00:00Bonjour François Gébel, vous êtes politologue, chercheur, expert environnemental.
00:05On présente votre dernier livre, Parler du climat sans plomber l'atmosphère,
00:09chez Odile Jacob, ce qui est un petit défi.
00:11Tout un programme en ce moment.
00:12Oui, on va en parler bien sûr.
00:14Vous ne pouvez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenu,
00:18vous pourriez arriver en nous disant ça,
00:19mais parce que vous avez notamment participé au sixième rapport du GIEC,
00:23on va y revenir d'abord, cet épisode de canicule qu'on vient de traverser.
00:26Est-ce qu'il vous a surpris par son intensité, par ses effets ?
00:31Non, pas vraiment.
00:32En réalité, ça correspond en tout point à ce qui avait été prévu dans les différents scénarios.
00:37On sait bien qu'un des effets du changement climatique sur la France et sur l'Europe,
00:40c'est effectivement l'augmentation de la fréquence et de l'intensité de ces canicules.
00:44Et donc, malheureusement, ça ne sera sans doute pas la dernière cet été.
00:47Le sixième rapport du GIEC, dont vous êtes l'un des auteurs, date de 2003.
00:51Vous affirmiez que le réchauffement de la planète
00:54atteindrait 1,5 degré dès le début des années 2030.
00:58Est-ce que vous étiez trop optimiste ?
01:00Non, en réalité, on va y arriver vers 2030 ou 2031.
01:05Effectivement, c'était l'objectif le plus ambitieux
01:08qu'on s'était fixé dans l'accord de Paris.
01:10On savait bien au moment où on négociait l'accord de Paris
01:12qu'en fait, cet objectif était trop optimiste.
01:14Dès l'accord de Paris, les rapports le disaient, c'était trop optimiste.
01:19On a sans doute été un peu trop volontaristes, trop optimistes dans l'accord de Paris, en effet.
01:23Hier, le Premier ministre a convoqué une partie du gouvernement pour un retour d'expérience
01:28et pour anticiper aussi les prochaines canicules.
01:30Le gouvernement qui a été très critiqué par l'opposition pour sa gestion de l'épisode.
01:35Est-ce qu'on a manqué, d'après vous, de réactivité, d'anticipation sur l'épisode de canicule ?
01:41Oui, je dirais que clairement, il y a des choses immédiates que le gouvernement aurait pu, aurait dû faire
01:47en termes de mesures d'urgence sur les écoles, par exemple, prévoir des points de fraîcheur.
01:51On a parlé de la question des locataires et de l'obligation des propriétaires
01:55de mettre des protections sur les logements.
01:58Ça, je pense que c'est quelque chose qui aurait pu être fait.
02:00Il y a des locaux qui auraient pu être réquisitionnés également.
02:03Donc, on avait déjà eu une première alerte à la fin du mois de mai.
02:06Il y a des choses qui auraient pu être faites durant le mois qui s'est découlé.
02:10Et puis, il y a des choses, évidemment, sur le long terme, qui dépassent un peu l'action
02:13de ce seul gouvernement et qui applique l'ensemble des gouvernements.
02:16Végétaliser les villes, revoir les normes urbanistiques, climatiser les hôpitaux, les écoles.
02:22Ça, c'est des choses, évidemment, qui auraient dû se faire bien avant.
02:24Mais le problème, c'est qu'une fois que l'épisode de chaleur est passé,
02:26on a tendance à passer à autre chose et le climat disparaît du débat public.
02:30Comment est-ce qu'on peut davantage impliquer les citoyens et les politiques
02:33sans plomber l'atmosphère, pour reprendre le titre de votre livre ?
02:36Vous l'avez dit, le gros problème, c'est qu'on parle toujours, effectivement,
02:39du climat à l'occasion de ces événements extrêmes.
02:43Et que si on n'en parle pas en dehors de ces événements,
02:46en fait, on ne se prépare jamais.
02:47Et donc, le résultat, c'est qu'à chaque événement extrême,
02:49on se retrouve un peu le dos au mur en se disant,
02:51ah, si on avait su alors qu'on savait,
02:54ah, on aurait été mieux préparé,
02:55ah, comment est-ce que c'est possible qu'on soit à ce point impréparé ?
02:59Et le fait de voir ces événements comme des événements exceptionnels chaque fois,
03:03ça nous met, en fait, dans l'idée que ce n'est pas des événements qui vont se reproduire.
03:06Et donc, le problème, c'est qu'on ne s'équipe pas,
03:08qu'on ne fait pas les travaux d'infrastructures.
03:10Et en plus, il y a un sujet sur l'argent, évidemment,
03:13puisque l'adaptation, ça implique d'investir aujourd'hui
03:16pour éviter des coûts demain,
03:18c'est-à-dire des coûts qui seront potentiellement payés par les suivants.
03:20Julia ?
03:20Mais François Gemmène, les effets du réchauffement climatique,
03:23ce ne sont pas seulement ces chaleurs extrêmes,
03:24que ce soit aussi des risques d'inondation en septembre, octobre, novembre,
03:28des risques sur le taux d'enneigement à Noël pendant janvier, pendant février.
03:32Donc, pour dire que ça a un impact sur toute l'année, en réalité.
03:34Bien sûr.
03:35Alors, c'est très important,
03:36parce qu'effectivement, on voit uniquement les vagues de chaleur l'été,
03:39mais les impacts du changement climatique sont très diversifiés.
03:42Une atmosphère plus chaude, c'est aussi une atmosphère plus humide,
03:45donc il pleut davantage, avec davantage de risques d'inondation,
03:48des risques de sécheresse,
03:49également des impacts très, très lourds sur l'agriculture.
03:51C'est sans doute l'agriculture et l'élevage qui payent le plus lourd tribut
03:55à la canicule qu'on vient de voir en tant que secteur économique.
03:59Et je pense que c'est très important d'assister sur ces événements extrêmes.
04:02Parce que je pense qu'une erreur que nous avons faite, nous, chercheurs,
04:05c'est de toujours communiquer en termes de moyenne.
04:07On dit 1,5 degré, 2 degrés.
04:09Sauf que les gens, quand ils entendent ça,
04:11ils se disent « Bon, écoutez, 2 degrés, il fait 25 l'été, il va faire 27. »
04:15C'est quand même pas si grave que ça.
04:17Il faut vraiment insister sur le fait qu'on va…
04:18Mais si on dit qu'il va faire 40 ou 42 à Paris,
04:20Exactement. Là, tout de suite, ou même potentiellement 5 ans d'ici quelques années,
04:24là, tout de suite, effectivement, on se rend compte qu'il faut faire quelque chose.
04:27Et que si les températures moyennes augmentent,
04:29c'est aussi parce que les extrêmes augmentent.
04:31Et c'est ça qui est important.
04:31Il est en train, peut-être, malgré tout, de se passer quelque chose
04:34dans l'esprit du grand public.
04:35On apprend qu'un Français sur trois serait prêt à déménager
04:38pour échapper aux fortes chaleurs.
04:39Est-ce qu'on va être confrontés, dans les années qui viennent,
04:42à des migrations climatiques chez nous ?
04:45C'est certain. Déjà, aujourd'hui, une partie des migrants dits économiques
04:49qui arrivent en Europe ou en France
04:51sont des migrants qui ne trouvent plus un revenu suffisant
04:54de leur agriculture, qui viennent notamment d'Afrique subsaharienne.
04:58Et en fait, pour eux, l'économie et l'environnement,
05:00c'est un peu la même chose parce que leurs revenus
05:01dépendent directement des conditions environnementales.
05:04Et puis, il va sans doute y avoir, vous le disiez,
05:06un Français sur trois qui se déclare prêt à déménager.
05:08Ça ne veut pas dire que tout le monde va déménager.
05:10Mais il va sans doute y avoir une sorte de réorganisation géographique.
05:12Je vous donne un exemple. Sur la Côte d'Azur,
05:15beaucoup de retraités achetaient des appartements, des villas,
05:19en pensant que c'était là que le climat serait le plus agréable
05:21pour leur vieux jour.
05:22Sous l'effet des vagues de chaleur à répétition,
05:24je ne suis pas sûr que ceux qui abordent la retraite aujourd'hui
05:28se disent encore, on va aller sur la Côte d'Azur.
05:30Ils vont peut-être se dire, on va plutôt aller en Normandie
05:31ou en Bretagne, voire dans les Hauts-de-France.
05:33Et ça change la démographie de la France.
05:35Et il y a aussi les plus jeunes.
05:36Est-ce que vous connaissez le terme de panicule ?
05:38Oui, bien sûr.
05:38La panique liée à la canicule.
05:42Je ne sais pas si elle l'a inventé ou elle l'a repris,
05:44la militante Lorraine Bastille, il y a quelques jours.
05:46Cette anxiété, cette éco-anxiété,
05:48qu'on sent beaucoup chez les jeunes,
05:49est-ce que vous la ressentez, vous aussi,
05:51dans les rencontres que vous pouvez faire ?
05:53Bien sûr.
05:54Autour de moi, je connais beaucoup de gens,
05:56effectivement, qui voient avec énormément d'anxiété
05:59la météo, qui voient les températures grimper,
06:02parce qu'il y a cette difficulté.
06:04Et une des personnes que vous avez interrogées
06:06dans le reportage, je disais,
06:07quand est-ce que ça va s'arrêter ?
06:08La grande difficulté, c'est que potentiellement,
06:11ça n'a pas de fin.
06:11On va devoir gérer le changement climatique
06:14pendant encore des décennies.
06:15Donc, la grande question, c'est qu'est-ce qu'on fait ?
06:17Comment est-ce qu'on réduit les émissions de gaz à effet de serre ?
06:19C'est évidemment la priorité numéro un.
06:20Et comment est-ce qu'on s'adapte ?
06:21C'est le gros sujet qui monte en ce moment.
06:23Oui, c'est à la fois atténué et s'adapte plus.
06:25Mais c'est évidemment normal d'être anxieux.
06:27Et par rapport aux gens qui ressentent cette anxiété,
06:29c'est tout à fait normal.
06:30Tout le monde était quand même un peu inquiet
06:32en regardant les bulletins météo désormais.
06:34Merci François Gévennes.
06:35Merci à vous.
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