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  • il y a 11 heures
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-06-15##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Les clés d'une vie, celles de mon invité.
00:05Vous avez assuré à votre façon la relève de Jean-Jacques Rousseau
00:09en n'allant pas vous bâtir une ville en campagne.
00:12Vivre le quotidien des cités vous a permis de savourer un peu plus encore
00:16les sommets enneigés et les plages paradisiaques.
00:19Vous poursuivez aujourd'hui votre chemin en évoquant le plus célèbre des chemins dans un livre.
00:24Bonjour, Éric de Kermel.
00:26Bonjour.
00:26Alors, vous êtes écrivain, on va évoquer vos deux livres,
00:30Pèleriné, chez Gélu, et Ainsi, Nastésie Pocamp, chez Robert Laffont.
00:34Mais vous avez un parcours très particulier.
00:36Et le principe des clés d'une vie, c'est justement de s'intéresser à ces parcours parfois méconnus.
00:41Alors, le principe, c'est bien sûr, vous êtes journaliste, éditeur, écrivain, mais quelle date ?
00:46Et la première que j'ai trouvée, elle est liée à votre parcours,
00:49mais même s'il ne correspond pas exactement aux dates,
00:51le 30 juin 1982, c'est la naissance de cette technologie.
00:57Sur votre Minitel, il y a forcément le service qui peut vous rendre au service.
01:01Le Minitel, médium interactif par numérisation d'informations téléphoniques,
01:06qui a été une révolution, et vous avez participé, Éric de Kermel.
01:10Effectivement, c'est une période singulière.
01:12C'est une période où la France était visionnaire, très en avance,
01:17sur ce que l'on pourrait aujourd'hui appeler le web, Internet,
01:22enfin tous ces réseaux connectés qui mettent les gens en lien.
01:26Et moi, je me suis occupé au sein de l'équipe qui définissait et qui créait le Minitel en France,
01:32notamment avec l'expérience des 3V, Vélizy, Versailles, Villacoublé.
01:37Je travaillais sur les contenus, non pas sur la boîte, la petite boîte,
01:41que certains, les moins de 20 ans ne la connaissent pas,
01:44mais en tout cas, les plus de 20 ans la connaissent.
01:46Donc je ne me suis pas occupé de la boîte,
01:48mais je me suis occupé des contenus qui pouvaient être véhiculés via cet outil.
01:51Qu'est-ce qu'il y avait comme contenu ?
01:53Alors, les plus célèbres, malheureusement, ce sont les messageries roses,
01:57qui effectivement donc...
01:5936-15 huilas.
02:00Voilà, 36-15 huilas notamment.
02:02Mais il y avait la SNCF, les premières consultations d'horaires de train en direct
02:07à partir de cette petite boîte qui permettait aux gens de savoir quels étaient les horaires de train.
02:12Il y avait le 11, qui était effectivement l'annuaire, en fait l'annuaire en ligne.
02:17Et il y avait un certain nombre d'applications qui étaient des applications pédagogiques.
02:21Et notamment, c'était sur ce champ-là que je travaillais.
02:23Et ce que l'on a découvert avec le Minitel, c'est que lorsque l'on met quelqu'un qui
02:29n'est pas obligatoirement un très bon élève,
02:31voire même qui est en échec scolaire, qu'on le met devant cette petite boîte et qu'il fait erreur
02:37après erreur,
02:38au bout de la cinquième erreur, le Minitel ne se fâche pas.
02:42Il se contente de dire « essaye encore, tu vas y arriver ».
02:46Effectivement, ça a permis à des personnes, notamment, d'acquérir un certain nombre de bases,
02:54que ce soit en matière de français, de mathématiques, etc.
02:57Donc j'ai beaucoup travaillé sur ce sujet-là et sur les enjeux de l'interactivité associés à ce sujet
03:02-là.
03:03Et puis j'ai réalisé avec un ami qui était au CEA un jeu de réseau.
03:08J'étais passionné de Donjons et Dragons.
03:10Donc c'était le premier jeu de réseau utilisant des personnes qui ne se voyaient pas.
03:14Ça s'appelait le mystère d'Elderienne et on le trouvait sur 3615 Libé et 3615 Lops.
03:21Alors qu'au départ, le Minitel, c'était pour remplacer l'annuaire téléphonique.
03:25Exactement, exactement.
03:26L'usage intentionnel, c'était de remplacer l'annuaire électronique.
03:31Et puis après, on a trouvé des formules qui étaient des formules d'ailleurs économiques.
03:35Il y avait des possibilités de consultation gratuite,
03:37d'autres qui étaient effectivement des consultations payantes.
03:40Il y avait une part qui allait pour le transporteur des données, en l'occurrence France Télécom.
03:46Et puis il y avait une part qui revenait à l'éditeur.
03:49Donc par rapport à nos fonctionnements d'aujourd'hui,
03:52où effectivement c'est la pub qui prend la plus grosse part et l'éditeur ou l'auteur est un
03:59peu démuni.
03:59Là, on était dans quelque chose qui était un modèle assez vertueux.
04:02En plus, c'était une révolution technologique parce qu'on ne savait pas où on allait.
04:06On ne savait pas qu'Internet serait là un jour.
04:07Exactement. On ne savait pas. Alors on n'avait pas les moyens d'imposer cet outil au monde entier.
04:14Donc derrière, Internet est arrivé avec les capacités notamment d'usage de l'armée américaine de ces outils-là.
04:22Et du coup, très vite, on a été balayé.
04:25Mais pendant quelques années, c'était totalement visionnaire
04:27parce que ça prétendait donner accès à tout le monde, à tous les Français,
04:33à des technologies interactives qui étaient à l'époque l'apanage que de quelques-uns
04:38qui avaient les moyens de s'acheter un ordinateur.
04:41Et les ordinateurs étaient coûteux et ne permettaient pas tout ce qu'ils permettent aujourd'hui.
04:45Alors la phase d'expérimentation, je crois que c'était à Saint-Malo.
04:48Et les études, c'était à Rennes.
04:51Et ça tombe bien puisque vous êtes d'origine bretonne.
04:53Voilà. Alors il y a effectivement une phase très technique qui était à Saint-Malo et à Rennes
04:57parce que c'est là où, en termes de télécom, on avait un certain nombre de savoir-faire.
05:01Je crois que c'est toujours le cas encore aujourd'hui.
05:04Et puis on avait nous...
05:05Enfin moi, j'avais travaillé particulièrement sur cette expérience avec le public
05:09sur les trois communes Vélizy, Versailles, Villacoublé.
05:14Et vous parlez de la Bretagne parce qu'effectivement, c'est mon territoire de cœur.
05:20Mon nom fait que je ne peux pas me cacher derrière ce Kermel
05:24qui dit clairement que je suis d'origine bretonne, des Côtes d'Armor.
05:28Il y a toujours un château de famille depuis 600 ans qui se trouve au même endroit
05:33où se trouvent aujourd'hui ma tante et mon cousin.
05:36Et il est resté dans la famille depuis toujours.
05:38Donc pour le coup, les racines sont bien plantées.
05:41Et quand je veux aller à la source, je sais où aller.
05:44En même temps, curieusement, Éric de Kermel, vous avez grandi en Corse.
05:47Alors je suis né en Corse.
05:50Ma mère était provençale, du pied de la Sainte-Victoire,
05:53du côté de l'Aix-en-Provence, entre Aix-en-Provence et Saint-Maximin-la-Sainte-Beaume.
05:58Et puis mon père étant diplomate, j'ai en fait vécu toute ma jeunesse à l'étranger.
06:04Voilà, notamment en Amérique du Sud ?
06:06En Argentine, en Amérique du Sud où on a un peu voyagé, et puis après au Maroc.
06:10C'est pratique, c'est comme ça qu'on découvre le monde quand on est en France, c'est un
06:13privilège.
06:14Voilà, c'est comme ça qu'on découvre le monde.
06:16Et puis j'aime bien cette idée que l'enjeu pour des parents, c'est de donner à nos enfants
06:21des racines et des ailes.
06:23Donc moi, je connaissais clairement mes racines.
06:26Et je sais clairement où elles sont plantées, bien plantées.
06:29Et à la fois, cette vie m'a permis effectivement de me doter d'un certain nombre d'elles pour
06:35découvrir le monde.
06:37Et pas seulement mon petit monde ou le petit monde dans lequel nous vivions, j'allais dire en France,
06:42mais d'aller à la découverte de ce large monde, de ce grand monde, avec des réalités très différentes.
06:48Et j'ai continué toute ma vie, et notamment ma vie professionnelle, à voyager.
06:52On va en parler justement, mais je crois qu'être breton en Corse, finalement, on se fait respecter quand on
06:57est breton.
06:59Alors, non seulement on se fait respecter, mais chez les Corses, à partir du moment où on est né en
07:04Corse,
07:04il y a quelque chose qui se fait très rapidement, entre guillemets, une adoption.
07:10J'ai vu en étant, à la fois j'ai vécu en Savoie, je connais bien les Bretons,
07:14et je connais bien les Bretons avec, un peu comme les Savoyards,
07:17c'est-à-dire quand on dit qu'on est breton, on n'est pas breton.
07:19Il y a ceux du Finistère, ceux des Côtes d'Armor, et dans les Côtes d'Armor,
07:24il y a encore ceux qui sont plutôt de la terre ou de la mer.
07:27Et je me souviens, il y a 25 ans, être allé chez une coiffeuse me faire couper les cheveux,
07:36et où la fille, très sérieusement, alors qu'elle avait mon âge,
07:42me disait que c'était le premier mariage mixte qui avait eu lieu entre quelqu'un de la terre et
07:47quelqu'un de la mer.
07:49Donc, être breton, c'est à la fois quelque chose qui rassemble,
07:52et puis quelque chose où, au sein de la Bretagne, il y a ces différentes identités.
07:57C'est comme quand on est au bout du monde, on est très amis avec les Anglais quand on est
08:01français,
08:02mais quand on est en Europe ou quand on est chez nous, les Anglais, c'est les ennemis intimes.
08:08Et puis, il y a un autre pays qui vous a marqué, Eric de Kermel, c'est le Maroc.
08:11Vous avez passé une partie de votre jeunesse.
08:12Oui, j'ai été adolescent au Maroc dans les années qui sont peut-être les plus belles années où on
08:20se structure, où on se construit.
08:23Et j'ai passé, en plus, j'étais entre 11 et 15 ans là-bas,
08:29donc c'est un âge où on découvre qui on est, on découvre sa relation aux autres.
08:35Et puis ce pays, je l'ai trouvé magnifique, j'y ai encore de vraies attaches,
08:39puisque j'ai ma sœur qui vit là-bas, qui a épousé un Marocain,
08:43j'ai un neveu et une nièce qui font leurs études en Europe, mais qui ont grandi là-bas.
08:47Donc j'ai une belle relation avec ce pays qui est toujours très nourri.
08:52Et voilà, c'est un peu un pays de cœur quand même, oui.
08:55Et les oasis du Sud-Marocain sont très importants pour vous ?
08:59Voilà, les oasis du Sud-Marocain m'ont inspiré, en particulier les Jardins de Zagarande.
09:04Un de vos livres ?
09:05Voilà, qui est un de mes romans, qui est un roman qui est en forme d'utopie,
09:10où j'explore ce que serait une espèce de monde idéal,
09:14où je réinterroge les relations entre les hommes et les femmes,
09:18entre les différents âges, entre ceux qui travaillent la terre,
09:21et ceux qui travaillent de l'esprit.
09:23Donc il y a une façon de...
09:26J'ai eu envie de proposer une utopie, mais qui ne soit pas une secte.
09:32C'est-à-dire que mon héros qui part là-bas, va là-bas,
09:35et il est toujours libre, et j'ai voulu qu'il reste tout au long du livre,
09:39libre d'adopter ou pas ce qui lui était proposé dans cette façon de vivre ensemble.
09:44Et c'est très inspiré des paysages, des oasis du Sud-Marocain.
09:48Et tous ces pays vous ont permis de découvrir des lieux, Éric de Kermel,
09:51où la joie de vivre et de chanter est présente ?
09:54Oui, c'est la particularité.
09:58J'ai presque envie de dire, c'est qu'on retrouve ça dans beaucoup de pays extrêmement pauvres.
10:02Aujourd'hui, le Maroc n'est plus un pays pauvre.
10:05Mais en tout cas, quand on va dans les zones les plus reculées du Maroc,
10:07où j'étais aussi au Niger, au Mali, en Colombie, etc.,
10:12on se rend compte que l'accès à la joie paraît beaucoup plus facile que chez nous,
10:19où il faut être dans des conditions matérialistes, notamment très importantes,
10:24pour un moment que la joie soit là,
10:26et qui souvent d'ailleurs est plus une excitation qu'une joie.
10:30Mon ami Patrick Vivray disait que dans nos sociétés occidentales,
10:34on passe des phases de dépression à des phases d'excitation.
10:38Alors la joie, c'est pas ça.
10:40La joie, c'est quelque chose qui s'installe, qui se construit,
10:44dont on prend soin, c'est un équilibre.
10:47Effectivement, au côtoiement de ses enfants, de ses familles,
10:52j'ai découvert effectivement comment la joie pouvait naître de trois bouts de ficelle,
10:57et ça m'a profondément touché.
10:58Et vous considérez Éric de Carmel comme un enfant du monde ?
11:02Oui, je me considère profondément comme un nomade,
11:05malgré effectivement ses racines dont on parlait tout à l'heure.
11:08J'ai beaucoup voyagé, et je me sens bien partout, très vite.
11:15J'épouse, j'allais dire, les cultures, j'épouse les questionnements qui sont là.
11:20Dans un de mes romans qui s'appelle La Traversée des Lumières,
11:23tout ce roman se passe plutôt du côté tibétain, du côté bouddhiste.
11:27Donc du coup, ça m'a amené, en tant que journaliste,
11:29à me documenter beaucoup sur ce sujet-là,
11:32comme lorsque j'écris sur les différents autres sujets.
11:35Et à cette occasion, j'avais d'ailleurs demandé à une amie moniale bouddhiste française
11:39qui vit sur ces hauts plateaux de me relire.
11:42Et dans chacun des cas, j'aime cueillir, en fait,
11:47ces fleurs spirituelles offertes par différents territoires
11:51et parfois par des religions qui sont nées,
11:55qui étaient adaptées, j'allais dire, aux territoires dans lesquels elles naissaient.
12:01Teilhard de Chardin disait, j'ai quelque chose que j'aime beaucoup.
12:03Il disait, tout ce qui monte converge.
12:05Et j'aime cette idée qu'on soit les uns les autres
12:08sur l'un ou l'autre des flancs de la montagne
12:10et à prendre le chemin qui est le plus près,
12:13qui est celui devant nous.
12:15Mais en fait, ce chemin, plus on avance dans la vie
12:17et peut-être après, plus il nous rassemble.
12:21Nous, on va avancer et continuer à voyager dans votre parcours
12:25avec une autre date qui est aussi importante,
12:27qui est le 26 novembre 2011.
12:28A tout de suite sur Sud Radio avec Éric de Carmel.
12:32Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
12:35Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Éric de Carmel.
12:38Nous parlerons tout à l'heure de vos deux livres,
12:40Pèlerinés et Ainsi naissent les hippocampes.
12:42On en revient à votre parcours.
12:44On a vu que vous étiez un enfant du monde.
12:46Et j'ai repéré, et c'est très rare pour vous, une télévision.
12:49Votre première télévision, le 26 novembre 2011.
12:52Un reportage sur France 3 Corse.
12:55Une opération à l'initiative du magazine Terre Sauvage.
12:58Parrainée par l'UNESCO, une exposition de photos
13:00à la gagnante à qui vous remettez un prix, qui est Corse.
13:05Vous vous souvenez de ce reportage ?
13:07Effectivement, ce n'est pas récent récent,
13:08mais je me souviens bien.
13:09Je me souviens bien de ce moment.
13:12J'ai toujours nourri, tout à l'heure on parlait du Maroc,
13:15mais j'ai toujours nourri ma relation avec la Corse.
13:19Mon arrière-grand-mère maternelle était d'origine Corse.
13:22Je n'ai plus de famille là-bas.
13:24Mais par contre, je me suis retrouvé en tant qu'éditeur et journaliste
13:29à régulièrement revenir en Corse, à la fois pour Terre Sauvage,
13:33que je dirisais, et aussi parce qu'on publiait au sein du groupe Milan Press,
13:37un magazine annuel dédié à la Corse, qui était un vrai événement pour les Corses,
13:43parce que ça lançait la saison touristique.
13:44Alors, votre parcours, on va faire dans l'ordre.
13:47D'abord, avant le journalisme, il y a l'informatique,
13:50puisque vous avez fait une école de communication, je crois, à Bordeaux.
13:54Et ensuite, vous avez créé des logiciels éducatifs.
13:59Exactement. J'ai créé des logiciels éducatifs
14:01au sein d'une société qui s'appelait Géricault.
14:03Dans la foulée de l'expérience du Minitel,
14:05c'est-à-dire fort de l'expertise que nous avions pu avoir,
14:09comme quoi l'informatique pouvait être un outil pertinent en matière de pédagogie,
14:13on a créé avec des associés cette filiale.
14:18Et suite à cela, effectivement, j'ai rejoint, on va dire,
14:20les médias traditionnels, notamment au sein du groupe Bayard.
14:25Oui. Et puis, vous avez été aussi, je crois, rédacteur en chef télématique du groupe Étudiant.
14:30Exactement.
14:30Étudiant, il faut savoir que c'est un journal aussi qui a été créé par deux étudiants,
14:34Génération, qui est devenu un journal qui est devenu un classique.
14:38Et là, vous avez été aussi un pionnier, Éric de Kermel, de la télématique.
14:42Exactement, parce qu'effectivement, j'étais d'ailleurs en tant que journaliste,
14:46c'est-à-dire on considérait vraiment que la fonction du Minitel
14:49et la transmission de contenu via le Minitel étaient bien un acte éditorial.
14:55Et donc, j'étais rédacteur en charge de ces contenus qu'on trouvait sur le 3615 de l'Étudiant,
15:01qui est des contenus d'orientation, des contenus d'évaluation.
15:05Et c'est ça qui m'a fait ensuite rejoindre Bayard pour occuper la même fonction pour différents médias du
15:13groupe Bayard.
15:13Voilà. On n'imaginait pas à l'époque, Éric de Kermel, qu'on aurait un jour nos journaux tous les
15:18matins sur Internet, sur notre ordinateur.
15:20Ah, pas du tout. Pas du tout.
15:22Alors qu'effectivement, c'était les premières étapes de l'information en ligne,
15:28avec, encore une fois, cette particularité qui avait un modèle économique.
15:33C'est-à-dire qu'on n'était pas dans la gratuité de l'information avec l'assujettissement à la
15:38pub,
15:38mais on avait une vraie proposition, qui était une proposition qui faisait que l'éditeur,
15:42qui fidélisait son auditorat ou son lectorat,
15:48était rémunéré pour la qualité de ce qu'il produisait.
15:50Alors ça, c'est votre première vie.
15:52Et puis, je crois que grâce à un oncle, vous avez un jour découvert la montagne et que ça a
15:56changé votre vie.
15:57Je ne sais pas où vous avez trouvé ça, mais alors effectivement, c'est comme ça que ça s'est
16:01passé.
16:01J'avais un oncle qui avait une maison secondaire au Panange,
16:07qui est un petit hameau du côté de Briançon, dans l'ensemble, la station qu'on appelle Serre-Chevalier.
16:13Et ce jour-là, effectivement, en allant chez lui, j'ai découvert les Hautes-Alpes, j'ai découvert la montagne.
16:19Et moi qui croyais qu'on ne trouvait qu'à l'étranger, donc dans des terres inconnues,
16:25et notamment au Maroc, des espaces de dépassement,
16:29j'ai découvert ce territoire où je me rends tous les ans.
16:34J'ai deux filles qui sont nées en Savoie, j'ai moi-même habité en Savoie,
16:38mais en particulier là où vivait cet oncle.
16:41Ça m'a donné envie, quand j'étais en haut d'un sommet, d'aller voir de l'autre côté
16:46quelle était la vallée suivante.
16:48Et c'est comme ça que j'ai découvert en particulier Nevache, la vallée de la Clarée, l'Italie toute
16:53proche.
16:54Et que j'ai écrit un roman qui s'appelle « Mon cœur contre la terre »,
16:58qui se passe intégralement dans cette vallée des Hautes-Alpes.
17:02Je suis là-bas tous les ans et je suis un peu identifié comme un enfant du pays,
17:07parce que depuis l'âge de 14 ans, je vais là-bas.
17:09Oui, et en même temps, vous étiez un pionnier dans ce genre,
17:11puisque aujourd'hui, on retrouve le goût de la nature,
17:14mais à l'époque, les citadins n'imaginaient pas qu'il y avait quelque chose du côté de la montagne.
17:18Ah non, effectivement, on était plus tranquille, il y avait moins de monde.
17:22Et la particularité, notamment de cette fameuse vallée de la Clarée,
17:26c'est qu'elle n'avait pas été équipée en station de ski,
17:30donc il n'y avait pas de remontée mécanique.
17:32Le fond de la vallée est à 1 500 mètres,
17:35donc les sommets, on a l'impression qu'on les touche du doigt.
17:39Et ça donne un sentiment, enfin, tout mon rapport à la vie,
17:43sans doute, a été marqué par ma pratique de la montagne,
17:46qui est à la fois un lieu de profonde humilité,
17:50parce que celui qui ne l'est pas dans un environnement montagnard,
17:53notamment pour des raisons météo, mais aussi des raisons de morphologie,
17:57de l'endroit où il marche,
17:59celui qui ne l'est pas rapidement se perd, se casse la figure, voire pire.
18:04Et à la fois, il y a l'autre sentiment,
18:07qui est ce sentiment extraordinaire, quand on arrive au sommet,
18:10d'avoir l'impression d'être sur un toit du monde,
18:13et de s'être totalement dépassé,
18:15et d'avoir, j'allais dire, laissé dans les vallées les petits hommes,
18:20et d'être soi-même plus grand que tout ça.
18:22– Et c'est comme ça que vous êtes passé des tours où l'on pratique l'informatique,
18:27à des lieux beaucoup plus calmes,
18:29notamment le Bourget-du-Lac, qui est en Savoie,
18:31et vous avez pris la direction de Terre Sauvage,
18:33c'est une reconversion totale, Éric de Kermel.
18:35– Oui, j'étais dans le groupe Bayard,
18:37et je faisais un parcours qui était tout à fait riche dans ce groupe,
18:41et à un moment, alors que Terre Sauvage risquait d'être vendue,
18:46j'ai levé le doigt en disant,
18:47c'est pas possible de laisser filer un magazine comme ça,
18:51qui est le seul magazine 100% dédié à la nature,
18:54et j'ai proposé alors de reprendre,
18:57de refonder une équipe,
19:00de déplacer Terre Sauvage,
19:01qui se faisait à l'époque dans le 8ème arrondissement à Paris,
19:05j'ai dit, c'est pas possible d'être dans le 8ème arrondissement à Paris,
19:07il faut que ce magazine soit dans un écosystème de nature,
19:11et on a choisi la Savoie,
19:13où il y a le lac du Bourget,
19:14qui est le plus grand lac naturel de France,
19:17où il y a plusieurs parcs naturels régionaux,
19:19notamment la Chartreuse, Belle-Donne,
19:21où il y a le parc national de la Vanoise,
19:23où il y a des réserves naturelles de France,
19:24et donc on s'est mis les pieds, j'allais dire,
19:27dans ce marigot de ce qu'on appelle aujourd'hui la biodiversité,
19:32à l'époque on ne parlait pas de biodiversité,
19:34on parlait de nature,
19:35et on a installé une équipe là-bas,
19:37et ce que j'ai fait à l'époque,
19:38qui était assez majeur,
19:40c'est qu'auparavant Terre Sauvage achetait tous ces sujets sur étagères,
19:45et donc essentiellement c'était des sujets qui venaient d'Angleterre ou des Etats-Unis.
19:49Et là on s'est mis à produire des sujets,
19:52parce qu'il y a une manière de raconter,
19:54de regarder la nature,
19:55qui est profondément française,
19:59vous parliez de Rousseau tout à l'heure,
20:00et en particulier,
20:02en produisant des sujets,
20:03on a permis à des jeunes talents français
20:05d'émerger et d'en faire leur métier.
20:08Et je pense en particulier à un garçon comme Vincent Munier,
20:11qui aujourd'hui est devenu cet homme que l'on connaît,
20:14avec notamment son champ des forêts,
20:16ou la panthère des neiges,
20:17qui était primée à Cannes tous les deux.
20:20Vincent, quand je l'ai rencontré,
20:21il ne vivait pas de la photo,
20:23et on lui a proposé,
20:24lui et à d'autres,
20:25de partir en reportage,
20:27de financer leur reportage,
20:28et d'accueillir leurs images dans nos pages.
20:31Il faut savoir,
20:32en effet,
20:32que le Bourget du Lac a inspiré aussi Lamartine,
20:35le poème,
20:36le lac,
20:37dédié à ces femmes,
20:37ça vient de là,
20:38et puis la nature,
20:39vous avez été l'un des premiers à la défendre,
20:42et quelqu'un d'autre aussi l'a chanté.
20:53C'est vrai que cette chanson,
20:55aujourd'hui,
20:55dans les écoles,
20:57je crois qu'on arrive à Entraigle,
20:58pour la première fois,
20:59chez des copains,
21:00cette vision de la montagne a inspiré Jean Ferrat,
21:03et vous pouvez parfaitement le comprendre,
21:04Éric de Kermel.
21:06Évidemment,
21:06évidemment,
21:06moi je suis bouleversé,
21:08quand je suis en montagne,
21:09il y a effectivement un rapport à la simplicité,
21:12la présence de l'eau,
21:13des ruisseaux,
21:14des fleurs au printemps,
21:15enfin,
21:16à cette époque,
21:16et je vis d'ailleurs dans une petite montagne,
21:18entre guillemets,
21:19puisque je vis du côté du Zest,
21:20dans des garigues,
21:21qui en ce moment sont magnifiques.
21:23Et vous avez finalement défendu,
21:25avant l'heure,
21:26des valeurs écologiques.
21:28Oui,
21:28c'est-à-dire que,
21:29quand je me suis occupé de terres sauvages,
21:33je vous le disais,
21:34j'ai beaucoup voyagé,
21:35dans différents territoires,
21:36et j'ai découvert,
21:38comme d'autres,
21:39je pense notamment à mon ami Yann Arthus Bertrand,
21:42j'ai découvert,
21:42en revenant au même endroit,
21:44deux, trois ans après,
21:45la rapidité avec laquelle ces territoires se dégradaient.
21:49Pas seulement à l'autre bout du monde,
21:51c'était totalement vrai en France.
21:53J'ai notamment plongé pas mal dans la rate de Toulon.
21:57Moi, quand j'étais enfant,
21:58je plongeais dans la rate de Toulon,
21:59c'était magnifique,
22:00il y avait plein de choses à voir,
22:02plein de poissons.
22:03Aujourd'hui,
22:04c'est très pollué,
22:05c'est très plastifié,
22:06on trouve des pneus,
22:07et la biodiversité est extrêmement faible.
22:09Et ça m'a conduit,
22:10finalement,
22:12à franchir une étape,
22:14ou à franchir,
22:15en fait,
22:16un seuil,
22:17qu'en matière de journalisme,
22:18on pourrait me critiquer d'avoir franchi,
22:20c'est-à-dire,
22:21cette fameuse neutralité journaliste,
22:23tic,
22:23je l'ai un peu perdue,
22:25en me disant,
22:25ce n'est pas possible de voir tout ça
22:27et de ne pas s'engager davantage.
22:29Alors,
22:29je ne voulais pas le faire,
22:30entre guillemets,
22:31politiquement,
22:33notamment par rapport à des partis,
22:35mais par contre,
22:36j'ai voulu prendre des fonctions,
22:38des responsabilités
22:38dans des lieux de protection
22:39de la biodiversité.
22:41Donc,
22:41j'ai présidé pendant sept ans
22:43un conservatoire d'espace naturel
22:44en Savoie,
22:45qui s'occupait des tortues,
22:46des chamois,
22:47des lacs,
22:48etc.
22:49Et puis,
22:49je me suis aussi engagé
22:51au sein de l'Union internationale
22:52de conservation de la nature.
22:54Ça m'a conduit
22:56à travailler
22:57au sein de différentes fondations
22:58engagées pour la nature.
23:00Donc,
23:00j'ai eu une bascule
23:01à un moment,
23:02mais qui était
23:02une bascule
23:03qui était où j'avais
23:04finalement dans les reins
23:07quelque chose
23:08qui me poussait
23:09à ne pas rester
23:10juste observateur.
23:11Et vous avez eu aussi
23:12d'autres activités.
23:13Et il y a une date
23:14que j'ai repérée
23:15dans votre parcours,
23:16c'est le 23 février 2017.
23:18A tout de suite
23:19sur Sud Radio
23:19avec Éric de Kermel.
23:21Sud Radio,
23:22les clés d'une vie,
23:23Jacques Pessis.
23:24Sud Radio,
23:25les clés d'une vie,
23:25mon invité Éric de Kermel
23:27avec un parcours
23:28totalement atypique
23:29en commençant par
23:30le Minitel,
23:31en continuant par
23:31les montagnes
23:32et la défense
23:33de la nature
23:34et de l'écologie.
23:35On évoquera tout à l'heure
23:36Pèleriné,
23:37un livre que vous sortez
23:39chez Gélu.
23:40Et puis,
23:40Ainsi naissent
23:41les hippocampes
23:42chez Robert Laffont.
23:43Et puis,
23:43à propos de livres,
23:45j'ai repéré
23:46le 23 février 2017
23:47la sortie d'un livre
23:49qui a changé votre vie
23:50qui s'appelle
23:50La librairie
23:52de la place aux herbes.
23:54La libraire
23:55de la place aux herbes.
23:57Vous l'aviez bien dit,
23:57effectivement.
23:59Effectivement,
24:00ça a été
24:01le début
24:03de ma vie
24:04d'auteur,
24:06de romancier,
24:07en fiction.
24:08Auparavant,
24:09j'écrivais
24:09comme éditorialiste,
24:10comme journaliste.
24:12Mais ce jour-là,
24:13j'ai effectivement
24:14décidé
24:15de mettre...
24:18Pour vous expliquer
24:20la jeunesse
24:20de la librairie
24:21de la place aux herbes,
24:22c'est important
24:23de dire
24:23que j'étais
24:24un peu atterré
24:26de voir
24:27qu'aux heures
24:28de grande écoute
24:28sur les télévisions
24:30nationales,
24:32les Français
24:33avaient le choix
24:34entre voir
24:35des policiers
24:37et des voleurs
24:38et des brigands
24:39se tirer dessus
24:40et voir
24:41des médecins
24:43qui faisaient
24:44des opérations
24:44en urgence
24:45sur des gens
24:46qui arrivaient
24:47sanguinolents.
24:48Ça n'a pas changé depuis.
24:49Ça n'a pas changé depuis.
24:51Et je me suis dit
24:52mais c'est dingue,
24:53il n'y a pas autre chose
24:54à raconter.
24:56Et à l'époque,
24:58j'ai eu cette conversation
24:59avec quelqu'un
25:00où j'ai dit
25:00mais il y a d'autres héros
25:02du quotidien
25:03dans nos villes,
25:04des gens
25:05où il peut se passer
25:06des choses magnifiques.
25:07Et puis la personne
25:08me dit
25:08mais tu penses à quoi ?
25:09Je lui dis
25:10une librairie par exemple.
25:11Et puis elle me répond
25:12mais il ne se passe rien
25:13dans une librairie.
25:14Je lui dis
25:15mais si,
25:15il se passe tellement de choses
25:16dans une librairie.
25:17La relation entre
25:19un lecteur,
25:20entre un client
25:20et une libraire,
25:21c'est une relation
25:22très intime.
25:23Un libraire
25:24que vous allez voir
25:24régulièrement,
25:25il connaît toute votre vie,
25:27il connaît les hauts
25:27et les bas,
25:28il sait vous conseiller
25:29et vous dire
25:30ça tu vas aimer.
25:32Les livres,
25:32c'est aussi
25:33des objets de papier
25:35mais qui rassemblent
25:36parce que quand on a aimé
25:37le même livre
25:38que quelqu'un d'autre,
25:39on a l'impression
25:39d'avoir fait
25:40le même voyage
25:41sur un continent lointain
25:43et de la même manière
25:44que les livres
25:45sont effectivement
25:46des fenêtres
25:47qui s'ouvrent
25:48j'allais dire
25:48pour pas très cher
25:49parce qu'on a en plus
25:50en France
25:50un système
25:51qui protège le livre
25:52avec le prix unique
25:53du livre
25:54mais ce sont donc
25:55des outils extraordinaires
25:56pour voyager.
25:57Donc je me suis mis
25:57à écrire
25:58ce livre
25:59où chaque chapitre,
26:01c'est un peu
26:02comme une petite nouvelle,
26:03c'est-à-dire
26:03qu'il est relié
26:04aux autres chapitres
26:05par un personnage
26:06qui est cette libraire
26:07de la place aux herbes
26:08à Uzès
26:09qui est une libraire
26:11que j'ai inventée,
26:12que j'ai fictionnée
26:13et chaque chapitre,
26:14c'est un personnage différent
26:15qui pousse la porte
26:17de la librairie
26:17et à qui la libraire
26:19va conseiller des livres
26:20en lien avec le sujet
26:23qui mobilise cette personne
26:25à ce moment-là.
26:26Donc on a des histoires
26:27extrêmement différentes.
26:29Ce livre a été
26:30un immense succès.
26:32Ce livre est aujourd'hui,
26:33je crois,
26:34traduit en 11 ou 12 langues.
26:35où le dernier pays
26:37qui l'a traduit,
26:37c'est la Chine.
26:39Auparavant,
26:39c'était le Brésil.
26:40Enfin donc,
26:42il est paru
26:42notamment en poche
26:44chez Gélu.
26:45Et en fait,
26:47ça a été le début
26:48de mon aventure d'auteur
26:50parce qu'avec
26:50un public important
26:52et un best-seller pareil,
26:54on a la possibilité
26:55finalement d'avoir un lectorat.
26:57Alors il ne faut pas
26:57le décevoir
26:58avec les livres suivants.
27:00J'ai la chance
27:01de ne pas avoir déçu
27:02mes lecteurs
27:02avec les livres suivants.
27:03Mais effectivement,
27:04c'est un livre
27:05un peu marquant
27:06dans mon histoire.
27:07Et surtout,
27:08ce qui s'est passé,
27:09c'est que l'histoire
27:10de Nathalie,
27:11c'était donc une femme
27:12qui est prof de lettres
27:14à Paris,
27:14qui décide de s'installer
27:15dans le sud à Uzès
27:16et qui à un moment
27:17voit le panneau à vente
27:18sur la librairie d'Uzès
27:20et elle se dit
27:21mais pourquoi pas moi ?
27:23Et en fait,
27:24elle va au bout
27:24de son rêve
27:25et elle devient libraire.
27:27Et deux ans après
27:29l'apparution de ce livre,
27:31la librairie
27:32qui m'avait inspiré,
27:33qui était géographiquement
27:35située sur cette place aux herbes
27:36mais qui ne s'appelait pas
27:37la librairie de la place aux herbes
27:38était à vendre
27:39et là,
27:40avec des amis associés,
27:44ils m'ont proposé
27:45qu'on la reprenne.
27:46Donc,
27:48ils m'ont demandé aussi
27:49d'utiliser le nom du livre.
27:51Donc aujourd'hui,
27:51si vous allez
27:52place aux herbes à Uzès,
27:53vous avez une librairie
27:55qui s'appelle
27:55la librairie de la place aux herbes
27:57mais qui est arrivée,
27:59enfin qui a été créée
28:01postérieurement aux livres.
28:02Alors,
28:02ce succès,
28:02vous ne l'aviez jamais imaginé,
28:04je suppose,
28:04Éric de Kermel.
28:05Et si on cherche à l'expliquer,
28:07est-ce que ce n'est pas finalement
28:07un contre-courant
28:09à une époque
28:10où on pensait
28:11que le mélange
28:12des livres et des mots
28:13ne marchait pas
28:14alors que le public
28:15en demandait ?
28:15C'est évident
28:17et je crois,
28:19je suis intimement convaincu
28:21que plus aujourd'hui
28:22se développe
28:23une consommation digitale
28:26se passant via les écrans
28:28et donc une relation distanciée
28:31entre les personnes,
28:32plus prend de la valeur
28:34la relation physique
28:35et plus les lieux de vie,
28:38certains parlent de tiers-lieux,
28:40moi j'aime bien parler
28:41de lieux de vie,
28:43ont une vraie valeur.
28:43Que ce soit les cafés,
28:45les librairies,
28:46les commerces
28:47et en l'occurrence,
28:48les librairies,
28:50notamment au moment du Covid,
28:52il s'en est créé,
28:53on a eu un record
28:55de création de librairies.
28:57Alors,
28:57ce n'est pas évident en ce moment,
28:59ce n'est pas un secteur
28:59qui est obligatoirement
29:00très en forme,
29:01mais il n'y a pas grand-chose
29:02qui est très en forme
29:03en ce moment.
29:04Mais par contre,
29:04on s'est rendu compte
29:05que là,
29:06les Français tenaient au livre
29:08et cette relation
29:10avec le livre,
29:10elle perdure,
29:11avec notamment
29:12les livres de poche
29:14qui sont une singularité française.
29:16Dans beaucoup de pays,
29:17le livre,
29:18il paraît en grand format
29:19et après,
29:19et après terminé,
29:21il y a en France
29:22cet outil
29:24du livre de poche
29:25qui peut permettre
29:25à un public plus populaire
29:27d'accéder à des livres
29:29qu'ils n'auront pas acheté
29:30en grand format.
29:30Donc,
29:31avec plus ce prix unique
29:32du livre,
29:33effectivement,
29:33qui est une exception mondiale
29:36en France
29:36où si vous achetez
29:38un cinès et des hippocampes
29:39ou pèlerinés,
29:40c'est le même prix
29:41partout
29:42que vous alliez en France
29:43et ça,
29:44c'est vraiment
29:44quelque chose
29:45qui a permis
29:46de défendre
29:48cet écosystème.
29:49Le livre de poche,
29:50il faut le rappeler,
29:50c'est Henri Philippaqui,
29:52le père de Daniel Philippaqui
29:53qui l'a créé
29:54et vous êtes arrivé,
29:55vous,
29:55à un moment
29:56où justement,
29:56certains disaient
29:57les librairies
29:58sont en train de fermer
29:59les unes après les autres
30:00et contrairement à ce qu'on pense
30:01dans la France profonde,
30:02la douce France,
30:03les libraires
30:04n'ont jamais été
30:05autant d'actualité.
30:06C'est évident
30:07et ils sont
30:08dans certains endroits
30:09des acteurs
30:10mais à part entière.
30:12Moi,
30:12je me souviens
30:12de La Veilleuse
30:14ou de La Longue-Vue
30:15à Belle-Île,
30:16du Tracteur Savant
30:17à Saint-Antonin-en-Gloval.
30:18Bien entendu,
30:19tout le monde parle
30:20du Bleuet à Bannon
30:21qui est la plus grande
30:22librairie en milieu rural
30:23dans un village
30:24où il n'y a pas plus
30:25de 1000 habitants
30:26et qui n'était connu
30:27auparavant
30:28que pour un fromage
30:30emballé
30:30dans une feuille
30:32de châtaignier.
30:33Donc,
30:33j'ai eu la chance
30:34en tant qu'auteur
30:35d'être invité
30:35dans toutes ces petites librairies
30:37et à chaque fois
30:38de me rendre compte
30:39à quel point
30:40elles sont
30:41un foyer vivant
30:42de la vie locale
30:44et surtout
30:44un lieu
30:45du débat d'idées,
30:46un lieu
30:46de la confrontation,
30:48un lieu
30:48où effectivement
30:49on se rencontre
30:50autour d'une passion commune.
30:52Souvent,
30:52ces libraires
30:53invitent des auteurs.
30:54Du coup,
30:55elles font venir
30:56des gens
30:56que jamais
30:58les populations locales
31:00n'auraient rencontrés
31:01sans les libraires.
31:03Donc,
31:03moi,
31:03je suis frappé,
31:04je suis très reconnaissant
31:05et frappé
31:06par la richesse
31:08de ce tissu
31:08des librairies françaises
31:10et l'engagement
31:11des libraires
31:12parce que
31:12ce n'est pas un métier
31:13que l'on fait
31:13pour gagner de l'argent,
31:14c'est un métier
31:15que l'on fait
31:15parce qu'on aime les livres
31:17et surtout
31:18parce qu'on aime les gens.
31:19Alors,
31:19il se trouve aussi
31:20que l'écriture
31:20chez vous,
31:21Éric de Carmel,
31:21ça a commencé très tôt
31:22je crois par des poèmes
31:23et puis ensuite
31:24vous avez commencé
31:24à écrire des livres
31:25pour vos enfants
31:26sans imaginer
31:27qu'un jour
31:27qui serait publié.
31:29Exactement,
31:30effectivement,
31:31dès l'âge de 14 ans,
31:32moi,
31:33j'ai encore des recueils
31:33de poésie
31:34que j'offrais
31:36notamment à ma grand-mère
31:37ou à mes parents
31:37et puis quand j'ai eu
31:39des enfants,
31:40le soir,
31:41je leur racontais
31:41des histoires
31:43ce qu'on appelait
31:44les histoires
31:45derrière le lit
31:45parce qu'ils avaient
31:46des grands lits bateaux
31:47et donc je prenais
31:48quelques marionnettes,
31:49je me cachais
31:50derrière la partie
31:50la plus haute
31:51du pied du lit,
31:52les enfants se mettaient
31:53tous à l'opposé
31:54et là,
31:55j'inventais chaque soir
31:56une histoire différente
31:58et ça m'a conduit
31:59ensuite à en écrire
32:00certaines
32:02qui n'avaient pas
32:03pour vocation
32:04d'être publiées
32:05et puis quand j'ai commencé
32:07effectivement à être publié
32:08en tant qu'adulte,
32:09j'ai eu envie d'écrire
32:10un livre dédié
32:11aux enfants
32:12avec un ami illustrateur
32:13qui s'appelle
32:14Antonin Faure
32:15et là,
32:15j'ai écrit un livre
32:16qui s'appelle
32:16Robin des Garrigues
32:17parce que je vis
32:18avec un petit garçon
32:18qui s'appelle Robin
32:19et qui vit avec moi
32:21dans la Garrigue
32:21et du coup,
32:22j'ai essayé de voir
32:23comment on pouvait
32:23raconter la nature
32:24et la sensibilisation
32:26à la nature
32:27aux enfants
32:27et c'est paru
32:28chez Bayard
32:29il y a quelques années.
32:30Alors,
32:30avec une particularité également,
32:32moi je me souviens
32:32de Guy Descartes
32:33qui écrivait
32:348 heures par jour,
32:35alors il écrivait,
32:35il ouvrait son cahier
32:36le matin,
32:37il écrivait,
32:37il partait déjeuner,
32:38il reprenait
32:38avec le cahier
32:39avec le stylo bille
32:40et ça continuait
32:41jusqu'à la fin.
32:41Vous,
32:42quand vous terminez
32:43un chapitre,
32:44vous relisez
32:44tous les précédents.
32:45Oui,
32:46c'est-à-dire que je veille
32:48finalement à tisser
32:50avec la maille
32:51la plus serrée possible
32:52mon récit,
32:53ce qui fait que je ne peux
32:55pas écrire le neuvième chapitre
32:57sans m'assurer
32:58que les chapitres précédents
33:00sont bien tenus,
33:01sans les reprendre,
33:03je les reprends tout le temps,
33:05jusqu'au bout je vais les reprendre
33:06et ce qui fait que quand j'arrive,
33:07parfois ça m'arrive
33:08une journée,
33:09je prends l'exemple
33:10du chapitre 9,
33:11de me dire j'en suis
33:12à chapitre 9,
33:13je vais relire le 1,
33:14le 2, etc,
33:14tout ça,
33:15j'arrive à la fin de la journée,
33:16je n'ai pas écrit
33:17le chapitre 9,
33:17je n'ai fait que retisser
33:20les mailles
33:20des chapitres précédents
33:21et par contre
33:22quand je veux me mettre
33:23à écrire le chapitre 9,
33:24je suis dans un mouvement
33:26qui est le même mouvement
33:27que les précédents,
33:28donc ça veut dire
33:29que le lecteur
33:29il est accompagné
33:31de bout en bout du livre.
33:32Alors vous avez aussi
33:33une caractéristique
33:33de tous vos livres,
33:34un point commun c'est
33:35on peut habiter
33:36le monde différemment,
33:37Éric de Kermel ?
33:38Oui j'essaye,
33:40je crois que c'est un peu
33:41ma signature
33:41de proposer
33:44dans ces différents récits
33:46une autre façon
33:46d'habiter ensemble
33:48ce monde
33:50et c'est à la fois
33:51lié à ma relation
33:53à la nature
33:53mais aussi
33:54à ce que
33:55c'est le pape François
33:56qui parlait
33:57d'écologie intégrale
33:58ou Pierre Rabhi,
33:59enfin il y a des grands personnages
34:01comme ça
34:02qui ont à un moment dit
34:03il ne peut pas y avoir
34:04une seule écologie
34:05qui soit dans le rapport
34:06de l'homme à la nature
34:08c'est la tresse
34:09tout à l'heure je parlais
34:09de tissage
34:10mais là je vais reparler
34:11de tresse
34:11l'écologie pour moi
34:13c'est une tresse
34:13de trois liens
34:14le lien à soi
34:16le lien aux autres
34:16et le lien à la nature
34:18et parmi les sujets
34:19qui vous ont passionné
34:20je crois que les déserts
34:21du Sahara
34:22vous fascinent
34:22Éric de Kermel
34:23vous auriez aimé suivre
34:25Théodore Monod
34:25oui je suis un adepte
34:28de Théodore Monod
34:29et j'aime effectivement
34:30profondément les déserts
34:32et la spiritualité
34:33liée au désert
34:34j'ai côtoyé le désert
34:35notamment
34:36dans le sud
34:37dans le sud marocain
34:38j'y ai passé des nuits
34:40j'ai passé des
34:41des treiks
34:42enfin de
34:43de grandes randonnées
34:45je veux dire
34:45et ça m'a amené
34:47notamment
34:48peut-être cette relation
34:51particulière
34:51avec effectivement
34:54cette dimension
34:54spirituelle
34:55qu'on peut trouver
34:56dans tous les romans
34:57et puis
34:57vous êtes aussi à l'aise
34:58pour écrire
34:59sur le désert de Sahara
35:00que l'île de Bréa
35:01qui est une île
35:02totalement paradisiaque
35:03j'ai reçu Antoine Dulerry
35:05un comédien célèbre
35:06qui vit à Bréa
35:06et là aussi
35:07ce sont des paysages
35:08qui vous fascinent
35:09oui j'aime beaucoup Bréa
35:10j'aime beaucoup
35:11le Côte d'Armor
35:12c'est mon territoire d'origine
35:13et effectivement
35:14dans l'archipel de Clare
35:15qui est donc
35:16mon avant-dernier roman
35:17tout se passe
35:19dans ce territoire
35:19des Côtes d'Armor
35:21c'est pas pour rien
35:22que j'ai choisi
35:23l'archipel de Bréa
35:24parce que je voulais
35:26raconter l'histoire
35:27d'une psychanalyste
35:28qui reçoit
35:29une ultime patiente
35:30et en fait
35:31on va découvrir
35:32toute une dynamique
35:35transgénérationnelle
35:35qui est liée
35:36à cette patiente
35:37mais aussi
35:37à la psychanalyste
35:39qui l'accueille
35:41et j'aime bien
35:42l'idée d'archipel
35:43parce que pour moi
35:44un archipel
35:45c'est un ensemble
35:46de lieux
35:47d'îlots
35:48d'îles
35:48qui sont toutes singulières
35:50qui ont toute leur identité
35:51mais qui sont
35:53rassemblées
35:53recoupées
35:54par une identité
35:55plus large
35:55et pour moi
35:57une famille
35:58c'est ça
35:58une famille
35:59c'est pas
35:59tout le monde
36:00pensant pareil
36:01tout le monde identique
36:03une famille
36:04c'est un peu
36:04un archipel
36:05où il faut un moment
36:08prendre soin
36:09de ce qui nous rassemble
36:11de ce qui nous est commun
36:11mais où l'objectif
36:12c'est de lécher chacun
36:13aussi exprimer
36:15sa propre identité
36:16et je pense que
36:17dans la société
36:18dans une commune
36:19on pourrait même
36:19appliquer la même idée
36:20d'archipel
36:22veillons à ce que
36:23tout ne soit pas
36:24en silo
36:24côte à côte
36:25non dialoguant
36:26mais à ce qu'il y ait
36:27des choses
36:27qui nous rassemblent
36:28pour faire société
36:29et faire humanité
36:30et justement
36:31ce côté humanité
36:32vous l'avez développé
36:33dans un livre
36:34qu'on va évoquer
36:35à travers la date
36:36de sa sortie
36:36le 1er avril
36:372026
36:38à tout de suite
36:39sur Sud Radio
36:40avec Eric de Kermel
36:41Sud Radio
36:42les clés d'une vie
36:43Jacques Pessis
36:44Sud Radio
36:45les clés d'une vie
36:46mon invité
36:46Eric de Kermel
36:47on a découvert
36:48votre parcours
36:49à la fois en Corse
36:51dans les montagnes
36:52en Savoie
36:52ce journal
36:54Terre Sauvage
36:55ces romans
36:55que vous avez écrits
36:56notamment cette libraire
36:58qui a déclenché
37:00votre fureur d'écrire
37:01et puis
37:02le 1er avril 2026
37:03est paru chez Gélu
37:04un livre
37:05qui s'appelle
37:06Pèleriné
37:06et là aussi
37:07c'est un événement
37:09car vous racontez
37:10un pèlerinage
37:11à Saint-Jacques-de-Compostelle
37:13et on connait
37:14ce pèlerinage
37:14des millions de gens
37:15le font
37:16mais le raconter
37:17dans un livre
37:17c'est une première
37:19oui c'est une première
37:20et j'ai beaucoup aimé
37:23cette expérience
37:24et je pense
37:25que ça vaut la peine
37:26de raconter
37:26comment ce livre est né
37:27parce qu'il n'était pas prévu
37:29c'est-à-dire qu'en octobre dernier
37:31vous m'auriez rencontré
37:32je n'allais pas vous dire
37:34que ce livre
37:34paraîtrait six mois plus tard
37:36et il se trouve
37:37que c'est une
37:39une autrice
37:40qui travaille pour Gélu
37:41Anne-Sophie Joanneau
37:42qui en lien
37:43avec
37:44les éditrices
37:45de Gélu
37:45qui sont mes éditrices
37:46en poche depuis longtemps
37:47un jour
37:48m'a questionné
37:49sur les textes
37:50que je connaissais
37:51en matière de pèlerinage
37:52et je lui ai dit
37:54écoute
37:54je peux te parler
37:55de Théodore Monod
37:56je peux te parler
37:57de gens qui ont des vies
37:58qui ont été des pèlerinages
37:59mais je ne peux pas
38:00te citer un texte
38:01en particulier
38:02je lui ai dit
38:03je peux par contre
38:03t'envoyer quelque chose
38:04que j'ai écrit
38:05quand j'étais parti
38:06vers Saint-Jacques-de-Compostelle
38:07où chaque jour
38:08le soir
38:09au moment de l'heure bleue
38:10j'écrivais
38:11ce qui m'avait traversé
38:13en marchant
38:14toute la journée
38:15donc une forme
38:16de méditation
38:17que j'allais poser
38:18sur le papier
38:19le soir
38:20et elle m'a dit
38:21ben envoie-moi ça
38:21et puis du coup
38:22je lui envoie
38:24et elle m'a dit
38:24mais envoie-moi tout
38:25parce que je lui ai parlé
38:26au début d'un seul extrait
38:27elle me dit
38:28non envoie-moi tout
38:29je lui envoie
38:29l'après-midi
38:30elle m'appelle
38:32elle était bouleversée
38:33par le texte
38:34elle me dit
38:35mais Eric
38:35c'est pas possible
38:36de ne pas publier
38:37ce texte
38:38et je lui dis
38:40écoute
38:40je ne l'avais pas
38:41dans les plans
38:41mais elle m'a dit
38:43non mais si
38:43c'est vraiment
38:44tellement toi
38:45et puis c'est très intime
38:47c'est un texte
38:47qui est très intime
38:48où je reviens
38:49sur un certain nombre
38:49d'éléments
38:50à la fois de mon engagement
38:51de ma vie
38:52de ma relation
38:53avec mes proches
38:54avec mes enfants
38:55en particulier
38:57et le lendemain
38:58les éditrices
38:59que j'ai lu
39:00l'avaient elles-mêmes lu
39:02et m'ont dit
39:03écoute
39:03on veut vraiment
39:04publier ce livre
39:05et du coup
39:05c'est parti comme ça
39:08j'ai eu la chance
39:09en plus
39:09que cet éditeur
39:11donc j'ai lu
39:13et eu envie
39:14de travailler
39:15avec l'illustratrice
39:16que j'avais rencontrée
39:17donc Eva Galen
39:18que j'ai rencontrée
39:19l'été dernier
39:20à Belle-Île
39:20dont j'aimais le travail
39:21je lui ai dit
39:22écoutez
39:23je travaillerais bien
39:24avec elles
39:24ils m'ont dit
39:24pourquoi pas
39:25allons-y
39:25et ensuite
39:26elles ont travaillé
39:27ce petit objet
39:28que je trouve très réussi
39:29j'allais dire
39:30j'ai un rapport au livre
39:31qui est aussi très sensuel
39:32donc je trouve
39:34que l'objet est réussi
39:35et on se retrouve
39:36quelques mois après
39:37avec Péleriné
39:38alors il se trouve
39:39pour celles et ceux
39:40qui ne le savent pas
39:41le pèlerinage
39:41de Saint-Jacques-de-Compostelle
39:43c'est l'un des plus anciens
39:44itinéraires de marche d'Europe
39:46on part de Puy-en-Velay
39:48on fait 1204 km à pied
39:50vous l'avez fait
39:51pour quelles raisons
39:52au départ ?
39:53alors je l'ai fait
39:54parce que ma mère
39:56l'a fait avant moi
39:58et ma mère le faisait
39:59par petits bouts
40:01année après année
40:02à 70 ans
40:04elle partait encore marcher
40:05notamment avec sa soeur
40:07pour faire un bout de plus
40:09sur ce chemin
40:11et il se trouve
40:13que ma mère n'est plus là
40:14et j'ai toujours
40:16beaucoup marché
40:17sur des GR importants
40:19enfin le GR 20
40:20qui traverse la Corse
40:22le GR 5
40:22qui traverse les Alpes
40:23et d'autres encore
40:25et à un moment
40:26j'ai eu envie
40:27d'aller sur celui-là
40:30avec effectivement
40:31toute la charge spirituelle
40:33qu'il porte
40:34la mémoire de ma mère
40:36et l'envie finalement
40:37de peut-être
40:38de marcher
40:41autrement
40:42ou de me laisser prendre
40:44par ce chemin
40:46qui prie
40:47parce qu'il est tellement
40:48priant
40:48de ceux qui sont passés
40:49avant vous
40:50que j'avais envie
40:51de me laisser embarquer
40:52par ce ruisseau
40:53et vous racontez
40:55comment vous traversez
40:56ces chemins escarpés
40:57et très étroits
40:58tout en méditant
40:59car ce qu'on ne sait pas
41:00c'est qu'on ne se contente pas
41:02on ne se contente pas
41:03d'aller prier
41:04mais on médite
41:05vers Saint-Jacques Compostelle
41:06c'est-à-dire que je crois
41:07effectivement que celui
41:08qui choisit à un moment
41:10de faire tout ou partie
41:11du chemin
41:12quel que soit l'endroit
41:13où il le prenne
41:14ce n'est pas par hasard
41:15qu'il est sur ce chemin
41:16et donc de toute façon
41:18la marche a cette vertu
41:20moi aujourd'hui
41:21je suis quelqu'un
41:22qui marche tous les jours
41:22et à un moment
41:23quand je vais manquer
41:24d'une idée
41:25ou quand quelqu'un
41:26va attendre une réponse
41:27de moi
41:28la meilleure manière
41:29de faire émerger
41:30ma réponse
41:31c'est d'aller marcher
41:32ou la meilleure manière
41:33de sortir d'une impasse
41:34notamment quand j'écris
41:35et que je n'ai pas
41:36le chapitre suivant
41:37c'est d'aller marcher
41:38je pense par ailleurs
41:39que la marche répare
41:40parce qu'effectivement
41:41elle propose à celui
41:42qui marche
41:43on ne peut pas marcher
41:44si on n'a pas
41:45quelque chose
41:46qui se réunifie
41:47entre le souffle
41:49les battements de son cœur
41:50et ses pas
41:51donc il y a quelque chose
41:52qui se synchronise
41:53il y a quelque chose
41:54qui s'apaise
41:55et il y a quelque chose
41:56qui s'élève
41:57en particulier
41:57sur ce chemin
41:58parce que c'est un chemin
41:59effectivement
42:00où des gens sont venus
42:01déposer leur espoir
42:03parfois leur tristesse
42:05parfois leur questionnement
42:06on voit beaucoup de monde
42:08et on croise
42:08beaucoup de monde
42:09sur ce chemin
42:10qui sont des chercheurs
42:12qui sont des marcheurs
42:13qui ne savent pas
42:14obligatoirement
42:14jusqu'où ils vont aller
42:16qui sont plutôt
42:17des gens
42:18qui cherchent
42:18à bien poser des questions
42:20qu'obligatoirement
42:21à trouver tout de suite
42:22des réponses
42:22d'ailleurs
42:23pourquoi ce chemin
42:24a-t-il autant de succès
42:25depuis des années
42:26et des décennies
42:27et des centaines d'années
42:28on s'est toujours posé
42:29la question
42:30il y a eu quand même
42:32effectivement
42:33on s'est toujours posé
42:34la question à la fois
42:35il avait effectivement
42:36derrière
42:37la personnalité
42:38de Saint-Jacques
42:39et ensuite
42:40quand
42:42avec le temps
42:43je veux dire
42:44il a été
42:46consacré
42:47des religieux
42:47des papes
42:48sont effectivement
42:50venus
42:51et ont célébré
42:53quelque part
42:53ont redonné
42:55ces lettres de noblesse
42:57ou en tout cas
42:57un côté très contemporain
42:59à Saint-Jacques
43:01ce qu'aurait pu aussi avoir
43:03le Mont-Saint-Michel
43:04qui est un lieu
43:06que j'aime profondément
43:07et qui porte
43:08d'autres thématiques
43:09on espère toujours
43:11ceux du Mont-Saint-Michel
43:12qu'un pape
43:13vienne au Mont-Saint-Michel
43:15pour provoquer
43:16ce qui s'est passé
43:17avec la venue du pape
43:19quand il était venu
43:20à Compostelle
43:21d'ailleurs dans ce livre
43:22vous évoquez
43:23le pape Léon XIV
43:25et vous formez un vœu
43:26justement
43:26il va venir en France
43:27dans quelques temps
43:28oui effectivement
43:29moi je serais très heureux
43:30qu'il vienne
43:32au Mont-Saint-Michel
43:33parce que le Mont-Saint-Michel
43:34il a cette particularité
43:36d'être un lieu éminent
43:37de relation
43:38entre la question spirituelle
43:40et la question écologique
43:41c'est à dire
43:42c'est un lieu
43:42il n'y a pas un endroit
43:44en France
43:45comme le Mont-Saint-Michel
43:46où à un moment
43:47l'homme s'est rendu compte
43:49de l'erreur
43:49qu'il avait fait
43:50quand il avait
43:52créé cette digue
43:53pour aller au Mont-Saint-Michel
43:55qui allait provoquer
43:56si on ne faisait rien
43:57l'ensablement
43:58du Mont-Saint-Michel
43:59qui serait devenu
44:01on va dire
44:01un mont au milieu
44:03des présalés
44:05totalement herbus
44:06donc il n'y aurait plus
44:07eu d'eau autour
44:07or si on perd
44:09cette insularité
44:10au Mont-Saint-Michel
44:10on perd son sens spirituel
44:12et à un moment
44:13donc
44:15la France
44:15la République française
44:18des personnalités
44:19éminentes
44:19le président de la République
44:20le Premier ministre
44:21ont décidé
44:23qu'il fallait faire quelque chose
44:24et qu'on répare cette erreur
44:26et moi j'aime bien
44:27toutes les symboliques
44:28effectivement
44:28qui sont associées
44:29au Mont-Saint-Michel
44:29pour cette raison-là
44:30et je serais ravi
44:31qu'un jour
44:32un pape y aille
44:33Alors Eric de Carmel
44:34vous évoquez aussi
44:35votre vie
44:36et votre famille
44:37et notamment
44:38votre grand-mère
44:38dans ce livre
44:39Pèleriné
44:40qui d'après vous
44:41a été la première écolo
44:42Exactement
44:43ma grand-mère
44:44elle vivait au pied
44:45de la Sainte-Victoire
44:46en Provence
44:47et il y avait
44:48une armoire
44:50dans l'entrée
44:51qui était une armoire
44:52qui était parfaitement
44:53cirée
44:54et dans cette armoire
44:56se trouvaient
44:56des étagères
44:57et dans ces étagères
44:59il y avait
45:00toutes les boîtes
45:02à chaussures
45:03qui jamais
45:03n'avaient été jetées
45:04et qui permettaient
45:06de ranger des choses
45:07ultérieurement
45:08il y avait
45:09les papiers d'aluminium
45:10posés les uns
45:11sur les autres
45:12les sacs en plastique
45:13les uns sur les autres
45:14quand elle allait au marché
45:15elle partait
45:16avec son panier
45:16et quand elle allait voir
45:18le vendeur
45:18des fruits et légumes
45:19il déposait directement
45:21de sa balance
45:22c'est-à-dire
45:23le plateau de la balance
45:24il le versait
45:25directement
45:26dans le panier
45:26en osier
45:27de ma grand-mère
45:27donc elle allait
45:29et on était avant
45:29les sacs plastiques
45:30et on était avant
45:31tout ça
45:31et du coup
45:32ma mère a été pareil
45:34c'est-à-dire que
45:34pour faire que ma mère
45:36achète quelque chose
45:36de neuf
45:37il fallait vraiment
45:37que ce soit usé
45:39jusqu'à la corde
45:40donc j'ai été élevé
45:41par une famille
45:44c'était pas une question
45:45du tout
45:46d'argent
45:47mais c'était une question
45:48de respect
45:50de la matière
45:50et de la manière
45:52de vivre aussi
45:53vis-à-vis de ceux
45:54qui n'ont rien
45:55et vous dites
45:56que l'inventeur
45:57du Kleenex
45:57ça a finalement
45:58été le point de départ
45:59de nos malheurs
46:00je ne sais pas si vous savez
46:01le Kleenex comment c'est
46:01le mouchoir en papier
46:02après la guerre
46:03de 1914
46:04aux Etats-Unis
46:05il y a des pansements
46:06qui sont restés
46:07et c'est par terre
46:07de ces pansements
46:08qu'on a fait
46:08les premiers mouchoirs en papier
46:10ah oui je ne savais pas
46:11c'est fou hein
46:12et puis il y a quelqu'un
46:13et puis il y a quelqu'un
46:13que vous évoquez aussi
46:14qui est important
46:15dans votre parcours
46:16c'est Georges Brassens
46:17Rendez-vous au prochain orage
46:21à partir de ce jour
46:23l'orage de Brassens
46:25c'est une résonance
46:27parce qu'il dit
46:27les pays imbéciles
46:29où jamais il ne pleut
46:29c'est une résonance
46:31aux perles de pluie
46:32venues de pays
46:32qui ne pleut pas
46:33de Jacques Brel
46:33oui tout à fait
46:35puis moi j'avais
46:35pour le coup
46:36une grand-mère paternelle
46:38qui était du nord
46:39qui était une ch'ti
46:40et qui s'est retrouvée
46:42amenée par mon grand-père
46:44à Valence
46:45dans le sud de la France
46:46et ma grand-mère paternelle
46:49quand elle voyait
46:50les ciels
46:51du sud de la France
46:52elle disait toujours
46:54ces ciels bêtement bleus
46:56voilà
46:57et vous évoquez aussi
46:59dans ce livre pèleriné
47:00votre amour des arbres
47:02parce qu'on ne se rend pas compte
47:03combien il y a
47:04de sortes d'arbres en France
47:07oui j'ai toujours eu
47:08un immense amour des arbres
47:10quand j'ai été
47:11quand j'ai rejoint
47:12la société des explorateurs français
47:14c'est d'ailleurs Francis Allais
47:15qui était mon parrain
47:16Francis Allais
47:17qui est celui
47:18qui avait posé
47:19son radeau des cimes
47:20en haut de la forêt amazonienne
47:21de la canopée amazonienne
47:23et j'ai effectivement
47:24avec les arbres
47:25une relation particulière
47:27là où je vis
47:28il y a un grand chêne
47:31tricentenaire
47:31qui est le gardien des lieux
47:33et cette relation à l'arbre
47:35je l'aime beaucoup
47:36parce que c'est une relation
47:37où je pense que chacun
47:39a un arbre
47:40qui compte pour lui
47:41dans sa vie
47:42si vos auditeurs réfléchissent
47:43un peu
47:44je pense que très rapidement
47:46ils trouveront
47:47quel est l'arbre de leur vie
47:48alors ça peut être
47:48l'arbre de l'école
47:49où ils étaient petits
47:50ça peut être un arbre
47:51qu'ils ont planté
47:52avec leurs grands-parents
47:53ça peut être
47:54un arbre
47:55qui est celui
47:56auprès duquel ils vont
47:57quand ils se promènent
47:58et à qui ils confient
47:59leurs secrets
48:00mais je crois qu'on a tous
48:01un arbre dans notre vie
48:02Guy Béard
48:03chez lui à Garche
48:04avait un arbre
48:05Ferdinand
48:05et tous les matins
48:06il parlait à son arbre
48:07et quand il était
48:08de mauvaise humeur
48:09il parlait à son arbre
48:09mais de côté
48:10pour que l'arbre
48:10n'entende pas ce qu'il disait
48:11alors ça c'est le côté
48:14pèlerinage
48:15mais en même temps
48:16Notre-Dame
48:16et son incendie
48:17sont présents
48:18dans cet autre livre
48:19qui sort
48:19qui s'appelle
48:20Un synesthésique
48:21Pocamp
48:21chez Robert Laffont
48:22là aussi
48:23c'est une histoire
48:23qui se passe en Corse
48:24et où Notre-Dame
48:25est le point de départ
48:26d'une longue histoire
48:28Oui c'est-à-dire
48:30que je n'ai pas voulu situer
48:32précisément l'histoire en Corse
48:34ce que j'ai voulu
48:35c'est la situer
48:35sur un rivage méditerranéen
48:38qui pourrait être un rivage
48:40tout autant de la Corse
48:42que du sud de l'Italie
48:44et j'ai voulu effectivement
48:46dans ce livre
48:47je crois que c'est clairement
48:49le roman
48:49qui me ressemble le plus
48:52parce qu'il raconte
48:53l'histoire d'un héros
48:54Paolo
48:54qui va grandir
48:56auprès de la mer
48:58auprès de la Méditerranée
48:59et qui va découvrir
49:01par ce biais-là
49:02la richesse
49:03de l'univers marin
49:04donc c'est un livre
49:05qui porte toutes les valeurs
49:06auxquelles je crois
49:07en matière de protection
49:08de la nature
49:08et de la biodiversité
49:09et à la fois
49:10c'est le parcours
49:11d'un garçon
49:12puisqu'on le découvre
49:14tout petit
49:14Paolo
49:15qui à un moment
49:16va devoir réapprendre
49:18à aimer
49:19ou apprendre à aimer
49:20et c'est aussi
49:21je crois
49:22le chemin
49:23qui est mon propre chemin
49:24je pense que
49:24je n'aurai jamais
49:26assez d'une vie
49:26pour apprendre
49:27à aimer mieux
49:29ceux qui vivent
49:29à mes côtés
49:30que ce soit
49:31mes enfants
49:32ma femme
49:33et je pense
49:34qu'à un moment
49:34il y a un enjeu
49:36effectivement
49:36en matière d'amour
49:39à ne pas chercher
49:40quand on aime
49:42à posséder l'autre
49:43à essayer
49:44de travailler
49:44autre chose
49:45que dans des rapports
49:47de dépendance affective
49:48à se dire
49:49que si on aime l'autre
49:50c'est à la fois
49:51pour qu'il vous apporte
49:52le meilleur
49:52mais pour vous aussi
49:53lui apporter le meilleur
49:54donc on va suivre
49:55Paolo
49:56qui va grandir
49:57dans sa maturité affective
49:59et dans son apprentissage
50:00de l'amour
50:00et je voulais raconter
50:01justement
50:02ces deux volets
50:03ce double lien
50:04entre
50:05s'aimer soi
50:06s'aimer les autres
50:08et puis
50:09aimer la nature
50:10et avec une particularité
50:12chacun de vos livres
50:12il y a à la fin
50:14une sorte de discographie
50:15car vous écousez de la musique
50:17et en plus
50:17ces musiques
50:18vous les envoyez sur Spotify
50:19exactement
50:20depuis quelques livres
50:21avec mes éditeurs
50:23je propose
50:24de mettre
50:24les lecteurs
50:26en condition
50:27et de découvrir
50:29la playlist
50:29moi à chaque fois
50:30que j'écris
50:30j'ai une playlist
50:31que j'ai composée
50:32en amont du livre
50:33et il suffit
50:34que je mette
50:35les écouteurs
50:36sur les oreilles
50:37pour que même
50:38au milieu
50:38d'un brouhaha
50:40important
50:40dans un café
50:41ou dans une rue
50:42je puisse me retrouver
50:44complètement immergé
50:45dans mon univers
50:45et cet univers
50:46vous le développez
50:47dans ses deux livres
50:48Pèleriné
50:49Un cinéaste les hippocampes
50:50avant d'autres livres
50:52parce que vous n'allez pas
50:53en rester là
50:54écoutez je suis en train
50:55d'écrire en ce moment
50:55je ne vais pas vous dire
50:57ce que je suis en train
50:58d'écrire
50:59surtout pas
50:59on regardera ça
51:00pour le prochain rendez-vous
51:01en tout cas
51:02je recommande
51:03à celles et ceux
51:04qui nous écoutent
51:04Pèleriné
51:05parce que c'est un livre
51:06où on découvrira
51:07ce que représente
51:08vraiment la méditation
51:09et ainsi naissent
51:10les hippocampes
51:11chez Robert Laffont
51:12parce que c'est une autre
51:13façon de mieux vous connaître
51:15merci Eric de Kermel
51:16et continuez ainsi
51:17à défendre les valeurs
51:18que vous aimez
51:19et que nous aimons
51:19un grand merci à vous
51:20les clés d'une vie
51:21c'est terminé pour aujourd'hui
51:22on se retrouve bientôt
51:23restez fidèles
51:24à l'écoute de Sud Radio
51:25à l'écoute
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