- il y a 1 jour
Avec Gérard Gelas, créateur du théâtre du Chêne Noir à Avignon
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-06-29##
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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:05Le chêne noir que vous avez créé sous un ciel bleu
00:08a ensoleillé plusieurs générations de passionnés de théâtre.
00:12Voici 60 ans à peu près, où vous avez décidé de combattre les mots
00:15M-A-U-X par des mots, M-O-T-S,
00:19et cela dans un théâtre dont le prix des billets n'a jamais été un coup de fusil.
00:24Bonjour Gérard Gellas.
00:25Bonjour.
00:25Alors c'est vrai que vous êtes une légende d'Avignon avec le théâtre du chêne noir.
00:30On est à quelques jours d'Avignon, donc on va évoquer Avignon aujourd'hui,
00:33mais aussi Avignon hier et avant-hier avec vous,
00:37à travers des dates clés, puisque c'est le principe des clés d'une vie que vous connaissez.
00:40Alors, la première date, elle ne vous correspond pas exactement, mais presque.
00:44C'est le 4 septembre 1947.
00:46C'est le début d'une semaine dédiée au théâtre à Avignon
00:50qui n'aurait jamais dû aller plus loin.
00:52Oui, c'est la semaine théâtrale de Jean Villard,
00:54qui, je crois, avait découvert la cour d'honneur,
00:57tout simplement entre deux trains, quand il se rendait à 7,
00:59et comme il s'ennuyait, il s'est baladé dans Avignon,
01:01et il a découvert la cour et il a eu l'idée de quitter le table de poche,
01:05où il était quand même, pour la cour d'honneur.
01:07Voilà.
01:07Il se trouve qu'au départ, René Char, qui est un poète bien connu,
01:10et Christian Zervost, qui est un éditeur de cahiers d'art au Palais des Pâtes,
01:15fait une exposition et dit, tiens, si on mettait un peu de théâtre.
01:18Et là, il pense à Jean Villard.
01:20Absolument, absolument, et René Char, qui évidemment est l'étoile lumineuse
01:25qui illumine le Vaucluse, et qui, quand j'avais 15 ans,
01:30avait eu mes premiers poèmes en main, et m'avait écrit une lettre que j'ai gardée,
01:34où il écrivait, « Jeune homme, vous avez un destin ».
01:37Eh bien voilà, il ne se trompait pas.
01:39Alors, à l'époque, on demande donc à Jean Villard de reprendre une pièce
01:42qui a eu du succès, « Meurtre dans la cathédrale », dans la cour d'honneur,
01:46et ça n'intéresse pas.
01:48Oui, mais c'était des débuts qui, comme tous les débuts, étaient difficiles.
01:53Il a envie de faire autre chose.
01:55Bien sûr, complètement.
01:56C'est-à-dire que cette pièce avait, je crois, eu beaucoup de succès
01:58au Théâtre du Vieux Colombier à Paris,
02:00où il avait joué avant Yves Robert et avant beaucoup d'autres.
02:03Et puis, il préfère présenter un théâtre avec trois créations dramatiques.
02:08Je crois qu'il y a Richard II de Shakespeare,
02:10Toby et Sabat Paul Claudel,
02:11et la terrasse de midi de Maurice Clavel,
02:13dans trois lieux différents.
02:14C'est un truc de fou, au départ.
02:16C'est insensé.
02:17Il a inventé le « in » et le « off » en même temps.
02:20Et oui.
02:21Et tout de suite, la municipalité dit oui.
02:24Oui, c'était le docteur Ponce,
02:27docteur communiste par son étiquette politique,
02:29mais ça, on s'en fout.
02:31Et par contre, un véritable homme ouvert, cultivé,
02:35et qui a tout de suite soutenu Villard.
02:38Et la cour d'honneur du Palais des Papes,
02:40personne n'imaginait au départ que ce serait un théâtre en plein air.
02:44Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
02:45C'est venu au départ comme ça ?
02:47Oui, avant ça, ça avait été une caserne.
02:50Oui, et non, rien n'appelait le théâtre, c'est à ce lieu.
02:53Il fallait la rencontre entre le lieu et quelqu'un d'exception,
02:56qui était Jean Villard, évidemment.
02:57Alors, il se trouve que quand on regarde les armes d'Avignon,
03:00on se dit que Jean Villard a pensé à Sète,
03:03où il y a les joutes chaque année,
03:04car les armes d'Avignon ressemblent à celles des joutes de Sète.
03:07Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, Gérard Gélas.
03:09Non, non, vous l'apprenez.
03:09C'est exactement les mêmes que les Réflames.
03:12Je vais regarder ça, parce qu'en plus, j'adore la ville de Sète.
03:15Alors, il se trouve qu'à Avignon, vous êtes né à peu près
03:17en même temps que le festival d'Avignon.
03:18Oui, je suis né à Lyon, mais effectivement,
03:21je suis né le 7 juillet, c'est-à-dire quelques temps
03:23avant la semaine de septembre, oui.
03:26Vous êtes né à Lyon, mais vous avez grandi à Avignon.
03:28Oui, oui, bien sûr.
03:29Comment ça s'est fait ?
03:30Ça s'est fait que, moi, je suis de rue,
03:32ma maman était d'origine italienne,
03:34installée dans le sud,
03:37c'est-à-dire tout à fait en face d'Avignon,
03:40voilà, aux angles, pour ceux qui connaissent la région.
03:43Et voilà, mon papa, lui, était de Lyon.
03:46Donc, je suis né à Lyon,
03:48mais j'ai grandi à Avignon,
03:49parce que j'étais mieux dans ma famille italienne
03:52que dans ma famille lyonnaise.
03:53Voilà, et c'est une famille,
03:55je crois qu'il y a eu une famille
03:55qui venait d'Italie et de Suisse.
03:57Oui, Suisse, c'est mon papa.
03:58Ma grand-mère, mais vous êtes redoutable,
04:01ma grand-mère paternelle était genovoise, oui.
04:05Voilà, donc le mélange fait arriver le soleil du midi.
04:08Écoutez, en tout cas,
04:10c'est le soleil qui m'a maintenu en vie,
04:12qui me maintient toujours en vie,
04:13parce que moi, j'ai besoin de cette lumière.
04:14Voilà, et cette lumière, justement,
04:16vous l'avez découverte dès votre enfance
04:17dans un quartier d'Avignon
04:19qui était un quartier très populaire.
04:20Ah oui, ça, c'était ce qu'on appellerait aujourd'hui,
04:23d'ailleurs, on ne le dit plus,
04:24parce qu'il faut le politiquement correct, n'est-ce pas ?
04:26Il y a des expressions qu'il ne faut plus employer,
04:28mais on appellerait ça les banlieues à problème.
04:30Bon, à l'époque,
04:31c'était surtout une banlieue de Rital,
04:34comme ma famille,
04:35de gitans,
04:36de voleurs de poules,
04:38et d'Antiquaire étrange.
04:40Mais il fallait se débrouiller dans tout ça ?
04:41Oui, mais en même temps,
04:43il y avait des avantages.
04:43C'est les gitans qui m'ont appris à jouer de la guitare,
04:45parce que, moi, au départ,
04:46je pensais être musicien,
04:47de jazz, surtout.
04:49Je suis contre-bassiste de jazz.
04:52Et puis aussi, ils m'ont appris,
04:53oui, les dures règles de la vie,
04:55c'est-à-dire à savoir se démerder.
04:57Oui, c'est sûr.
04:58Et en même temps,
04:59dans ce quartier comme dans d'autres,
05:00la population n'a pas cessé de se développer.
05:02Et je crois qu'elle a doublé Avignon
05:05entre 1920 et 1975.
05:07Vous me l'apprenez.
05:08Voilà.
05:08Mais c'est vrai qu'Avignon, au départ,
05:11c'est un endroit très calme.
05:12Quand vous grandissez,
05:13ça n'a rien à voir avec l'Avignon d'aujourd'hui,
05:15Gérard Gélard.
05:16Non, non, rien à voir.
05:17Quand j'étais de l'autre côté du Rhône,
05:19je traversais le pont pour aller à Avignon,
05:21et moi, j'adorais aller regarder
05:23le Palais des Papes,
05:24de l'extérieur,
05:26et j'imaginais qu'un jour,
05:28je serais à l'intérieur
05:29pour remettre en scène une pièce,
05:31pour faire quelque chose.
05:32Bon, c'était un peu confus dans mon esprit.
05:33Et pour ça, je traversais le quartier de La Balance,
05:36qui fait face au Palais des Papes,
05:38qui était le quartier des Gitans.
05:39Et vous alliez là la nuit,
05:41d'abord, on disait que c'était très dangereux,
05:42mais moi, je n'ai jamais eu de problème.
05:44Mais vous aviez des bras zéro partout,
05:47les mecs jouaient de la guitare,
05:48il y avait des putes,
05:49c'était incroyable.
05:51C'était la vie populaire,
05:53mais vraiment très très chaude.
05:57Et c'était un Avignon, effectivement,
05:59qui a disparu,
06:00avec des marchés au centre-ville
06:02où vous achetiez des poules vivantes,
06:04des lapins, etc.
06:05Mais ce n'est pas qu'à Avignon
06:07où ces choses-là ont disparu.
06:08Mais en même temps,
06:09Gérard Gélas,
06:09le théâtre vous a tout de suite passionné.
06:11Je crois que vous montiez
06:12des petites sénettes
06:13pour les voisins
06:14ou pour les gens du quartier,
06:15avec les costumes pas toujours,
06:16très bien taillés.
06:17Oui, c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai.
06:20Je mettais quatre cordes,
06:21il y avait des platanes
06:22en face de la maison de mes parents
06:24et de mes grands-parents,
06:25puisqu'on habitait tous ensemble.
06:27Et je mettais quatre cordes
06:29et je faisais une peste
06:30de petite arène
06:31où avec mes copains,
06:32je montais des sénettes.
06:33J'avais huit ans.
06:35Et c'était un voisin,
06:37Pierrot Blanc,
06:38pour ne pas le nommer,
06:39qui, lui, était un receleur.
06:42Il avait beaucoup de costumes,
06:44puis qui est sûrement
06:44à droite et à gauche.
06:46Et il nous prêtait
06:46dans sa galerie de costumes
06:49ce qu'il nous fallait.
06:49Alors, on jouait tout le temps
06:50les spectacles
06:51avec des hauts de forme.
06:52Il avait des hauts de forme.
06:53Alors, nous,
06:53on jouait avec des hauts de forme.
06:54Vous imaginez un gamin de huit ans
06:56dans un costume en smoking
06:57avec un haut de forme.
06:58Bon, voilà.
06:59Je ne me rappelle plus
07:00ce qu'on jouait,
07:00mais on jouait.
07:01Et j'ai même inventé aussi
07:02le premier cinéma de mon quartier
07:03parce que ma marraine
07:05était s'occupée d'un cinéma,
07:07quoi, à Avignon.
07:09Et j'adorais le cinéma.
07:11Et j'avais un petit projecteur.
07:13Et dans la cave
07:14de chez mes parents,
07:15je faisais des projections.
07:16Je faisais payer.
07:18Très peu,
07:18mais je faisais payer.
07:20Et c'était mes débuts
07:21dans l'art.
07:22Enfin, les débuts
07:22d'un petit commerçant, en fait.
07:24Vous voyez.
07:24Et pourquoi cette passion
07:25pour le théâtre ?
07:26C'est né comme ça ?
07:27Non, non, non.
07:27Je n'avais pas de passion
07:28pour le théâtre.
07:29Mais il se trouve
07:30que c'est né
07:31d'un énorme malentendu.
07:32Mon quartier
07:33était un quartier
07:34qui était à majorité communiste.
07:36Et beaucoup aussi
07:37de gens de la SNCF.
07:39Et puis bon,
07:40les gitans,
07:40on n'en parle pas.
07:41C'était hors normes.
07:42Mais quand même,
07:43la tendance générale
07:44était communiste.
07:45Donc, moi,
07:46j'avais huit ans, neuf ans,
07:47je n'y comprenais rien.
07:48Je m'en foutais.
07:48Communiste ou pas,
07:49on ne savait pas.
07:50Mais les parents nous disaient
07:51qu'on allait dans la cour d'honneur.
07:52Une fois par an,
07:53on allait dans la cour d'honneur
07:54dans les places les moins chères,
07:56c'est-à-dire tout en haut
07:56d'un gradin
07:57qui à l'époque
07:57faisait plus de 3000 places.
07:59Aujourd'hui, 1002,
08:00je crois, ou 1004.
08:01Donc, le double à l'époque.
08:02Et on était tout en haut,
08:04en haut, en haut.
08:04Les acteurs,
08:05on les entendait merveilleusement.
08:06Ils n'avaient pas de micro.
08:08Mais quels acteurs ?
08:09Et une fois par an,
08:10on allait soutenir,
08:11tenez-vous bien,
08:12les communistes
08:13dans la cour d'honneur.
08:14Non, mais attendez.
08:14Villard n'a jamais été communiste.
08:16Ça, je l'ai compris
08:17beaucoup plus tard.
08:18Ils n'étaient pas communistes
08:19du tout.
08:20Mais nous,
08:21on allait soutenir
08:22les rouges
08:22dans la cour d'honneur.
08:23Voilà pourquoi
08:24je suis allé au théâtre.
08:25Franchement,
08:25énorme malentendu.
08:27Mais le théâtre,
08:28c'est aussi un malentendu
08:29puisqu'il est tellement
08:31à côté de la réalité
08:33pour mieux parler
08:34de la réalité.
08:34Franchement.
08:35Donc,
08:37ça a été un malentendu
08:38et là,
08:39j'ai découvert Villard.
08:40J'ai découvert
08:42un maître pour moi,
08:43un véritable maître
08:44avec le dépouillement
08:46de ses mises en scène,
08:47avec les Lumières de Diote,
08:48avec les acteurs extraordinaires.
08:50J'étais tombé fou amoureux
08:51de Christiane Minazzoli
08:52à 12 ans.
08:54Je rêvais de Claudine Auger
08:55qui plus tard
08:56a fait une James Bond Girl
08:57d'ailleurs,
08:58etc.
08:58Et ça m'a illuminé
09:00et là,
09:01j'ai aimé le théâtre.
09:02Mais en fait,
09:02j'ai aimé ce théâtre.
09:04Ce n'était pas le théâtre
09:05que j'aimais.
09:05Je n'avais pas de vocation
09:06pour le théâtre.
09:07J'ai aimé le théâtre
09:08de Jean Villard
09:09dans la cour d'honneur.
09:10Et vous étiez aussi,
09:10vous aimiez aussi la philosophie
09:12car vous avez été
09:12un élève très brillant.
09:14Ah oui,
09:14en philo, oui,
09:15mais le reste, non.
09:16Vous avez une des meilleures notes
09:18du bac en philosophie.
09:20Mais vous êtes redoutable.
09:21J'ai eu 19 et demi,
09:23oui,
09:23c'était la meilleure note de France.
09:24On m'a donné une bourse
09:25à la Sorbonne,
09:26mais moi,
09:27j'ai préféré aller à l'IDEC
09:28parce que je vous l'ai dit,
09:29j'adorais le cinéma
09:30et je voulais...
09:31Aujourd'hui,
09:32c'est la Fémis, je crois.
09:33Et c'était l'IDEC.
09:35Voilà,
09:35mais quand je suis arrivé à Paris
09:36comme un petit rastignac
09:38après ce bac glorieux,
09:40le milieu ne m'a pas plu.
09:41C'était un milieu
09:42de fils d'eux,
09:43de filles d'eux
09:43et moi,
09:44d'où je venais,
09:45ça ne collait pas.
09:46Donc, je suis rentré,
09:47j'ai repris le train,
09:48j'avais dit au revoir
09:49à tous mes copains,
09:50y compris à ma compagne
09:51de l'époque d'ailleurs
09:52et ils m'attendaient tous
09:53sur le chemin du retour
09:55à la gare d'Avignon
09:56et là,
09:57ils m'ont offert une obade
09:58avec mes poèmes
09:59qu'ils avaient mis en musique
10:00et j'ai dit,
10:01mais si on faisait un truc
10:01au moment du festival
10:02Jean Villard
10:03et le chêne noir
10:03il n'est comme ça.
10:04C'est fou,
10:09quoi au départ Gérard Gellas ?
10:11Ben, cinéaste.
10:12Cinéaste ?
10:13Ouais.
10:14Et musicien.
10:15C'est tout ?
10:15Ben, écrivain aussi.
10:17Voilà.
10:18Mais pas théâtre.
10:19Pas théâtre.
10:19Et curieusement,
10:22rien ne vous pousse
10:23à cet univers
10:23et à l'époque,
10:25même le festival d'Avignon
10:26est encore quelque chose
10:27qui est dans les prémices
10:29du théâtre.
10:30C'est pas encore
10:30le festival d'Avignon
10:31d'aujourd'hui.
10:31Ah non, bien sûr que non.
10:32D'abord parce que l'offre
10:33n'existe pas.
10:34Oui.
10:34Donc, il n'y a,
10:36c'est pas péjoratif,
10:37il n'y a que,
10:38bon,
10:39il y a le théâtre
10:41de Jean Villard
10:43qui, assez vite,
10:44va devenir,
10:45je ne sais plus
10:45exactement les dates
10:47mais ça doit être
10:4769 ou un truc comme ça
10:49ou 67 peut-être,
10:52va trouver d'autres lieux
10:53que la Cour d'honneur,
10:54le Clos des Carmes
10:54d'abord, etc.,
10:55puis les Célestins.
10:56Mais à l'époque,
10:57il n'y a que Jean Villard
10:58dans la Cour d'honneur.
10:59Et vous,
11:00vous arrivez là-dedans
11:01avec plein de projets
11:03et puis finalement,
11:04il y a un événement
11:05qui va aussi changer
11:05votre destin
11:06et qui débute
11:08le 3 mai 1916.
11:0968.
11:10A tout de suite
11:11sur Sud Radio
11:11avec Gérard Gellas.
11:14Sud Radio,
11:15les clés d'une vie,
11:16Jacques Pessis.
11:17Sud Radio,
11:17les clés d'une vie,
11:18mon invité Gérard Gellas,
11:20directeur,
11:20fondateur du théâtre
11:21du Chêne Noir.
11:22Dans quelques jours,
11:23c'est Avignon,
11:24donc on va parler
11:24du festival
11:25et de votre programmation,
11:26mais on parle justement
11:27de votre parcours.
11:28qu'on a débuté
11:29avec vos jeunes années
11:31à Avignon.
11:32Et puis le 3 mai 68,
11:33vous apprenez
11:34que l'occupation
11:35de la Sorbonne
11:36par les forces de l'ordre,
11:37vous êtes alors à Avignon,
11:38surveillant au lycée Mistral
11:40et vous vous dites
11:41qu'est-ce que je vais faire ?
11:42Ben oui,
11:44bon,
11:44j'étais à l'époque
11:47militant anarchiste.
11:48Oui.
11:49Je faisais partie
11:49du mouvement noir et rouge
11:51de Daniel Cohn-Bendit.
11:52Donc évidemment,
11:53en mai,
11:53j'étais aux premières loges
11:54et c'est moi
11:55qui effectivement
11:56ai entraîné
11:58la faculté d'Avignon
11:59dans la grève
11:59et fait la jonction
12:00avec les cheminots d'Avignon
12:01qui étaient tous
12:02des ségetistes
12:03et qui cassaient la gueule
12:04aux gauchistes,
12:04mais pas à moi.
12:06Et bon,
12:06bref,
12:07donc j'étais très repéré,
12:09c'est sûr.
12:09Et le 3 mai,
12:10ben écoutez,
12:12on fait fermer
12:13la fac d'Avignon
12:13et je me lance
12:14à corps perdu
12:15dans ce que je croyais
12:16être nécessaire
12:17à la société française
12:18c'est-à-dire la Révolution.
12:19Voilà.
12:20Vous êtes avec un autre surveillant
12:21qui s'appelle
12:21Jean-Pierre Saltarelli.
12:23Oui.
12:23Qui est un président
12:25de l'UNEF justement.
12:27Oui,
12:27et qui était aussi
12:29trotskiste
12:29et qui a aussi demandé
12:30à des gens,
12:31à des énervés
12:32de me casser la figure.
12:33Oui, c'est vrai.
12:33Mais à cette époque-là,
12:34on n'imaginait pas
12:35que mai 68 allait gratter.
12:36On n'imaginait pas
12:37ce qu'il allait se passer.
12:37Non, pas du tout.
12:38Je me souviens toujours
12:39de Duteuil
12:40qui était le bras droit
12:40de Cohn-Bendit à l'époque
12:41qui descend à Avignon
12:43et qui réunit
12:44le cercle anarchiste
12:45du coin.
12:46Beaucoup d'Espagnols,
12:47que j'aime toujours beaucoup,
12:49bon,
12:49ils sont tous décédés,
12:50mais des gens admirables,
12:52des gens qui avaient fui
12:52l'Espagne de Franco.
12:55Informidables.
12:55Et ce n'était pas
12:56les Black Box,
12:56c'était tout à fait
12:57autre chose.
12:58Des utopistes complets, quoi.
13:00Eh bien,
13:02effectivement,
13:03donc,
13:04comment on peut dire ça ?
13:06Tout ce qui arrive
13:07à ce moment-là
13:08sur Avignon,
13:09politiquement,
13:10à un moment donné,
13:11je suis dans ce mouvement-là,
13:13quoi.
13:14Et donc,
13:17j'oublie le théâtre,
13:18j'oublie mes activités personnelles,
13:20j'oublie le métier de pion,
13:21et je me lance à corps perdu
13:23dans ce qu'on a appelé
13:24le mouvement de 68
13:25avec des gens
13:26comme Salparelli,
13:27effectivement,
13:28mais les trotskistes
13:29et les anarchistes
13:29ne sont jamais
13:30très bien entendus.
13:32D'ailleurs,
13:32les trotskistes,
13:33aujourd'hui,
13:34continuent,
13:34par les armées.
13:36C'est un autre sujet.
13:37Alors,
13:38il se trouve aussi
13:38qu'à cette époque-là,
13:40à Paris,
13:40moi,
13:40je me suis renseigné,
13:42des gens qui ont manifesté
13:43à Nanterre,
13:43ont dit au départ,
13:44on s'est amusé,
13:45on voulait atteindre
13:46le dortoir des filles
13:47et rien de plus.
13:47C'est la vérité.
13:48Voilà.
13:48C'est la vérité.
13:49Et Nanterre,
13:50justement,
13:50vous avez passé un peu
13:51de temps à Nanterre ?
13:52Non,
13:52je ne suis jamais allé.
13:53Est-ce que vous n'allez plus ?
13:53Non,
13:54je suis allé,
13:54je suis venu manifester à Paris,
13:56par contre,
13:56oui,
13:56ça oui,
13:57j'avais besoin moi aussi
14:06qui entoure des manifestants.
14:07Je m'approche,
14:08une espèce de conditionnement
14:09d'une autre époque,
14:10parce que vraiment,
14:11j'ai beaucoup évolué
14:11sur ces sujets,
14:12mieux vaut.
14:14Et je m'approche et tout,
14:16et le chef des CRS,
14:19je ne sais pas comment ça s'appelle,
14:20je lui dis,
14:21qu'est-ce qui se passe et tout ?
14:22Il me dit,
14:23pourquoi vous demandez ça ?
14:24Je dis,
14:24ben,
14:24pour savoir,
14:24pourquoi,
14:25voilà,
14:25etc.
14:26Et on commence à parler.
14:27Et je dis,
14:28vous savez,
14:28moi,
14:28je suis un ancien 68 ans,
14:29mais c'était 20 ans après.
14:31Il me dit,
14:32oui,
14:32j'ai fait la prise de la barricade
14:35de la fac de médecine.
14:37J'étais là,
14:38il me dit,
14:39mais c'était moi qui...
14:40Et on s'est tombé
14:41dans les bras l'un de l'autre
14:42avec le CRS.
14:43Une nouvelle étape
14:44de ma vie a commencé.
14:45Voilà.
14:45Dans les étapes précédentes,
14:46il y a eu quand même
14:47les étapes de votre étude.
14:48Et il y a quelqu'un
14:49qui a beaucoup compté
14:50dans vos jeunes années,
14:51c'est Frédéric Mistral.
14:52Oui, toujours.
14:52C'est le plus grand poète
14:54provençal.
14:55Mais curieusement,
14:56Gérard Gélas,
14:57vous avez vécu
14:58dans une maison
14:58où Frédéric Mistral a habité.
15:01Je suis sans voix.
15:03Oui, c'est la vérité.
15:04C'est la maison de mes parents,
15:06grands-parents,
15:07maison très grande
15:09et misérable,
15:10mais très grande,
15:11la vieille maison provençale
15:12avec des cheminées grandes
15:13et tout ça.
15:14Et c'était la maison,
15:16c'était en fait
15:16la maison des abrieux.
15:17Les abrieux,
15:18c'était l'auberge
15:19dans laquelle Frédéric Mistral,
15:23tous les grands poètes
15:24de l'époque,
15:25tous les faits libres
15:25et aussi des grands poètes
15:27qui venaient de Paris,
15:29se réunissaient
15:30et venaient manger
15:31le lapin en civet
15:33avec un carré de chocolat dedans
15:34ou ce pizanguille
15:36qui était pêché dans le Rhône
15:37qui est à 10 mètres de là
15:38à 20 mètres de là
15:39et effectivement,
15:42Mistral était tout le temps présent là
15:43et souvent d'ailleurs,
15:46malgré,
15:46on en a fait un saint
15:47en Provence,
15:48mais de toute façon,
15:49aimer l'amour
15:50et aimer tout court,
15:52ça ne veut pas dire
15:53être un mécréant,
15:54mais il était toujours
15:55entouré de jolies femmes,
15:56croyez-moi.
15:57Bref,
15:57c'était des orgies incroyables
15:59dans cette maison.
15:59Et donc,
16:00vous avez découvert
16:01Frédéric Mistral
16:02et je crois que la poésie
16:03de Frédéric Mistral,
16:05y compris Mireille,
16:06vous a marqué.
16:06Oui,
16:07beaucoup,
16:07beaucoup,
16:08mais toujours aujourd'hui,
16:09vous savez,
16:10j'ai fait un premier Mireille
16:12il y a 10-15 ans
16:14avec Alice Belaïdi
16:16qui aujourd'hui
16:16est bien connue au cinéma,
16:18qui c'était son premier rôle,
16:20d'ailleurs,
16:20elle était toute jeune,
16:22avec deux personnages,
16:23avec deux acteurs,
16:24alors qu'il y a 40-50 personnages
16:26dans l'œuvre.
16:27Et puis,
16:27il y a quelques temps,
16:29il y a trois ans,
16:30le collectif Provence
16:31et son président,
16:33Jean-Pierre Richard,
16:34qui sont les défenseurs
16:34des traditions provençales
16:36chez nous,
16:37dans le Sud,
16:38m'ont demandé,
16:39à l'occasion de leur anniversaire,
16:40si j'acceptais,
16:41de faire à nouveau
16:42une version de Mireille.
16:43Je n'aime pas me répéter,
16:44donc j'ai fait autre chose
16:45avec une dizaine d'acteurs
16:46et ce spectacle tourne toujours.
16:48On l'a joué encore
16:49il y a un mois
16:50et il continuera l'an prochain,
16:51en 2027.
16:52Et j'en suis ravi
16:53parce que pour moi,
16:54Mistral,
16:54c'est très très important
16:55pour deux raisons.
16:56D'abord,
16:57par la force poétique
17:00du poète,
17:01de Mistral lui-même
17:02et deuxièmement,
17:03parce qu'effectivement,
17:04il apporte à la langue française
17:07un enrichissement
17:08que peu de poètes
17:09ont réussi à communiquer.
17:10J'étais surpris,
17:12le jour de la création,
17:13on a créé,
17:13le dernier spectacle,
17:14on l'a créé
17:15sur la place de Mayanne,
17:16le village du poète,
17:17sur la place Charles Gounon,
17:19à deux pas de ses maisons.
17:21On a créé Mireille
17:22et il était venu là
17:23le numéro 2
17:24du ministère de la culture
17:25qui s'occupe
17:26de la langue française.
17:28Il était,
17:29bon,
17:30si j'étais bulgaire,
17:31je dirais
17:31qu'il était sur le cul,
17:32mais je ne le dirais pas.
17:33Donc,
17:33il était tout à fait esbaudi,
17:35c'est plus correct,
17:36de ce qu'il venait de voir
17:37et de découvrir Mistral.
17:38Il nous a dit,
17:40mais c'est un immense poète,
17:41c'est un immense poète
17:42de la langue française.
17:43J'ai dit,
17:43oui,
17:43en plus,
17:44il s'est traduit lui-même.
17:45Il écrivait en provençal,
17:46mais il se traduisait en français.
17:48Et effectivement,
17:48il est totalement ignoré.
17:50Je ne peux pas venir jouer
17:52Mistral et Mireille,
17:53qui est un spectacle,
17:53je crois,
17:54plutôt réussi,
17:55avec de merveilleux acteurs.
17:57Je ne peux pas venir jouer à Paris.
17:58Ce n'est pas possible.
17:59Vous voyez,
18:00il y a l'espèce de barrière.
18:02Là,
18:02on retrouve les vieux,
18:03les vieux,
18:03je dis bien les vieux
18:04parce que ça disparaît.
18:07Pas les vieux comme moi
18:08qui suis désormais un vieil homme,
18:09mais les vieux schémas
18:12castrateurs
18:14de regarder la province d'en haut
18:15parce qu'on habite à Paris.
18:16C'est épouvantable.
18:17Et il y a un autre fan
18:19de Mistral
18:20qui a fait une chanson
18:21d'ailleurs qu'il n'a pas interprétée
18:22et qu'il a donnée
18:23à Marcel Amon.
18:24C'est Brassens
18:25qui a écrit
18:25Le chapeau de Mireille.
18:26Le chapeau de Mireille
18:28Quand en plein vol
18:29je l'ai rattrapé
18:30Entre cette pays de Marseille
18:32C'est vrai que c'est une chanson
18:32dédiée à Frédéric Mistral.
18:34Oui,
18:34vraiment,
18:35vous êtes incroyable.
18:36oui,
18:36oui,
18:37Oui,
18:38ça.
18:39Ça,
18:40avant Mireille,
18:41il y a eu beaucoup d'autres choses.
18:41Je crois que la première pièce
18:43que vous avez écrite,
18:43enfin,
18:44quand vous avez commencé
18:46avec votre compagnie,
18:47c'était des poèmes
18:48et une pièce
18:49qui s'appelait
18:49L'homme qui chavire.
18:50Oui.
18:50Alors que L'homme qui chavire,
18:51au départ,
18:51c'est une sculpture
18:52de Giacometti.
18:53Absolument,
18:53bien sûr.
18:54J'adore toujours Giacometti.
18:56Le mot doré est faible.
18:59Je ne sais pas,
19:00je le comprends.
19:00C'est ça,
19:01en fait.
19:01Il m'apporte des choses.
19:03L'art qui ne m'apporte rien,
19:04je n'en ai rien à faire,
19:05franchement.
19:05Donc,
19:06il m'apporte,
19:06dès ma jeunesse,
19:08je dois avoir
19:0916 ans,
19:0917 ans,
19:10oui,
19:11j'ai créé
19:11cet homme qui chavire,
19:13c'était mes poèmes
19:14mis en musique,
19:14déjà,
19:15avec donc
19:16des jeunes acteurs
19:18débutants
19:19et musiciens
19:20et aussi,
19:20je dois le dire,
19:21quand même,
19:21des musiques
19:23enregistrées
19:23que je diffusais,
19:24c'est-à-dire
19:24Ravi Shankar,
19:25à l'époque,
19:26c'est-à-dire
19:31les Jazzmen,
19:32Coltrane,
19:33I Love Supreme
19:33de Coltrane,
19:34etc.
19:34Ce qui était nouveau
19:35pour Avignon.
19:36Ah,
19:36complètement,
19:37ça.
19:37Mais par contre,
19:38croyez-moi,
19:39peu de gens
19:39s'en sont aperçus
19:40parce que
19:41quand on avait
19:42trois personnes
19:42dans la salle,
19:43on était contents
19:43et le hof n'existait pas.
19:46On était en train
19:46de l'inventer
19:47sans le savoir.
19:48Alors justement,
19:48l'année suivante,
19:49vous écrivez une pièce,
19:50la paillasse au sein nu,
19:51sans imaginer,
19:53Gérard Géla,
19:54ce qui va vous arriver.
19:55Ben oui,
19:56je déjeune chez mes parents
19:57dans la maison
19:58où Mistral venait
19:59s'encanailler,
20:00dont on a parlé
20:01tout à l'heure
20:01et le frougon
20:03de gendarmerie arrive,
20:05il rentre,
20:06il m'arrête,
20:07il me met en état
20:07d'arrestation,
20:08on me met les menottes,
20:09bon,
20:11et toutes les conneries
20:12que j'avais faites en 68,
20:13on ne m'a jamais arrêté,
20:14mais là,
20:14vous voyez comme quoi
20:15la vie est étrange
20:16et on m'emmène
20:17et je suis arrêté
20:18parce que ma pièce
20:19vient d'être interdite
20:20pour risque de troubler
20:21l'ordre public
20:22atteinte à la personne
20:23du chef de l'État,
20:24notre vénéré Charles de Gaulle
20:25puisque maintenant
20:26tout le monde est gaulliste.
20:27Donc,
20:28voilà.
20:29Et vous êtes passé
20:30quelque temps en prison ?
20:32Enfin,
20:32non,
20:33au commissariat,
20:33quand même pas.
20:34Non,
20:34pas en prison,
20:35non,
20:35la prison,
20:36ça a été autre chose,
20:37ça a été l'hôpital psychiatrique,
20:38ça c'est une autre histoire.
20:40Mais c'est une autre histoire,
20:41mais surtout,
20:42ça a créé une manifestation,
20:43vraiment,
20:44une folie à Avignon
20:45à tel point
20:46que tout le monde
20:46vous a défendu,
20:47à commencer par Maurice Béjar
20:48qui était à Avignon
20:49au Palais des Papes.
20:50Voilà,
20:50mais Maurice Béjar,
20:51si vous voulez,
20:51j'apprécie
20:52parce que Maurice Béjar,
20:53c'est une démarche artistique
20:54vis-à-vis de moi.
20:55Bien sûr,
20:55il n'avait rien vu de moi,
20:56personne n'avait rien vu,
20:57d'ailleurs,
20:57j'étais un inconnu complet.
20:59Alors cette pièce,
20:59elle n'était même pas jouée ?
21:00Non,
21:07et j'ai dit non,
21:07c'est une blessure trop,
21:08trop,
21:09je ne peux pas.
21:10Par contre,
21:10on l'a lu une fois à Avignon,
21:12effectivement,
21:13avec Daniel Auteuil,
21:13voilà,
21:14une fois.
21:14Non,
21:15ça n'a jamais été joué.
21:17Mais Béjar vous a invité
21:19et vous avez été retrouvé
21:20baillonnée sur scène.
21:21Oui,
21:22il m'a dit,
21:22d'abord,
21:23il m'a offert la moitié
21:24de son cachet de la Cour d'honneur
21:26pour nous soutenir,
21:26c'était son ami,
21:27le cinéaste Veillard Gans
21:28qui m'a amené le chèque.
21:30Mais surtout,
21:31surtout,
21:31il m'a dit,
21:32écoute,
21:32ce que tu vas faire,
21:34tu vas rentrer dans la Cour d'honneur
21:35par un endroit un peu dérobé
21:37parce que le festival,
21:38évidemment,
21:38avait des services d'ordre
21:39et il ne voulait pas
21:40que des gens comme moi
21:41puissent troubler les spectacles,
21:42ce que je n'aurais pas fait,
21:43parce que moi,
21:43j'admirais tellement Veillard.
21:45Mais bon,
21:46il pouvait présupposer que
21:47il m'a fait rentrer clandestinement
21:49avec ma troupe
21:50que j'avais un peu étoffée,
21:51c'est-à-dire qu'on était,
21:52du coup,
21:52une trentaine de personnes,
21:53tous d'une moyenne d'âge
21:55de 20 ans,
21:56avec les cheveux presque
21:57jusqu'aux fesses
21:57et évidemment,
21:58toutes habillées en noir.
22:00Et je suis venu faire
22:01un discours au public
22:02par rapport à mon interdiction,
22:03demander leur solidarité
22:05et après,
22:05ce qu'on avait convenu
22:06avec Veillard,
22:07c'est qu'on s'effondrait
22:08sur la scène
22:09du Palais des Papes
22:09et que les danseurs de Veillard,
22:11la messe pour un temps présent,
22:13dansaient sur nos corps.
22:14C'est-à-dire que George Don,
22:15qui était effectivement
22:17le merveilleux danseur
22:19qu'on a connu avec Veillard,
22:20dansait sur nos corps.
22:21Et je peux vous dire
22:22que quand vous êtes couché
22:22sur le plateau de la cour
22:25et que ces bêtes,
22:27ils ont une puissance
22:28incroyable,
22:29retombent près de vous,
22:31vous vous tremblez
22:32de la tête aux pieds.
22:33C'était incroyable.
22:34Et aussi,
22:35je dis que je suis
22:36le seul Avignonnet
22:37avec Daniel Auteuil,
22:38mais qui lui a joué
22:39avec Jean-Pierre Vincent
22:39dans la cour d'honneur,
22:40à avoir joué
22:41dans la cour d'honneur.
22:41Parce que les Avignonnais
22:42et la cour d'honneur,
22:43ils n'y ont pas droit.
22:43Le public, oui.
22:44Et vous êtes devenu célèbre
22:46grâce à une pièce
22:46que personne n'a jouée.
22:48Personne n'a jouée,
22:49personne n'a connu,
22:50mais c'est une célébrité douloureuse.
22:52Parce que tout le monde
22:52me connaissait,
22:53mais en mal.
22:54Et Avignon,
22:55qui était une ville
22:56plutôt petite bourgeoise,
22:58tranquillou,
23:00j'étais le diable.
23:01J'étais le diable.
23:02Et il a fallu
23:02le courage
23:03d'un bourgeois avignonnais
23:04qui m'a loué
23:05la chapelle
23:06dans laquelle nous sommes toujours
23:07pour que le chêne noir
23:08puisse se développer.
23:09Eh bien,
23:09on va en parler justement
23:10avec une autre création
23:11et une date
23:12le 24 janvier 1989.
23:14A tout de suite
23:15sur Sud Radio
23:16avec Gérard Gélas.
23:17Sud Radio,
23:18les clés d'une vie.
23:19Jacques Pessis.
23:20Sud Radio,
23:20les clés d'une vie.
23:21mon invité Gérard Gélas
23:23qui dirige
23:24le théâtre du chêne noir
23:25à Avignon.
23:26Ou qui dirigeait.
23:27Oui, qui dirigeait.
23:27Vous êtes quand même
23:28un petit peu
23:28avec votre fils aujourd'hui.
23:29On va en parler.
23:31Et puis,
23:31on parlera du festival d'Avignon.
23:32On en revient
23:33à votre parcours.
23:34On a vu vos débuts difficiles
23:35avec une pièce
23:37qui n'a jamais été jouée.
23:38Et puis,
23:38une autre création
23:39qui a fait du bruit.
23:40Le 24 janvier 1989,
23:43Mara Sade,
23:44que vous avez mis en scène
23:46et qui se déroule
23:47dans un hospice
23:47à Charenton au départ.
23:49Oui, oui.
23:49J'ai fait ça
23:50à l'Opéra d'Avignon.
23:51C'était pour les cérémonies
23:52du bicentenaire
23:53de la Révolution française.
23:55Et j'ai monté
23:56ce Mara Sade
23:57de Peter Weiss,
23:57effectivement,
23:58avec Pierre Clémenti
23:59dans le rôle
23:59de titre de Mara.
24:01Le grand Pierre Clémenti,
24:02mais aussi l'insensé
24:04et l'ingérable
24:04Pierre Clémenti.
24:05Oui.
24:06Et c'est vrai
24:06que c'est une pièce
24:07tout à fait particulière
24:08puisque ça évoque
24:09le temps
24:10où le marquis de Sade
24:11se retrouve en prison
24:12et rencontre Mara.
24:14Absolument.
24:15Le marquis de Sade
24:15était un Vauclisien,
24:17n'est-ce pas ?
24:18Ces deux châteaux
24:19existent toujours,
24:21l'un à Lourmarin
24:22et l'autre.
24:23Et c'est Pierre Cardin
24:24d'ailleurs
24:25qui a sauvé
24:26le château
24:28du marquis de Sade.
24:29Complètement.
24:30Et voilà,
24:31donc moi,
24:32j'avais lu Sade,
24:34bien sûr,
24:35bien sûr,
24:36et je vais dire
24:39que c'est pas
24:40la personnalité
24:41de Sade
24:42dans Mara Sade
24:42qui est importante
24:43mais le fait
24:44que ce soit Sade
24:45qui soit au centre
24:46de l'aventure
24:46m'a amené
24:47sur la pièce,
24:47c'est sûr.
24:48Après,
24:48en la travaillant,
24:49je me suis aperçu
24:50effectivement
24:50qu'elle allait
24:51beaucoup plus loin
24:51parce que c'est
24:52une réflexion
24:53à partir de la psychiatrie
24:54sur la folie
24:57des idéaux révolutionnaires.
25:01Et Clémenti
25:01me l'a bien prouvé
25:02puisqu'il était
25:03tellement défoncé
25:04un soir
25:04qu'il s'est mis
25:05à ranguer
25:05le public
25:07de l'opéra
25:07en disant
25:09venez avec moi,
25:10on va aller prendre
25:10le palais des papes.
25:11Le palais des papes
25:12c'était pas la Bastille,
25:13il n'y a plus rien à prendre
25:14et on était
25:14dans la folie totale.
25:16Et c'est vrai que Clémenti
25:16malheureusement
25:17n'a pas survécu
25:18longtemps
25:18à cette folie.
25:19Il se trouve que
25:20Peter Weiss,
25:20l'auteur
25:21a une particularité,
25:22il a assisté
25:23au procès
25:24du camp d'extermination
25:26d'Auschwitz,
25:27du procès de Francfort
25:28et il a tiré
25:29une pièce,
25:30l'instruction
25:30où pour la première fois
25:31au théâtre
25:32on a raconté
25:33ce qu'il se passait
25:34dans les camps
25:34de concentration.
25:35Cette pièce
25:36a été jouée à Paris
25:37d'ailleurs
25:38avec grand succès.
25:39Il se trouve aussi
25:40que si vous mettez
25:42en scène cette pièce
25:42c'est qu'il y a
25:44un musicien
25:44qui a fait la musique
25:46et qui vous est cher.
25:47Avec le temps
25:51Avec le temps va
25:53Chanson de Léo Ferré
25:54qui a relancé
25:55la carrière de Dalida
25:56lorsqu'elle est revenue
25:59de Freud
26:00et qui a fait
26:01la nouvelle Dalida
26:02et Léo Ferré
26:04c'est quelqu'un
26:04un anarchiste aussi
26:06que vous avez bien connu.
26:07C'était mon ami
26:08Il y avait
26:09une grande différence d'âge
26:10Je l'ai rencontré
26:12à la suite
26:13d'un énorme malentendu
26:14parce qu'il donnait
26:16un concert
26:16je ne sais pas pourquoi
26:17d'ailleurs
26:17à la maison des jeunes
26:18d'Avignon
26:19en banlieue
26:19maison qui est rasée
26:20aujourd'hui
26:21et il a passé son concert
26:23à engueuler
26:24son régisseur son
26:25qui était en coulisses
26:27derrière le rideau
26:28qui donc
26:28ne pouvait pas travailler
26:29et moi j'aimais tellement
26:31Léo
26:31que je n'ai pas réfléchi
26:32après le concert
26:32j'ai foncé dans sa loge
26:34et il l'a engueulé
26:34et quand on est ferré
26:36on ne peut pas se permettre
26:36de vous foutre en l'air
26:37comme ça
26:38votre univers
26:38vos chansons
26:39vos musiques
26:40vos paroles
26:41et il n'avait pas
26:42l'habitude de ça
26:43Léo
26:43et il s'est retourné
26:44vers Richard Marsan
26:45qui était le type
26:47d'un barclé
26:47qui le suivait partout
26:49et il a dit
26:50et bien j'ai dit aussi
26:51il m'a dit
26:51mais qu'est-ce que vous faites
26:52j'ai dit
26:52mais j'ai un théâtre
26:53on vient de prendre
26:53le chêne noir
26:54on a pas d'argent
26:56mais on a un énorme sono
26:57on a toujours eu
26:58des gros sonos chêne
26:59parce qu'on vient de la musique
27:00en fait
27:00et donc le peu d'argent
27:01qu'on gagnait
27:02on investissait
27:02dans les sono
27:03je dis nous
27:03on va vous faire
27:04un son incroyable
27:05si vous venez chez nous
27:05etc
27:06par contre pas d'argent
27:07on n'en a pas
27:08mais on vous donnera
27:08toute la recette
27:09il a dit ok
27:11et je passe les épisodes
27:12parce que Richard Marsan
27:13bien sûr
27:13et Barclé ont tout fait
27:14pour qu'il ne vienne pas
27:15au chêne noir
27:15puisqu'il n'y avait pas de contrat
27:16mais il est venu
27:17il est venu
27:18et à partir de là
27:19une amitié incroyable
27:20c'est scellé
27:20et il m'a offert des musiques
27:21pour Marassane
27:22de Peter Weiss
27:24mais aussi pour d'autres oeuvres
27:25qu'il a enregistré
27:26à l'orchestre symphonique de Milan
27:29il m'a offert
27:29il m'a aussi dédicacé
27:31un de mes livres
27:32une des pièces que je préfère
27:33qui s'appelle La Barque
27:34et il me l'a dédicacé
27:36au nom de Diablas
27:37parce qu'il m'appelait Diablas
27:38pourquoi ?
27:38parce que je lui tenais tête
27:39et que je l'embêtais
27:40et il se trouve qu'il a vraiment
27:42découvert la musique
27:43parce qu'à Monaco
27:44où il résidait enfant
27:45il assiste un jour
27:46à la répétition d'un concert
27:48dirigé par un certain
27:49Maurice Ravel
27:49et c'est comme ça
27:50qu'il a découvert la musique
27:51et eu envie de faire ce métier
27:53alors le théâtre du chêne noir
27:54au départ c'est une aventure
27:56qui est née
27:56parce que vous aviez envie
27:58d'aller plus loin
27:59et le chêne noir
28:00il y avait le quartier
28:01de votre enfance
28:03qui était le chêne vert
28:04c'est exactement ça
28:05mes premières répétitions
28:06en fait je les ai données
28:07dans la cour de ma grand-mère
28:09au chêne vert
28:09vous aviez envie
28:10d'avoir un théâtre de toute façon
28:11non
28:12une compagnie
28:14non
28:15je ne réfléchissais pas comme ça
28:19je faisais des trucs
28:22c'était un peu l'esprit aussi
28:2468 quand même
28:24mais je faisais des trucs
28:26vous savez
28:27alors je sais bien
28:28que les hirondelles
28:28et les martinets
28:29ont un plan de route
28:30qui fait qu'ils savent
28:31d'où ils partent
28:32et où ils vont
28:33moi j'avais
28:36la légèreté des martinets
28:37mais je ne savais pas
28:38où j'allais
28:39et je ne cherchais pas
28:40le savoir
28:40je faisais
28:41je faisais
28:42je faisais des musiques
28:43j'écrivais des poèmes
28:44des pièces
28:46des jeunes gens
28:47croyaient en moi
28:48et du coup
28:48étaient avec moi
28:49j'en faisais des acteurs
28:50puisque les premières années
28:52il n'y avait aucun acteur
28:53qui n'avait aucune formation
28:54personne n'avait jamais joué
28:55avant d'être avec moi
28:56à part la musique
28:57où c'était tous des musiciens
28:59donc tout part du chêne vert
29:00de votre grand-mère
29:01oui tout
29:01du jardin
29:02comme ça
29:03avec un scandale
29:04chez les voisins
29:04parce qu'il y avait
29:05une de mes pièces
29:05où un des personnages
29:07hurlait
29:07mon amour
29:08mon amour
29:08etc.
29:09en hurlant
29:10comme un loup
29:12affolé
29:13et les gens
29:14débarquaient
29:14en disant
29:14à ma grand-mère
29:15ils se battent
29:15chez toi
29:16qu'est-ce qui se passe
29:16etc.
29:17le malentendu total
29:18mais là
29:19je ne veux pas pontifier
29:20mais est-ce que le théâtre
29:21ce n'est pas un malentendu
29:22par rapport au réel
29:23c'est une longue discussion
29:25donc vous commencez
29:26et vous dites
29:26le chêne noir
29:27ça va donner
29:27le chêne vert
29:28ça va donner
29:28le chêne noir
29:29ouais
29:29parce qu'à l'époque
29:30mais pour deux raisons
29:32parce que d'abord
29:32j'étais anarchiste
29:34aujourd'hui
29:35je ne le suis plus
29:35sauf l'idéal
29:38l'utopie
29:38ça oui
29:39mais les formes
29:40non non non
29:42par contre
29:44donc noir
29:45par rapport au drapeau noir
29:46des anarches
29:47mais aussi surtout
29:48par rapport à Antoine Arthaud
29:49et force noire du théâtre
29:50dont parle ce merveilleux
29:52poète théoricien
29:55et victime quand même
29:57du système
29:58à l'époque psychiatrique
29:59oui
30:00Antoine Arthaud
30:00a donné une de ses dernières
30:02conférences
30:02aux têtes de Vieux Colombier
30:04devant un auditoire
30:05il y avait un jeune comédien
30:06qui a été fasciné par Arthaud
30:08en disant
30:08mais je vais aller dans l'absurde
30:09c'était Raymond De Vos
30:10oui
30:11c'est comme ça
30:11que ça a débuté
30:12pour De Vos
30:12c'est exact
30:13et j'ajouterai
30:14mais avec beaucoup de modestie
30:16et d'humilité
30:16que j'ai monté
30:18ce texte
30:19je l'ai fait au théâtre
30:20avec un de mes acteurs favoris
30:22bien entendu inconnu
30:23mais merveilleux
30:24pour tous ceux
30:25qui le voient jouer
30:25avec moi ou avec d'autres
30:26qui s'appelle Damien Rémy
30:28et j'ai monté
30:29la conférence
30:30du Colombier
30:31qu'Arthaud n'a pas prononcé
30:34et il m'arrivait
30:35un truc incroyable
30:35il m'arrive beaucoup
30:36de trucs incroyables
30:37je pense que j'ai du
30:38la chance finalement
30:40parce que
30:41que cette insouciance
30:42est réussie
30:42il faut avoir du bol
30:44c'était que
30:45tout simplement
30:47il y a
30:48je monte la pièce
30:50et je ne sais pas pourquoi
30:51je suis tellement proche d'Arthaud
30:52que j'oublie
30:52de demander les droits
30:54je fais une télé
30:55qui annonce le spectacle
30:57et il se trouve
30:58que l'oncle d'Arthaud
31:02le neveu pardon d'Arthaud
31:05voit l'émission
31:06et appelle le chêne noir
31:07il dit
31:08c'est un scandale
31:08vous montez
31:09la conférence du vieux Colombier
31:11vous m'avez demandé
31:12les droits
31:13non
31:14c'était piteux quoi
31:15et là je lui dis
31:16mais vous savez
31:16votre oncle
31:17c'est tellement important
31:18pour moi
31:18c'est vrai que j'ai oublié
31:20etc
31:20et donc
31:21je lui dis
31:22écoutez
31:22lisez au moins
31:23l'adaptation que j'ai faite
31:24parce que j'ai fait
31:25une adaptation
31:25et puis
31:26vous me direz
31:27bon j'envoie vite
31:28l'adaptation
31:29il la reçoit
31:30et quelques temps après
31:30il me téléphone
31:32il me dit je veux vous voir
31:33je veux le voir
31:34il habitait à Monaco
31:35je veux le voir
31:36et il me dit
31:37écoutez vous avez tous les droits
31:38vous faites tout ce que vous voulez
31:39avec l'oeuvre de mon oncle
31:40j'ai dit mais pourquoi
31:41il me dit parce que
31:42l'oeuvre de mon oncle
31:43comme vous le savez ou pas
31:44a été trafiquée
31:45par la personne
31:46qui a piqué tous les documents
31:47le jour de sa mort
31:48dans le bureau
31:49et qui aime tellement
31:51mon oncle
31:52qu'elle réécrit aussi
31:53certaines choses
31:54et moi j'ai les deux versions
31:55la version d'elle
31:56et la version originale
31:57de mon oncle
31:57et vous avez coupé
31:59tout ce qu'elle a ajouté
32:01incroyable
32:01il m'a dit
32:02vous avez tous les droits
32:03c'est comme ça que ça s'est fait
32:04j'étais chez moi
32:04chez Arthaud
32:05alors il y a aussi
32:06des pièces que vous avez écrites
32:07je crois que la première
32:08c'est Radio Mon Amour
32:09qui était l'évocation
32:11d'une jeune femme
32:12qui tombe amoureuse
32:13d'un présentateur radio
32:14vous savez qu'à l'époque
32:14la radio c'est très important
32:16l'histoire de qui tout double
32:17où il y a 32 millions en jeu
32:18il y a 17 millions d'auditeurs
32:20c'est ça
32:21et il y avait cette espèce
32:22de fantasme quand même
32:23de la femme ou de l'homme
32:25seul dans son HLM
32:27dans son petit appart
32:28avec ce personnage
32:30qui lui parle
32:30dont elle croit
32:31qu'il lui parle
32:33un grand séducteur
32:35le contraire de votre Brigitte Laé
32:37qui elle donne de bons conseils
32:39mais lui
32:41c'est un baratineur
32:42et elle va tomber
32:44folle amoureuse de lui
32:45et il sort pas du poste
32:46on appelait ça le poste
32:47à l'époque
32:47un poste
32:48c'est à dire
32:49voilà
32:50il sort du poste
32:51et il va
32:52il va
32:52il va
32:53il va faire des choses
32:54épouvantables
32:55sur cette femme
32:56et je crois que cette pièce
32:57où vous êtes plagié vous même
32:58en la réécrivant
32:59quelques années plus tard
33:00oui
33:00pas avec succès
33:01voilà
33:01en revanche j'ai découvert
33:02j'ai découvert une chanson
33:03qui s'appelle
33:04Radio Mon Amour
33:05un certain JLB
33:13qui a fait en 1982
33:15une chanson qui s'appelle
33:15Radio Mon Amour
33:17bah écoutez
33:18voilà
33:19je trouve que ce théâtre
33:20du Chêne Noire
33:21ça a été une aventure
33:22parce qu'au départ
33:23vous êtes dans des petits lieux
33:24puis vous trouvez le lieu idéal
33:26en 1971
33:26et là ça change votre vie
33:28oui parce que
33:29parce que
33:30le souci du public
33:31c'est à dire que
33:32bien sûr que je pourrais être
33:33un artiste
33:33les mains dans les poches
33:35et aller
33:36pas avec son talent
33:37mais aller comme Rimbaud
33:38si vous voulez
33:38bon voilà
33:40mais non
33:40moi je suis quelqu'un
33:41qui aime aussi construire
33:43voilà
33:44et surtout chercher le rapport
33:46avec tous ceux
33:46qui vont pas au théâtre
33:47et donc
33:48un lieu
33:49c'est indispensable pour ça
33:51ça permet d'accueillir
33:52ça peut créer d'abord
33:53mais ça permet d'accueillir
33:54ça permet de
33:56de faire venir des gens
33:57qui vont pas au théâtre
33:58tout ça c'est Villard
33:58qui me l'a appris
33:59et mes origines sociales aussi
34:01mais donc
34:02le lieu
34:03effectivement
34:04a changé ma vie
34:06en bien
34:07et un petit peu en mal aussi
34:09parce que du coup
34:09l'artiste
34:11elle est main dans les poches
34:12et qui sifflotte
34:13se retrouve à être
34:14un chef d'entreprise aussi
34:15avec tous les problèmes
34:17financiers
34:17avec le rapport
34:18aux politiques
34:19quel plaisir
34:20n'est-ce pas
34:23oui
34:23oui oui
34:24bon
34:24mais résultat
34:26en 50 ans
34:27vous avez monté
34:27des pièces
34:28avec des acteurs
34:29les plus connus
34:29qui soient sur la place de Paris
34:31et qui sont tous venus
34:32chez vous
34:32oui c'est vrai
34:34c'est vrai
34:35mais j'ai fait des conneries aussi
34:37vous savez
34:38bien sûr
34:38vous vous savez qui c'est
34:39mais
34:40nos auditeurs
34:41peut-être non
34:42mais Delphine Serig
34:43une des plus grandes comédiennes
34:44de notre pays
34:45enfin extraordinaire
34:46et j'ai ri
34:47de René
34:48etc
34:49vient me voir
34:50et me dit
34:51je veux rentrer
34:51aux chênes noires
34:52et je l'ai envoyé
34:52chez eux
34:53pourquoi
34:53parce que je disais
34:54vous êtes une
34:55j'ai dit
34:55non mais c'est épouvantable
34:57j'ai dit
34:57vous êtes une mercenaire
34:58moi je voulais
34:59les groupes
34:59les équipes
35:00comme les Rolling Stones
35:01vous voyez
35:01c'est-à-dire un groupe
35:02mais fermé
35:03fermé sur nous
35:04et on pressait
35:05on pressait
35:06de là sortir les oeuvres
35:07et on pensait
35:08que c'était la seule méthode
35:09erreur énorme
35:10et je l'ai envoyé
35:11dans les cordes
35:13Francine Berger
35:13pareil
35:14un jour je fais une émission
35:15à la maison de la radio
35:16il y a Francine Berger
35:18qui est juste avant moi
35:19pour une autre émission
35:20elle vient vers moi
35:21elle me dit
35:21je pourrais vous parler
35:22monsieur etc
35:22je ne l'avais jamais rencontré
35:24elle m'avait écrit
35:24et je lui avais répondu
35:25par lettre
35:25pas de mercenaire
35:28j'ai dit
35:28oui madame
35:29monsieur
35:29elle m'a dit
35:30vous vous rendez compte
35:30de ce que vous m'avez écrit
35:31je vous ai demandé
35:32de pouvoir faire un spectacle
35:34avec vous
35:34elle m'avait répondu
35:35non jamais je ne travaillerai
35:36avec les mercenaires
35:36avec ces bourgeois pourris
35:37et tout
35:38waouh
35:38c'était une des plus grandes
35:39comédiennes elle aussi
35:40du moment
35:41non des bêtises
35:44mais en même temps
35:44le théâtre a marché
35:45depuis 50 ans
35:46et ça a fonctionné
35:46oui
35:47on a pas fait que des bêtises
35:48oui
35:48et c'est vrai qu'en plus
35:50c'est une légende à Avignon
35:52aujourd'hui
35:52le Chêne Noire
35:53il paraît oui
35:54et puis il y a même un spectacle
35:55vous avez monté un spectacle
35:56avec des chinois
35:57ah oui c'est vrai
35:58oui à Shanghai
35:59oui
36:00à Shanghai
36:01le prochain spectacle
36:02je vous invite
36:02et vous venez avec moi
36:03en Chine
36:04oui oui
36:05j'ai monté
36:06j'ai été contacté
36:07par une délégation chinoise
36:09de la Shanghai Théâtre Académie
36:10qui est le plus grand théâtre
36:12avec le thème national
36:13de Pékin
36:14en Chine
36:15et aussi une grande maison
36:16de formation d'acteurs
36:17musiciens aussi
36:19enfin tout
36:19et à la chinoise
36:21c'est colossal
36:21et ils ont envoyé
36:22une délégation
36:23Festival of Davignon
36:24pour trouver un metteur en scène
36:25l'inviter
36:26et qui travaille
36:27sur une pièce chinoise
36:28et ils ont choisi
36:29votre serviteur
36:30j'étais pas trop chaud
36:32au début
36:32sauf que
36:33Julien mon fils
36:34qui est désormais
36:35le directeur du thème
36:36du chien noir
36:36et docteur en chinois
36:38évidemment
36:38il a une grande culture
36:40chinoise
36:40et qui m'a fortement
36:41encouragé
36:42à accepter
36:43donc je suis allé
36:43à Shanghai
36:45là on m'a proposé
36:48plusieurs textes
36:48et je leur ai dit
36:50contemporain
36:50chinois
36:51je trouvais pas terrible
36:52et j'ai dit
36:53je préférais travailler
36:53sur un texte du répertoire
36:54s'il vous plaît
36:55etc.
36:55et là ils m'ont donné
36:56une pièce du 13ème siècle
36:58si science
36:58que j'ai adapté
37:01c'était 400 pages
37:03j'en ai fait 40
37:04quoi voilà
37:04et j'ai monté
37:05avec une équipe chinoise
37:07donc ce
37:08ce merveilleux
37:09si science
37:10qui a été pour moi
37:11une très très très belle expérience
37:13et d'ailleurs
37:13on a toujours
37:14surtout Julien d'ailleurs
37:15des liens assez forts
37:17avec la Chine
37:17qu'on a un peu négligé
37:19ces derniers temps
37:19pour des tas de raisons
37:20mais les chinois
37:22voulaient qu'on ait
37:23un théâtre à Pékin
37:23par exemple
37:26je dis pas
37:26que ça se fera pas
37:28et mon fils
37:29qui est aussi
37:30un pianiste
37:31compositeur
37:32fait des tournées
37:33en Chine
37:33avec son piano
37:34qui remplissent
37:35les grandes salles
37:35et bien votre fils
37:36justement
37:37il est à la tête
37:38aujourd'hui
37:38de ce théâtre d'Avignon
37:40qu'on va évoquer
37:41à travers la date
37:41du 4 juillet 2026
37:43à tout de suite
37:44sur Sud Radio
37:44avec Gérard Gellas
37:45Sud Radio
37:47les clés d'une vie
37:47Jacques Pessis
37:48Sud Radio
37:49les clés d'une vie
37:50mon invité
37:50Gérard Gellas
37:51on a vu votre parcours
37:53entre Avignon
37:55le théâtre du Chêne Noir
37:56et même la Chine
37:57et 4 juillet 2026
37:59donc le festival d'Avignon
38:00le jour J
38:01plusieurs spectacles par jour
38:02et le théâtre du Chêne Noir
38:04n'échappe pas à cette règle
38:05car vous continuez
38:06à proposer à Avignon
38:07plusieurs spectacles par jour
38:08c'est la seule façon
38:09de vivre et de survivre
38:10oui
38:10mais avec quand même
38:12une condition
38:13c'est que
38:14on ne loue pas les salles
38:15on n'est pas
38:16des locaux
38:17on ne fait pas de location
38:18on prend les risques
38:20avec les artistes
38:21que nous invitons chez nous
38:22on fait un partage de recettes
38:23si ça marche pour l'artiste
38:25ça marche pour le Chêne Noir
38:26et si ça ne marche pas
38:27pour l'artiste
38:27ça ne marche pas pour nous
38:28voilà
38:29mais bien sûr
38:30qu'il y a beaucoup de spectacles
38:32on devrait avoir
38:33une autre salle
38:33parce qu'il y a vraiment
38:34des spectacles
38:35qu'on aime
38:36qu'on a envie de promouvoir
38:37ils sont plus nombreux
38:38que ceux qu'on montre
38:39alors parmi les spectacles
38:40qui sont proposés
38:41du 4 au 25 juillet
38:42il y a une adaptation
38:43de Zadig
38:44le conte philosophique
38:45de Voltaire
38:45que vous avez assumé
38:47oui
38:48effectivement
38:49j'ai réécrit
38:50même
38:50alors je vous avoue
38:52qu'après mes études
38:54philosophiques
38:55de jeunesse
38:56j'avais laissé tomber
38:57Voltaire
38:57tout en ayant
38:58bien sûr
38:59plus qu'un souvenir
38:59et au moment du Bataclan
39:01je suis revenu à Voltaire
39:03pour des raisons
39:04qui je pense que
39:06le massacre du Bataclan
39:08et l'intolérance religieuse
39:09qui avaient provoqué
39:10le massacre
39:11m'ont ramené à Voltaire
39:13j'ai écrit une pièce
39:15à l'époque
39:15à partir de ça
39:16que toute la compagnie
39:18du Chêne-Noir
39:18m'a dissuadé de montrer
39:19donc je l'ai rangé
39:20parce que trop dangereuse
39:23voilà
39:23et Voltaire a continué
39:26à me visiter
39:28donc il y a quelque temps
39:33aussi effaré
39:36toujours cette intolérance
39:38qui règne
39:38et pas que dans la religion
39:40et pas que dans l'islam
39:41pour être clair
39:43j'ai décidé
39:44de revenir
39:45à Voltaire
39:46directement
39:46Zadig
39:47et j'ai réécrit
39:48entièrement Zadig
39:49mais dans la langue
39:50du 18ème
39:50la langue de Voltaire
39:51sans ajouter de scène
39:53par rapport
39:54au roman lui-même
39:56et ça donne
39:57effectivement
39:57c'est incroyable
39:59c'est une grande moquerie
40:00sur toutes les intolérances
40:02et aussi une belle histoire
40:02d'amour
40:03et un sujet toujours
40:04d'actualité
40:05il y a 35 personnages
40:07dans le roman
40:07vous avez 4 comédiens
40:08sur scène
40:094 comédiens
40:09mais qui sont formidables
40:10et une très très très équipe
40:12sans laquelle
40:12je n'aurais pas pu faire
40:13ce spectacle
40:14mais là aussi
40:15transformer une pièce
40:16avec 35 personnages
40:17en 4 comédiens
40:18c'est pas évident
40:19Gérard Gellas
40:20je l'avais fait
40:20à Émirail
40:20de Mistral
40:21où les 40 ou 50 personnages
40:23ont été joués
40:24par 2 comédiens
40:24oui mais bon
40:26vous savez
40:26ça doit être grâce aux études
40:27on a un petit peu
40:28l'esprit de synthèse
40:29alors il se trouve
40:30qu'aujourd'hui
40:31ce théâtre
40:31vous le dirigez
40:32avec Julien
40:33votre fils
40:34parce que vous ne vouliez pas
40:35qu'il tombe
40:36dans de mauvaises mains
40:37oui oui
40:37je ne dirige plus
40:38c'est lui
40:39vraiment
40:39moi j'accompagne
40:41je peux donner des conseils
40:42s'il m'en demande
40:43mais c'est lui
40:44le directeur du Chêne Noir
40:45aujourd'hui
40:46oui je ne voulais pas
40:47qu'il tombe
40:47oui c'est vrai
40:48je suis insouciant
40:49par rapport à ça
40:49j'ai jamais réfléchi
40:51qu'est-ce qui se passerait
40:53une fois que j'arrêterai
40:57et Julien
40:57qui vivait en Chine
41:00m'a dit
41:00écoute papa
41:01j'en avais marre
41:02non pas de la mise en scène
41:03c'est ma vie
41:04j'adore ça
41:05et je suis plutôt en forme
41:06quoi je crois
41:07mais la direction
41:09franchement
41:09et ce dont j'ai esquissé
41:11tout à l'heure
41:11le rapport aux politiques
41:12la recherche de l'argent
41:13la gestion des gens
41:14etc
41:14j'en avais marre
41:15et lui il a repris
41:16parce qu'il a vu
41:17que j'allais arrêter
41:18et qu'à la limite
41:18il n'y aurait plus rien
41:19là
41:19ce serait devenu une pizzeria
41:21ou j'en sais rien moi
41:22vous voyez
41:22et donc il a repris
41:24il a repris le théâtre
41:24effectivement sinon
41:25il n'y avait plus rien
41:26alors il se trouve aussi
41:27que ce théâtre
41:29fonctionne
41:30une partie de l'année
41:31il n'y a pas qu'Avignon
41:32toute l'année
41:33toute l'année
41:36je sais mais même à Avignon
41:37des fois plus aujourd'hui
41:38mais je me rappelle
41:39aller au hall d'Avignon
41:41et un commerçant
41:42m'interpellant
41:42me disait
41:43alors qu'est-ce que vous faites
41:43en dehors du festival
41:45ça ça fait mal
41:46mais bon
41:47là plus aujourd'hui
41:48non on a une saison d'hiver
41:49qui est très importante
41:51et d'ailleurs
41:51la prochaine pièce
41:52c'est une pièce
41:53que Julien a écrite
41:55Sauvons l'humanité
41:56qui est une comédie
41:57à mourir de rien
41:59je vais la créer
42:00en novembre prochain
42:01donc l'hiver
42:02à Avignon
42:03oui d'ailleurs
42:03Zadig a été créé
42:04en janvier dernier
42:05oui à Avignon aussi
42:06absolument
42:07et en prise
42:07avec le public avignonnet
42:09qui est de plus en plus nombreux
42:10ça c'est vrai
42:12qu'on a autant de public
42:13l'hiver nous
42:13que l'été
42:14mais il y a quand même
42:151700 spectacles
42:16à Avignon cette année
42:16c'est pas un peu trop ?
42:18je n'ai pas d'avis là-dessus
42:19j'ai lâché
42:20vous voyez ce que je veux dire
42:21parce que
42:22bon il y a des pépites
42:23vous voyez
42:24alors bon voilà
42:25on est un peu comme
42:26les orpailleurs
42:27c'est-à-dire qu'on creuse
42:28on creuse pendant des heures
42:29pour trouver une toute petite pépite
42:31mais il y en a
42:32il y a une époque
42:33où j'étais très critique
42:34vis-à-vis de tout ça
42:35mais aujourd'hui
42:36étant donné le rétrécissement
42:37je trouve de la société
42:39le fait que les gens
42:40passent leur temps
42:40sur les réseaux sociaux
42:42et sur les iPhones
42:42etc
42:43la stupidité
42:44selon moi
42:45ambiante
42:46qui quand même
42:46est très présente
42:48la bêtise quoi
42:49alors du coup
42:51je vois d'un meilleur oeil
42:53ce déploiement
42:53insensé
42:54de ces 1700 spectacles
42:55je me dis
42:56ben voilà
42:57c'est un endroit
42:58où au fond
42:59pendant trois semaines
43:00les gens vivent
43:02s'amusent
43:02réfléchissent
43:04pleurent
43:04par et avec le théâtre
43:06c'est formidable quoi
43:07et tant pis
43:08s'il y a eu les marchands
43:09parce qu'alors
43:11c'est vraiment
43:12entre l'avignonné
43:13qui loue sa chambre
43:14à des prix prohibitifs
43:15et le type
43:16qui loue
43:17un théâtre de 40 places
43:19à 12 000 euros
43:19les deux heures
43:20effectivement
43:21il y a des marchands
43:22qui se sont installés
43:22devant le temple
43:23mais ça c'est pas nouveau
43:24mais vous avez connu
43:26Gérard Gellas
43:27le temps
43:28où le off
43:29naissait
43:29oui
43:29c'est né comment tout ça
43:31ben c'est né
43:32un peu
43:33à travers
43:34André Benedetto
43:35qui m'a précédé
43:36mais quand je voulais
43:37faire enrager
43:37André Benedetto
43:38puisque lui
43:39il avait un théâtre
43:39un vrai théâtre
43:40quoi place des carnes
43:42moi j'adorais
43:42ce qu'il faisait
43:43j'étais un de ses spectateurs
43:44quand je voulais
43:45le faire enrager
43:46c'était pas difficile
43:47il était assez éruptif
43:48je lui disais
43:49c'est pas toi
43:49qui as créé l'off
43:50c'est moi
43:50c'est pas vrai
43:51c'est lui
43:51mais j'ai dit
43:52parce que toi
43:52tu étais dans un vrai théâtre
43:53moi j'étais dans un bar
43:54et c'est vrai
43:55mon premier spectacle
43:56était dans un bar
43:58voilà
43:58donc
43:59mais bon
44:00le off
44:01c'est né comment
44:01alors finalement
44:03écoutez
44:04je vais être très
44:05je suis pas un bouffon
44:06donc
44:07mais je vous dis la vérité
44:09je pense à travers mon succès
44:10très franchement
44:11le slogan de Sud Radio
44:12il parle en vrai
44:12donc disons la vérité
44:13voilà
44:14écoutez franchement
44:15à travers mon succès
44:15parce que
44:16dès 69
44:17j'ai un succès énorme
44:20une productrice
44:20qui était une grande comédienne
44:22comique
44:22que Marthe Mercadier
44:23me prend sous son aile
44:24et me donne beaucoup d'argent
44:26André Ginzburger
44:27qui était le tourneur
44:29le plus éclairé
44:30de notre pays
44:31à l'époque
44:31qui était le tourneur
44:32de Jean-Marie Pat
44:33du Living Theater
44:35de tous ces grands-là
44:36du Magic Circus
44:37de Jérôme Savary
44:38etc
44:38me prend sous son aile
44:39et me fait tourner
44:40dans toute l'Europe
44:41donc en trois mois
44:43je deviens un mec à la mode
44:45après ça s'est arrêté
44:46dix ans plus tard
44:47mais je deviens un mec à la mode
44:48et ça a donné des idées
44:50où les gens se sont dit
44:51ce type inconnu
44:52qui en plus avait été interdit
44:53l'année d'avant
44:54dont personne ne voulait
44:56finalement qu'ils se retrouvent
44:57dans la vitrine
44:58et pourquoi pas moi
44:58donc l'année d'avant
45:00en 70
45:00il arrive 10, 12, 15 compagnies
45:02puis 20, puis 30
45:03et puis...
45:04Mais vous imaginez
45:05qu'il y aurait aujourd'hui
45:05mit 700 ?
45:06Non, non, non, non
45:08je n'aurais pas imaginé
45:08en même temps
45:09regardez
45:10c'est quand même
45:10c'est à la fois
45:11une grande fête
45:12mais c'est aussi
45:12l'expression quand même
45:14d'une grande misère
45:15oui parce que
45:16si les compagnies
45:17étaient vues
45:19puissent parler
45:19être entendues
45:20à trouver un public
45:21avoir la confiance
45:22de leur politique
45:23dans les territoires
45:24où ils sont
45:25il y en a qui ne viendraient pas
45:26à Avignon
45:27il y en a beaucoup
45:28qui viennent à Avignon
45:29pour de bonnes raisons
45:30c'est-à-dire tout simplement
45:31continuer à répandre
45:33leur art
45:34mais il y en a beaucoup aussi
45:35qui viennent en désespoir de cause
45:36parce que s'ils ne sont pas
45:37un petit peu reconnus à Avignon
45:39ils n'existent pas
45:40et combien qu'ils se ruinent
45:41en espérant avoir un article
45:44voilà
45:44et puis à Avignon
45:45on peut être repéré
45:46par des producteurs
45:47et c'est le bouche à oreille
45:48qui fonctionne
45:49oui c'est ça
45:49donc ça c'est une chance
45:51et ça c'est à cultiver
45:52et pas à délaisser
45:53et après il y a tout le reste
45:55il y a les combien
45:55qui partent d'Avignon
45:56endettés
45:58franchement
45:59mais ça c'est le jeu humain
46:00partout de toute façon
46:01voilà
46:02j'étais un peu long à le comprendre
46:03mais aujourd'hui je...
46:04c'est clair
46:05en même temps
46:05il y a des spectacles incroyables
46:06qui montaient à Avignon
46:07moi je me souviens du Mahat Baratta
46:099 heures de spectacle
46:10vous avez connu ce spectacle ?
46:11je l'ai vu
46:11je l'ai vu
46:12bien sûr
46:12c'était extraordinaire
46:13mais là on parle de Peter Brook
46:14quand même
46:15voilà
46:16c'est un des plus grands
46:17un des plus grands
46:18et c'était l'oeil
46:19c'était l'oeil
46:19mais c'était l'époque
46:20où l'oeil était encore accessible
46:22c'est-à-dire ?
46:23c'est-à-dire qu'aujourd'hui
46:24c'est devenu pour moi
46:25un petit truc
46:26intra-parisien
46:27à la mode
46:28d'un petit cercle
46:29où tout le monde s'emmerde
46:30et personne n'ose le dire
46:32et effectivement
46:34nous parlons vrai
46:34à Sud Radio
46:35et vous aussi
46:36alors il se trouve
46:36il y a quand même
46:37dans votre programmation
46:38des classiques
46:38il y a Molière
46:39il y a Hannou
46:40il y a Shakespeare
46:40Jari
46:40pour vous c'est indispensable ?
46:42oui
46:42oui parce que
46:44le théâtre c'est une histoire
46:46et qu'en plus
46:47on s'aperçoit
46:47quand on regardait les Grecs
46:49franchement
46:50bien sûr
46:51Andréa Bescon
46:52reprend Antigone
46:52par exemple
46:54Andréa
46:54pourquoi elle va sur Antigone ?
46:56parce que
46:56ce qui a été écrit
46:58est fondamental
46:58et que
46:59alors pour Antigone
47:00malheureusement
47:01ça ne change pas
47:01ça ne change pas
47:02si on veut s'amuser
47:03c'est sûrement pas
47:04ce qu'elle a fait
47:05je n'ai pas vu le spectacle encore
47:06mais
47:07donc je ne sais pas
47:08ce qu'elle a fait
47:09mais
47:09si je faisais Antigone
47:10moi aujourd'hui
47:11je ne pourrais pas
47:12ne pas penser
47:13par exemple
47:14au peuple iranien
47:15par exemple
47:15où effectivement
47:17il y a des mamans
47:17qui ne peuvent pas
47:18enterrer leur fille
47:19ou leur fils
47:20voilà
47:20tout simplement
47:21parce que les gardiens
47:21de la révolution
47:22les ont balancés
47:23dans un charnier
47:24etc
47:25les grands textes
47:26ne se démontent pas
47:27pour une simple et bonne raison
47:29c'est que
47:29avec tous nos iPhones
47:30avec tous nos progrès techniques
47:32etc
47:33ça c'est une chose
47:34c'est un élément
47:35mais
47:35l'âme humaine
47:36l'être humain
47:38notre manière
47:38d'être au profond de nous
47:41franchement
47:42sur deux ou trois mille ans
47:43ça n'a pas tellement bougé
47:44et votre culture
47:45Gérard Gélas
47:46vous l'avez fait
47:47au fil des décennies
47:49Molière
47:49Jarry
47:49les autres
47:50vous avez beaucoup travaillé
47:51pour découvrir ces classiques
47:53et pour même les adapter
47:54au monde d'aujourd'hui
47:55oui bien sûr
47:55bien sûr
47:56mais ce travail là
47:57c'est un plaisir
47:58c'était Balzac
47:59qui disait
48:00le travail de l'artiste
48:02est un plaisir
48:03et son plaisir
48:03est un travail
48:04je paraphrase
48:05c'est par exemple
48:05oui
48:06il y a une chose étonnante
48:07aussi dans votre programmation
48:08donc aux chaînes noires
48:09c'est le bleu du ciel
48:11de Mélissa Dacosta
48:12on sait que Mélissa Dacosta
48:14c'est une des auteurs
48:15aujourd'hui
48:15qui vend le plus de livres
48:17avec Virginie Grimaldi
48:18et quelques autres
48:19c'est inattendu
48:20non on avait déjà fait venir
48:22son premier spectacle
48:24mis en scène
48:25c'était la petite
48:26Salomé Lelouch
48:27je crois
48:28déjà
48:28déjà
48:29mais la programmation
48:30je ne suis pas très apte
48:31pour en répondre
48:32parce que c'est Julien
48:33qui fait la programmation
48:34oui mais il y a quand même
48:34Disney
48:34la folie Disney
48:35ah oui
48:36moi j'ai vu
48:37moi j'ai vu la retransmission
48:39et j'ai adoré
48:40et là j'avoue
48:41que c'est le seul
48:42spectacle de l'été
48:42que j'ai chaudement
48:44recommandé à Julien
48:45pourquoi ?
48:46mais parce que ça m'a
48:46beaucoup plu
48:47parce que Disney
48:48est un personnage
48:48qu'on ne connait pas
48:49mais non pas du tout
48:50moi j'ai tout découvert là
48:51et puis c'est fascinant
48:53non non
48:54moi j'ai beaucoup aimé ça
48:55sur une retransmission
48:57voilà
48:57mais Walt Disney
48:58avait un point commun
48:59avec vous
49:00Gérard Gérard Lass
49:01il a débuté
49:03vraiment avec
49:04trois francs six sous
49:04dans le garage
49:05avec son frère
49:06il a cru
49:07en Blanchège
49:08et les sept nains
49:08il s'est ruiné
49:10il a dormi dans son bureau
49:12pendant trois ans
49:12un peu comme le chêne noir
49:13que vous avez construit
49:14petit à petit
49:15oui c'est vrai
49:15c'est vrai
49:16vous avez raison
49:17après on n'a pas
49:18le même parcours
49:19ni la même réussite
49:20ni probablement
49:21le même talent
49:21c'est un génie
49:22ce type
49:22mais oui c'est vrai
49:24partir de rien
49:25construire
49:26rêver
49:26et faire que nos rêves
49:28se réalisent
49:28c'est bien
49:30l'année prochaine
49:31ça fera 60 ans
49:32que vous avez créé
49:32votre première pièce
49:33vous ne les faites pas
49:34mais avec le recul
49:35vous imaginez un tel parcours
49:37non
49:38franchement non
49:39franchement non
49:42et puis je vous l'ai dit
49:44un peu
49:44ou je l'ai suggéré
49:45mais moi je vis beaucoup
49:46dans l'instant
49:47donc de la même manière
49:49que je suis vraiment
49:49avec vous là
49:50et pas
49:50je sais pas où
49:52quand je crée
49:53je crée
49:54sans penser à
49:55l'oeuvre qui viendra après
49:56par contre j'arrive
49:58à un âge
49:58où c'est vrai
50:00c'est pas l'âge des bilans
50:02mais
50:02où je revois
50:04la ligne
50:05de ce que j'ai fait
50:07parce que des fois
50:07on sort de sa ligne
50:08des fois on sort
50:09des fois on fait des erreurs
50:12tout simplement
50:13on croit à une oeuvre
50:14on la monte
50:15et tout
50:15et c'était pas vraiment
50:17peut-être l'oeuvre
50:18qu'il fallait jouer
50:19voilà
50:20donc là je revois
50:21toute ma ligne
50:22de travail
50:23elle existe
50:24je sais
50:24comment les configurer
50:26et ça me permet aussi
50:28alors là par contre
50:29c'est vrai que ça nourrit
50:30ce que je fais aujourd'hui
50:30et sans flagornerie
50:33mais je pense que
50:35artistiquement
50:36j'ai jamais été aussi fort
50:37qu'aujourd'hui
50:37et l'avenir justement
50:39encore monter d'autres
50:40bien
50:40l'avenir c'est la mort
50:41oui mais avant
50:43avant
50:44avant
50:44ben
50:45avant oui
50:46je vais monter
50:46souvent l'humanité
50:47la pièce de Julien
50:48à la rentrée
50:50je voudrais adapter
50:51aussi
50:52mais c'est difficile
50:53parce que là
50:54vraiment
50:55il faut un gros producteur
50:56derrière
50:56parce qu'on ne fera pas
50:57beaucoup de public
50:59pour une raison simple
51:00c'est que le dispositif
51:01que les gens seront autour
51:02d'une petite scène
51:03au centre
51:03avec de l'eau
51:04etc
51:04ça serait monter
51:06les belles endormies
51:07de Kawabata
51:09ça j'adorerais
51:10voilà
51:10et puis d'autres pièces
51:12encore
51:13pourquoi pas
51:14le reliant de Shakespeare
51:15et tout
51:15voilà je vous dis tout ça
51:16et puis je vais vous annoncer
51:17quand on se reverra
51:18dans quelques mois
51:19qu'en fait je ne fais rien
51:20de tout ça
51:20et que j'ai encore autre chose
51:21qui est arrivée
51:22ça ne m'étonnera pas de vous
51:23c'est une façon
51:24de rester jeune éternellement
51:25je crois
51:27surprendre les autres
51:28c'est bien
51:28mais savoir se surprendre
51:29soi-même
51:30c'est pas mal
51:30exactement
51:31belle formule
51:32en tout cas
51:33rendez-vous au Festival d'Avignon
51:34à partir du 4 juillet
51:35au Tête du Chêne Noir
51:36avec ces spectacles
51:37que vous proposez
51:38avec Julien votre fils
51:39merci Gérard Gélas
51:41et continuer à parler vrai
51:43et à être aussi jeune
51:44que vous l'êtes aujourd'hui
51:45écoutez
51:46nous sommes deux jeunes personnes
51:48n'est-ce pas
51:49nous continuons
51:50voilà
51:51merci
51:51merci les 15 minutes
51:52c'est terminé pour aujourd'hui
51:53on se retrouve bientôt
51:54restez fidèles
51:55à l'écoute de Sud Radio
51:56Sous-titrage Société Radio
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