- il y a 5 minutes
Françoise Vimeux, climatologue, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement et Jean Jouzel, paléoclimatologue, ancien vice-président du GIEC, alertent sur la situation climatique de l'Europe qui a encore vu sa température augmenter l'an dernier. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-30-avril-2026-3544470
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00On l'a tous vécu ou vu ces derniers mois.
00:03Pluie diluvienne, chaleur extrême, sécheresse, incendie.
00:06Aujourd'hui, le dérèglement climatique est palpable dans une Europe qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste
00:13du monde.
00:13Au lendemain de la publication du rapport alarmant de l'Institut Copernicus,
00:18on en parle donc avec deux scientifiques de renom, Benjamin.
00:21Bonjour Françoise Vimeux.
00:22Bonjour.
00:23Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:25Vous êtes climatologue et directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement.
00:30Avec nous également, Jean Jouzel, bonjour.
00:32Bonjour à tous et à toutes.
00:34Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:36Voix bien connue des auditeurs paléoclimatologues et ancien vice-président du GIEC.
00:41Et venez avec nous, chers auditeurs.
00:43Vos questions, vos observations sont les bienvenues au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France.
00:50Alors, l'année 2025 a été la troisième année la plus chaude au niveau mondial depuis le début des relevés
00:57météo.
00:57Et l'Europe est donc en première ligne à plus d'un demi-degré d'augmentation des températures par décennie
01:03depuis 1996.
01:05C'est deux fois plus que la moyenne du globe.
01:08Expliquez-nous, Françoise Vimeux et puis Jean Jouzel, pourquoi est-ce que nous sommes les plus touchés ?
01:14Alors en fait, l'Europe est un continent, vous l'avez dit, qui se réchauffe deux fois plus vite que
01:18la moyenne mondiale.
01:20On a atteint un réchauffement de près de plus de 2,5 degrés par rapport à l'ère pré-industrielle.
01:25Et il y a plusieurs raisons qui expliquent cette situation.
01:28La première raison, c'est que les continents se réchauffent plus vite que les océans qui emmagasinent la chaleur.
01:34Plus de 90% de l'excédent de chaleur qu'on met dans le système climatique, mais qui vont répartir
01:39cette chaleur sur toute leur épaisseur.
01:41Donc ça, c'est la première raison.
01:43La deuxième raison, c'est que l'Europe, c'est une région qui perd des surfaces blanches.
01:48Ça peut être les neiges saisonnières, ça peut être les glaciers de montagne et c'est aussi la calotte du
01:52Groenland.
01:53Plus que d'autres continents ?
01:55C'est-à-dire qu'on a beaucoup de surfaces blanches par rapport à d'autres régions.
02:00Et ces surfaces blanches sont remplacées par des surfaces plus sombres, de la roche, de la végétation.
02:05Et c'est comme dans une voiture noire.
02:07Voilà, vous avez plus chaud dans une voiture noire qu'une voiture blanche, donc ça vient amplifier la chaleur localement,
02:13ce réchauffement.
02:14On appelle ça, nous, une rétroaction positive.
02:16Il y a une autre raison qui touche l'Europe du Sud, c'est qu'on a de plus en
02:20plus de sécheresse.
02:21Donc nos sols sont secs.
02:23Et quand vous avez des sols secs, ça vient amplifier la chaleur.
02:26Pourquoi ? Parce que quand vous avez encore un peu d'eau dans le sol, il y a une partie
02:30de l'énergie solaire qui est utilisée pour évaporer cette eau.
02:33Quand il n'y a plus d'eau dans le sol, toute l'énergie solaire est utilisée pour le réchauffer.
02:37Ce que vous dites, c'est que, Jean Jouzel, on a tous les ingrédients sur le continent européen pour se
02:41réchauffer plus vite que les autres ?
02:42Oui, par exemple, il y a deux fois la surface de la France en moins, enneigée au mois de mars
02:492025, il y a un an que la moyenne.
02:53Donc ça a été vraiment très marqué en 2025.
02:56Il faut aussi voir que ce facteur 2, ce doublement du rythme de réchauffement, est un peu moins important en
03:04France.
03:04En France, par exemple, depuis le début du XXe siècle, le réchauffement est d'un peu plus de 2 degrés,
03:10alors que le réchauffement planétaire est d'un degré et demi.
03:13Il y a une amplification plutôt de l'ordre de 50% en France.
03:15C'est moins d'un facteur 2 en France.
03:17Il est d'un facteur 2 en Europe globalement parce qu'il y a toutes ces régions du nord où,
03:22effectivement, le réchauffement peut être trois fois plus rapide que la moyenne.
03:26C'est un peu cela.
03:27Donc ce n'est pas homogène ce facteur 2 sur l'Europe, mais c'est très marqué, effectivement, comme l
03:33'a indiqué François.
03:33C'est ce qui est effectivement frappant quand on lit ce rapport de Copernicus, c'est que désormais, de l
03:38'Andalousie à la Laponie, plus aucune région n'est épargnée en Europe.
03:42On l'a vu cet été au Royaume-Uni, en Norvège, en Islande, qui ont connu leur année la plus
03:49chaude.
03:49Il a fait 35 degrés en Norvège cet été.
03:53Ça, c'est nouveau ?
03:55Alors, en fait, moi, ce que je trouve vraiment bien dans ce rapport, alors Copernicus fait un rapport tous les
03:59ans sur l'état du climat de l'année précédente.
04:02Là, il y a vraiment deux choses qui m'ont marquée.
04:04La première, c'est ce que vous dites.
04:06On voit vraiment qu'il n'y a plus aucune région en Europe qui est épargnée par les impacts du
04:10changement climatique.
04:11Et quand vous parlez des vagues de chaleur, c'est spectaculaire parce que, dans notre imaginaire, on pense que c
04:16'est uniquement l'Europe du Sud qui va en souffrir.
04:18En fait, là, on voit non.
04:19Vous l'avez dit, l'Europe du Nord a vraiment souffert de ces vagues de chaleur.
04:22En sachant que les vagues de chaleur en Finlande, ce n'est pas les mêmes que les vagues de chaleur
04:26en Espagne.
04:27Chacun a sa définition.
04:29Mais 35 degrés en Norvège, c'est vrai qu'on a du mal à se le figurer.
04:32Ce n'est pas tant la température que la durée de la vague de chaleur, qui a duré trois semaines.
04:38Alors que les vagues de chaleur précédentes, qui en moyenne étaient à un peu près de la même intensité, ont
04:43duré beaucoup moins de temps, environ 10 jours.
04:45Jean Jouzel, de la même façon, il y a eu des incendies monstres l'été dernier qu'on a vu.
04:49Un million d'hectares partis en fumée en France.
04:52On se souvient de ce feu jamais vu dans le département de l'Aude.
04:56Et là encore, des pays qui étaient épargnés qui ne le sont plus, ce sont le Royaume-Uni, les Pays
05:00-Bas, l'Allemagne.
05:02C'est ça l'Europe qui nous attend, hélas, dans les années à venir.
05:06C'est-à-dire des incendies qui vont se multiplier.
05:09Et pas seulement dans les départements du sud de la France, mais aussi dans le nord, en Bretagne.
05:16C'est ça aussi ce que nous dit ce rapport Copernicus, Jean Jouzel ?
05:20Oui, les risques d'incendies sont évidemment amplifiés.
05:23Enfin, les risques d'extension des incendies, une fois qu'ils ont démarré, sont amplifiés par à la fois les
05:28vagues de chaleur,
05:29la combinaison des vagues de chaleur et de sécheresse qui vont généralement assez souvent ensemble.
05:34Et effectivement, ça a été une année incendie.
05:36Alors, le million d'hectares, je pense que c'est pour l'Europe.
05:43Mais beaucoup de pays sont touchés, bien sûr.
05:45On a vu pour la péninsule ibérique.
05:48Mais des régions comme la Bretagne, effectivement, ma Bretagne natale ou bien l'île de France,
05:54deviennent, disons, très vulnérables, de plus en plus vulnérables par rapport au feu de forêt, au risque de feu de
05:59forêt.
06:00Donc, c'est bien quelque chose qui est là.
06:01Moi, ce que je peux dire actuellement, c'est ce que l'on vit actuellement, c'est ce que l
06:05'on envisage depuis 50 ans.
06:07C'est ça qu'il faut bien avoir à l'esprit.
06:08C'est-à-dire que cette intensification des événements extrêmes, des pluies torrentielles, des sécheresses à répétition,
06:15des vagues de chaleur de plus en plus longues, de plus en plus fréquentes, de plus en plus vraiment intenses,
06:21c'est ce que nous envisageons depuis 50 ans dans les rapports successifs du GIA.
06:25C'est les effets concrets du réchauffement climatique confirmés par ce rapport Copernicus.
06:30Bien sûr.
06:30Ce que vous nous disiez en préparant cet entretien, Françoise Vimeux, c'est qu'en 2100, pour continuer sur les
06:36incendies,
06:37la région parisienne pourrait avoir les mêmes risques d'incendie que l'arrière-pays méditerranéen aujourd'hui
06:42et que la forêt d'Orléans pourrait brûler comme la garrigue du Var.
06:46Oui, bien sûr.
06:47En fait, c'est ce que dit Jean.
06:48On voit que le risque d'incendie qui, il y a encore quelques années, était cantonné dans le sud de
06:52la France,
06:53en particulier dans le sud-est, il remonte graduellement vers le nord avec le degré de réchauffement.
06:59Et si on reste sur la trajectoire sur laquelle nous sommes aujourd'hui,
07:03qui nous emmène malheureusement à une France à plus 4 degrés en 2100,
07:07c'est ce que vous dites en fait.
07:08Tout le territoire hexagonal aura un risque incendie non négligeable.
07:12Et d'ailleurs, ça pose en fait des problèmes à la sécurité civile,
07:16puisque vous savez qu'aujourd'hui, il y a une solidarité entre régions lorsqu'il y a un feu quelque
07:20part.
07:20Si ça brûle partout en même temps, c'est un vrai problème.
07:24Et pour l'instant, d'ailleurs, l'essentiel des moyens est déployé dans le sud, dans la moitié sud de
07:28la France.
07:28Oui, parce qu'aujourd'hui, c'est là où le risque est cantonné, mais ça va vraiment évoluer et ça
07:32peut évoluer vite.
07:33Alors, ce qui va aussi parler à nos auditeurs, ce sont les inondations,
07:37parce qu'on en a encore aussi connues pendant de très longues semaines cette année,
07:42notamment dans l'ouest de la France.
07:43Et là, ce que vous dites, et qu'il faut que vous nous expliquez,
07:46c'est que les pluies diluviennes et les inondations, paradoxalement, augmentent les risques d'incendie.
07:52Ça veut dire quoi ?
07:53Alors, non, je ne crois pas que j'ai dit ça.
07:56En fait, on a des pluies torrentielles qui engendrent des inondations.
08:01Ces pluies torrentielles, elles sont beaucoup plus intenses, beaucoup plus fréquentes.
08:04Les études d'attribution qui ont été faites, par exemple, sur les pluies torrentielles
08:07qu'on a eues en début d'année dans le sud-ouest de la France,
08:10elles nous disent que, oui, ces pluies, elles auraient pu arriver dans un climat non modifié par l'homme,
08:14mais leur volume aurait été moindre, de l'ordre de 10%.
08:18Et puis, ce que l'on voit, c'est que ces pluies-là, elles ont duré vraiment très très longtemps.
08:22Et les dégâts qui ont été engendrés, heureusement, des dégâts matériels seulement,
08:28sont quand même énormes.
08:29Et ça, ça veut dire qu'au niveau des assurances, on va avoir des modifications dans les années à venir.
08:34On va parler dans ce grand entretien des solutions qui peuvent être mises en place,
08:38aussi de la façon dont l'actualité et la crise énergétique résonnent
08:41avec le constat qui est posé par l'Institut Copernicus.
08:44Mais encore un mot, là encore, sur le constat avec vous, Jean Jouzel,
08:48sur ce qui est dit sur l'accélération de la fonte des glaces,
08:51en particulier dans les Alpes et au Groenland.
08:54Il y a notamment ce chiffre stupéfiant,
08:57139 milliards de tonnes de glace en 2025,
09:00qui a été perdue dans l'immense glacier du Groenland.
09:04Ça veut dire sans piscine olympique toutes les heures.
09:07Là encore, concrètement, pour ceux qui se disent que la fonte des glaces, c'est loin.
09:11Les conséquences concrètes, Jean Jouzel, de ce phénomène climatique ?
09:15Alors, les conséquences concrètes, d'abord, c'est quelque chose, disons,
09:18le Groenland perd de la glace depuis les années 90 à cause du réchauffement climatique.
09:23Les conséquences concrètes, ce sont d'abord l'élévation du niveau de la mer.
09:28Ça joue pour, disons, 20% de l'élévation du niveau de la mer.
09:32L'élévation du niveau de la mer est deux fois plus rapide aujourd'hui qu'elle n'était il y
09:36a une trentaine d'années.
09:37Ça joue aussi par l'arrivée d'eau douce.
09:41Cette eau douce arrive dans l'océan Atlantique Nord
09:44et ça risque de modifier la circulation océanique.
09:47On parle d'arrêt du Gulf Street, de modification de la circulation océanique.
09:52Voilà, c'est aussi... Il y a une influence potentielle sur ça,
09:55donc, et sur le cycle du carbone également.
09:58Mais c'est avant tout l'élévation du niveau de la mer qui est un problème
10:01parce que c'est quelque chose qui se passe très loin de nous, au Groenland,
10:06mais aussi en Antarctique actuellement,
10:08contribue de plus en plus à l'élévation du niveau de la mer.
10:10Et une grande incertitude par rapport à cette élévation du niveau de la mer
10:14à horizon de la fin du siècle,
10:15c'est justement le comportement des grandes calottes glaciaires Groenland et Antarctique.
10:20L'autre contribution à l'élévation du niveau de la mer,
10:24c'est le fait que l'océan se réchauffe,
10:26alors moins vite que les continents,
10:27mais de façon suffisante pour se dilater.
10:30Donc, on parle d'expansion thermique.
10:32Donc, on a vraiment, dans ce réchauffement climatique,
10:34les ingrédients pour une élévation du niveau de la mer
10:36qui peut être très important et avoir des conséquences en France,
10:40mais surtout dans d'autres pays,
10:42disons, dans d'autres régions côtières très peuplées.
10:44Donc, ce sont des conséquences extrêmement importantes.
10:46Un mot aussi, François Zimeux, sur ce paradoxe,
10:49c'est là qu'il faut l'expliquer aux auditeurs,
10:50puisqu'on comprend que le réchauffement climatique en Europe,
10:54accéléré, est aussi causé par le fait que,
10:57paradoxalement, la pollution est moins importante
11:00que dans d'autres continents.
11:02Alors là, il faut expliquer,
11:02parce qu'on pollue moins et ça se réchauffe plus vite.
11:05Oui, c'est un phénomène au niveau mondial.
11:07Ce qui se passe, c'est que vous avez un réchauffement
11:09qui est dû au fait qu'on met des gaz à effet de serre
11:11dans notre atmosphère.
11:12Mais les activités humaines, ce n'est pas que ça.
11:15On a aussi de la pollution atmosphérique
11:17qui met dans notre atmosphère des toutes petites particules
11:19qu'on appelle aérosols.
11:20Et ces petites particules,
11:21elles ont en fait un effet refroidissant.
11:23Donc aujourd'hui, si on n'avait que les gaz à effet de serre,
11:26le réchauffement climatique serait déjà de plus 1,5 degré.
11:29Il est seulement, avec des gros guillemets,
11:31de plus 1,3 degré.
11:33Parce qu'on a une pollution atmosphérique
11:35qui vient masquer ce réchauffement.
11:37Ce qui se passe, c'est qu'on a de plus en plus
11:39de politiques d'amélioration de la qualité de l'air.
11:42Et c'est très bien, évidemment.
11:43Et il faut continuer, bien sûr.
11:45Et donc, comme ces politiques, elles sont efficaces,
11:48et donc c'est même un exemple que quand on veut,
11:51c'est efficace et on y arrive,
11:53et bien finalement, on masque moins le réchauffement
11:55dû au gaz à effet de serre.
11:57Et c'est pour ça, par exemple,
11:58que sur la dernière décennie,
12:01il n'y a pas une accélération du réchauffement,
12:02mais le taux de réchauffement par année ou par 10 ans
12:06est plus important qu'auparavant.
12:08Il y a juste un petit truc que je voulais rajouter
12:10sur ce rapport dont on n'a pas parlé.
12:11Il a vraiment un gros focus sur l'océan
12:14qui entoure l'Europe, de la mer de Norvège
12:17jusqu'à la Méditerranée.
12:18Et ce qui est vraiment frappant, là,
12:20c'est de voir le nombre de vagues de chaleur marine.
12:21Les canicules marines.
12:22Voilà, les canicules marines, très intenses,
12:24qui ont touché même dans la mer de Norvège.
12:27Et donc ça encore, ça peut être très contre-intuitif.
12:29Avant de parler énergie, politique, climatique,
12:32juste un mot sur ce phénomène qu'on attend de retour,
12:36sans doute cet été, El Niño, dans le Pacifique,
12:40qui inquiète les observateurs du climat.
12:42Qu'est-ce qui peut se passer ?
12:44Pourquoi c'est potentiellement inquiétant ?
12:45Alors, en fait, d'abord, les événements El Niño,
12:47ce sont des événements naturels
12:49qui arrivent tous les deux à 7 ans.
12:51Il est très probable qu'il y ait un événement El Niño
12:54qui se déclenche au début de l'été.
12:56On n'a aucune idée aujourd'hui de quelle sera son intensité.
13:00Donc il y a beaucoup de buzz autour
13:01de est-ce que ça va être un super El Niño,
13:03c'est-à-dire hyper intense, avec des très grosses conséquences.
13:06Aujourd'hui, on n'est pas capable de le dire.
13:08Il faut attendre l'été.
13:09Et ça inquiète parce que quand on a un événement El Niño,
13:12ça a un pouvoir réchauffant
13:14qui se superpose à celui du changement climatique.
13:17On rappelle le phénomène El Niño, c'est des canicules très intenses.
13:19C'est la température de surface de l'océan,
13:23dans le Pacifique,
13:24qui augmente de part et d'autre de l'équateur.
13:26Et ça a un impact sur toute la bande tropicale.
13:29Et quand vous faites finalement la moyenne mathématique
13:32de la température à la surface de la Terre,
13:33elle augmente parce que le Pacifique équatorial,
13:36c'est un quart de la surface de notre planète.
13:38C'est ce qui s'est passé en 2024,
13:40année la plus chaude qu'on ait enregistré.
13:41On a eu un El Niño qui s'est développé en 2023.
13:44Et on voit souvent l'anomalie de température sur la deuxième année.
13:47Avec des effets jusque chez nous ?
13:49Non. En fait, nous n'avons pas d'études scientifiques robustes,
13:53de résultats robustes,
13:55qui nous montrent qu'il y a un lien entre le climat en Europe,
13:58sur la France hexagonale et El Niño.
14:00En revanche, il y a un lien pour nos territoires ultramarins.
14:03D'accord. Mais en tout cas, ce n'est pas parce qu'El Niño revient
14:05qu'on aura un été de chaleur extrême en France métropolitaine.
14:09Il n'y a pas aujourd'hui de résultats qui nous montrent
14:11qu'il y a des connexions entre El Niño et le climat en France hexagonale.
14:15Jean Jouzel, il faut qu'on parle de la question de l'énergie,
14:18qui est centrale, qui est évidemment intimement liée
14:20à celle du réchauffement climatique.
14:22On voit dans ce rapport qu'il y a des choses qui avancent.
14:24C'est vrai des énergies renouvelables qui ont fourni
14:26près de la moitié de l'électricité en Europe l'an dernier.
14:29Est-ce que là, vous y voyez une raison de se réjouir ?
14:33Et il faut aussi faire le pont, le lien avec la crise énergétique
14:36que l'on vit en ce moment,
14:37l'augmentation du prix des énergies fossiles
14:40qui, peut-être cyniquement et paradoxalement
14:43et difficilement pour ceux qui payent leur plein
14:46beaucoup plus cher à la pompe,
14:48peut permettre d'accélérer la décarbonation de l'économie ?
14:53Oui, d'abord rappeler que l'augmentation de l'effet de serre
14:56qui est à l'origine du réchauffement climatique
14:58est liée pour les trois quarts
14:59à notre utilisation des combustibles fossiles.
15:02C'est important de le rappeler, je crois,
15:03parce que c'est au cœur ce lien climat-énergie
15:05du problème dont nous discutons aujourd'hui.
15:08Et donc, ce lien climat-énergie,
15:11évidemment, il faut absolument...
15:13Oui, c'est une bonne nouvelle
15:15que, par exemple, pour l'Europe,
15:17on a près de la moitié de notre électricité.
15:20Malheureusement, on utilise toujours beaucoup
15:22de combustibles fossiles pour l'énergie elle-même,
15:26mais de notre électricité est d'origine renouvelable.
15:28La Chine aussi,
15:29le renouvelable se développe très rapidement en Chine
15:33et c'est une bonne nouvelle,
15:35même si ça commence effectivement à plafonner,
15:38à légèrement diminuer les émissions en Chine.
15:40Donc, c'est ce qu'il faut faire.
15:42Et d'ailleurs, dans ce contexte,
15:43le plan d'électrification en France est bienvenu
15:46et devrait être ambitieux.
15:47Il aura dû être lancé et mis en œuvre
15:49depuis très longtemps, c'est très clair.
15:50Vous parlez des annonces qui ont été faites
15:52il y a deux, trois semaines par le Premier ministre.
15:55De fait, c'est 10 milliards d'euros par an
15:57d'ici 2030 pour électrifier nos usages,
15:59un million de pompes à chaleur installées,
16:00des aides pour passer à la voiture électrique.
16:03Ce qu'on constate en ce moment,
16:05c'est que tout à coup,
16:08ces modes de transport d'énergie nouvelle
16:11deviennent extrêmement désirables
16:14avec la guerre au Moyen-Orient.
16:17On aurait tous envie d'avoir aujourd'hui
16:19une voiture électrique et une pompe à chaleur
16:21de ne pas dépendre des carburants,
16:24de ne pas dépendre du gaz.
16:25Est-ce que vous diriez,
16:26comme Jean-Marc Jancovici la semaine dernière sur Inter,
16:29que la guerre au Moyen-Orient
16:30est un coup de pied dans le derrière
16:33pour accélérer la transition énergétique ?
16:36Oui, bien sûr, sur le fond, je suis d'accord.
16:39Après, sur la forme, je crois qu'il faut faire
16:41très attention à ne pas essayer
16:43de trouver d'aspect positif
16:44à une situation de guerre quelque part dans le monde.
16:48Donc, moi, je pense qu'il faut garder
16:51une certaine décence sur ces aspects-là.
16:54Mais effectivement, moi, ce que je voudrais dire là-dessus,
16:56c'est qu'on voit à quel point, aujourd'hui,
16:58on est encore dépendant dans notre vie quotidienne,
17:02que ce soit notre vie individuelle ou professionnelle,
17:05des énergies fossiles,
17:06et à quel point cette crise,
17:08qui dure seulement depuis quelques semaines,
17:10finalement, nous touche tous.
17:11Donc, à mon avis, c'est ça le point important.
17:13Alors, on a justement un appel de Jean-Louis au standard.
17:17Jean-Louis, d'Angers, bienvenue.
17:19Vous avez une question, je crois.
17:20Oui, bonjour.
17:21Oui, je voulais poser la question
17:22aux deux personnes qui sont là,
17:24que face au constat terrible qu'ils nous présentent
17:26et aux perspectives encore plus terribles qui arrivent,
17:29est-ce qu'il n'est pas tant pour eux,
17:30en tant que scientifiques,
17:31de haut de leur expérience et de leur connaissance,
17:34même si les scientifiques sont contestés en ce moment,
17:36de dire qu'il faut absolument changer radicalement
17:39notre mode de vie ?
17:40Arrêter, par exemple, de prendre l'avion dans tous les sens,
17:43arrêter de faire venir des marchandises
17:45de l'autre au bout du monde
17:46avec des accords comme le Mercosur, etc.
17:48Toutes ces choses qui amplifient largement le phénomène.
17:52Voilà ma question.
17:53Merci, Jean-Louis.
17:54Réponse de Jean Jouzel sur cet appel
17:57à sans doute davantage de radicalité
17:59dans les changements de mode de vie.
18:02Qu'est-ce que vous pensez de cette question de Jean-Louis ?
18:04Oui, j'ai beaucoup participé au rapport du GIEC
18:06et je suis assez en phase avec l'idée,
18:09la mission du GIEC,
18:10qui est d'apporter les éléments de décision
18:16aux décideurs politiques,
18:17mais ce sont des décisions politiques.
18:18Nous avons cette dualité entre le GIEC,
18:21les rapports de la communauté scientifique,
18:23et puis les conventions climat,
18:24et c'est vraiment une décision politique, évidemment.
18:26Donc, en termes de scientifiques,
18:28je pense qu'il nous faut apporter notre témoignage,
18:30et les rapports du GIEC sont très clairs, évidemment.
18:33Oui, mais Jean-Louis, vous avez bien sûr,
18:35et on comprend que les scientifiques restent à leur place,
18:36mais est-ce que quand vous voyez les débats politiques,
18:39quand vous voyez la façon dont, par exemple,
18:41on est revenu sur certains éléments du Green Deal
18:43à l'échelle européenne,
18:44est-ce que parfois vous vous dites, en fait,
18:47on a beau alerter, ça ne va pas assez vite,
18:49et est-ce que parfois même, ça vous met en colère ?
18:51Oui, je le dis, je le dis,
18:53maintenant je ne suis plus actif,
18:55donc je suis très libre,
18:57je ne suis plus au GIEC,
18:58le GIEC, on nous demande un certain devoir de réserve,
19:01ce n'est plus le cas pour moi,
19:02je me suis engagé, par exemple,
19:03sur le Green Deal avec Pierre Laroutourou,
19:05sur l'Europe et le pacte finance-climat,
19:07je m'engage, je m'engage effectivement en tant que citoyen,
19:11mais c'est vrai que, disons,
19:12dans la communauté scientifique,
19:14j'aime bien cette mission d'apporter les éléments,
19:16et ce sont des décisions, disons, politiques,
19:19on ne peut pas dissocier ce que l'on vit aujourd'hui,
19:22c'est vraiment, ce n'est pas un jeu,
19:23c'est assez terrible ce qu'on vit aujourd'hui,
19:25ce qu'on est en train de mettre en route,
19:27quand on regarde ce que fait Donald Trump,
19:29disons, cette idée de continuer à émettre des gaz à effet de serre,
19:31donc, effectivement, il faut vraiment,
19:35bon, en tant que citoyen, j'aime bien témoigner,
19:37mais disons, c'est une décision politique,
19:39ce sont nos hommes politiques qui doivent prendre le taureau par les cornes,
19:42et nous n'y reviendrons pas en France,
19:43par exemple, les émissions ne diminuées que de 2% l'an dernier,
19:46alors qu'elles auraient dû diminuer de 5%,
19:48on voit bien que nous n'y reviendrons pas,
19:50donc j'espère un sursaut au niveau français,
19:52au niveau planétaire,
19:53par rapport à ces décisions qui sont éminemment politiques
19:56et qui entraînent toute la société.
19:58Donc, Françoise Vimeux,
19:59la tendance, l'objectif à horizon 2100,
20:03aujourd'hui, et c'est aussi ce que documente l'Institut Copernicus,
20:06les objectifs ne sont pas en passe d'être tenus.
20:10Alors, aujourd'hui,
20:11ça dépend de quel objectif on parle,
20:12si on parle des objectifs de l'accord de Paris,
20:15de limiter le réchauffement au niveau mondial,
20:17en dessous de 2 degrés,
20:18on n'est pas sur les bonnes trajectoires.
20:19On va sur une trajectoire qui nous emmène
20:21à pas tout à fait 3 degrés à la fin du siècle.
20:24Donc, c'est clair,
20:25on n'est pas sur les bonnes trajectoires.
20:27Je voudrais quand même dire peut-être
20:29quelques mots plus optimistes,
20:30parce que si j'étais venue il y a 10 ans avant l'accord de Paris,
20:35je vous aurais dit qu'à la fin du siècle,
20:36on allait plutôt au niveau global,
20:37vers un réchauffement de 4 degrés,
20:39donc 5 degrés en France.
20:40On a fait quand même des efforts,
20:41ça ne va pas assez vite,
20:42ça ne va pas assez fort,
20:43mais on fait quand même des efforts,
20:44et c'est efficace.
20:45On a gagné 1 degré à horizon 2100 sur le réchauffement.
20:49Aujourd'hui, il y a 35 pays
20:50qui diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre,
20:52pas assez vite,
20:53et j'en l'ai rappelé,
20:54la France en fait partie.
20:55Avant l'accord de Paris,
20:56il y avait moins de 20 pays
20:57qui diminuaient leurs émissions.
20:59Donc, ça va quand même dans le bon sens,
21:01mais malheureusement,
21:01on est encore sur des trajectoires
21:03d'émissions de gaz à effet de serre
21:04qui sont trop hautes.
21:05Merci,
21:06et on verra si cette crise économique
21:09liée à la guerre au Moyen-Orient
21:11sera de nature à accélérer la sortie
21:13des énergies fossiles,
21:15davantage que les promesses
21:16et les accords signés
21:17dans les sommets pour le climat
21:19toutes ces dernières années,
21:21sans objectif et sans contrainte.
21:23Merci François de Vimeux
21:24et Jean Jouzel
21:25d'avoir été avec nous
21:26au micro d'Inter.
Commentaires