlerons tout à l'heure de ce livre.
11:50Ils les ont tant aimés.
11:51Les présidents et leurs mères, chez Plon.
11:53Un livre vraiment étonnant et une première dans l'édition.
11:56On en revient à votre parcours.
11:57On a évoqué vos débuts dans la presse féminine.
12:00Et puis, vous êtes devenue romancière.
12:01Et le 3 décembre 1926, il y a une disparition mystérieuse.
12:05Agatha Christie disparaît.
12:07Et ça, je crois que c'est un événement qui a fait la une des journaux.
12:10Oui, c'était incroyable.
12:12Pendant 11 jours, elle a fait la une de la presse britannique.
12:16Ce qui n'est pas rien.
12:17Mais aussi de la presse américaine.
12:20Et même en France, les journaux en ont parlé.
12:24Et on ne savait pas où elle était partie.
12:25Et pour la première fois, j'ai fait toute la lumière sur cette disparition.
12:30Parce que justement, la voiture d'Agatha Christie, alors qu'elle est une romancière célèbre, est découverte à abandonner.
12:36Près d'un lac, je crois.
12:37Rien à l'intérieur, sauf ses papiers.
12:39On se dit qu'est-ce qu'elle est devenue.
12:41Et puis, 11 jours plus tard, on va la retrouver.
12:44Oui, absolument.
12:45Et vous, en tant que journaliste et romancière, vous avez décidé de mener l'enquête.
12:49Pourquoi ce livre ?
12:51Parce que j'aime bien les grands personnages comme ça.
12:56Et j'avais fait, en fait, avec Philippe Alexandre, avec qui je travaillais à l'époque,
13:01enfin, avec qui j'écrivais, un livre sur Thomas Cook,
13:05qui était celui qui a fait voyager le monde entier.
13:08Et Agatha Christie était la meilleure cliente de Thomas Cook.
13:13Et vous savez, quand vous faites des biographies, vous croisez les gens.
13:16Et cette Agatha Christie, qui avait pris toute seule l'Oriente Express,
13:19c'était quand même très, très rare à l'époque.
13:21On était au début du siècle du XXe siècle.
13:25Et donc, tout d'un coup, elle avait disparu.
13:29Personne ne savait où elle était.
13:30Et j'ai réussi à retrouver ce qui s'était passé.
13:34En fait, on la retrouve 11 jours plus tard, soi-disant amnésique, dans un hôtel.
13:38On la reconnaît parce qu'elle danse avec l'orchestre.
13:41Mais qu'est-ce qui s'est passé ?
13:43Eh bien, écoutez, elle était, en fait, elle faisait une dépression.
13:46Elle avait perdu sa mère au printemps.
13:49Et elle était descendue, ranger cette maison dont elle avait hérité.
13:55Elle était la dernière fille.
13:57Et au mois d'août, elle devait partir avec son mari en Italie.
14:02et Christy Archibald, Christy arrive et lui dit
14:06« On ne part plus en Italie, je n'ai pas pris les billets
14:09et je veux divorcer, je veux me remarier avec Nancy Neal. »
14:16Et là, Gata Christy, qui était déjà dans un état de faiblesse extrême,
14:21elle avait publié son septième roman,
14:23elle avait beaucoup travaillé,
14:25et il y avait ce deuil de sa mère.
14:27Et donc, elle a refusé ce divorce.
14:32D'autant plus que Nancy Neal était une de ses amies.
14:35Donc, pour elle, c'était la tradition, la trahison totale.
14:41Et donc, Archibald a accepté de revenir pendant trois mois à la maison,
14:49de ne plus voir Nancy.
14:52Ça s'est très mal passé.
14:53Puisque des clins rentraient dans une pièce, l'autre en sortait,
14:56ils n'avaient plus rien à dire.
14:58Et justement, ce 3 décembre,
15:00elle était dans un tel état.
15:02Le docteur avait dit « Il ne faut pas la laisser seule. »
15:05Et elle avait pris un week-end dans une station thermale
15:09pour se remettre en forme.
15:11Et elle pensait que son mari allait venir.
15:13Et le matin, le fameux matin,
15:16il lui a annoncé que non, il n'irait pas avec elle.
15:19Et que d'ailleurs, il avait revu Nancy Neal.
15:22Et qu'ils allaient se fiancer le soir même,
15:26dans un dîner, chez des amis.
15:28Et donc, là,
15:31alors ce qu'on dit, c'est qu'elle a enlevé sa bague de fiançailles.
15:34Elle est allée voir sa belle-mère.
15:36Et en voyant sa belle-mère,
15:38sur le parcours, avec sa petite-fille,
15:41elles étaient toutes les deux,
15:42et elles sont parties prendre le thé.
15:43Et sur le parcours, elle a vu une carrière de craie.
15:47Et elle était dans un tel état de dépression
15:49qu'elle voulait se jeter déjà l'après-midi
15:52dans cette carrière de craie.
15:53Mais il y avait sa petite-fille,
15:54donc elle est rentrée à la maison.
15:56Elle a dîné tout seule dans cette maison.
15:58Elle a laissé une lettre à son mari et à son assistante.
16:02Elle a embrassé sa fille.
16:04Elle a caressé son chien,
16:05qui était très important.
16:06Elle a pris la voiture.
16:07Et elle est partie, direction la carrière de craie.
16:10Et donc, elle est montée en haut,
16:12parce que c'était dans une région montagneuse.
16:14montagneuse, enfin, des collines, les donnes.
16:17Et elle a lâché le frein.
16:19Elle a lâché le frein.
16:21Et il y a eu un arbre providentiel,
16:24un taillis, un gros taillis,
16:26qui a arrêté la voiture.
16:28Mais sous le choc,
16:29elle a perdu conscience de qui elle était.
16:32En fait, c'est quelque chose qui arrive,
16:35qui est très connu en psychiatrie.
16:37Ça s'appelle...
16:39J'ai perdu le nom.
16:42La distanciation.
16:43Enfin, on devient quelqu'un d'autre.
16:46On n'a plus conscience de ce qu'on était,
16:48mais on peut vivre comme cette autre personne.
16:51Et d'ailleurs, elle a pris dans l'hôtel
16:52le nom de la maîtresse de son mari.
16:53C'est ça qui est incroyable.
16:55Elle s'est enregistrée.
16:56Donc, elle a pris le train.
16:57Elle n'est pas allée dans la station
16:59où elle devait aller.
17:00Elle est allée dans une autre station
17:01dont elle avait vu une pancarte dans la gare.
17:04Et elle est arrivée,
17:05elle a dit qu'elle s'appelait...
17:07Madame Neil.
17:08Madame Neil.
17:08Elle n'avait pas pris le même prénom de Nancy.
17:11Et qu'elle arrivait d'Afrique du Sud,
17:14que ses bagages allaient arriver.
17:17Elle a pris une chambre
17:18et elle lisait les journaux
17:20qui parlaient de la disparition
17:22d'Agatha Christie.
17:24Et elle disait,
17:25mais je suis sûre qu'elle est morte, d'ailleurs.
17:27Et comme vous disiez,
17:29elle jouait du piano,
17:29parce que c'était une grande pianiste.
17:32une grande musicienne.
17:33Elle jouait du piano,
17:35parce qu'il y avait un orchestre.
17:36C'était un grand hôtel, en fait.
17:38Et la femme de chambre
17:40avait trouvé ça bizarre
17:41parce qu'elle n'avait jamais vu une cliente
17:43qui avait si peu de bagages.
17:45Elle en avait parlé à la directrice
17:47qui a dit,
17:50mais non,
17:52les clients,
17:53on n'interfère jamais
17:54dans leur vie privée.
17:56Et le problème de l'enquête,
17:58en fait,
17:58avec cette disparition,
17:59c'est qu'il y avait deux commissaires de police.
18:01L'un de la région
18:03où elle habitait
18:05et l'autre de la région du comté
18:07où la voiture avait été trouvée
18:09et qui avait deux opinions
18:10totalement différentes.
18:12Celui de la voiture
18:12disait qu'elle avait eu un accident
18:15et qu'elle était décédée,
18:17qu'elle était tombée dans le lac
18:19ou que voilà.
18:20Et l'autre disait
18:21qu'elle avait mis en scène
18:23sa disparition.
18:24Et donc,
18:25les journalistes
18:26s'en sont donnés à cœur choix.
18:27Effectivement.
18:28Ce livre s'appelle
18:29« Les mille vies d'Agatha Christie »,
18:30ça a été une enquête
18:31parce que retrouver ces éléments-là,
18:33ce n'est pas évident,
18:33Maître Xololnois.
18:34Voilà.
18:35Et en fait,
18:37non,
18:38mais en fait,
18:39ce sont les musiciens
18:40de l'hôtel
18:41qui tout d'un coup
18:42se sont aperçus
18:43que quand même
18:44elle ressemblait étrangement
18:45à l'Agatha Christie.
18:47Elle avait les mêmes chaussures,
18:49etc.
18:49Et il y avait eu
18:51un journal,
18:52le Daily Mail,
18:53qui avait proposé
18:54une grosse récompense.
18:55Ils n'ont pas pris la récompense,
18:57mais ils ont été voir
18:58le commissaire
18:58de la région.
19:00Donc,
19:00c'était encore
19:00un troisième commissaire
19:02qui a appelé
19:02son collègue
19:04des Donnes,
19:05là où la voiture
19:05avait disparu,
19:06en lui disant
19:07« On a sans doute
19:08retrouvé Agatha Christie ».
19:09Et l'autre a dit
19:10« Ce n'est pas possible ».
19:11Et donc,
19:12finalement,
19:12c'est son mari
19:13qui est arrivé,
19:14Archibald Christie,
19:16et qui a dit
19:17« Je reconnais bien
19:18l'écriture
19:19de ma femme »
19:21et elle ne l'a pas reconnue.
19:23Elle a dit
19:24à quelqu'un d'autre
19:26avec qui elle dînait
19:27« Tiens,
19:28mais mon frère
19:29est arrivé,
19:30etc. »
19:31Et donc,
19:31il a fallu la soigner.
19:32Elle a été soignée
19:33par
19:35de l'hypnose
19:37et petit à petit,
19:38elle a retrouvé
19:40qui elle était.
19:41Ce qui est formidable,
19:42c'est d'avoir réussi
19:43à reconstituer ça
19:44bien des années après.
19:45Comment vous avez fait,
19:46Béatrix ?
19:46J'ai retrouvé
19:47un article
19:48où elle expliquait
19:50tout ça.
19:50Parce que
19:51l'année suivante,
19:53il y avait
19:56un anthropologue
19:57qui avait simulé
19:59comme ça
19:59une disparition
20:00pour se faire
20:01de la publicité.
20:02Il avait dit
20:03qu'on lui avait volé
20:04des crânes d'Aztèques,
20:05etc.
20:06Ce qui était
20:07totalement faux.
20:08Et il y avait eu
20:09un procès
20:09et pour se disculper,
20:11il avait dit
20:11« Mais je ne suis pas
20:12le premier. »
20:14Madame Christie aussi
20:15a simulé
20:17une disparition
20:18comme ça.
20:19Et là,
20:19son sang n'a fait
20:20qu'un tour.
20:21Elle a écrit
20:22une page
20:25que son agent
20:27a envoyée
20:27au Daily Mail
20:28où elle explique
20:29exactement
20:30ce qui s'est passé
20:31et comment
20:31elle a voulu
20:32se suicider.
20:33Et ça,
20:34ça a été terrible
20:34pour elle
20:35parce que
20:35c'était quelqu'un
20:36de très timide,
20:38Agatha Christie,
20:39de voir sa vie privée
20:41comme ça,
20:41étalée
20:42dans tous les journaux
20:43parce que même
20:44quand on l'a retrouvée,
20:44les journaux,
20:46on continuait
20:47les journalistes
20:47parce que ça vendait
20:48beaucoup de papiers.
20:50Et donc,
20:50vous savez,
20:51il y avait un train
20:52qui avait été envoyé
20:54pour ramener
20:55le couple
20:56infidèle
20:57à Londres
20:58et heureusement
20:59elle avait été
21:01exfiltrée,
21:01elle était partie
21:02chez sa soeur
21:03mais il y avait
21:03une foule
21:04qui l'attendait
21:05à la gare
21:06et ça,
21:07elle n'a plus
21:08jamais de sa vie
21:09donné une interview.
21:11Ce qui est fou
21:12c'est qu'aujourd'hui
21:12Agatha Christie,
21:13on la connaît encore
21:14grâce à ses romans,
21:15grâce à Hercule Poirot
21:16et le nom d'Hercule Poirot,
21:17je ne sais pas si vous le savez,
21:19en fait,
21:19elle songeait
21:20à un étudiant,
21:21un scientifique
21:21avant de trouver
21:22un policier,
21:23elle s'est inspirée
21:24de Jules Poiré
21:25qui était un personnage
21:26créé d'un Américain,
21:27par un Américain,
21:28Frank Owens Evans
21:29et Hercule Poiré
21:30une Anglaise
21:31Marie-Béloque-Lonze.
21:32Donc Jules Poiré
21:33et Hercule Poiré
21:34sont devenus
21:35Hercule Poiréau.
21:35Voilà.
21:36Et aujourd'hui encore
21:37le monde entier
21:38connaît Hercule Poiréau.
21:38Ce qui a d'intéressant
21:39chez Agatha Christie
21:40c'est qu'elle a renouvelé
21:41complètement le genre
21:42du roman policier.
21:43Avant c'était des choses
21:44très compliquées
21:45avec des fantômes
21:46etc.
21:47Ou alors c'était
21:48des choses épouvantables
21:49comme Sir Conan Doyle
21:50avec Sherlock Holmes.
21:52Voilà.
21:53Et donc,
21:53et elle,
21:54elle en a fait quelque chose
21:55où on ne voyait pas de sang
21:56et tout ça.
21:57et Hercule Poiréau
21:58fonctionnait psychologiquement
22:00et elle disait
22:01que dans l'enquête
22:02à son sujet
22:03les Scotland Yard
22:06et les deux équipes
22:09de policiers
22:10auraient dû s'inspirer
22:11des méthodes
22:12d'Hercule Poiréau
22:13psychologiques.
22:14Et on aurait su
22:15qu'elle était
22:15dans un état de dépression
22:16et que donc
22:17et que sa timidité
22:19l'aurait empêché
22:20de mettre en scène
22:22sa propre disparition.
22:24Alors ça c'est une
22:25de vos enquêtes
22:25il y en a eu
22:26beaucoup d'autres
22:26et on va évoquer
22:27une autre date
22:28qui est importante
22:29dans votre parcours
22:29le 8 novembre 2000.
22:31A tout de suite
22:31sur Sud Radio
22:32avec Béatrix de L'Aulenois.
22:34Sud Radio
22:35les clés d'une vie
22:35Jacques Pessis
22:36Sud Radio
22:37les clés d'une vie
22:38mon invité
22:39Béatrix de L'Aulenois
22:40nous parlerons tout à l'heure
22:41de
22:41Ils les ont tant aimés
22:42les présidents
22:43et leurs mères
22:44un livre étonnant
22:45chez Plon
22:45qui montre les présidents
22:47sous une facette
22:48totalement inattendue.
22:49On en revient
22:50à votre parcours
22:50on a évoqué
22:51vos premiers pas
22:53dans la presse féminine
22:54vos enquêtes
22:56notamment sur
22:56Agatha Christie
22:57et puis
22:57le 8 novembre 2000
22:59vous signez
23:00un livre
23:01un roman historique
23:02avec quelqu'un
23:03que la télévision
23:04a immortalisé
23:05dans les guignols
23:06de l'info.
23:07Allez Christine !
23:08Foire et caouette
23:10remets-nous ça
23:12un vin de causette
23:13parce qu'on est bien
23:14chez toi
23:15Foire et caouette
23:16avec Philippe Alexandre
23:17et Serge Julie
23:19qui a été caricaturé
23:20dans les guignols
23:20où on voyait
23:21ces deux éditorialistes
23:22en train de manger
23:23des cacahuètes
23:24et de boire des coups
23:24sans arrêt.
23:25Il était très fier
23:26il était très content.
23:27Oui car vous avez
23:28travaillé donc
23:29avec Philippe Alexandre
23:30et vous avez
23:31vous avez donc écrit
23:33différents romans
23:34on va en parler
23:34et Philippe Alexandre
23:36effectivement au départ
23:37il a été un des pionniers
23:38des débats à la télévision
23:39Oui bien sûr
23:40avec Serge Julie
23:41Christine O'Krent
23:42Oui c'était passionnant
23:43d'ailleurs
23:43C'était le dimanche soir
23:47et Philippe
23:48il adorait ça
23:49débattre
23:50il adorait la politique
23:51et il aimait beaucoup
23:53Serge Julie
23:54et ça se passait très bien.
23:56Serge Julie
23:56était le directeur
23:57de Libération
23:57Philippe Alexandre
23:58travaillait entre autres
23:59à RTL
24:00mais cette forme de débat
24:01c'est finalement
24:03l'ancêtre
24:04de tous les débats
24:05qu'on a aujourd'hui
24:06sur les chaînes d'info
24:06Oui peut-être
24:07oui peut-être
24:08mais vous savez
24:09là aussi
24:10il y avait des gens
24:11qui ne voulaient rater ça
24:13à aucun prix
24:14le débat entre les deux
24:15et on le reconnaissait
24:17dans la rue
24:18il était très content
24:21et ça faisait du bien aussi.
24:23Oui
24:23c'était des débats courtois
24:25où on ne faisait pas le buzz
24:26Oui absolument
24:26Comment ça se passait ?
24:28Oui
24:29d'abord Philippe
24:30c'était un grand éditorialiste
24:31à RTL
24:33Il a été pendant 27 ans
24:34tous les matins à RTL
24:36pour se lever tout
24:37Oui
24:37et il y avait des gens
24:38qui aussi
24:39il y avait des
24:40des grands chirurgiens
24:41qui attendaient
24:42la chronique
24:43de Philippe Alexandre
24:44avant de partir
24:45à l'hôpital
24:45oui toute la France
24:46l'écoutait en fait
24:47Et parce que justement
24:48il parlait de politique
24:50autrement ?
24:50Il parlait de politique
24:52et puis surtout
24:52il sortait des scandales
24:54il faisait les vraies enquêtes
24:57quand il y avait des chèques
24:59compromettants
25:00il les avait
25:00il y avait les lettres
25:02voilà
25:02c'était pas du buzz
25:04comme aujourd'hui
25:05où on répète des choses
25:06sur Macron
25:08voilà
25:08ou que Brigitte
25:09serait un homme
25:10c'était pas du tout ça
25:12c'était vraiment
25:13un niveau politique
25:14c'était vraiment
25:15le troisième pouvoir
25:16la presse à l'époque
25:17et justement
25:18il arrivait à avoir
25:19des documents
25:19que personne n'obtenait
25:20bien sûr
25:21et c'était des preuves flagrantes
25:22bien sûr
25:23et les hommes politiques
25:24on avait peur
25:25mais je peux vous dire
25:27que personne ne refusait
25:28de lui parler
25:29voilà
25:29et il a dit un jour
25:32à propos d'une campagne électorale
25:34c'est une comédie absurde
25:35heureusement
25:36le ridicule ne tue pas
25:37sinon les cimetières
25:38seraient remplies
25:38de nos gouvernants
25:39car il avait de l'humour
25:40mais il avait de la formule
25:41vous savez
25:42il savait écrire
25:43Philippe
25:44il n'avait pas fait
25:44les nains
25:45à 18 ans
25:46il était rentré
25:47à combat
25:48et quand il écrivait
25:49sa rubrique
25:51il l'écrivait
25:52d'un seul jet
25:52sans une rature
25:54c'était absolument magnifique
25:56c'était un grand
25:57grand talent
25:57d'écrivain
25:58et surtout
25:59c'était une époque
25:59où les journalistes
26:01d'abord avaient confiance
26:02dans la parole
26:03des politiques
26:03et réciproquement
26:04oui
26:05et puis
26:06et puis
26:07ils étaient plus ou moins
26:09adversaires
26:10quand même
26:10voilà
26:11mais hommes d'honneur
26:12oui bien sûr
26:13bien sûr
26:14mais pour le bien
26:14de la France
26:15en même temps
26:16quand on disait ça
26:18on ne le sort pas
26:19la parole était tenue
26:20bien sûr
26:21bien sûr
26:22les off
26:22bien sûr
26:23je me demande
26:24ce qu'il dirait
26:24aujourd'hui
26:25devant le paysage politique
26:26mais maintenant
26:27ce sont les petites phrases
26:28qui sont complètement
26:29sorties d'un contexte
26:30et qui signifient plus rien
26:31ça c'est vrai
26:32alors votre premier livre
26:33avec lui
26:34ça n'a rien à voir
26:35avec la politique
26:35Beatrix de Lournoy
26:36avec Philippe Alexandre
26:38vous racontez
26:38la dernière reine
26:39de l'Empire britannique
26:40qui est la reine Victoria
26:42pourquoi ce sujet ?
26:43ce ne sont pas des romans
26:43ce sont des essais
26:45c'était une biographie
26:46écoutez
26:47c'était par hasard
26:47je commençais à vivre avec lui
26:49parce qu'on a vécu ensemble
26:50pendant 30 ans
26:51et je rentrais
26:52d'un voyage de presse
26:53en Angleterre
26:54et j'avais vu l'après-midi
26:55la statue de la reine Victoria
26:57et en rentrant
26:58il m'avait dit
26:58tiens tu devrais faire
26:59une biographie
27:00de Margaret Thatcher
27:01et j'avais dit
27:02non ça ne m'intéresse pas
27:03et il m'a dit
27:03pourquoi pas The Queen
27:04et The Queen
27:05c'était la reine Victoria
27:06et on a commencé à deux
27:08ça l'a intéressé
27:09on a commencé
27:10chacun un chapitre
27:12le chapitre de l'autre
27:13ne nous convenait
27:15absolument pas
27:15on a repris les deux
27:16derrière l'ordinateur
27:17et on a continué
27:18à travailler comme ça
27:19à quatre mains
27:20on était très différents
27:21lui c'était un homme de radio
27:22moi plutôt historienne
27:23je cherchais les détails
27:25et ça a très bien fonctionné
27:27en même temps
27:28la reine Victoria
27:29on l'a un peu oublié
27:30c'était pas la reine Elisabeth
27:31c'était pas le prince Charles
27:32c'était autre chose
27:34c'était une femme
27:34qui aimait bien vivre
27:36absolument
27:36on a complètement changé
27:39l'image
27:39de la reine Victoria
27:40qui était la meilleure danseuse
27:42du royaume
27:42qui adorait boire
27:43qui adorait manger
27:44qui tombait amoureuse
27:45toutes les cinq minutes
27:46et qui n'aimait rien tant
27:48que de regarder
27:49le soleil se lever
27:50sur la tamise
27:51à cinq heures du matin
27:52et d'ajouter du whisky
27:54à son thé je crois
27:54oui absolument
27:55absolument
27:56alors que la reine d'Angleterre
27:57Elisabeth
27:58ne voyageait jamais
27:59sans son propre thé
28:00dans ses bagages
28:01portés par ses lacs
28:02c'était une tradition
28:04c'est vrai que
28:05c'est une autre image
28:06de l'Angleterre
28:07qu'on ne connait pas
28:08qu'on a un peu oublié
28:08aujourd'hui
28:09mais c'était la grande époque
28:10de l'Angleterre
28:12c'était l'époque
28:13où la Royal Navy
28:14a conquis le monde
28:16et ce qui nous a
28:18beaucoup intéressé
28:18notamment Philippe
28:19c'est qu'il y avait
28:20des premiers ministres
28:21de première qualité
28:23Melbourne
28:24Peel
28:24d'Israéli
28:25Gladstone
28:26c'était l'époque
28:27où il y avait des débats
28:28d'une très grande tenue
28:31aux communes
28:32et ça c'était
28:33absolument passionnant
28:34d'ailleurs
28:35vous avez fait un livre
28:36avec lui
28:36sur la femme de Churchill
28:37et vous avez fait ensuite
28:39vous un livre
28:39sur Churchill
28:40parce que Churchill
28:41c'est un homme
28:42totalement méconnu aussi
28:44Écoutez maintenant
28:45quand même
28:47dans le dernier film
28:48qui sort sur De Gaulle
28:49il y a quand même
28:49un Churchill
28:50il a quand même
28:51aidé De Gaulle
28:52il n'y aurait jamais eu
28:53de France libre
28:53s'il n'y avait pas eu
28:54de Churchill
28:55c'est vrai
28:56mais là je reviens
28:57justement d'un voyage
28:58en Angleterre
28:59où j'ai visité
29:00Blaynham, Chartwell
29:01la maison
29:02où il habitait
29:03avec les héritiers
29:05de Churchill
29:06parce qu'il a toujours
29:07son petit-fils
29:08Lord Soames
29:09qu'on a rencontré
29:10avec le chapitre
29:12français
29:13de l'international
29:13Oui parce que je crois
29:14que Jean-Noël Tron
29:15a créé un chapitre français
29:16sur Churchill
29:16qui n'existait pas
29:17Absolument
29:17et je fais partie
29:18du comité scientifique
29:19avec François Kersaudi
29:20C'est-à-dire
29:22remettre Churchill
29:22dans une vraie position
29:24parce que c'était
29:25un bon vivant
29:26c'était un humoriste
29:27et il avait une femme
29:28et cinq enfants
29:29ce qu'on n'a pas toujours su
29:30Non
29:31Quand on a écrit
29:32notre biographie
29:33de Clémentine Churchill
29:35il y a des gens
29:35qui nous ont dit
29:36Ah bon
29:37Churchill avait une femme
29:38et des enfants
29:39Eh ben oui
29:40et une femme
29:41qui a joué
29:41un très grand rôle
29:42d'ailleurs
29:43Clémentine Churchill
29:45était une femme
29:46très intéressante
29:48plus à gauche que lui
29:49passionnée de politique
29:51aussi
29:51et c'était une grande
29:54histoire d'amour
29:54puisqu'ils se sont rencontrés
29:56à un dîner
29:56où aucun des deux
29:57ne voulait aller
29:57ça a été le coup de foudre
29:59et ils sont restés
30:00ensemble 56 ans
30:01Et il se trouve que
30:02Churchill
30:02dont on connaît
30:03son rôle
30:04en Angleterre
30:05notamment
30:05au temps de la France libre
30:07était un personnage
30:08extravagant
30:09qui avait des vêtements
30:10totalement surréalistes
30:11et qui fumait
30:12huit cigares par jour
30:14Ben oui
30:14il avait sa panoplie
30:15en fait
30:16il y avait le nœud papillon
30:18de son père
30:18il y avait la canne
30:20que le roi
30:21Édouard VII
30:21lui avait donné
30:22pour son mariage
30:23il y avait ses chapeaux
30:24il était considéré
30:25comme l'homme
30:25qui avait le plus
30:27de chapeaux
30:27en Angleterre
30:28encore plus
30:29que son épouse
30:30ce qui était très rare
30:32voilà
30:32Churchill
30:32c'était un personnage
30:34mais c'était
30:35un grand travailleur
30:37il buvait énormément
30:38de cognac
30:39mais il avait
30:40une constitution
30:41qu'il supportait
30:41et c'était surtout
30:43un grand écrivain
30:45aussi
30:45et un grand travailleur
30:47il a eu le prix Nobel
30:48on l'a un peu oublié
30:49oui
30:49et il est quand même
30:51l'homme
30:51le seul
30:52qui s'est opposé
30:53à Hitler
30:53ça ne dit pas quoi
30:55bien sûr
30:56mais il était capable
30:57d'avaler
30:58un rose bif
30:59pendant un déjeuner
31:00entièrement
31:02et de boire
31:03il buvait beaucoup
31:04du cognac
31:04surtout
31:05et puis
31:06ça parle de nos sports
31:07qui est dans la légende
31:09c'est une légende aussi
31:09oui c'est une légende
31:10parce qu'il était
31:11très sportif
31:12il était champion de polo
31:13il adorait nager
31:15il est monté à cheval
31:16jusqu'à 80 ans
31:17voilà
31:18nos sports
31:19c'est vraiment
31:19à la toute fin de sa vie
31:21peut-être qu'il l'a dit
31:22quand il était derrière
31:23son chevalet
31:24et on est allé d'ailleurs
31:26en Angleterre
31:27parce qu'il y a
31:28la première exposition
31:29à la Wallace Collection
31:30des tableaux
31:32de Sir Winston
31:33et ils sont
31:34c'est très intéressant
31:35alors ce qui est intéressant aussi
31:36ce sont vos autres livres
31:38avec Philippe Alexandre
31:39notamment un livre
31:40sur la reine mère
31:42de Louis XIV
31:42parce que ça aussi
31:44c'est quelque chose
31:45qu'on n'a pas imaginé
31:46elle est restée dans l'histoire
31:47grâce aux trois mousquetaires
31:48mais il y a une autre histoire
31:50aussi que vous avez dévoilée
31:54avec la reine mère
31:55pour mon fils
31:56pour mon roi
31:57la reine Anne
31:58mère de Louis XIV
31:58oui absolument
31:58c'est surtout
31:59que pendant 23 ans
32:01elle a attendu
32:02d'être enceinte
32:03en fait
32:04Anne d'Autriche
32:05elle est morte
32:06d'un cancer du sein
32:07et elle faisait
32:08énormément de fausses couches
32:09et la naissance
32:10de Louis XIV
32:11après 23 ans de mariage
32:12a été vraiment
32:13un miracle
32:14toute la France
32:15était à genoux
32:16dans les églises
32:17pour avoir un dauphin
32:18et elle a adoré
32:20ce fils
32:20et elle a voulu en faire
32:22le plus grand roi
32:23du monde
32:24elle était elle-même
32:26l'arrière-petite-fille
32:27de Charles Quint
32:27donc elle lui donnait
32:28ce modèle
32:29et elle lui a enseigné
32:32l'étiquette
32:33de la cour espagnole
32:35qui était quelque chose
32:36d'incroyable
32:37qu'il a reprise
32:38à Versailles
32:39en fait
32:39ça vient d'Espagne
32:41et de sa mère
32:42et là encore
32:43on imagine
32:44ce qui s'est passé
32:45on ne le sait pas trop
32:46parce que
32:46Alexandre Dumas
32:47a donné une autre image
32:49de la reine
32:49dans les trois mousquetaires
32:50avec l'affaire
32:51des ferrets de diamants
32:52oui avec Buckingham
32:56il est tombé amoureux
32:58Buckingham était
32:59bon était premier
33:01lors de la minorité
33:02à ce moment-là
33:03il était venu en France
33:05pour le mariage
33:06d'Henriette d'Angleterre
33:07qui était la soeur
33:07de Louis XIII
33:08avec le roi
33:09Charles Ier
33:11d'Angleterre
33:11et lui
33:15est tombé fou
33:16amoureux de la reine
33:17et elle
33:18elle a dit
33:18si je n'étais pas
33:19reine de France
33:20ce serait l'homme
33:21avec qui j'aurais aimé vivre
33:22mais Dumas a brodé
33:24quelque chose
33:24bien sûr
33:25mais Richelieu a été
33:26fou de rage
33:27il a poussé
33:28Louis XIII
33:29à beaucoup de jalousie
33:31bien sûr
33:32et il y a plein
33:32d'adaptations au cinéma
33:34des trois mousquetaires
33:34et il y en a une
33:35qui a failli se faire
33:36avec les Beatles
33:37je ne sais pas si vous le savez
33:38ils ont failli en 1966
33:39tourner les trois mousquetaires
33:41où ils auraient été
33:42à tous portants
33:43ça aurait pu être extraordinaire
33:44et puis vous avez fait aussi
33:46avec Philippe Alexandre
33:47un livre sur la gastronomie française
33:49oui absolument
33:50c'est rien à voir
33:51non mais on avait fait
33:53une biographie
33:53d'Antonin Carême
33:54qui était le grand
33:56chef de Napoléon
33:58et quand
34:00à ce moment
34:01Sarkozy
34:02a demandé
34:04que le repas
34:04gastronomique français
34:05soit inscrit
34:06au patrimoine
34:07de l'humanité
34:08par l'UNESCO
34:10on a fait à ce moment-là
34:11une histoire
34:11de la gastronomie
34:12qui a été rééditée
34:14l'année dernière
34:14par les éditions
34:16Erol
34:16et c'est quelque chose
34:18de passionnant
34:19et on voit
34:19l'importance
34:21que la gastronomie
34:22a eu en France
34:24dans l'éducation
34:25d'abord
34:26dans les petits dîners
34:27parce que cette gastronomie
34:28elle a permis
34:31avant la révolution
34:32au siècle des Lumières
34:33les gens discutaient
34:34à table
34:35et il y avait un code
34:36il fallait pas plus
34:38de 8 personnes
34:3910 personnes
34:3912 maximum
34:42pour qu'il y ait
34:42un vrai débat
34:43qui s'instaure en France
34:44et c'est ce qui a permis
34:47l'encyclopédie
34:48etc.
34:49c'est à ce moment-là
34:49que c'est né
34:50dans les petits dîners
34:51et cette gastronomie
34:54française
34:54c'est une source
34:55de richesse
34:56inépuisable
34:56vous savez moi
34:57j'ai appris
34:58qu'après Waterloo
34:59on avait une dette
35:00énorme à payer
35:01aux alliés
35:02on l'a payé en avance
35:04grâce au restaurant
35:05au premier restaurant
35:06du monde
35:06qui avait été créé
35:08au Palais Royal
35:09en fait
35:09et toute l'Europe
35:10venait manger
35:11et après la guerre
35:12de 70
35:13Rebolote
35:14on avait une dette
35:15énorme à payer
35:16aux alliés
35:17et on l'a payé
35:18en avance aussi
35:19grâce à tous les restaurants
35:20qui s'étaient installés
35:21là sur les grands boulevards
35:22autour de l'Opéra
35:23et ça
35:24on ne le dit jamais
35:25mais l'Europe entière
35:27est venue
35:28pendant très longtemps
35:29alors encore maintenant
35:30je pense
35:31manger en France
35:33parce que c'est quand même
35:34la patrie de la gastronomie
35:35voilà
35:35ça c'est le côté nourriture
35:37mais maintenant
35:37on va voir vos paroles
35:38à travers une autre date
35:40le 7 mai 2026
35:41à tout de suite
35:42sur Sud Radio
35:42avec Béatrix de Lolloy
35:44Sud Radio
35:45les clés d'une vie
35:46Jacques Pessis
35:47Sud Radio
35:48les clés d'une vie
35:48mon invité
35:49Béatrix de Lolloy
35:50on a parlé
35:51de votre parcours
35:52avec la presse féminine
35:53vos livres
35:54avec Philippe Alexandre
35:55notamment sur
35:56Agatha Christie
35:57et sur beaucoup d'autres
35:58et puis
35:59le 7 mai 2026
36:00est sorti un livre
36:01ils les ont tant aimés
36:03chez Plon
36:03les présidents
36:04et leurs mères
36:05et vous expliquez
36:06que les grands hommes
36:07ont toujours une femme
36:08derrière eux
36:09mais les femmes
36:10ça peut être leur mère
36:11et ça c'est un sujet
36:12que personne n'avait traité
36:13non
36:13non non non
36:14en fait c'est un sujet
36:15que j'ai fait par hasard
36:16puisque je sortais
36:17d'un grand condé
36:17et je voulais faire
36:18fouquer sa mère
36:19et puis avec
36:20la proximité
36:21de l'élection présidentielle
36:23l'année prochaine
36:24j'ai décidé
36:25avec mon éditeur
36:26Jean-Luc Barret
36:26de faire
36:27les présidents
36:28de la Vème République
36:29et j'ai plongé
36:31alors dans
36:31huit histoires
36:32familiales
36:33différentes
36:36passionnantes
36:37et très émouvantes
36:38avec une surprise
36:39de taille
36:40c'est que
36:41ces huit mères
36:42de présidents
36:42de la République
36:43parfois
36:44de conditions
36:46très modestes
36:47étaient toutes
36:48des femmes
36:48de caractère
36:49qui ont toutes
36:50eu un rôle
36:51majeur
36:52décisif
36:53dans l'éducation
36:54de leurs fils
36:55mais justement
36:55on n'en a jamais parlé
36:56de ça
36:57et même
36:58les présidents
36:59de la République
36:59Denis Nicolas Sarkozy
37:01et Emmanuel Macron
37:02ne parlent pas
37:02de leur mère
37:02ou très peu
37:04écoutez
37:04là
37:04ils en ont parlé
37:05alors il y a une parenthèse
37:07avec Emmanuel Macron
37:08puisqu'Emmanuel Macron
37:09a été élevé
37:10par sa grand-mère
37:11qui a tenu
37:12ce rôle
37:12aussi
37:14majeur
37:15dans la formation
37:17de son imaginaire
37:18et dans son parcours
37:19comment est venue
37:19l'idée de penser
37:20à ces mères
37:21dont on ne parle jamais
37:22écoutez
37:23je vous l'ai dit
37:23j'étais tombée
37:25sur la mère
37:25de Fouquet
37:26qui était un personnage
37:26formidable
37:27et donc là
37:29ça a été une surprise
37:30de taille
37:31et l'autre surprise
37:32c'est que
37:34c'est une adoration
37:35tous
37:36pour leur mère
37:37toujours
37:38à part Emmanuel Macron
37:39pour qui c'est
37:40la grand-mère
37:41mais
37:42ce n'est pas
37:43un amour normal
37:44comme tout fils
37:46a pour sa mère
37:47Jacques Chirac
37:48dit
37:48j'adorais ma mère
37:50comme elle m'adorait
37:51Pompidou
37:53de l'âge de 3
37:54à 8 ans
37:55je n'ai connu
37:57que ma mère
37:58je l'adorais
38:00et c'était une femme
38:01de caractère
38:01en fait
38:02c'était un personnage
38:04même la mère
38:05de Georges Pompidou
38:07en fait
38:07c'est le parcours
38:08le plus improbable
38:09de la 5ème république
38:10elle est née
38:11dans une chaumière
38:12de Montboudif
38:13ses parents
38:15vendaient du linge
38:16de maison
38:17sur le marché
38:17et à 16 ans
38:18elle a voulu
38:19devenir
38:20institutrice
38:21elle s'est mariée
38:22avec un instituteur
38:23elle est devenue
38:24comme lui
38:24professeure des écoles
38:25ce qui était déjà
38:27exceptionnel
38:27à l'époque
38:28elle a enseigné
38:29à Albi
38:29et en plus
38:31elle enseignait
38:31les sciences
38:32et les mathématiques
38:35aux garçons
38:36comme aux filles
38:37aux filles
38:37comme aux garçons
38:38et ça
38:38c'était proprement
38:39révolutionnaire
38:40et à l'époque
38:41elle a parfaitement compris
38:42que son fils
38:43avait quelque chose
38:43en plus
38:44mais bien sûr
38:45parce qu'elle était
38:45professeure
38:46elle a tout de suite vu
38:46qu'il était surdoué
38:48vous savez Pompidou
38:49il lisait une fois ses leçons
38:50et il les savait par coeur
38:51il a toujours été tête de classe
38:53à 4 ans
38:53il savait lire
38:54il a été tête de classe
38:55et quand il est rentré
38:56premier à Normaltu
38:57c'est à sa mère
38:58qu'il a annoncé
39:02tout de suite la nouvelle
39:02parce que le père
39:03était parti à la guerre
39:04et comme je disais
39:06il est parti en 14-18
39:08il est parti jusqu'en 19
39:10et pendant 5 ans
39:11de 3 à 8 ans
39:12il n'a qu'à l'âge
39:14de sa première formation
39:15je n'ai connu que ma mère
39:17et en même temps
39:18il en parlait très peu
39:19dans la vie publique
39:20c'était presque
39:20un secret d'état
39:21oui parce que
39:22c'était quelqu'un
39:23de très pudique
39:24et qu'en Auvergne
39:26encore plus
39:27on ne parle pas
39:28de sa famille
39:29on ne parle pas de soi
39:30on ne parle pas
39:31du parcours qu'on a fait
39:32et puis vous évoquez
39:33dans ce livre
39:34Béatrix Lourou-Lenois
39:35une femme méconnue aussi
39:37c'est la mère
39:37du général de Gaulle
39:38ah bah oui
39:39mais oui
39:39vous savez
39:40il y a une question
39:40qu'on me pose souvent
39:41on me dit
39:41mais de Gaulle
39:42mais sa mère
39:43a vraiment eu
39:43une influence sur lui
39:44la réponse
39:45il la donne lui-même
39:46dans ses mémoires de guerre
39:50ses discours de guerre
39:53ma mère portait
39:54à la patrie
39:55une passion
39:57intransigeante
39:57à l'égal
39:58de sa piété religieuse
39:59et son épouse
40:00Yvonne de Gaulle
40:01dit très vite
40:03après son mariage
40:04toutes ses idées
40:05sur la grandeur
40:05de la France
40:06viennent de sa mère
40:07oui surtout que
40:08de Gaulle au départ
40:09c'est un enfant
40:10du nord
40:10avec une famille
40:11qui a très peu de moyens
40:12oui bien sûr
40:13ils n'étaient pas riches
40:14du tout
40:16et
40:17il n'avait pas de famille
40:19du côté de Gaulle
40:20parce qu'ils étaient
40:21morts très vite
40:21et donc sa vraie famille
40:22ça a été la famille
40:23maillot
40:24celle de sa mère
40:25et il a souvent dit
40:26je suis un petit
40:27Lillois de Paris
40:28en fait
40:29et de Gaulle
40:30quand il était enfant
40:31ce qu'il collectionnait
40:32c'était des petits soldats
40:33bien sûr
40:34bien sûr
40:34et vraiment
40:35il était le chef
40:36de l'armée française
40:38et il gagnait même
40:39à Waterloo
40:40contre ses frères
40:40et ses cousins
40:41il avait une collection
40:42à 14 ans
40:43de 700 soldats
40:44où il avait reconstitué
40:45toutes les batailles
40:46de Napoléon
40:46et je ne sais pas
40:47si vous le savez
40:47mais à l'époque
40:48fabricant de soldats
40:49de plomb
40:49c'était un terme générique
40:51c'est un métier
40:52qui datait de la révolution
40:54et aujourd'hui
40:54ces soldats
40:55ne sont plus en plomb
40:56mais en éteint
40:57parce que ça coûte
40:58beaucoup moins cher
40:59mais c'est beaucoup plus solide
41:00et c'est vrai que
41:03de Gaulle
41:04était un enfant
41:05turbulent
41:05que sa mère
41:06remettait à sa place
41:07Oui
41:08mais elle aimait
41:10son orgueil
41:12elle aimait
41:13son côté rebelle
41:14et Jeanne Maillot
41:15était elle-même
41:16une rebelle
41:16son icône
41:18c'était Jeanne d'Arc
41:19et vous savez
41:21je commence
41:22leur histoire
41:23par une scène
41:23bouleversante
41:24en fait
41:24on est le 17 juin 40
41:26il vient de prendre
41:27la décision
41:28de refuser
41:29l'armistice
41:30de Pétain
41:31de quitter sa patrie
41:32ce qui n'est pas rien
41:33pour un général d'armée
41:33et alors que son avion
41:35décolle de Bordeaux
41:36pour l'Angleterre
41:37il demande au pilote
41:38de survoler
41:39le petit village
41:40de Pimpon
41:40où sa mère
41:41s'est réfugiée
41:42c'est un adieu
41:43déchirant
41:44puisque Jeanne
41:45Jeanne de Gaulle
41:46est très malade
41:47elle mourra
41:48un mois plus tard
41:49il ne la reverra plus
41:51et il dira plus tard
41:53ce qui m'a souvent
41:55réconfortée
41:56dans ces moments
41:56tragiques
41:57c'est qu'elle eût été
41:58toujours
41:59et en tout
42:00à mes côtés
42:01et j'ai vu
42:02le film
42:02vous savez
42:03La bataille de Gaulle
42:04qui est un excellent film
42:05mais il manque un personnage
42:07c'est la mère
42:08pour comprendre
42:09comment de Gaulle
42:10est devenu de Gaulle
42:11en Angleterre
42:12il faut connaître
42:14la mère
42:14et moi je conseille
42:15à tout le monde
42:16de lire le livre
42:17Une Laison Tant Aimée
42:18pour comprendre
42:19en fait
42:20parce qu'en plus
42:20c'est en assistant
42:21à une représentation
42:22de l'aiglon
42:23à 10 ans
42:24où sa mère l'emmène
42:25qu'il décide
42:27de devenir soldat
42:28Oui c'est ce que dit
42:28la légende
42:29de faire Saint-Cyr
42:30il aurait pu faire
42:31Polytechnique
42:32comme son frère aîné
42:33mais non
42:34il voulait
42:34il voulait
42:35sa mère
42:36vous savez
42:37elle faisait prier
42:39ses enfants
42:39tous les soirs
42:40pour le retour
42:41de l'Alsace
42:42et la Lorraine
42:42qui avait été perdu
42:43en 70
42:44et lui
42:46son grand désir
42:47c'était de
42:48retrouver cette
42:49Alsace et la Lorraine
42:50de se battre
42:52et de gagner
42:52contre les Allemands
42:53En même temps
42:54de Gaulle avait
42:54une autre vocation
42:55écrire des poésies
42:57des textes
42:57je crois qu'un jour
42:57il a écrit
42:58une pièce de théâtre
43:00et que sa mère
43:01l'a découvert par hasard
43:02Oui
43:02il avait gagné
43:03le premier prix
43:04mais comme son père
43:05était professeur
43:06et son père
43:07ne voulait pas
43:08qu'il écrive
43:08et tout ça
43:09il lui avait dit
43:11tu arrêtes
43:12d'écrire
43:13des vers
43:14et des pièces de théâtre
43:15et sinon
43:18je te mets en pensant
43:20enfin je ne sais plus
43:20mais ça a été terrible
43:21je déchire tous tes vers
43:22oui c'est ça
43:23ce qu'il avait dit
43:23Et en fait
43:24il y a eu un jeu radiophonique
43:25où on a posé la question
43:26vous
43:27comme tout est sombre
43:28et que les arbres dépouillés
43:29se dressent seuls dans l'ombre
43:30qui est l'auteur de ce poème ?
43:32C'était De Gaulle à 18 ans
43:33il a fallu des semaines
43:35pour trouver la bonne réponse
43:37Sa mère aussi
43:38a été un réconfort
43:39quand De Gaulle
43:40s'est retrouvé prisonnier
43:41pendant la première guerre mondiale
43:42Bien sûr
43:42parce qu'elle lui a envoyé
43:45des colis
43:46avec des boîtes de conserve
43:47à double fond
43:48dans lequel il y avait
43:49des lunettes
43:50des fausses barbes
43:50et tout ça
43:51pour se déguisser
43:52c'est ça
43:53c'est absolument formidable
43:54il arrivera
43:55à s'échapper
43:56cinq fois
43:57et à cinq fois
43:59il sera repris
44:00et ça
44:00ça va être
44:02pour lui
44:02ça a été une épreuve terrible
44:04et je crois que la mère
44:05du général De Gaulle
44:06a été la troisième femme
44:07en France
44:07à obtenir le permis de conduire
44:09Non
44:10c'était la mère
44:10d'Yvonne
44:12d'Yvonne
44:13c'est quand même extraordinaire
44:15Oui
44:15c'était des maîtresses femmes
44:17et Jacques Chirac
44:19qu'on n'a jamais vu pleurer
44:20a pleuré le jour de sa mère
44:21bien sûr
44:22mais vous savez
44:23là aussi
44:24c'est une histoire
44:24très émouvante
44:25parce que
44:27Marie-Louise Chirac
44:29a perdu une petite fille
44:31à 22 mois
44:32d'une bronchopneumonie
44:33et quand Jacques Chirac
44:35est né
44:35huit ans plus tard
44:37elle ne l'attendait plus
44:38et il va être
44:40le centre de sa vie
44:42ils vont même former
44:44très vite
44:44un petit couple
44:45parce que
44:47le père travaillait beaucoup
44:48le père était banquier
44:50ses deux plus gros clients
44:51étaient
44:52les deux avionneurs
44:54Marcel Bloch
44:55futur Dassault
44:56et Henri Pothèse
44:59c'était un homme séduisant
45:00qui ne rentrait pas forcément
45:01tous les soirs à la maison
45:03et donc
45:04entre la mère
45:05et Jacques
45:06va se créer
45:06une très grande complicité
45:08la Corrèze
45:09c'est la mère
45:10la liberté
45:11l'amitié
45:12il a voulu
45:13se faire élire
45:15en Corrèze
45:16alors que Pompidou
45:17lui avait dit
45:17présentez-vous à Paris
45:19en Corrèze
45:19vous ne serez jamais élu
45:20il a été élu en Corrèze
45:22et il était adoré
45:23il était adoré
45:24et sa passion
45:25pour le salon d'agriculture
45:26et les vaches
45:27ça vient aussi de sa mère
45:28bien sûr
45:29bien sûr
45:30c'est sa Madeleine de Proust
45:32parce qu'il vivait
45:34à la campagne
45:34et on lui apprenait
45:35à traire le lait
45:36oui
45:36à traire les vaches
45:37à ferrer
45:38il était heureux là-bas
45:39moi j'ai rencontré
45:40quelqu'un
45:41à Saint-Ferré-Hol
45:43donc le village
45:43c'était là
45:44où était la maison
45:45qui m'a dit
45:46Jacques Chirac
45:47dès qu'il allait
45:48chez quelqu'un
45:48il filait dans les tables
45:50il aimait ça
45:51c'était pas du tout
45:52une posture
45:53non c'était la réalité
45:55pour écrire ce livre
45:57Béatrix de Lolle-Noix
45:58vous avez rencontré
45:59des témoins
46:00qui ont connu
46:01cette époque-là
46:02bien sûr
46:03bien sûr
46:03bon
46:04et la grande tristesse
46:05aujourd'hui
46:05parce que j'y suis allée
46:06en mai l'année dernière
46:08c'est que la maison
46:08de Saint-Ferré-Hol
46:09a été vendue
46:10par Bernadette Chirac
46:11qui n'aimait pas trop
46:12Saint-Ferré-Hol
46:13et qu'elle est devenue
46:14un salon de coiffure
46:15et puis
46:16Valéry Giscard d'Estaing
46:17aussi
46:18sa mère a eu aussi
46:19beaucoup d'influence
46:20bien sûr
46:21sa mère était une surdouée
46:23comme lui
46:23elle était passionnée
46:25de politique
46:27elle a baigné très tôt
46:28dans la grande politique
46:29puisqu'elle avait
46:30du côté maternel
46:31deux grands-pères
46:32qui avaient été
46:32ministre de l'Intérieur
46:33de Napoléon
46:34et du roi Louis-Philippe
46:36et surtout
46:36elle avait du côté paternel
46:38un autre grand-père
46:39Agénor Bardou
46:40qui a été
46:41maire de Clermont-Ferrand
46:42député centre-gauche
46:43des Puy-de-Dôme
46:44ami de Jules Ferry
46:45comme lui
46:46ministre de l'instruction publique
46:47et c'est dans ses pas
46:49qu'elle va conduire
46:51son fils
46:52de la politique libérale
46:54dont il va s'inspirer
46:56sur les conseils
46:57de sa mère
46:58et sans
46:59mais Giscard d'Estaing
47:00peut-être que
47:00Valéry Giscard d'Estaing
47:02n'aurait pas été
47:03président de la République
47:03ni même député
47:05du Puy-de-Dôme
47:05il se trouve que
47:06le 19 mai 74
47:08il dit à sa mère
47:09je serai
47:10injoignable aujourd'hui
47:11parce qu'il se téléphonait
47:13tout le temps
47:13oui
47:13bien sûr
47:14bien sûr
47:15c'était sa plus grande
47:16conseillère
47:16et quand elle est morte
47:18elle avait 102 ans
47:19et il dira
47:20le jour de son enterrement
47:22vous n'imaginez pas
47:22comme c'est dur
47:23de perdre sa mère
47:24et puis François Mitterrand
47:26aussi qui avait dit
47:27mon pays à moi
47:27c'est ma mère
47:28bien sûr
47:29alors ça
47:30c'est la plus
47:30c'est la moins connue
47:32en fait
47:34Yvonne Mitterrand
47:358 enfants
47:37alors qu'elle ne devait
47:38même pas en avoir un
47:39parce qu'elle avait
47:41une maladie de coeur
47:42une force tranquille
47:46un souci constant
47:48des autres
47:49des plus pauvres
47:50des miséreux
47:51et surtout
47:52une piété héroïque
47:54qu'elle a transmise
47:55à son fils
47:56moi j'ai été sidérée
47:58d'apprendre
47:58que François Mitterrand
48:00quand il est arrivé
48:00étudiant
48:01au 104
48:02de Vaugérard
48:04faisait encore
48:04sa prière
48:05au pied de son lit
48:07comme sa mère
48:08lui avait enseigné
48:10et quand il entrera
48:12à l'Elysée
48:13il placera
48:14sur la cheminée
48:15du bureau
48:15la photo de sa mère
48:17et derrière
48:18le journal pieux
48:19qu'elle écrivait
48:20jeune fille
48:20et dont il relisait
48:22des passages
48:23entre deux
48:24rendez-vous importants
48:25et s'il croit
48:26aux forces de l'esprit
48:27comme il l'a annoncé
48:29c'est aussi grâce
48:30à sa mère
48:30bien sûr
48:31bien sûr
48:32il a assisté
48:33d'ailleurs à sa mort
48:34il avait 19 ans
48:35c'est l'année
48:36où il est arrivé
48:36à Paris
48:36et il est resté là
48:39à côté d'elle
48:40pendant toute l'agonie
48:42c'était assez dur
48:43il avait fait
48:44la même chose
48:45pour sa grand-mère
48:46et moi j'ai vu
48:48un petit carnet
48:50de Mitterrand
48:51où il notait
48:52chaque fois
48:53les dates anniversaires
48:55des morts
48:55de sa mère
48:56de sa grand-mère
48:56et il disait
48:57comme vous l'avez dit
48:58je crois aux forces
48:59de l'esprit
48:59c'était très important
49:00mais tous ces personnages
49:02finalement
49:02qui ont réussi
49:04sans leur mère
49:06ils n'auraient peut-être
49:06pas réussi autant
49:08écoutez
49:10elles ont été
49:11elles ont
49:12transmis des valeurs
49:13Pompidou disait
49:15aussi loin
49:16que je me souvienne
49:17je ne me rappelle
49:17que des leçons
49:19de droiture
49:19d'honnêteté
49:21et de travail
49:22et ce qu'il y a
49:23d'assez réconfortant
49:24c'est de voir que
49:26bon ces huit présidents
49:27de la république
49:27sont tous
49:28des personnalités
49:30hors normes
49:30dotées d'une mémoire
49:32phénoménale
49:32d'une grande culture
49:33mais ce sont aussi
49:35des travailleurs
49:35acharnés
49:36dont la rage
49:37de vaincre
49:38s'ancre dans
49:39un amour
49:40de la France
49:40de sa splendeur
49:41de ses idéaux
49:42de fraternité
49:44et d'égalité
49:45et aucun d'entre eux
49:47à la différence
49:48de Donald Trump
49:49à la Maison Blanche
49:50n'est rentré
49:50à l'Elysée
49:51pour faire fortune
49:52et ça c'est aussi
49:53à leur mère
49:54qu'on le doit
49:54et est-ce que ça veut dire
49:55que pour la prochaine
49:56campagne présidentielle
49:57il faudra s'intéresser
49:58aux maires des candidats
49:59non mais il faut
50:01à la force en fait
50:02qu'ils ont en eux
50:03parce qu'on ne peut pas
50:05être président de la république
50:06sans avoir cette force
50:07des reins pour résister
50:08c'est quelque chose
50:09de phénoménal
50:11dans l'Elysée
50:11et je ne sais pas
50:12si les 30 candidats
50:13se rendent compte
50:14de ça
50:14je ne sais pas
50:15en tout cas
50:15il faudrait qu'ils lisent
50:16votre livre
50:17parce qu'on apprend
50:17plein de choses
50:18et c'est vrai
50:19que personne ne l'avait
50:20jamais écrit
50:21et c'est passionnant
50:21de découvrir
50:22combien les maires
50:23sont importantes
50:24dans la vie
50:25d'un président
50:26ça s'appelle
50:26ils les ont tant aimés
50:27les présidents
50:29et leurs maires
50:29chez Plon
50:30et je pense que
50:31celles et ceux
50:31qui nous écoutent
50:32diront
50:32on a tant aimé
50:33ce livre
50:34merci
50:35merci Beatrix
50:36de l'eau de loin
50:36et puis continuer ainsi
50:37à trouver des sujets
50:39que personne ne trouve
50:40les clés d'une vie
50:41c'est terminé
50:42pour aujourd'hui
50:42on se retrouve bientôt
50:43restez fidèles
50:44à l'écho de Sud Radio